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DESCRIPTION DE L'ABBAYE

Après avoir traversé la ville de Montbard et dépassé le petit village de Marmagne, le voyageur qui se dirige à Test pénètre dans le vallon des Egrevies, resserré entre les collines plantées de vieux arbres et arrosé par le ruisseau de Fontenay, dont les eaux limpides se jettent dans la Brenne, affluent de l'Yonne. Laissant la route de Touillon, au milieu de cette vallée silencieuse et mélancolique, il s'engage sous une sombre ramure de mélèzes et de sapins et se trouve bientôt en face de

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vastes bâtiments auxquels donne accès une porte couronnée d'un écusson surmonté de la crosse abbatiale et portant : de gueules à trois bandes d'or ; chargé de deux bars ^ adossés au naturel^ brochant sur le tout et sjtrnionté d'une fleur de lis d'or.

C'est Taustère et antique abbaye de Fontenay qui, depuis plus de sept siècles, atteste, dans son immuable beauté architecturale, la vitalité de l'art français à Tune de ses plus belles époques. Si les moines, qui l'ont fondée et l'animaient dès le premier tiers du xii'' siècle, ont disparu, ils nous ont, du moins, laissé un merveilleux témoignage de l'activité et de la force expansive de l'Ordre religieux transformé par le génie de saint Bernard.

Conformément au plan très généralement adopté par la Constitution cistercienne, celui de Tabbaye de Fontenay forme un ensemble de corps de bâtiments groupés autour du cloître.

L'église^ située au nord, occupe un côté tout entier ; à l'orient, en prolongement du transept, nous trouvons la sacristie, la salle capitulaire, un magasin, un passage faisant communiquer le cloître avec les jardins, et, enfin, une vaste salle de six travées. Au-dessus de ces différentes pièces s'étendait le dortoir commun des moines, relié au transept de l'église par un escalier qui permettait aux religieux de se rendre commodément aux offices de nuit. La cellule de l'abbé se trouvait à l'extrémité méridionale du dortoir, qu'il traversait et pouvait surveiller en allant au chœur. Au sud, les

chauffoirs, puis le réfectoire construit perpendiculairement au cloître et aux cuisines. Les celliers et les magasins, surmontés du dortoir des convers, aujourd'hui démolis, constituaient, comme dans la plupart des autres abbayes, Taile occidentale.

Ces différentes constructions sont réunies et mises en communication par le quadrilatère des galeries du cloître, entourant le préau où se trouvait le lavabo des religieux, en face de la porte du réfectoire. On ne saurait méconnaître dans cette disposition, la conservation de la tradition classique du plan de la maison grecque et romaine, dont les divers appartements encadrent Vatrium.

Des bâliments secondaires sont disséminés dans Tenceinte de Tabbaye : la forge et le moulin, situés le long de la rivière pour utiliser sa force motrice, la conciergerie, Tliôtellerie des étrangers, la boulangerie, les communs, le colombier, l'infirmerie, entièrement isolée au levant, et enfin 1' « enfermerie » ou prison, contiguë au réfectoire.

Toutes ces constructions sont figurées sur le plan, avec les parties restituées, indiquées par des teintes.

On chercherait en vain à Fontenay la trace de l'oratoire primitif dédié à saint Paul. 11 devait être fort petit et très simple, comme la première église de Cîteaux, qui avait été consacrée en iio6 par Gautier, évêque de Ghalon, et qui fut respectée dans les remaniements du monastère, jusqu'à la destruction de Cîteaux, sous la Révolution.

Aucun monument ne rappelle sur la terre de

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France la première époque de Thistoire cistercienne. Fontenay, avec sa grande église et son ample monastère, représente la seconde période de cette histoire ; elle en est le monument le plus complet et le plus pur, celui qui évoque pour nous la puissance d'un grand corps monastique et Tesprit d'un saint Bernard.

Photo L. Bégule.

Le colombier. — L'église

Façade de l église

Photo L. B.

L'Église- — Edifiée en un très court espace de temps, de ii3oà ii47, l'église de Fontenay est d'une homogénéité parfaite et n'a rien perdu de son premier caractère, grâce à Fexcellence de la construction et à la qualité des matériaux qui ont victorieusement résisté aux ravages des siècles.

