‹ L'Abbaye de Fontenay et l'architecture CistercienneChapitre 8 sur 13 · BATIMENTS DIVERS · texte numérisé non relu

BATIMENTS DIVERS

nées qui se jouent dans les eaux transparentes du ruisseau de Fontenay, dont la pêche appartenait exclusivement aux moines depuis le xii® siècle, étaient Torgueil du couvent. Les rois de France, les ducs de Bourgogne ne dédaignaient pas de se

riioto L. B.

Vallée de Fonteaay (Etang- de la Fontaine-de-l'Orme.)

les faire présenter ; Buffon et ses hôtes de Montbard les goûtaient très particulièrement et, aujourd'hui, la truite est toujours le plat d'honneur de la table hospitalière de Fontenay.

La rivière, après av^oir pénétré dans Tenceinte de l'abbaye, longe le bâtiment de la Forge, retombe en une grande nappe dans le vaste bassin d\m

château d'eau et de là va se perdre dans la Braine, au sud de Montbard.

Enfin, tout auprès de l'entrée du monastère, enfoui dans la verdure, sous l'ombre des frênes et des grands ormes se cache le petit édicule de la modeste, mais si poétique l'ontaine (( ferrée », ainsi dénommée de tout temps, en raison des solides volets qui en fermenl Touverture. C'est cette source, aux eaux limpides, d'une exceptionnelle pureté qui, depuis l'origine, alimente d'eau potable tous les services de l'abbaye.

La Forge

(Au moment de la démolition des bâtiments de la papeterie.)

Vue cavalière de Cîteaux vers 1720 (Dessin de Doni Etienne Prinstet.)

FONTËNAY

ET

L'œuvre architecturale, si intacte en son ensemble, si impressionnante en son austère simplicité que nous venons d'examiner, montre à Fontenay l'expression la plus complète de Tarchitecture cistercienne en France et présente un intérêt exceptionnel pour l'histoire de Farchitecture monastique. L'Ordre cistercien a donné aux édifices dans lesquels se sont exprimés sa règle et son esprit des formes bourguignonnes ; l'expansion de FOrdre

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a répété ces formes à Tétranger et très loin de la Bourgogne. Dans tout le cours du xii^ siècle, les frères convers qui étaient les ouvriers de l'art cistercien^ les convei'si harhati voyageaient d'un royaume à Tautre. Les chapitres annuels, qui amenaient à Gîteaux les abbés des monastères les plus éloignés, remettaient sous les yeux des étrangers qui portaient l'habit cistercien les modèles des maisons mères. Ainsi l'architecture participa, dans toutes les provinces de l'Ordre, de l'uniformité de riiabit monastique ^

L'étude de Tabbaye de Fontenay ne saurait donc être complète sans un très rapide coup d'œil sur quelques-uns des principaux monastères de TOrdre, tant en France qu'à l'étranger. Cet aperçu permettra de faire à Fontenay sa place dans l'histoire de l'architecture et de constater la persistance relative du plan et des formes cisterciennes que nous y avons rencontrés.

^ C'est un agréable devoir pour nous de mentionner le précieux concours que M. Emile Bertaux, Professeur d'Histoire de l'Art Moderne, à la Sorbonne, qui s'est fait une spécialité des études d' a Art comparé », a bien voulu nous apporter pour la rédaction de ce chapitre d'histoire internationale de l'Art, dont l'ensemble n'avait été traité jusqu'ici que dans des ouvrages étrangers, tels que la grande Histoire de V Architecture religieuse, de Dehio et von Bezold, t. I, chap. XIII, p. 5i8-54o. Très récemment M. Sigurd Curman a fait paraître le premier volume de son savant ouvrage : Cistercienserordens Byggnadskonst, i kyrkoplanen, Stockholm, P. A. Norstedt et Soner.

Claihvaux en 1708 (D'après Dom Milley.)

Citeaux. — De l'abbaye de Gîteaux, berceau de la grande famille cistercienne (1098), on ne retrouve plus guère que des bâtiments complètement modifiés au XYiii"^ siècle et qui ne sauraient donner une idée du plan primitif. Ce plan nous a été fidèlement conservé par des descriptions et d'anciens dessins,

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très soigneusement exécutés, de 1718 à 1723, par un moine de Cîteaux, F. Etienne Prinstet. Ces dessins, réunis en un atlas in-folio, font partie des Archives de la Côte-d'Or.

