‹ L'Abbaye de Notre-Dame de Grestain de l'ordre de Saint-Benoit à l'ancien diocèse de LisieuxChapitre 78 sur 185 · DROITS ET COUTUMES · texte numérisé non relu

DROITS ET COUTUMES

omni custuma. La donation est de la seconde moitié du xi^ siècle. A première vue, il serait naturel de croire que le comte de Mortain possédait Fiquetleur puisqu'on le voit disposer libéralement de ses revenus sur le marché qui se tenait en cet endroit. Il n'en était rien. Les chartes de Tabbaye de Saint-Ouën de Rouen, font connaître que Robert Rertran le Tort et Suzanne sa femme, vers l'année 1060 ou du moins antérieurement à la conquête de l'Angleterre, fondaient le prieuré de Beaumont-en-Auge ; qu'en faveur de cette fondation ils abandonnèrent aux bénédictins de Saint-Ouën l'église de Saint-Georges, la présentation à cette église, les cens et tout ce qu'ils possédaient à Fiquefleur ^ \\ semble que, de là, on peut conclure à la possession par les Bertran du territoire et de l'église de Fiquefleur ^. Cependant il est parfaitement connu, que, vers la même époque, Robert de Mortain y exerça un droit de propriété sur le marché. On voudrait savoir à quel titre. Peut-être l'explication s'en trouve-t-elle dans un passage de la charte de l'an 1189. Le donateur y déclare qu'il tient du roi Guillaume tout le rivage et les coutumes qui s'y perçoivent depuis l'épine de Berville jusqu'au Noir-Port ■'. En vertu de ce don, le monopole seigneurial sur les foires et sur les marchés appartenait au comte de Mortain dans les limites ci-dessus indiquées. Mais, comme on le sait, les terres qui bordent la côte n'étaient point tenues de lui. Pour que Robert de Mortain ait pu disposer du marché de Fiquefleur au profit des moines de Grestain, on est porté à croire qu'il a

\ . Charte confirmative de 1254 : « Ecclesiam Sancti Georgii de P'iiquedue cum omnibus suis pertinenciis et presentacionem ejusdem ecclesie, et in villa census cum omnibus pertinenciis que ibidem possident. »

2. Au xiv^ siècle, on rendait aveu, pour des terres situées à Fiquefleur, à Jeanne de Hais, héritière des Bertran de Ronche ville.

3. Terrain et çjalenin quantum fluctua consuetudinarie ascendit cum omni custuma cujuscumque antea certana terra fuerit sicut dominux suus rex M'illelmus ci donavit.

fallu que les étaux des pêcheurs aient été placés sur le rivage même, sur le « perroi o de la mer, autrement dit le galet et les atterrissements qui ont de siècle en siècle comblé Tanse de Fiquefleur K

Si obscures que soient Torigine et la division des possessions domaniales dans la région qui nous occupe, il est naturel cependant de croire que les revendications des Bertran de Roncheville, produites en i2o6et relatives aux ports de Fiquefleur et de Cremanfleur, ont eu pour cause première l'exercice des droits seigneuriaux sur un territoire qui leur avait primitivement appartenu, mais aux dépens duquel le Conquérant avait constitué des seigneuries pour sa parenté maternelle, charge qui a été pesante.

he port de Fiquefleur des xii^ et xiii^ siècles se trouve naturellement indiqué par l'embouchure de la petite rivière la Morelle. formée de trois sources dont deux sont situées dans le canton de Beuzeville et une (la plus forte) sur le territoire de Quetteville. Dans son premier état, ce « port » était une crique habitée par des pêcheurs, comme celles de Jobles, de Berville, de Cremanfleur, qui placées dans des conditions peu favorables ont disparu sous les alluvions. Toutefois l'historien doit tenir pour vrai que jusqu'au xiv^ siècle Fiquefleur a possédé une population maritime. Elle a fourni son contingent à l'armée navale mise sur mer sous le commandement de l'amiral Hue Quiéret en l'année 1340. La nef la Sainte-Catherine^

1. L'abbaye du Bec a également possédé à Fiquefleur une halle et certains droits de coutume, par suite de l'acquisition du manoir de Neuilly, situé à Beuzeville (1324). L'abbé et le couvent du Bec rendaient aveu au roi, le 9 mai 1419, à cause des balles de « Fiquefleu » ( Arch. nat., P 1922-', n" 46716). Ils percevaient cinq boisseaux de sel à Cremanfleur (1232) ; ils avaient un droit de coutume sur le poisson frais qui se vendait à Honfleur et sur le pain et le sel qui se vendait dans la même ville, rue de Notre-Dame, où Robert Bertran les avait exemptés de payer aucun droit (1240). — Bibl. nat., Cinq Cents de Colbert, vol. 190, fol. d3o2-1414.

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de Fiqiiefleur, capitaine Pierre Ilillies, et son équipage de 80 liommes, périrent à la bataille de l'Ecluse '.

Au XIII'' siècle, dit Aug. Le Prévost, les pêcheries de Fiquetleur avaient une certaine importance -. On lit dans le (Joutumier de la vicoinlé de l Eau de Rouen, art, 71 et 87 : « Les hoirs messire Jehan des Vignez '^ doyvent à la Viconté de Rouen quatre livres chinq soubz de rente, par an, pour ij coullieux lesquieulx doyvent estre rendus à la Vicomte, le jour de la Candelleur, pour la coustume des estaulx au poisson de Honnefleu et de Fliquetleu ; et puent faire les sergens de la Vicomte de TEaue de Rouen justice sur les dis estaux, se la rente n'estoit paiée au terme qu'elle est deue ^ ». Mais la limite oîi se renferme notre travail ne nous permet pas de voir de plus près ces vieux temps '".

Droits de pêche. — Au moyen âge, les institutions seigneuriales qui ont régi la propriété foncière avaient aussi déterminé les conditions de la domanialité des cours d'eau navigables. Les eaux de la Seine, à son embouchure, étaient de la suzeraineté du comté de Tancarville tant du côté du nord que du côté du sud. Elles étaient connues sous le nom AEauries de Trincarville '' et elles s'étendaient, du côté du sud, depuis le gord ou rabat de Quillebeuf jusques au Noir-Port, lieu-dit qui a sa valeur historique et géographique ^. Dans ce quartier,

1. Bibl. nat., ms. nouv. acq. fr., 9241, fol. 17-18. Cf. Ch. de la Roncière, Ilist. de la marine française, I, 439-440.

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