Cette église est la plus ancienne des églises cisterciennes restées debout en France. Elle a été

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bâtie dans les dernières années de la vie de saint Bernard, au temps où l'Ordre, animé d'une vie nouvelle et d'une force irrésistible par un saint qui fut un grand homme, s'était répandu dans presque toute l'Europe. Dès le milieu du xii® siècle, l'Ordre de Cîteaux comptait 5oo maisons dispersées à travers la chrétienté. La seule abbaye de Clairvaux, dont Tabbé était saint Bernard, avait fondé, avant la mort du saint, plus de i5o monastères. La discipline cistercienne commence à conquérir l'Allemagne en 1124, l'Angleterre en 1128, l'Italie en II 35, le Portugal en ii4o, la Gastille en ii3i, TAragon vers 1 1 5o et, bientôt après, la Suède. C'est pendant cette époque de rapide expansion que l'Ordre constitue en Bourgogne les formes de l'architecture que ses moines transportent de tous côLés.

L'église de Fontenay, régulièrement orientée du levant au couchant, est sur un plan d'une austérité vraiment monastique, entièrement cerné par des lignes droites qui se rencontrent à angle droit. Ce plan, qui a la forme d'une croix latine, comprend une nef et deux bas côtés, un transept flanqué de quatre chapelles carrées du côté du levant et un chœur à chevet plat. C'est là le plan le plus cistercien : nous le retrouverons depuis la Scandinavie jusqu'à la Sicile.

Les dimensions principales de l'édifice sont : longueur totale, 66 mètres ; largeur de la nef, 8 mètres, avec les bas côtés, 19 mètres; longueur

du transept, 3o mètres ; hauteur de la nef, 26"^, 70.

La nef, comprenant huit travées, est voûtée en berceau brisé, divisé et soutenu par des doubleaux qui portent sur des colonnes engagées. Ces colonnes reposent, au niveau de la naissance des arcades de

Coupe transversale de l'église

la nef, sur des pilastres garnis de tores aux arêtes, et adossés aux piliers cruciformes. Les collatéraux, subdivisés à l'aplomb de chaque pilier par un arc en tiers -point et soutenant des voûtes en berceau brisé perpendiculaires à Taxe du vaisseau, forment une suite de chapelles communicantes. Cette disposition, qui se retrouve dans un bon nombre d'édifices de la Bourgogne au xii^ siècle et qui est

poussée de la grande voûte. Ce mode de construction ne permettant pas Touverlure des fenêtres de la nef, on a dû se contenter de percer les murs

latéraux de baies en plein cintre éclairant les bas côtés. La nef reçoit une abondante lumière de la façade, de l'abside et de Tavant-chœur.

Le transept est également voûté en berceau brisé, mais à un niveau très inférieur à celui de la croisée, dont la voûte se raccorde à celle de la nef.

Conformément à la tradition cistercienne, deux chapelles rectangulaires, voûtées en berceau brisé, éclairées par une fenêtre et communiquant entre elles par des arcs cintrés, s'ouvrent au levant dans chaque croisillon. L'arc en tiers-point, qui encadre ces chapelles, est dépourvu de moulures et repose sur de robustes piliers, auxquels sont adossées les colonnes engagées qui portent les doubleaux de la voûte du transept.

A l'extrémité du croisillon méridional, une porte communique avec la sacristie, et à côté d'un escalier de vingt-qualre marches conduisant au dortoir, une seconde porte ouvre sur une petite pièce qui précède la salle capitulaire, reliant directement l'église aux bâtiments conventuels.

Le chœur, de forme carrée, élevé de deux marches et largement éclairé par deux rangs de fenêtres, entriplet, ouvertes dans le chevet plat, est également voûté en berceau brisé, mais beaucoup plus bas que la nef. Cette différence de hauteur est rachetée par un mur de fond, qui s'élève au-dessus de l'arc triomphal, et qui est percé de cinq baies étagées. Dans l'angle méridional, on voit une piscine de forme rectangulaire, prise dans l'épaisseur du mur.

