Noël Deshays, Mérn. sui- les évéïjues de Lisieux, \t
nistration de cet abbé le désordre y est fipparu depuis longtemps ainsi qu en témoignent ceux qui ont vu ou ceux qui Vont entendu dire. Car la conduite scandaleuse des religieux n est plus renfermée dans les murs du cloître ; cest avec audace quelle est offerte aux regards de tous et quelle est devenue publique, parce que ni la crainte de Dieu ni le respect humain nont plus eu aucune action sur les moines de cette maison. Leurs fautes sont d'autant plus graves que la voix publique les a répandues plus loin et plus rapidement ; qu elles ont produit un plus grand mal puisqu aux yeux de tous ce mal parait sortir du sanctuaire. C'est à peine si une faible discipline canonique subsiste parmi eux. Ils ne pratiquent plus la charité envers les autres; ils n'exercent plus l'hospitalité et ne font aucune aumône, mais les restes de la table commune sont impudemment employés à satisfaire leurs vices particuliers. Ce n'est pas tout. Leur folie est allée jusqu'à verser le sang, de sorte que leurs mains ne sont pures d'aucune espèce de crime. Il est certain qu'ils se sont battus à coups de couteau dans le cloître ainsi que V ont prouvé des cicatrices à peine fermées, des blessures encore fraîches. S^d&s.^a.uGiGns pliM sages ne les eussent désarmés , leur violence les aurait conduits à se tuer les uns après les autres *. // est mort dans leur monastère une femme qu'ils ont plongée dans l'eau par un froid rigoureux. Car afin de persuader qu'ils faisaient des miracles et d'attirer un concours de nombreux pèlerins ils promettaient guérison au malade qui supporterait d'être plongé sept fois dans une eau sur laquelle ils faisaient je ne sais quelles incantations en vers. C'est ainsi que cette femme malade plon-
\. « Parva sunt haec, sed ad sanguinein prorupit insania, ut a nulla specie criminis manus eorum servarentur iinmunes. Constat eos in claustro strictis invicem concurisse cultellis, sicut cicatrices vix obductae, et recentia quoque vulnera protestantur. Ac nisi de cultellis eorum pugionem provida sustulisset antiquitas, saepius usque ad alternas etiam mortes intemperentia desaevis' sel. ))
gée plusieurs fois dans Veau glacée ne put supporter le froid et trépassa entre les mains des religieux qui la maintenaient '. Profaner ainsi la religion, cest plutôt conduire les âmes à leur perte qu'appeler sur elles la miséricorde divine pour leur salut. Un des moines tua le cuisinier de Vahhaye pendant quil était penché sur son travail, parce que celui-ci se plaignait de le voir trop assidu auprès de sa femme. Il l assomma du coup vigoureux d'un lourd pilon. Le sang de V innocent jaillit sur les mets qui avaient été préparés pour lui et pour les frères -.
Tai très souvent averti l'abbé de ces manquements à la charité, mais il n'agissait pas plus sévèrement. Il dissimulait les désordres plutôt que de les punir / de sorte que la dissimulation entraîna la hardiesse et que les religieux se crurent tout permis, sans que leur propre raison ni une réprimande vinssent refréner leur licence. L'abbé avait en effet perdu toute autorité, car la discipline est méprisée des méchants qui repoussent les conseils des esprits sages. Le manque dans le cloître des choses nécessaires augmenta l'audace des religieux ; ils prirent plus librement la licence de s'écarter du couvent pour se procurer le nécessaire : car ces sortes de personnes plus patientes à supporter le dénuement que la règle monastique semblent acheter de leurs supérieurs, par la pauvreté, un certain droit de mal faire. Pour qu'il ne leur manquât
1. ■< Ut enim miracula facere credorentur, et quihuslibet commentis saociilarium personarum frequentos invitaronl accessus, sanitatis remédia promittebant ei qui se iacantatae ab eis nescio quibus carminilnis aquae septies sustineret immeigi. Aegra ilaqae mulier aquae glaciali IVequenler immersa iiiter manus comprimentium monachorum congelata decessit, dum vim algoris aegritudo non sustinet. »
2. <( Ministrum coquinae cum debitum pronus exsequeretur officium, quidam è monachis interfecit, quia dical)atur de nimia illius circa uxorem suam frequentia murmurasse. Cervicem ilaque ipsius adacto lotis viribus pistillo gran;liore confregit, et innoxio sanguine pulmenla, quae tam ipsi quani caeteris fratribus parabantur, aspersit. »
Ch. Bkkakk. — L'Abbaye de Xotre-Daine de Greslain. 4
