ORIGINE ET FONDATION H
OÙ l'illustre àbbé de Dol se relirait quand les affaires lobligeaient à séjourner chez les Francs. L'humble habitation de saint Samson était devenue l'abbaye de Pental dont les derniers débris étaient amoncelés sur les bords de la Risle en 1828.
On a donc devant les yeux une abbaye al)andonnée depuis cent cinquante ans environ, un monastère déserté, une maison en ruines. Pour étudier Grestain, les seules données qui puissent être utilisées .indépendamment des textes manuscrits sont celles que le Neusfria pia fournit. On y trouve, ou peu s'en faut, tout ce qu'il est possible de savoir sur les faits historiques. L'abbaye de Grestain, il est utile de l'observer, inconnue de nos jours, a jadis été profondément délaissée par les historiens. Il y a même eu des omissions vraiment curieuses. Dans son Histoire ecclésiastique, très estimée et souvent citée, Orderic Vital n'a pas une seule fois fait mention de Grestain, cependant plus qu'aucun autre écrivain il était informé de la fondation des abbayes de Normandie. N'a-t-il pas parlé de Couches, Préaux, Lyre, Saint-Pierre-sur-Dive, Troarn, Cormeilles, etc.? Quant à Grestain que venait de fonder le beaupère du Conquérant, pas un mot. Ce silence nous a surpris, mais nous n'avons pas de conjectures à avancer. Au xii^ siècle, on n'était d'ailleurs pas mieux informé du nom du fondateur de Grestain au sujet de qui il ne semble pas avoir existé une constante tradition. Guillaume de Jumièges a nommé Robert de Mortain ^ Ce seigneur a effectivement fait d'importantes
faire construire à ses frais un monastère à l'usage de Tabbé-évèque breton. Ce monastère fut sans doute élevé à la mode bretonne, car Samson l'appela son Peniti, ce que les latinistes du temps traduisirent par Penilalc monasterium, et d'autres ne comprenant rien h ce Penitale en firent ensuite Penilalc monasterium, ce dont on a fini par faire en français monastère de Pental, prenant ce mot de Pental pour un nom de lieu, contresens de la plus belle eau, car le nom primitif émanant de saint Samson signifiait simplement que quand il était chez les F'ranks cette maison était son peniti, c'est-à-dire le lieu où il se retirait pour vaquer à ses austérités. »
1. Ilistor. de Fi\, XI, 46, 340: « Monasterium Gresteni Robertus comes Moritolii fccit. »
donations à Noire-Dame de Grestain, mais il ne l'avait pas fondée. D'après Robert de Torigni ou du Mont, le fondateur de l'abbaye a été Herluin de Conte ville '. Aussi est-on assez étonné de lire dans un autre écrivain, Robert Cenalis ou Cénal, évêque d'Avrancbes, que Grestain a eu pour fondateur un baron de Harcourt qu'André de la Roque a identifié avec Robert IP du nom, fils de Guillaume de Harcourt. Mais en quel temps a vécu ce sire et baron de Harcourt? Il vivait encore, dit André de la Roque, en Tannée 1212. Or, Grestain a été fondée en lOoO environ. On relèvera donc dans cette information une impossibilité et un anachronisme. Voici le passage : « Il (Robert) fonda l'abbaye de Nostre-Dame de Grestain, ordre de saint Benoist, dans la terre de Grestain au diocèse de Lisieux, selon Robert Cenalis, évesque d'Avrenches, de quoy quelques-uns ne demeurent pas d'accord pour la première fondation qu'ils attribuent à Robert, comte de Mortain, et autres seigneurs de ce temps-là, de laquelle abbaye Claude Robert, après le cardinal Baronius, fait mention sur Tannée 1181 '. » Ce sire et baron de Harcourt ne fut point le fondateur de Grestain ; au témoignage du Neusfria pin, il fit construire le cloître de l'abbaye ; il en était ainsi l'un des principaux bienfaiteurs.
Un autre fait controuvé est également à redresser. On lisait sur le nécrologe de l'abbaye ces mots : « Obitus Bajocensis episcopi, fundatoris ejus loci -^ » On s'est autorisé de cette mention pour faire d'Odon de Conteville le fondateur de Grestain ^ sans doute en pensant que les moines devaient savoir ce qui s'était passé chez eux. Cela n'est pas bien certain ; les traditions sont le plus souvent défigurées. Encore là il n'y a