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La façade, d'une grande simplicité, n'est coupée que par deux contreforts répondant aux piliers de la nef; elle n'a qu'un portail surmonté d'une archivolte à trois boudins, bordés de baguettes et reposant sur deux colonnes. La partie supérieure est ajourée de sept fenêtres, nombre peut-être symbolique, disposées sur deux rangs.

Les piliers, sur plan cruciforme, sont formés d'un massif carré cantonné de deux colonnes engagées et de deux pilastres répondant aux arcs des travées, aux doubleaux de ]a grande voûte et à ceux qui divisent les bas côtés. Les chapiteaux, conformément aux ordonnances de saint Bernard, sont à peu près dénués de sculptures et ne montrent, dans la nef, que des feuilles pleines, lancéolées, à très faible relief, exactement appliquées à la corbeille en forme de tronc de pyramide renversée. Seuls quelques chapiteaux, supportant les arcs de séparation des bas côtés, sont ornés de rubans en forme de demi-ronds enlacés formant guirlande; les bases des colonnes et les pilastres, composés de deux tores séparés par une scotie, reposent sur un socle avec plinthe. L'appareil est formé de moellons dans les pleins des murs et de pierre de taille blanche dans les piliers, arcs, pieds-droits, contreforts et chaînages. Les bas-côtés sectionnés par autant de voûtes que de travées, forment ainsi seize chapelles, dont quelques vocables sont connus. La seconde du côté de l'Epître servait de sépulture à divers membres de la famille des ducs de Bourgogne.

l'abbaye de FO^TENAY

Les Autels, — Les autels de Téglise de Fontenay ont disparu, comme tout le reste du mobilier. Cependant, on doit admettre qu'ils étaient d'une nudité toute monastique, simplement composés de dalles supportées par des piliers ou des colonnes trapues, semblables à ceux que Ton voit encore dans les absides des abbayes provençales du Thoronet, de Sénanque et de Silvacane.

Indépendamment des autels qui se trouvaient dans les chapelles du transept et des bas côtés^ d'autres devaient être adossés aux piliers, comme à Gîteaux et à Clairvaux, conformément à la pratique cistercienne qui assignait à chaque religieux prêtre un autel spécial pour dire la messe. D'après l'ancienne discipline, deux messes ne devaient pas se dire le même jour sur un même autel.

Les Stalles. — Les stalles du moyen âge, qui ne purent résister au vandalisme ou à l'humidité qui obligea, en 1746, les religieux à relever le sol de l'église de près d'un mètre, furent refaites à cette époque. Ces dernières stalles, sans intérêt artistique, furent vendues en 1790, avec un banc abbatial de la iin du xvi^ siècle, et sont actuellement utilisées dans l'église de Montbard.

Le Porche, — Les églises clunisiennes étaient habituellement précédées de narthex ou de porches aux proportions souvent considérables, tels ceux de Vézelay, de la Charité-sur-Loire, de Cluny, etc. L'Ordre de Citeaux adopta également l'usage des porches, mais ceux-ci furent bas et peu profonds, comme celui de Pontigny, comme les

ïïiond, de l'abbatiale anglaise de Fountains, e!c. Celui de Fontenay est aujourd'hui démoli, mais

l'abbaye de FOî^TENAY

on en retrouve aisément les amorces, et des fouilles pratiquées en avant de la façade ont mis les fondations à découvert. De plus, un dessin du xviii^ siècle, conservé à la Bibliothèque Nationale (Coll. Bourgogne, t. Il), permet d'en faire une fidèle reconstitution.

Ce porche, appuyé contre la façade, était recouvert d'un toit prenant naissance au-dessous des quatre fenêtres inférieures et s'étendait sur toute la largeur de l'église, la sablière étant soutenue par des corbeaux encore en place. Sa façade, surmontée d'une corniche portée par des consoles, était largement éclairée par des ouvertures cintrées répondant à la nef et aux bas côtés. C'est dans le porche et les premières travées de la nef que se tenaient les serviteurs et les étrangers, tandis que le reste de la nef était réservé aux frères convers et le chœur aux religieux.

