GUILLAUME III D'HARCOURT, 21«. ABBÉ
Les dix années pendant lesquelles Guillaume d'Harcourt administra
(1) UniTenb présentes lifteras inspectons, Tliomas, permissione divins, humilis abbas monasterii sancii Stepliani de Cadomo, etc.
Actum anno Domini M*. CGC*. LVIII*. die Mercnrii ante festum sancti Laurentii. — Giiarte originale, sur paidiemin , ArelÛTes du Calvados. SuppUmenU
(3) Nous lui donnons ce nom d'après le texte cité par le GaUia ChrUtiantu Guillelmos de Harcurio, abbas sancti Stephani Gadomensis, cam hospitalibus Cadomi de Garsallonim décima pacisdtnr, 1306, annaente Garolo V,
Tabbaye furent signalées par des événements aussi désastreux pour la Normandie et pour la ville de Caen en particulier , que Tavaient été les années précédentes. Le roi Jean avait expié tristement , à la bataille de Poitiers (le 19 septembre 1356), les fautes dans lesquelles Tavait entraîné une administration aussi cruelle qu'inintelligente. Le Dauphin ne pouvait arrêter le débordement des maux qu'entraîna la captivité de son père, malgré Thabileté qu'il déploya, soit dans sa lutte contre Charlesle-Mauvais, soit dans ses rapports avec la commune de Paris, dont la courageuse initiative sauva la France, au moment où tombaient la royauté que Pbilippe-le-Bel avait élevée si haut, et Taristocralie féodale, victime de son indiscipline et de son aveugle impétuosité. Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, possédait le Gotentin tout entier, le comté de Beaumontle-Roger, la vicomte de Pont-Audemer , les chatellenies de Breteuil et de Couches; Philippe d'Ëvreux, son frère, et Godefroy d'fiarcourt, maîtres d'une partie de la Normandie, y portèrent partout le ravage (1).
Le traité de Brétigny, en 1360, imposa à la Normandie, comme au reste de la France , de nouveaux sacriflces ; il fallut que la ville de Caen, ainsi que celles de Paris et de Rouen, en garantit Texécution et envoyât des otages à Londres. Elle paya de plus une taxe énorme pour sa part des trois millions d'écus d'or, exigés par le roi d'Angleterre pour la rançon du roi Jean. Une grande partie de la taxe pesa sur les abbayes de S^. -Trinité et de St. -Etienne. Les grandes compagnies, troupes de brigands , composées des soldats licenciés après le traité de Brétigny, infestèrent les diverses provinces; plusieurs de ces bandes redoutables parcoururent la Normandie , et les domaines de Charles-le- Mauvais devinrent un foyer permanent de troubles et de guerres.
Ce fut alors que Duguesclin fut envoyé contre les troupes du roi de Navarre, par Charles Y, dont ses exploits raffermirent la couronne. Il vint à Caen, en 1364 et y retourna en 1370 , dans l'année où il fut nommé connétable , accompagné du maréchal de Blainville, des comtes de Perche et de Saint-Paul, des seigneurs de Rohan, de Clisson, de Vienne et de Mauny. Ce fut encore l'abbaye qui se chargea de recevoir et de traiter ces hôtes illustres.
(1) Godefroy d'Harcourt, assiégé dans son château de Sr.-SaaTear-le-Vicomte, fut défeit et tué avec ses compagnons dVmes, le It novembre 1356.
IIA ABBATB DB SAINT-IÎTIENNE DB GABIf.
Eb 1368, se termioa une contestation dont Torigine remontait jusqu'à Tannée iS29, et qui avait été plusieurs fois alteraatiyement portée dé l'Officialité de Caen au Parlement de Rouen, sans avoir pu recevoir une solution définit! ve« Il s'agissait dn droit de juridiction de Fabbaye, toujours contesté par les représentants de Tautorité royale.
Au nombre des fiefs que possédait l*abbaye dans le Bourg-I'Âbbé, il y en avait un qu'on désignait sous le nom de ûe( Pend-tarron ou fief dn Bourreau. En vertu du droit de liasse et moyenne justice qui leuravait été donné par leur fondateur, les religieux de Tabbaye pouvaient faire conduire dans leur prison tous les laïques ou les ecclésiastiques qui s'étaient rendus coupables de quelque mauvaise action dans l'étendue de leur juridictioD. Or, vers Tannée 1329, un malfaiteur, nommé Héliot Férey, ayant été saisi par les sergents de Tabbaye et emprisonné, le bailli de Caen le fit enlever par ses soldats et conduire au cfa&teau , en déclarant qu'il s'opposait au prétendu droit dont se targuaient les moines de St -Etienne. Aussitôt requête est présentée au roi Pbilippe Y I , par Thomas de Colomby, prieur, et Jean Lesueur, sénéchal de Tabbaye , s'autorisant , soit des droits sur le Bourg-TAbbé qu'ils tenaient de leur charte de fondation, soit d'une autre charte postérieurement donnée à eux, en 1325, par le roi Gharles*le-Bel. Les termes de cette dernière charte ne paraissant pas très-clairement applicables au cas présent, le roi ordonne que les parties auront à se présenter devant Téchiqnier de Rouen, pour établir par preuve et par témoignages leurs droits réciproques. L'échiquier de Rouen donna gain de cause à Tabbaye, quant à son droit et à sa juridiction, et il f\it ordonné qu'elle serait remise en saisine de sa seigneurie et justice du fief Pend-larron , par un arrêt donné à Rouen , en Tan de grâce 1330.
