‹ L'Abbaye de Notre-Dame de Grestain de l'ordre de Saint-Benoit à l'ancien diocèse de LisieuxChapitre 96 sur 185 · LES AHP.ES COMBIEN DATA IRES · texte numérisé non relu

LES AHP.ES COMBIEN DATA IRES

lo3

auparavant, Augustin de Thon, son oncle, lui avait résigné Notre-Dame de Grestain. On a de lui une quittance datée du 20 juillet 1643 où il prend la qualité d'abbé de Grestain '.

Mais lorsqu'il entra en possession de l'abbaye, il l'avait trouvée dans un état de délabrement complet. La vie monastique, à en croire les actes qui nous sont parvenus, n'y profitait que d'une retraite précaire. On en jugera par les détails qui suivent. Les murs de l'église, la tour recouverte d'ais cotelés, les voûtes de la nef, celles des chapelles de Notre-Dame et de Saint-Benoît, étaient en ruine. On constatait la destruction de huit piliers du cloîlre, de la couverture qui recouvrait la charpente du dortoir et du réfectoire : ces deux corps de bâtiment paraissent avoir eu vingt-trois toises de long. Dans l'église dépouillée de ses vitraux et exposée aux vents de tous côtés, on ne pouvait conserver ni lampes, ni cierges allumés. Le mobilier liturgique ne présentait pas un état moins lamentable. On possédait bien quelques livres servant à célébrer la messe ou à dire les heures canoniales, mais ces missels et ces antiphonaires u dans lesquels on ne pouvoit du tout lire à raison de leur antiquitté » étaient rompus et lacérés. Les aubes, les nappes, les linges d'autels, les ornements manquaient pour les offices. A ce triste dénûment, il faut encore ajouter que le chœur de l'église était dégarni de sièges pour asseoir les moines.

A l'extérieur, si l'on portait ses regards sur les murailles de l'enclos qui présentaient à la vue trois cent soixante dixhuit toises de développement, sans compter une vieille

Savary do Brèves fit bail de l'entier revenu de l'abhaye à Robert Piedeliepvre, procureur à Pont-Audemer, par le prix de 10.000 livres. Les cliarf-es ordinaires à déduire de ce revenu étaient de 4.043 livres.

1. Bibl. nat., Pièces orig. 26;")0, dossier ;)8907, n" 2b2. Quittance de la soramo de 100 1. t. pour une année escheue le dernier jour de décembre 1632 à tause de pareille somme de rente constituée à M'« Auguste de Thou, le 19 janvier 1ÎJG8, sur le clergé. Signature : Gaston Savari/ Brf'ves.

15i l'abbaye de kotre-dame de grestain

muraille ruinée bâtie anciennement à l'est de l'abbaye, du côté de la rivière la Vilaine descendant de Saint-Pierre-du Châtel, la maçonnerie était à refaire. Il en était de même pour le pressoir, pour le cellier, pour le colombier, etc. Tous les bâtiments, sans en excepter aucun et en y comprenant l'église, apparaissaient à demi renversés. En examinant les requêtes des religieux et en écoutant leurs plaintes, on dirait que dès ce temps l'abbaye de Grestain était désignée à la pioche et au marteau '.

Le moment n'en était pas encore arrivé. On fit exécuter des travaux de consolidation et d'appropriation tant aux bâtiments conventuels qu'aux autres maisons. Pour assurer le paiement des réparations, on avait saisi le revenu de l'abbé et les pensions des moines. Alors on plaida. Une sentence du lieutenant de la vicomte de Pont-x\udemer, en date du 26 novembre 1641, rendit exécutoire l'arrêt du parlement de Normandie du 5 juin de la même année, confirmé par un autre arrêt du 6 novembre 1643 qui ordonnait qu'il serait procédé à toutes réparations nécessaires ainsi qu'à l'achat d'ornements, « à laquelle fin le tiers du revenu de ladicte abbaye y sera employé >k Le second tiers était réservé pour

1. Aich. dép. de l'Eure, H. 347. Requête du 24 septembre 1643 et Procèsverbal du 20 octobre 1643.

« A esté reconnu qu'en ladite esglise et en la tour d'icelle nécessaire est de mettre des contrevens et recouvrir ladite tour d'aiz costelez ainsy qu'elle a esté par ci-devant ; employer au reffectoire et dortoir du cloistre trois douzaines de chevrons ; réparer le pressoir, la maison dessus la porte d'entrée, la grange, le colombier, les murailles de l'enclos, l'arche de la grande porte, l'autre voulte comme on entre à main gauche, la muraille dans l'enclos joignant la chambre du receveur jusqu'au réfectoire, ledit réfectoire ayant 23 toises de long, y refaire la grande vitre ; refaire huit piliers du cloistre ; les marches du chapitre, du dortoir, du perron de l'esglise ; la voulte de l'esglise où estoient les orgues ; le rempart du pignon de l'esglise qui est en tolalle ruine ; la muraille du jardin du prieur ; la couverture de la nef, etc.

La dépense montait à : charpenterie, 1800 liv. ; massonnerie, 13.5oO liv. ; plâtrerie, 500 liv. ; menuiserie, 1.200 liv. Total : 17.050 livres.

Page 1