La Toiture. — La toiture principale de l'église ne comporte pas de charpente. Au-dessus de la voûte de la nef, un blocage s'étend sur toute la longueur de Tédifice et il est recouvert lui-même d'un appareil de pierre sur lequel reposent les tuiles. Ces tuiles sont encore, pour la plupart, celles de l'origine de la construction, fabriquées avec une admirable perfection et très probablement dans l'abbaye même. La Bourgogne a toujours été le pays de la tuile, et celles de Fontenay ont merveilleusement résisté à l'action du temps. Un crochet de terre, soudé à Tintérieur de la tuile, la fixait aux fourrures d'arête des charpentes des bas côtés.

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tandis qu'un autre crochet, en forme de bec adhérent au dos, empêchait tout glissement, les rendant solidaires les unes des autres.

Les tuiles faîtières de la nef, d'une grande dimension et recouvrant Tarête des deux pentes, sont ornées d'une série de redents, en forme de crête, se découpant sur le ciel.

Les Portes, — Les vantaux de la porte de la façade, de même que ceux de la porte latérale, au midi, étaient de bois, armés de longues pentures de fer essentiellement décoratives, mais qui avaient aussi pour but d'empêcher la dislocation des joints sous Faction de la chaleur. Les anciens vantaux existaient encore ces dernières années, portant la trace très visible des ferrures. Il fut donc facile de reconstituer vantaux et pentures qui sont aujourd'hui la reproduction rigoureuse des anciens.

Le Clocher. — Les clochers fastueux, si en faveur chez les Glunisiens, ne pouvaient convenir à Taustérité de la règle de Cîteaux ; dès 1 167, le Chapitre interdisait les clochers d'une certaine élévation. C'est pourquoi nous ne voyons à Fontenay qu'un très modeste campanile pour deux cloches superposées, au-dessus du dortoir, à Textrémité du bras de croix méridional de l'église ; un écusson sans pièces héraldiques, avec la crosse abbatiale en pal, est sculpté sur la face méridionale de Fédicule.

La Clôture du Chœur. — Les églises des monastères recevaient de nombreux étrangers, des pèle-

rins et fidèles, souvent des réfugiés auxquels une partie de la nef était affectée. Il était donc nécessaire de clore la partie de l'édifice réservée aux religieux. C'était une coutume en usage dans toutes les églises abbatiales aussi bien que cathédrales.

La clôture en claire-voie de Fontenay s'élevait entre la nef et la croisée du transept, en forme de jubé, et les traces en sont encore visibles sur les deux premiers piliers. Les débris qui sont conservés, et qui accusent le style du milieu du xiii^ siècle, témoignent de sa somptuosité et contrastent singulièrement avec la simplicité primitive de l'église. Ils consistent principalement en une série de neuf départs d'arcades, aux profils aussi élégants que multipliés, en chapiteaux, crochets et fleurons composés de feuilles d'érable et de chêne.

Le Cloître. — Les Cisterciens, au moment où l'Ordre naissant élevait de nombreux monastères dans toute TEurope, adoptèrent pour la construction de leurs cloîtres un caractère architectural très particulier, remarquable par son aspect sobre et sévère. Ceux des deux abbayes mères, Cîteaux et Clairvaux, n'existent plus. En revanche, le cloître de Fontenay, qui est à peu près contemporain, peut être considéré comme un prototype.

Formé de quatre galeries, sans étage supérieur, le cloître présente un rectangle de 36 mètres sur 38, entourant le préau, au centre duquel devait s'élever une grande croix.

Chaque galerie, construite en matériaux de grandes dimensions et de qualité admirable, comprend huit travées constituées par une archivolte sans moulures, légèrement surbaissée, bandée entre deux robustes contreforts et soutenant la corniche. Au-dessous de chaque archivolte, deux arcs plus petits et en retrait, portés par des colonnettes accouplées et reposant sur un bahut, supportent un tympan plein. Sur chaque galerie, des archivoltes ornées de moulures, mais sans tympans ni bahuts, forment des portes ouvrant sur le préau. Elles sont doubles sur la galerie parallèle à Téglise et sur celle du sud vis-à-vis de l'entrée du réfectoire. Aux quatre angles, de robustes et élégants piliers sont constitués par un pilastre central monolithe, encadré par les colonnettes jumelées des petites arcades.