Mais Tabbaye demandait qu'on lui restituât le prisonnier qui avait été indûment soustrait à sa juridiction. Sur ce point , les parties furent renvoyées aux prochaines assises. L'affaire traîna en longueur; et ce ne fut que six ans après, qu'un nouvel arrêt de Téchiquier de Rouen leur donna gain de cause en ces termes : « Les dits religieux ayant atteint la ressai- 8 sine de la seigneurie et justice d'ung tenement appelé le fieu Pent « larron, assis en la paroisse de St.-Ouen de Yillers et au terrain de f St.-Nicolas, laquelle seigneurie lui avoit été empêchée grand pieça par 1 aucuns des gens du roy , notre sire, avant que le duc, notre sire, vinsist
HISTOIBB. — 2*. <POQ0B, 120ft-l&50. il5
« ao gouTeniemeot de la duché de Normandie ; nous ordoonoos easement « le dit aéuécbal être ressaisi par corps on par figiire d'ang malfaiteur
< appelé Héliot Férey qui a^olt esté prias saisy d'nug larcin ei admeué « en la prison des dits religieux , de la quelle il avoit esté tiré par le vic comte qui pour le temps estoit, et admené au cbfttel en prison; ordonnons t aussi estre rendu aux dits Mbé et procureur tous les émoluments qui c à cause du dit fieu avolent esté levés depuis rempeschement mis. »
En vertu de cet arrêt, Henri Legay, lieutenant du bailli de Caen , après avoir fait tire solennellement le jugement qui conférait aux religieux la saisine du fief Pend-larron, c en la présence de grand foison de peuple ■ illecques présent , et venu tant pour ce que pour autre chose • , commanda à Roger de Verdun , sergent ordinaire de la ville de Caen c qui
< présent estoit, d*aller en carrefour, et à ouye de paroisse ressaisir « Tabbé et le sénéchal de St. -Etienne, de leur fief Pend-larron, sy que
< il dust souffire: ordonnant as babitans et resséants au dit fieu que aux € dits religieux et à leurs gens entendent et obéissent. >
c Tant comme appartient à la restitution do sieur Héliot, pour ce qu*il « n'estoit mais es prisons du Duc , nostre sire , ne en pays , mais avoit « esté délivré de la prison par la grftce du Duc, nostre sire, au com- « mencement de son advènement , saoof le droit des dicts religieux , sy « comme il apparessoit par les lettres scellées du dict bmlli de Caen, f le sénéchal de Tabbaye en sera ressaisi par figure d'image. •
Ordre fut donc encore donné au sergent pour qu'il remit solennellement dans la prison de Tabbaye une effigie du coupable qui avait été soustrait à sa juridiction , et c'est ce qui eut lieu immédiatement, avec un grand appareil.
Hais tout n'était pas fini ; si les religieux avaient recouvré les droits dont ils avaient été dépossédés et s'ils rentraient solennellement en jouissance de leur fief de Pend-larron, ils devaient aussi en supporter les charges. Il leur fut donc ordonné par le roi , en l'année 1363, d'avoir à fournir un bourreau à la justice , selon la charge imposée de tout temps à leur fief. Après mainte contestation et par la grâce spéciale de Charles Y, ils finirent par se faire dispenser d'une obligation justement considérée, par le roi , comme chose déshonnête et impertinente. Ils conservèrent le fief, qui était tellement mêlé avec les appartenances de leur Bourg-l'Abbé,
116 ÂBBATB DE SAlNT*iTIB!<«NE DB CABIf.
qu*à grand peine, il en pouvait être séparé sans grand dommage d'iceux et de leur dicte église. MoyenDant une rente de 8 livres, portée plus tard à 16, ils se virent délivrés de l'obligation de donner un successeur à Jean l'essoreillé y le dernier pend-larron qui venait de mourir. On attendit cependant encore trois ans avant de conclure définitivement Taffaire , et ce ne fut réellement qu'en 1868 que se termina un procès qui avait duré près de quarante ans.
