‹ L'Abbaye de Notre-Dame de Grestain de l'ordre de Saint-Benoit à l'ancien diocèse de LisieuxChapitre 24 sur 185 · Gallia christ., XI, 256 et 843. Ou en 1179 (v. st · texte numérisé non relu

Gallia christ., XI, 256 et 843. Ou en 1179 (v. st

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tain y possédait d'importants domaines. Il y resta plus de deux années, s'y adonna à des occupations mondaines et y traîna le temps en longueur '. Ce qui veut dire en termes modérés et ambigus que l'abbé Guillaume exploitait l'abbaye comme un fief et qu'il vivait en liaut seigneur dans le comté d'Exeter, « plus occupé de son plaisir que des intérêts de sa maison ». Une absence de tous principes moraux, les mœurs des princes normands, les penchants des barons féodaux chez un moine font de Guillaume Huband un abbé à part et qui se détache sur des figures respectables. Il suffit de jeter les yeux sur les lettres ci-après pour juger que la conduite de cet abbé eut les suites les plus fâcheuses. Voici les faits, que la vérité de l'histoire ne permet pas de supprimer'-. On en trouvera les détails dans la correspondance de l'évêque Arnoul dont nous donnons la traduction. En premier lieu ce prélat lui reprocha de s'être absenté si longtemps de son couvent et lui enjoignit d'y revenir :

Voilà le quntorzième mois environ que vous vous êtes éloigné de votre monnstère sans la permission de votre évêque^ et que vous résidez en un autre royaume dans des contrées d'outre-mer. Quels dommages le monastère na-t-il point éprouvés., pendant ce temps., dans ses biens spirituels et temporels ! Les religieux le savent et toute la contrée peut V attester '\ Or nous avons été informé que vous résidiez en Angleterre., que vous ny faisiez rien autre chose que de soulever

1. Neustria pia, p. 529: (( Mox in Angliam trajecit, ubi cum ultra tempus et vanis occupationibus dcditus. »

2. Noël Dcshays, Mémoires sur les évèc/ties de Lisieiix, p. 70 (édit. de Formeville).

3. « Quartus decinuis mensis agiliir, vel fortassis exactus est, ex quo ad aliud regnum et transmarinas regioiies, a monasterio tuo, sine episcopi lui benediclione et conscientia discessisti. Quanta autem intérim idem monasterium in spiritualibus et temporalibus detrimenta, perpcssum sit : et fratres sentiunl et Iota rcgio i)roteslalur. » — Xeiislri» piu.

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des chicanes devant les tribunaux aux dépens des revenus de votre monastère et sans aucune utilité. C'est pourquoi nous vous commandons de revenir et nous vous ordonnons de nous obéir. Vous devrez donc être de retour dans votre maison après les calendes d'août., à moins qu une maladie ou une tempête sur mer ne vous en empêche. Ne devez-vous pas savoir qu'il est plus pressant de donner ses soins aux âmes que de s'occuper des affaires temporelles ? C'est pour ce motif que., si vous n êtes pas revenu pour le terme indiqué, nous serons obligé de vous adresser un avertissement plus sévère.

L'abbé Guillaume obéit aux ordres de Tévêque, mais après un court séjour dans l'abbaye de Grestain il retourna en Angleterre sans la permission épiscopale. Irrité d'une telle conduite, l'évêque Arnoul lui écrivit une seconde lettre par laquelle il lui ordonnait, sous peine d'excommunication de rentrer sans délai dans son monastère.

Mon frère, vous n ignorez pas combien vos absences ont causé de scandales et de dommages dans l'abbaye. Or, comme nous avons le droit de connaître de ces choses, nous vous ordonnons de cesser ces voyages inconvenants, de donner vos soins au troupeau qui vous a été confié, de ne point vous éloigner vers des pays étrangers sans avoir auparavant assuré l'ordre dans le couvent, sans nous avoir désigné un religieux capable d'y apporter son attention et de pourvoir à ses besoins spirituels et temporels K Mais vous, vous vous êtes éloigné au mépris de l'autorité épiscopale, sans avoir égard au salut de

1. w Quot scandala, quae detrimenta domui tuae, ex causa absentiarum tuarum provenerint, tua fi-aternitas non ignorât. Super quo cum rem ad nostram certum sit diligentiam pertinere, praecipimus te vagos prohibere discursus, et débitas super gregem tibi commissum vigilias vigilare : nec ad remotas discedere regiones, nisi prius disposita donao personas nobis assignasses idoneas, quae curam domus intérim gerere possent, etc. >'.

voire âme ni a celui des âmes qui vous ont été confiées, enfin sans notre permission et sans laisser dans Vahhaye aucune personne qui pût diriger avec prudence ses intérêts ou les gouverner avec sagesse. Nous pensons aussi que vous avez eu connaissance que peu après il s'est commis des infamies dans la maison, que ce monastère décrié honteusement a été l'objet de scandale dans notre pags '. (Test pour ces motifs que, par les présentes, nous vous ordonnons ceci. Vous viendrez, toute affaire cessante, le vingtième Jour après la réception de nos lettres, à moins cjue Vinclémence de la mer ou la maladie ne vous en empêche. S'il en était autrement vous vous tiendrez à compter de ce Jour pour suspendu de vos fonctions à l'autel et de l'entrée de l'église, en vertu de l'obéissance que vous nous devez comme votre supérieur ^. ^

Cependant les religieux de Grestain prenaient chaque jour de plus grandes licences; plusieurs d'entre eux étaient signalés pour leur dérèglement. L'homme laissé pour gouverner en l'absence de l'abbé était si peu propre à contenir les autres et à entretenir la paix, qu'il était le premier à leur donner l'exemple de la débauche et à exciter le trouble: au point qu'étant ivre, il fut tué à coups de perche par deux religieux de la maison auxquels il avait cherché querelle, et qu'il poursuivait le couteau à la main ^.

L'évêque de Lisieux s'adressa au pape Alexandre III :

Dans lévêché que, par la grâce de Dieu, Je gouverne avec zèle, il est un monastère nommé Grestain qui autrefois répandait tout à l'enlour une odeur de sainteté ; mais sous l'admi-

1. i< Unde, sicul ad'tuain credimus notitiam pervenisse, tôt in oodem loco poslmodum prohra commissa sunt, ut et regionem nostram scandalizatam esse coiislet, et monasterium Inrpiter infainatmu. »

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