La forme des voûtes des galeries, construites en moellons recouverts d'un enduit, est celle de la voûte romaine en berceau brisé pénétré de petits berceaux correspondant aux archivoltes.

Tout en conservant une grande unité, les quatre galeries montrent certaines différences de construction, principalement dans la façon dont les voûtes sont appuyées au mur extérieur. Au nord, le sommier des voûtes repose sur une large corniche, coupée par les contreforts deTéglise, et qui se prolonge en retour dans les premières travées de la galerie orientale. Au midi, les pénétrations retombent sur les chapiteaux d'une série de colonnes appliquées à la paroi, et, à l'occident, les

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pénétrations portent sur des arcs formerets en plein cintre qui retombent sur des pilastres engagés au-dessus d'une banquette. A la galerie septentrionalcj les contreforts, au lieu de descendre jusqu'au sol, reposent sur des colonnettes adossées

Photo L. B.

Angle nord-ouest du cloître

à l'extérieur des piles. 11 est à regretter que cette très élégante disposition ne règne pas sur les autres faces.

On peut observer une certaine variété dans le groupement des colonnettes qui composent les piliers. 11 semble aussi que les constructeurs aient pris plaisir. à surmonter de véritables difficultés techniques. C'est ainsi qu'un grand nombre de colonnettes jumelées sont prises dans la même

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assise : embases, bases, fûts, chapiteaux et leurs abaques. On peut même constater des groupements de quatre colonnettes sur plan cruciforme flanquant une colonne centrale ou un pilier rectangulaire taillés dans le même bloc, ce qui donne à la bâtisse un grand air de puissance.

Les chapiteaux sont garnis sur les angles de simples feuilles d'eau lancéolées que les Cisterciens, habitant des vallées marécageuses, semblent affectionner : leur côte centrale est à peine indiquée par une légère saillie ou une cannelure.

Ces feuilles plates, exactement appliquées à la corbeille, se recourbent aux extrémités, supportant, comme à Pontigny, àNoirlac, à Fountains, etc., les angles du tailloir. Seuls, les chapiteaux de quelques pilastres d'angle montrent des enlacements de rubans en demi-cercle, conformément à ceux que nous avons rencontrés dans Téglise. Les bases, de forme classique, composées de la scotie entre deux tores accompagnés de listels, mais sans griffes, reposent sur le bahut par l'intermédiaire d'un socle rectangulaire.

Quelques traces de peinture encore visibles, notamment dans la galerie ouest, paraissent remonter au milieu du xvi*^ siècle.

Le cloître de Fontenay, qui est l'une des parties les plus impressionnantes de l'abbaye, n'a subi aucune mutilation.

C'est un type accompli de cette architecture d'aspect sévère et solennel, d'une simplicité toute monacale, dépourvue d'ornementation superflue,

L ARCHITECTURE in

et rigoureusement conforme à la règle deCîteaux, particulièrement observée en Bourgogne. Il contraste avec Textrême richesse de sculpture de tant de cloîtres du xii^ siècle, de Tordre de Cluny, en particulier, répandus dans toute la France. Mais, dès le xiu^ siècle, lorsque la règle de Cîteaux se

Photo L. B.

Galerie méridionale du cloître (Entrée du lavabo.)

relâchera, nous verrons bientôt, comme à Sénanque, à Fontfroide, à Noirlac, le décor sculpté prendre plus d'importance à s'étaler avec une certaine richesse, parfois excessive.

Le cloître était le centre de la vie du monastère et offrait toujours une certaine animation, principalement dans les jours où le mauvais temps empêchait les religieux de se rendre au travail des champs. Pendant les heures consacrées au repos et

surtout après ie repas du milieu du jour, les moines s'y promenaient gravement en silence ou restaient assis immobiles sur les bahuts, plongés en de profondes méditations. Dans le cloître, se déroulaient les processions, précédées de la croix ; les religieux s'avançaient sur deux rangs, enveloppés dans l'ample coule de chœur, suivis par les frères convers ; l'abbé, la crosse en main, escorté du prieur et du cellerier, ou économe, fermait la marche. Souvent s'y joignaient des visiteurs de marque, seigneurs et chevaliers venant assister à la sépulture de quelques-uns des leurs, qui sollicitaient comme une faveur insigne de reposer dans Tabbaye et de bénéficier des prières des religieux.

