RITES ET USAGES
usage fort bizarre, une obligation du pèlerinage à la fontaine Sainl-Méen. Le vœu perdrait tout son effet si Ton ne venait pas à pied et si les frais de la course n'en étaient acquittés au moyen d'une quête faite exprès avant le départ. Cette condition est obligatoire môme pour les personnes les plus riches. La source Saint-Chéron est située un peu plus bas, au pied d'un frêne ; on invoque ce saint pour les maux de jambe. Il y avait, avant la Révolution, à Carbec, un registre de confrérie sur lequel le nom des pèlerins était inscrit moyennant une légère rétribution. L'église paroissiale de Carbec avait, du reste, recueilli une quinzaine de statuettes de saints et de saintes au pied desquelles les pèlerins se pressaient pour obtenir un soulagement à leurs infirmités. C étaient : saint Hellier, martyrisé au vi^ siècle ; saint Ortaire, abbé de Landelles, au diocèse de Coulances ; saint Gaud^ deuxième évêque d'Evreux ; saint Ouën^ évêque de Rouen; saint Chéron, sainte Apolline et sainte Clotilde, la femme de Clovis, que l'on invoquait pour les douleurs. Saint Mathurin est représenté sur un vitrail, au côté droit de l'église.
Le jour de la fête de saint Marc TKvangéliste (25 avril), le curé de Carbec était tenu de venir en procession avec la croix et la bannière à Grestain et de retourner en procession, en chantant, avec le prieur et les religieux, en son église où l'un des moines célébrait la messe.
Le curé de Carbec venait encore processionnellement à l'abbaye, les trois jours des Rogations, puis il se rendait avec les moines aux stations ordinaires ; l'une de ces stations était la Madeleine de Grestain. Ces jours là, le prieur donnait à dîner au curé. Le même curé recevait un bonnet carré de la main des parents des novices, lors de la prise d'habit et de la profession.
Un détail de la vie du B. Pierre Rerthelot fait connaître que les paroissiens de Ilontleur allaient avec le clergé en procès-
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sion solennelle en récitant des prières et en chantant jusqu'à Tabbaye de Greslain. Cette marche religieuse eut lieu au xvii^ siècle « pour obtenir de la pluye • ».
Il ne nous a pas été possible de recueillir d'autres détails sur les coutumes monastiques de Grestain ni sur les usages liturgiques, les obits, les services, les fraternités, l'élection des abbés, le cérémonial à leur mort. Nous ajouterons que le jour d'une des fêtes les plus importantes de l'année, à l'Assomption, les religieux de Saint-Pierre de Préaux venaient en procession à Notre-Dame de Grestain.
Il ne servirait à rien de noter des usages qui étaient communs à toutes les abbayes lors de la prise de possession. Les abbés ou leur procureur étaient soumis à des cérémonies immémoriales : entrée libre de la grande porte de l'église abbatiale, séance au chœur, son des cloches, entrée dans le chapitre, le réfectoire, les dortoirs, maison abbatiale, autres bâtiments, enclos et jardins, où le nouvel abbé levait une bêchée de terre et coupait une branche d'arbre, en présence du prieur, des religieux et de notables personnes qu'une invitation conviait à la cérémonie, telles que les familles de Morseng, de Grosourdy de Saint-Pierre, Legrix de Berville, Legrand des Gruaux, Thirel, et d'autres qui comptaient sur les revenus d'Eglise pour faire vivre leurs cadets.
Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans rappeler la légende que M. Masson de Saint-Amand a répandue après l'avoir trop légèrement admise ^. Cet auteur a écrit qu'une vingtaine d'années avant sa destruction l'abbaye de Grestain possédait un garde-manger digne de LucuUus. Il tenait cette information d'un témoin oculaire. La communication était de nature à piquer la curiosité, mais il n'y a pas lieu de douter que le