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aucune occasion de quitter le cloître, lahhé, sous prétexte des intérêts de son abbaye, voyageait en Angleterre oii il se laissait aller sans réserve à la bonne chère, ne faisant rien autre chose que de courir et de plaider inutilement. Il y est resté dernièrement presque deux années. Une injonction de son évêque l'obligea à levenir. Il a pu voir létat encore plus déplorable du monastère quil avait abandonné . Aussitôt en butte aux reproches des moines, il allait partir ; Je le lui défendis Jusqu à ce quil meut désigné des personnes capables de le remplacer et de gouverner l'abbaye. Mais oublieux de r obéissance à laquelle le lient ses vœux professionnels, au mépris de mon autorité episcopale, il est partisans ma permission, ne laissant personne à la tête du couvent pour en prendre soin et veiller aux intérêts temporels. La suite des événements ne tarda pas à montrer les résultats déplorables de cet état de choses. En effet, celui quil avait laissé comme son procureur s'étant enivré après dîner dans le réfectoire a frappé de son couteau deux frères et ceux-ci le tuèrent à l instant même avec un bâton qui se trouva sous leur main. Ce nouveau forfait a rappelé les crimes passés, et la voix publique a condamné les î^eligieux en les considérant tous sous le même Jour., car ils sont tous coupables ou d'avoir participé aux désordres ou de les avoir soufferts. Aussi beaucoup de personnes ont dit quil fallait chasser tous les religieux et les remplacer par des frères d'un autre Ordre, que cette expulsion serait la punition des premiers et que la venue des nouveaux moines ferait refleurir la bonne considération de l'Ordre. Pour ma part, fai chassé les assassins : la raison aussi bien que la crainte du pouvoir séculier V exigeaient. J'ai réglé provisoirement ce que J'ai cru nécessaire de disposer car il ne pouvait être rien établi de définitif, puisqii aucun d'eux ne présentait de garanties ni d'après sa réputation ni d'après la connaissance que J'en avais. J'ai cependant fait ce que J'ai pu Jus-
RÉFORMES DISCII^LINAIRES SI
quà ce quune nulorité plus forte pût arrucher tout arbre qui nu point été planté pur notre Père céleste. C'est à vos mains et à votre pouvoir de faire le reste: nos faibles mains ne peuvent rien contre un mal si enraciné. Pour cela si vous avez égard aux désirs de la région presque entière il faut séparer ces hommes quune vie commune et des excitations mutuelles entretenaient dans des mœurs dissolues ; il faut les disperser un à un dans des monastères réguliers oli ils perdent auprès d'inconnus, chacun de son coté et par des relations différentes, cette occasion de faire le mal quils avaient trouvée dans l'association de leur habitude dépravée.
Le vœu de tous, conforme à celui du Prince, serait de transférer le monastère à des chanoines réguliers, de manière à changer d'ordre religieux, à mieux effacer toute trace du passé, et, par la sévérité de cet exemple, à frapper de crainte les autres monastères. Car il en est quelques-uns dans lesquels le dérèglement des mteurs s'est si audacieusement développé qu'on ne s'y rend plus compte de la situation déplorable où l'on est tombé et que d'un cœur endurci on y persévère dans le mal. Par là renaîtrait ici un ordre religieux plus digne et Ion montrerait que la surveillance sévère du siège apostolique ne manque pas de s exercer en tous lieux. De plus il est connu cfue notre province est abondamment remplie de monastères nombreux et renommés. Elle ne possède que peu de chanoines réguliers lesquels sont très pauvres, au point que pour trouver quelque ordre de ce genre il faut le plus souvent que mes religieux quittent notre pays pour aller à l'étranger. Il paraîtrait donc avantageux en général de disperser un petit nombre de moines pour augmenter la quantité des clercs réguliers; et, après avoir déplacé avec soin ceux qui sont connus pour avoir abandonné les règles de leur institution première, de pouvoir retenir les autres dans le sein maternel de l'Eglise. On évitera ainsi que pareils à des enfants
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sevrés ils ne soient poussés à rechercher les soins moins doux dune mère inconnue. C^est par ce moyen qu'on infligera aux coupables une punition profitable pour eux, qui leur ôtera la liberté de faire le mal et les conduira au salut de leurs âmes. Et c'est ainsi également que les vœux de tout le peuple seront favorables à la naissance d'une nouvelle vigne du Seigneur. Voilà ce que dit l'Evêque '.