V Armariam Claustri. — Toute abbaye devait avoir sa bibliothèque pour recevoir les ouvrages mis à la disposition des moines pendant le temps laissé libre pour la lecture sous les galeries du cloître. Les manuscrits étaient renfermés dans ce que la Coutume de Cluny, du xi"" siècle, et les textes cisterciens nommaient V armarium claustri^ Tarmoire.

Lors des travaux de consolidation de l'aile orientale du cloître, en 191 1, on découvrit, à proximité de la porte communiquant avec Téglise, l'armoire dans laquelle les religieux déposaient leurs volumes avant de se rendre aux offices.

Cette armoire, prise dans l'épaisseur de la muraille et qui avait été murée, était garnie de rayons dont les rainures sont encore intactes.

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Elle était fermée par des volets montés sur gonds.

Le Lavabo, — Si les religieux étaient astreints à un régime d'une extrême austérité, la propreté était aussi de règle. Avant d'entrer au réfectoire et en en sortant, ainsi qu'au retour des champs, avant d'aller à l'église^ ils devaient, conformément à la

Perspective du lavabo de fontenay

Reconstitution de Viollet-le-Duc.

(Die t. d\4rck. française^ t. VI, p. 173.)

règle, procéder à des ablutions manuelles. A cet effet, le monastère possédait un lavabo couvert, lavatorium^ parfois placé sous les galeries du cloître, mais le plus souvent dans le préau, soit dans un angle, soit dans une sorte d'annexé tenant à la galerie qui longe le réfectoire. Tel est celui du Thoronet (Var), qui est en France l'un des mieux conservés.

Fontenay avait le sien situé dans le préau, en face de l'entrée du réfectoire, comme en témoignent

4o l'abbaye de fontenay

les arrachements des arcs formerets des voûtes, encore visibles à Tangle des contreforts de la galerie. On aurait peut-être pu contester Texistence de cet édicule, attendu que le mur de la galerie ne présente aucune trace de démolition. Mais en examinant soigneusement la corniche, on a pu constater que, dans la partie correspondante, la pierre est « bouchardée » et non « layée » comme dans les parties anciennes, preuve manifeste d'une réfection ; en outre, des fouilles récentes ont mis à jour toutes les fondations. La reconstitution que Viollet-le-Duc en a faite est non seulement ingénieuse dans ses détails, mais certainement exacte en son ensemble [Dict. cVArcli., VI, 173).

Cet édicule sur plan carré, soutenu par des arcades conformes à celles des galeries du cloître, formait deux travées dans chaque sens, couvertes de quatre voûtes d'arêtes dont les sommiers reposaient sur une colonne centrale passant au travers d\ine vasque circulaire. Cette vasque, alimentée par un conduit, laissait échapper Teau par de nombreuses tubulures percées sur son pourtour, permettant ainsi à un grand nombre de religieux de se laver en môme temps ; l'eau retombait dans un bassin inférieur. Le conduit servant à l'évacuation des eaux existe encore et correspond exactetement à l'emplacement delà fontaine d'ablutions ; il se déverse dans un canal de décharge passant sous la grande salle et le réfectoire \

^ La vasque de Fontenay a disparu, mais parmi celles qui

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La Salle capitulaire. — Dans toute abbaye, la partie la plus importante, après Téglise, était la salle capitulaire. C'est là, que chaque jour, sous la présidence de Tabbé, dont la chaire se dressait au milieu de la paroi orientale, en face de la porte d'entrée, les religieux se réunissaient, rangés sur

Photo L. B.

