‹ L'Abbaye de Notre-Dame de Grestain de l'ordre de Saint-Benoit à l'ancien diocèse de LisieuxChapitre 50 sur 185 · Dupont, Histoire du Cotentin, etc., Il · texte numérisé non relu

Dupont, Histoire du Cotentin, etc., Il

3. « Les Anglois après avoir surpris Pont-Audemer se répandirent dans tout le pays le pillant et ravageant, de sorte qu'on n'apréhendoit qu'eux et on ne croioit veoir qu'yeux, si bien que Jean de Boutetorte, habitant de GIos, ej quelques autres habitans ayant aperceu deux hommes à cheval entre Montfort

LES ANGLAIS A GRESTAIN 85

cents Anglais se portèrent sur cette place, s^en emparèrent et la livrèrent au pillage '. Le chroniqueur ajoute que peu d1iabitanls purent s'enfuir « en nefs et vaisseaux ».

Il a paru indispensable de rappeler brièvement ces faits de guerre afin de fixer en quelles circonstances Fabbaye de Grestain a été ruinée et le nombre de fois.

Pendant quelque temps l'abbaye avait été préservée. Mais quand les Anglo-Navarrais eurent occupé militairement Pont- Audemer qui commandait la vallée de la Hisle, et pris position à Honfleur pour se ménager des débouchés par mer, ils tinrent la rive gauche de l'embouchure de la Seine jusqu'à Quillebœuf et la plus grande partie du Lieuvin. Alors s'avançant dans les campagnes pour se mettre en mesure de vivre sur la région, les détachements anglais commencèrent leurs courses de pillards et rançonnèrent les paysans, les bourgeois, les ecclésiastiques sans défense. Ces bandes destinées, croyaient-elles, à rester l'hiver dans la contrée se formaient ainsi des magasins de subsistance.

Il est donc facile de comprendre quel a été en ces occasions le sort des abbayes. Les habitants du voisinage y mettaient à couvert leurs récoltes et leurs bestiaux. L'ennemi faisait halte, enlevait des chariots de fourrages et de grains, puis usant de précaution il détruisait les bâtiments où les gens du pays auraient pu se retrancher ou des troupes se fortifier pour s'y défendre.

En 1358, selon toute probabilité, l'abbaye de Grestain a été pillée et détruite en partie par les Anglo-Navarrais. Les

et Glos, allèrent à eux, leur demandèrent qui ils estoient. Comme ils ne répondirent point, le supliant en tua un et l'autre se sauva. Malheureusement cet homme tué estoit Jean le Breton, valet de Jean de Bellanguer, écuier, qui conduisoit un Anglois en prison. Le Dauphin, due de Normandie, pardonna la méprise. )> — Rémission par lettres données à Rouen en 13o9, confirmées en 1381. — Arch. nat., JJ. H9, n° 403.

1. Chronique des quatre premiers Valois, p. 38, 40, 45, 61 (édit. S. Luce).

moines qui, comme d'autres religieux, possédaient une maison de refuge à Rouen s'y étaient retirés. La maison s'élevait sur la paroisse de Saint-Eloi ; Charles V leur en assura par pure grâce l'amortissement en 1359, « en considération qu'ils avoient eu leur abbaïe et manoirs ars et dégastez par les ennemis' ». Le sort d'un grand nombre de monastères, leur état, n'était pas moins déplorable. A peu de distance de Grestain, s'élevait l'abbaye bénédictine de Notre-Dame-de- Préaux que des murailles et des tours défendaient. Elle fut entièrement détruite ; les flammes consumèrent le mobilier; les moines se dispersèrent^. L'ancien Préaux fut apparemment anéanti avec l'abbaye. A Gormeilles, les religieux de Saint- Pierre devinrent aussi les victimes des bandes anglaises, navarraises et françaises ; les unes comme les autres se livraient au pillage^. Le pape Innocent ^ I, dans une lettre du 28 août 1357, déplorait les atrocités commises dans le diocèse et dans la ville de Lisieux'. Un chroniqueur écrivait : (( N'omcques, puis que Diex fu mis en crois, n'estoit nul qui omcques eust veu, ni leu, en romanz ne en croniquez, tel temps comme il couroit en ce temps\ »

Les documents présentent à nos yeux un sombre tableau pendant l'abbatiat de Jean F'', quatorzième abbé de Grestain. Les religieux n'eurent pas plus la possibilité de vivre régulièrement sous son successeur, ni d'éviter les rapines des gens de guerre.

XV, — Jean II le Maigre devint abbé en 1362, d'après le

1. Pièces justif., n° 30. Lettres de Charles V données à Rouen en septembre 1359. — Arch. nat., JJ. 87, n° 183, fol. 112 r°.

2. D'après une chronique de ce monastère, dans Hist. de la maison d'Harcourt, III, 20. — Cf. Canel, Essai sur l'arr. de Pont-Audemer, I, 325.

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