On possède une troisième lettre de Févêque de Lisieux au pape Alexandre III sur laffaire des moines de Grestain et de leur abbé qui lui suscitèrent tant de tribulations, vers la lin de son épiscopat. Le texte de cette lettre permet d'ajouter quelques détails pittoresques à Thistoire de cette rébellion monastique, en montrant les bénédictins de Grestain s'insurgeant sous prétexte qu'on leur sert du vin trop faible, roulant dans la boue les envoyés de leur évêque et bravant l'excommunication prononcée par celui-ci. Nous en traduisons plusieurs passages :
L'abbé de notre monastère de Grestain s'est, dit-on, mis en route pour aller vers vous ; c'est un homme dissolu et menteur, qui ne se soucie ni d'observer les règles monastiques, ni d'y former les- autres. Il est étonnant que la conscience de ses désordres manifestes et de son incapacité ne suffise pas à l'arrêter, mais son audace s'accroît d'autant plus qu'elle est Jusqu'ici restée impunie ~. Grâce à la faveur des puissants
1. Migne, Palrol. latine, vol. 201, p. 79. Lettre au pape Alexandre III, De dissolulione monasterii Gristanensis, n° LI.
2. « Arripuit iter eundi ad vos, sicut dicitur, abbas quidam noster monasterii scilicet Gristanensis, homo dissolutus et mendax, qui ordinem monasticum nec in persona sua nec unquam observare voluerit nec ad ejus observationem alios curaverit informare. Mirabile est in eo quod excedentem ejus audatiam manifeste dissolutionis et inutilitatis conscientia non refrénai, sed tanto semper insurgit audatior quanto sepius impunitus evasit. » — Bibl. de l'École des chartes, t. LXIII, p. 3o6 ; Lettres d'Arnoul de Lisieux publiées par M. René Poupardin.
quil s est acquise pur son obstination hruyante, par ses plaintes mensongères et d^utres moyens encore^ il élude la main de son supérieur ; nous ne pouvons agir avec lui suivant les formes en usage dans les Justices épiscopales et nous sommes forcés de supporter des abus anciens et nouveaux — Tai rappelé de nouveau F abbé d'Angleterre et Je l'ai forcé malgré sa résistance à revenir pour s'occuper désormais avec plus d'activité des intérêts de son monastère ; J'ai fait appel à cette fin au concours de vénérables et religieuses personnes, et sur leur conseil Je lui ai prescrit la manière d'organiser et de gouverner sa maison selon la règle de saint Benoit, lui enjoignant au nom de l'obéissance de ne pas retourner en Angleterre selon sa première intention, ou de s'en aller plus loin Jusqu'à ce que les religieux dudit monastère ou d'autres appelés du dehors, y eussent rétabli l'ordre par la distribution des offices et qu'une surveillance plus vigilante eût maintenu dans les limites de leur profession ceux qui avaient l'habitude d'en sortir. N'eût été cette nécessité. Je lui aurais par charité accordé la permission d'aller partout où l'appelleraient la nécessité ou les intérêts du monastère. Il a reçu notre ordre avec plus d'insolence que d'humilité, et au bout de c/uelques jours il est retourné en Angleterre sans notre aveu, lai.ssant de côté tout ce dont les devoirs de sa charge et le respect de nos ordres lui commandaient de s'occuper K L'audace de ceux qui étaient ainsi restés sans châtiment s'en est accrue et l'occasion d'une liberté plus grande leur ayant été ainsi offerte, il n'y a plus eu de discipline dans le chapitre, de silence dans le cloître, plus d'assistance ni de respect aux offices divins. Les barrières du cloître, les portes /?ewre.s (novis-
1. « Tpse autem mandate nostro magis insolenter quom humiliter accepte post paucos dies sine conscientia mea renavigavit in Angliam, postpositis scilicet omnibus que secundum debitum officii sui et mandati noslri reverentiam priusquam abscederet debuerat ordinasse. »