Entrée de la salle capitulaire

les bancs de pierre, autour de la salle, pour tenir Chapitre et délibérer au sujet des affaires de la communauté. Après la lecture de quelques articles

subsistent encore, on peut citer : celles de Fontfroide, xii® siècle, au musée de Carcassonne, d'Obazine, xii^, de Pontigny, xii^, de Daoulas (Finistère), xii^, de l'Abbaye de Poblet (Catalogne), xii*^', de l'Abbaye de Saint-Denis, xiii® siècle, conservée dans la cour des Beaux-Arts, à Paris, etc.

de la règle, pour que nul ne put alléguer Tignorance du règlement auquel il devait strictement se conformer, la réunion se continuait par la « coulpe » ou confession publique des moines qui s'accusaient à haute voix de leurs fautes, souvent punies à l'instant même de la discipline que le coupable recevait de la main d'un frère. C'était le sanctuaire de la règle. Au Chapitre se donnaient les instructions de la journée; on y faisait également part des décès survenus dans les autres monastères, par la lecture des lettres connues alors sous le nom de « Rouleaux des Morts ». La salle capitulaire était le centre spirituel de la communauté ; on ne doit donc pas être surpris du soin apporté à sa construction ni des vastes proportions de celle de Fontenay.

Elle s'ouvre, par une grande arcade cintrée, sur la galerie orientale du cloître. Les quatre boudins de Tarchivolte s'appuient sur autant de colonnettes dont les chapiteaux et les bases sont identiques à ceux des galeries. De chaque côté de la porte, une double baie à plein cintre, flanquée de colonnettes, met la salle en pleine communication avec le cloître, les assemblées capitulaires étant toujours publiques. Cette disposition est constante dans les abbayes de l'Ordre, comme à Noirlac, à Sénanque, au Thoronet, à Fontfroide, etc., où Ton ne saurait constater des scellements destinés à fixer des clôtures ou des vitraux.

Primitivement, cette salle comprenait trois travées dont les voûtes sur croisée d'ogive, divisées

par des arcs doubleaux, retombaient sur quatre faisceaux de colonnes entourant un noyau central. La travée orientale a été démolie, peut-être lors de rincendie de 1490, mais on voit distinctement les deux piliers engagés dans le mur extérieur percé de trois baies ouvrant sur le jardin. Contre les parois, des faisceaux de trois colonnettes répondent aux arcs d'ogive, aux doubleaux et aux formerets. Des congés cintrés amortissent la naissance des arcs sur les tailloirs qui forment un octogone aux piles centrales. Les chapiteaux, très simples, sont ornés de feuilles lancéolées et nervées sur les bords.

Deux travées de construction semblable, mais à deux voûtes seulement et situées latéralement, forment deux petites salles annexes, dont l'une, qui s'ouvre par deux portes sur le transept de l'église, devait servir de sacristie^ sacratorium^ en même temps que de salle du trésor et des reliques. La seconde, à droite, était le petit parloir des moines, exactement disposé comme sur le plan de Clairvaux, ou peut-être un simple magasin.

La Grande Salle. — A la suite de la salle capitulaire, du petit parloir et d'un passage faisant communiquer le cloître avec les jardins, se développe une longue salle de trente mètres, recouverte de douze voûtes d'ogives formant six travées et deux nefs.

Sa construction rappelle celle de la salle du chapitre, mais avec moins d'élégance, et doit être

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delà même époque; cependant, l'aspect en est plus sévère et plus puissant.

Dans Taxe de la salle, quatre grosses colonnes trapues et un pilier octogone, au centre, reçoivent la retombée des arcs d'ogives et des doubleaux

Photo L. B.

Grande salle

qui soutiennent les voûtes et reposent contre les murs, sur des consoles en forme de pyramides renversées et terminées par un bouton : c'est une forme très fréquente en Bourgogne.

Les ogives, formées d'un gros tore accompagné de deux cavets, sont amorties à leur base par des congés cintrés, ornés de filets et parfois de fleurs de lis stylisées. C'est l'un des exemples les plus

anciens de la fleur de lis adaptée à rornementation. Les arcs doubleaux sont dépourvus de moulures.

Quelle pouvait être la destination de cette salle ? On a voulu y reconnaître le cellier ou magasin aux provisions? Il nous semble difficile d'admettre cette attribution et de voir d'aussi vastes magasins, comportant un mouvement considérable d'entrée et de sortie de denrées et de comestibles de toute nature, dans le voisinage presque immédiat de la salle capitulaire. Dans les abbayes cisterciennes et bénédictines, c'était un usage à peu près constant de placer le cellier perpendiculairement à Téglise, à l'ouest du cloître et en dehors des locaux réservés aux religieux, comme à Clairvaux, Noirlac, Vaucler, Saint-Lô, Pontigny, Fossanova, Fountains, etc. Nous verrions bien plus volontiers les religieux et les frères convers occupés dans cette vaste salle, les jours de mauvais temps, à des travaux manuels, d'autant que le chauffoir se trouve à proximité. Etait-ce encore le grand parloir [parlatorium), lors(|ue l'abbé accordait occasionnellement à ses religieux l'autorisation de rompre le silence ?