Autour d'une première cour s'étendaient les communs, les bâtiments de service et divers logements. Une seconde cour (A), plus vaste, à laquelle on accédait par la porta major ^ précédait les bâtiments réguliers et donnait accès à Téglise par un porche rappelant celui de Pontigny.

Dans Téglise, le chœur des religieux, entouré d'une clôture fermée par un jubé, occupait le chevet et les trois travées de la nef précédant la croisée. Quinze chapelles et trente autels disposés contre les piliers permettaient à un grand nombre de religieux de célébrer la messe simultanément.

L'église (B) occupe le côté nord des bâtiments réguliers \

^ Le plaD de Féglise de Cîteaux, tel que Dom Prinstet l'a relevé au xviii® siècle, comprenant un chevet, de plan rectangulaire, avec piliers et chapelles dessinant un véritable déambulatoire qui entoure le sanctuaire, ne semble pas avoir été celui des premières églises cisterciennes. C'est vraisemblablement une reconstruction postérieure à la mort de saint Bernard. Ce tracé se retrouve à Dore, à Byland en Angleterre, à Ebroch. à Riddagshausen, etc., en Allemagne. S'il est difficile d'établir quel était le plan primitif des églises cisterciennes, celui qui succédait au plan élémentaire de l'oratoire à une seule nef des « monastères de bois », il faut reconnaître que le plus ancien exemple d'un plan réellement et authentiquement cistercien qui se soit conservé en France est donné par Téglise de Fontenay. Sa caractéristique — on l'a déjà vue p. 23, — est d'être tracé au moyen de lignes droites, Tabside terminée par un mur plat et débordant

L'abbayk de Cîteaux vers 1720

(D'après le dessin de Dom Etienne Prinstet, Archives de la Côte-d'Or.)

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Au sud de l'église s'étendait le grand cloître (C), dit du Silence^ dont les galeries, ainsi que la salle du Chapitre, abritaient d'innombrables sépultures d'abbés et de dignitaires ecclésiastiques. Au sud du préau s'élevait le lavabo (D), abrité sous un édicule octogonal, en face de l'entrée du réfectoire. Les bâtiments réguliers, entourant le grand cloître, comprenaient, au levant, la salle du Chapitre (E), largement ouverte sur la galerie, comme à Fontenay, par une grande porte flanquée de larges baies qui permettaient aux frères lais d'assister aux délibérations. A la suite, un passage conduisant aux autres cloîtres, le chauffoir (F) et une vaste salle de cinq travées (G). Le dortoir s'étendait sur toute la longueur du bâtiment.

Au midi, le réfectoire (H), avec la chaire du lecteur, les cuisines (I), près d'un canal d'eau cousur la ligne des deux chapelles, sur plan carré, de chaque bras de croix. Ce plan type fut suivi en France et, en particulier, dans la région bourguignonne; il fut adopté en Suisse, en Allemagne, en Brabant, en Angleterre, en Italie, en Catalogne comme en Castille et jusqu'en Suède. Ce plan se prêtait à un développement facile, par la simple multiplication des chapelles, qui devenait nécessaire dans les grandes abbayes, les moines ne pouvant, comme nous l'avons vu, dire plus d'une messe par jour au même autel. Le nombre des chapelles dans chaque bras de croix s'étendit à trois et même à quatre, comme à la Ferté ; elles se répétèrent même sur les faces opposées du transept comme à Clairvaux et à Pontigny. Dans ces deux églises et dans quelques autres à l'étranger, la file des chapelles se déploya même en dehors du transept, autour d'un chevet sur le plan serai-circulaire des clunisiens, que les premiers architectes cisterciens avaient répudié et qui, dès le xiii^ siècle, prit, parfois, la place des anciens chevets carrés.

ranle, et, au couchant, séparé du cloître par une petite cour, un vaste l)âtiment (J) à deux étages, affecté au logement des convers. Non loin de ce bâtiment se trouvaient les logis des hôtes, situés en dehors de la clôture.

