‹ L'Abbaye de Notre-Dame de Grestain de l'ordre de Saint-Benoit à l'ancien diocèse de LisieuxChapitre 51 sur 185 · Chron. norm., p. 102 (édit. Molinier · texte numérisé non relu

Chron. norm., p. 102 (édit. Molinier

LES ANGLAIS A GRESTAIN 87

Gallia. La guerre continuait dans la contrée malgré les traités de paix, malgré les mesures prises pour l'évacuation des forteresses de Normandie tenues par les Anglais. Jean Chandos et Louis de Harcourl délivrèrent notamment les places du Xeubourg et de Hon fleur (136ij. Mais Pont-Audemer restait en la possession de Charles de Navarre. La garnison anglo-navarraise continuait à y vivre d'incursions et de pillages. D'autres bandes composées d'Anglais et d'aventuriers de tous pays s'étaient répandues librement dans les campagnes. L'une d'elles avait pris ses quartiers dans l'abbaye de Grestain et l'avait solidement réparée. Un seigneur du pays, Jean de Bailleul, était venu se joindre à ces gens de toutes sortes'. « Comme se feussent assemblez plusieurs gens d'armes de compagnie et de plusieurs nacions et eussent prins leur retrait ou refuge en l'abbaye de Gratain,lesquelz pour lors estoient moult craintz et doubtez ou pais et es parties d'environ pour les grans extorsions, excès et maléfices que ilz faisoient, avec lesquelz s'estoit mis et acompaigné feu Jehan de Bailleul qui estoit né du païs de Gratain. » L'existence du peuple rural, des habitants des bourgs et des villes non fortifiées d'une contrée aoréable, riche en pâturages et en grains, était devenue misérable.

Vers le 17 avril 1362, James de Pippes, chevalier anglais, après avoir ravagé la Basse-Normandie, vint dans le Lieu vin, prit l'abbaye de Cormeilles, s'y fortifia, et de là, rançonna la région comprise entre Lisieux et Pont-Audemer'. Cormeilles fut détruite en partie ; les religieux en furent chassés mais, de même que leurs voisins de Grestain, ils avaient acheté à Rouen une maison de refuge oîi ils se retirèrent, rue Saint- Maclou, paroisse de Notre-Dame, « pour là continuer à

1. Rémission pour le meurtre de Jean de Bailleul, pièces justif., n° 33.

2. L. Delisle, Hht. du chileau et des sires de Saint-Saaveur-le- Vicomte, p. 125. — Luce, Hist. de du Guesc/in, 361, 362, 370, 472. — Chron. norm. du A7V^«s.,p. 160, 164, 329, 331 (édit. Molinier).

célébrer l'office divin comme ilz y estoient obligez. » En avril 1366, le roi leur remit ramortissement de cette maison*. L'abbaye de Cormeilles devait survivre à ces désastres, mais la région du Lieuvin ne cessant pas d'être le théâtre de continuelles expéditions, peu de communautés restèrent debout. Le prieuré de Saint-Gilles de Pont-Audemer, situé à l'extrémité du faubourg de cette ville, tomba, fut détruit par la guerre et il fut incendié par cause fortuite, dit la chronique : casu forluito comhustus extiferit-. Nous ne contestons pas ce fait, tant s'en faut, mais les incendies fortuits qui, dans ce temps, consumèrent les monastères nous laissent quelques doutes sur leur cause. La guerre a ses impitoyables nécessités.

On touchait d'ailleurs au temps où le malheureux pays de Normandie allait être reconquis pièce à pièce, avec beaucoup de peine, par l'épée de du Guesclin. Toutefois les choses n'en étaient pas encore là à l'automne de 1364, Le 15 novembre de cette année-là, des troupes anglo-navarraises, qui peut-être avaient pour objectif de reprendre Honfleur, assaillirent et prirent l'abbaye de Grestain ; elles l'occupèrent neuf mois, jusqu'au 10 août 1365 ^ On ne saurait dire que les religieux y résidaient, ils s'étaient enfuis vers la retraite qu'ils avaient eu soin de se ménager à Rouen. A leur retour d'une émigration pour ainsi dire périodique, après le départ des gens de guerre, des routiers et des pillards, l'abbaye de Grestain était détruite en partie et, dit un auteur, presque rasée au niveau du sol ^. Le Neustria pia fournit ce renseignement qui, selon toute vraisemblance, a été puisé dans des archives dont on ne connaît aujourd'hui que de faibles débris. Quoique exa-

1. Arch. nat., JJ. 96 « Amortissatio religiosis de Cormeliis. >•>

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