Le Dortoir. — La règle de saint Bernard (Ch. xxn} ordonnait aux religieux de coucher dans un dortoir commun, sans feu, sur des paillasses déposées sur le sol, et non dans des cellules, comme d'autres ordres le permettaient. Seules, de simples cloisons basses, alignées sur deux rangs, avec un couloir

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central facilitant la surveillance, le§ séparaient les uns des autres. Les moines dormaient tout habillés, prêts à se rendre à Téglise, au premier signal, pour l'office de nuit, par Fescalier qui existe encore et conduit dans le bras de croix méridional. Le dortoir des religieux de Fontenay occupait, au-dessus de la salle capitulaire et de là grande

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Le dortoir. — Le chevet de l'église

salle, toute la longueur du bâtiment oriental, sans murs de refend. Il était éclairé au couchant par quatorze baies étroites et cintrées qui viennent d'être retrouvées sous Tenduit et remises à jour. Trois grands arcs, récemment découverts sous le crépissage du mur oriental, montrent que le dortoir se prolongeait au-dessus de la travée de la salle capitulaire, aujourd'hui démolie, formant une sorte d'annexé, peut-être réservée au prieur ou à d'autres dignitaires.

Acluellement, le dortoir, divisé par un plancher dans le milieu de sa hauteur, est recouvert d'une magnifique charpente de bois de châtaignier d'une parfaite conservation; elle ne date que de la seconde moitié du xv"" siècle, époque où elle dut remplacer l'ancienne voûte, détruite par un incendie, au temps du vingt-neuvième abbé de Fontenay, Jean Frouard de Courcelles (1459-1492).

A l'extrémité méridionale du dortoir se trouvait la cellule de l'abbé qui^ seul, avait le privilège d'habiter isolément. Des latrines étaient contiguës au dortoir: on en a retrouvé les conduites qui aboutissaient au canal de dérivation de la rivière qui passe sous la grande salle. La même disposition se retrouve exactement à l'abbaye anglaise de Fountains et dans beaucoup d'autres.

Le Chauffoir. — ■ A l'angle sud-est du cloître, on pénètre dans une pièce de proportions modestes, recouverte de deux voûtes d'ogives refaites après coup et qui portent très gauchement sur des culots et sur un chapiteau rapporté audessus d'un pilier. Cette salle passe pour avoir été le chauffoir, calefactorium. On constate, en effet, dans l'épaisseur du mur occidental, la présence de deux gaines de cheminées aboutissant à une mitre en pierre qui s'élève sur le toit et porte deux tuyaux cylindriques couronnés d'un lanternon ajouré.

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Le chauffoir était le seul endroit où la règle tolérât du feu en dehors de la cuisine. Dans cette salle, les religieux, pendant l'hiver, passaient le temps qu'ils ne consacraient pas à la prière à Téglise et aux travaux extérieurs. Là encore, après Toffice du matin, les moines allaient graisser leurs sandales pour se rendre aux occupations de la journée. Le chaufFoir se trouvait généralement à côté de Tescalier du dortoir, dans les monastères cisterciens. En effet, deux arcs en plein cintre, retombantsur un pilier carré et trapu, forment deux retraits, dans Tun desquels débouche un escalier qui conduisait à l'ancien dortoir des religieux et donne accès actuellement à l'étage supérieur du bâtiment méridional transformé en appartement au xix® siècle. Cette pièce , fort exiguë , n'aurait pu recevoir qu'un très petit nombre de religieux. Un chauffoir plus vaste, chauffé par l'une des deux cheminées, devait s'étendre à la suite, parallèlement au cloître, jusqu'au réfectoire, Les portes de cette pièce, dont l'une est surmontée d'un linteau orné d'un arc trilobé, se voient encore sous la galerie du

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