A Fontenay, nous retrouvons tous ces bâtiments dis|)osés de même. Mais Cîteaux, en raison de son importance, comprenait d'autres constructions réservées aux travaux de Tesprit. A l'est, le long du principal corps de logis, voici deux autres cloîtres. L'un (K), près du chevet de l'église, est bordé au rez-de-chaussée, de cellules affectées aux travaux des copistes, surmontées d'une vaste salle de six travées, servant de bibliothèque. Le troisième cloître (L) était celui des novices. Perpendiculairement s'élevait l'immense infirmerie à trois nefs de huit travées, rappelant la Salle des Morts d'Ourscamp. Enfin, en M, nous retrouvons la petite chapelle construite par saint Bernard, église primitive de l'abbaye. Le grand bâtiment, d'aspect somptueux, qui s'élevait au couchant, ne datait que de i683 et, tout autour de l'abbaye, s'étendaient de vastes vergers, arrosés par de nombreux canaux, et des jardins dessinés à la française.

Ce merveilleux ensemble, modifié à partir de 1720, fut vendu, à la Révolution, pour 862.000 livres, et aujourd'hui Cîteaux, transformé en colonie pénitentiaire, ne conserve plus de son ancienne splendeur que quelques rares débris de la fin du xiv"" siècle.

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La Ferté^ — La plus ancienne des quatre filles de Cîteaux, Tabbaye de la Ferté-sur-Grosne (Firmitas)^ fondée en iii3, a été détruite de fond en comble et il n'en reste que le logis abbatial élevé au XYif siècle.

Le monastère, défendu par un mur d'enceinte,

Plan d'ensemble de l'abbaye de La Ferté

fortifié de tours, était presque entièrement entouré par des cours d'eau. L'église, de sept travées, précédée d'un porche, avait un long transept renfermant quatre chapelles alignées dans chaque bras de croix et un chevet carré, semblable à celui de Fontenay. A la suite du croisillon méridional, mis

^ Nous donnons le plan de la Ferté d'après les dessins tirés des archives du monastère par les Frères Léopold Fink et P. Bonaventure Stûrger ( Cisterzienser Chronik, 1895, p. 'ii'i et s.), et reproduits par A. Holtmeyer.

en communication avec le dortoir par un escalier, s'étendaient la sacristie, la salle capitulaire et le parloir (D). Perpendiculairement au cloître se trouvaient le chaufloir (E), le réfectoire et la cuisine. Enfin, à la place du grand cellier, on éleva, au xvii*^ siècle, les spacieux bâtiments du logis abbatial (L).

Glairvavix. — Le vaste monastère de Clairvaux {Clara Vallis)^ fondé en iiiS, dans la vallée de TAbsinthe, s'inspira directement de celui de Citeaux.

Il reste peu de chose des bâtiments anciens, mais, comme pour Cîteaux, des plans très détaillés et très exacts, relevés par Dom Milley en 1708, complétés par d'anciennes et nombreuses descriptions, permettent de reconstituer intégralement le monastère où vivait la mémoire de saint Bernard.

Clairvaux était tout à la fois une exploitation agricole, un centre de vie religieuse et intellectuelle et une petite cité laborieuse où toutes les industries étaient exercées. Aussi le mur d'enceinte entourant l'abbaye et toutes ses dépendances, traversées par un bras dérivé de TAude, s'étendaitil sur une longueur de plus de trois kilomètres. 11 enfermait, outre les bâtiments réguliers et le monastère primitif habité par saint Bernard, tout une agglomération de logements d'artisans, de granges, de celliers et d'ateliers divers, tels que : moulins à huile et à froment, foulons pour la confection du drap, mus par le cours d'eau, des

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forges, une tannerie importante, une tuilerie, une brasserie, des caves à bière, des pressoirs, etc. Au dire de Meglinger, on y trouvait même, dans un siècle où la Règle était devenue lettre morte, « des peintres et des sculpteurs habiles dans leur art )>.

Le monastère était donc en mesure de se fournir par lui-même de tout ce qui était nécessaire. Toutes ces constructions se reconnaissent aisément sur les plans de Dom Milley, que nous reproduisons d'après les originaux conservés à la Bibliothèque de Troyes.

Dans l'église se trouvait, derrière le maîtreautel, le tombeau de saint Bernard, érigé en 117CS, vingt-cinq ans après la mort du saint, et, dans Tune des chapelles absidales, reposait la bienheureuse Aleth de Montbard, mère de saint Bernard, morte en iii5 et transportée à Clairvaux en isSo. Le chœur des profès, disposé comme à Fontenay, comprenait, aux débuts de l'Ordre, i38 stalles à l'intérieur de la clôture du sanctuaire et des trois premières travées de la nef. En dehors du jubé, dans le reste de la nef, se trouvaient les sièges réservés aux convers qui, affectés principalement aux travaux des champs et des ateliers, formaient un couvent distinct, tout en étant soumis aux exigences de la règle.

Les autres bâtiments réguliers, comme l'indiquent les légendes du plan, rappellent de très près ceux de Cîteaux. L'édicule du lavabo du grand cloître offrait cette particularité d'être accompagné, à droite et à gauche, d'une sorte de portique ouvert

Abbaîe de Clairvaux en 1708

(D'après Dom Milley.)

Légende du plan de Clairvaux. — 1, église terminée à l'abside par neuf chapelles ajoutées au xiii® siècle ; 2, cloitre régulier ; 3, lavabo ; 4, sacristie ; 5, petite bibliothèque (armarium claustri); 6, salle capitiilaire ; 7, petit parloir; 8, escalier du dortoir; P, grande salle ; 10, chauffoir ; 11, réfectoire ; 12, cuisines ; 13, cellier ; 14, petit cloître et son lavabo ; 15, école de théologie ; 16, cellules des copistes ; m\

gô l'architecture cistercienne

formant un dégagement commode. Le cellier^ qui existe encore, était situé perpendiculairement à Téglise, à l'ouest du cloître, suivant la disposition à peu près invariable du plan cistercien. Divisé en trois nefs par deux rangs de robustes piliers, il a plus de soixante-dix mètres de long et servait aussi de grenier à blé.

De nombreux religieux, en dehors des travaux agricoles, s'adonnaient aux travaux intellectuels, aux études théologiques et à la copie des manuscrits.

Aussi retrouvons-nous, de même qu'à Cîteaux, à Test des bâtiments réguliers, le long du petit cloître, renfermant une fontaine lavabo, les cellules des copistes, cellulde scriptoriœ, surmontées d'une grande salle servant de bibliothèque, d'école ou plutôt de lieu de réunion pour les conférences théologiques : Thesium propugnanclarum aida.

Au xviii^ siècle, le superbe ensemble qui avait soulevé l'admiration de Meglinger et des deux auteurs du Voyage littéraire subit de lamentables transformations dans le goût de l'époque. Après la vente nationale de 1791 les bâtiments disparurent successivement dans le naufrage révolutionnaire et, en 1812, l'immense église n'était plus

salle de conférences, Thesium propugnanclarum aula ; 18, infirmerie et ses dépendances ; 19, infirmerie des vieillards ; 20, salle des morts ; 21, rhapelle des comtes de Flandre; 22, salle réservée à l'abbé; 23, noviciat; 24, cellule, chapelle et jardin de saint Bernard; 25, pis'ines ; 26, logement des frères convers ; 27, tanneries, foulons; 28, moulin a huile et à farine; 29, s-ierie; 30, boulange>ie; 31, 31 bis, grandes caves et grenit-rs à foin ; 32, écuries ; 33, logement de l'abbé; 34, logement des hôtes ; 33, entrée du monastère ; 36, vi-rgers et potagers; 37, ancien logis abbatial; 37, entrée primitive du temps de saint Bernard ; 39, ancien logis des étrangers.

qu'une ruine. Aujourd'hui, il n'en reste pas de traces.

L'abbaye de Clairvaux est devenue une maison centrale de détention et seul le grand cellier, utilisé comme atelier, atteste Tancienne splendeur de la troisième fille de Citeaux, qui fut mère de tout un peuple de monastères.

Photo C. hnlart.

Lavabo de l'abbaye de Fossanova

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