Guillaume d'Harcourt eut à reprendre avec Tévéque de Bayeux , Louis Tézard, le débat qui paraissait, comme nous Favons vu plus haut, avoir été terminé par Taccord fait entre Tabbé Robert et Pierre de Vilaines. Après des dits et des contredits, échangés entre Tofficial de Tévêcbé et celui de Tabbaye, Tabbé Guillaume et TÉvéque convinrent enfin qu'ils s'en rapporteraient à la décision arbitrale de • vénérables et discrètes personnes Richard Quesnel et Jean Baudry, chanoines de Bayeux, et Robert d'Anisy, chanoine de Lisieux, licencié en droit civil et en droit canonique. »
« La perfidie du Démon, disaient-ils (1), qui s'est efforcé, depuis le jour de sa ruine, de rompre l'unité, et de pervertir et troubler le genre humain , en semant la zizanie parmi ceux qui désirent conserver entre eux la paix et l'unité , a tenté de Taire naître entre nos prédécesseurs et suscite encore aujourd'hui parmi nous des causes de dissension et de désordre, particulièrement au sujet de la juridiction spirituelle sur certaines paroisses ou territoires, dont l'énumération suit. »
Après avoir indiqué les treize églises mentionnées dans l'accord fait avec l'évéque Pierre de Vilaines, les deux parties assuraient que les paroles dont s'était servi le Prélat étaient tellement obscures , qu'elles étaient plus propres à susciter de nouvelles dissensions qu'à rétablir la paix et l'harmonie (2). En quoi consistait cette juridiction exercée par l'abbaye ? Était-elle absolue 7 Les curés et les vicaires cités devant l'official de Bayeux , avaient-ils le droit de décliner, dans tous les cas possibles, sa compétence 7 Pouvait-il de son côté déclarer nulles les lettres rogatoires émanées de Tofficial du monastère ? Les curés et les vicaires de l'exemp-
(i) Caiia LudoTici Bajoccosis episeopi. Archives du Calvados, SwppUmtnt,
(2] Patet per earum inspeclioneoi quod merito dici possint potins discordiarum iDoentiTC quam paci» •t coneordi» inductive.
HISTOIRE. — 2*. ÉPOQUE, 120ii-l&30. 117
tien , convoqués au synode diocésain, devaient-ils, comme ils osaient le faire, refuser d'y comparaître, sans encourir les peines portées contre les ecclésiastiques rebelles ? Pour toutes ces questions, toujours agitées et jamais résolues , les bénédictins, réunis en chapitre par Tabbé Guillaume, convinrent qu'ils s*en rapporteraient aux arbitres choisis par les deux prélats leurs supérieurs (1). Leur décision ne nous est pas parvenue : il paraît, d'après ce que rapporte T historien des évèques de Bayeux, Hermant, quMl fut stipulé que les abbés de St.-Étienne seraient maintenus dans leur juridiction spirituelle sur toutes les paroisses dépen* dant de leur exemption, et que Tévêque de Bayeux aurait le droit de visiter Tabbaye et d'appeler à ses synodes les abbés et les ecclésiastiques préposés aux églises au sujet desquelles avait eu lieu le litige (2). Cette décision, quelle qu'elle soit, ne termina rien. Les débats, commencés dès les premières années de l'existence de l'abbaye, devaient se renouveler plus d'une fois jusqu'au jour de sa destruction.
ROBERT IV, 22*. âBBÉ (3).
An moment où l'abbé Robert prenait la direction du monastère de
(1) L^acte capitulaire, daté du i". mars 1368, est signé par Philippe de la Bigne, prieur de l^abbaye; Jean de Vaubadon, aumônier; Jean Vignon, granger ; André de La Roque, sacristain; (îuillauroe Desnoyers, sanctuairier; Jean Lefebvre, prieur de Torteval; Philippe Aubert, chambrier; Robert Baileboot, trésorier s Thomas Lebonn^, grainetier; Robert de Lorme, cellerier; Robert Daniel , obitier ; Thomas Braiard, infirmier; Richard A nseray, chantre; Guillaume Amiel, réfectorier; Jean, lecteur; Enguerrand de Trévières et Jean de Sébile, religieux profès.
(S) Dom Blanchard, dans son histoire manuscrite de l^abbajre de St -Etienne, repousse comme coutraire aux droits des abbés, la transaction rapportée par HermanL • L*abbé Guillaume sarait trop bien , dit-il, que les évéquesde Bayeux n*ont jamais eu d*autre acte d^autorité à exercer dans nos maisons, que d^ordonner les religieux présentés par Tabbé , de donner le saint-chréme et de foire la dédicace des églises. >
(3) Le Galtia ekrUtiana désigne cet abbé sous le nom de Robert de Chambray ; D. Baillehache et D. Blanchard le nomment Robert de Chambry, et M. De La Rue, Robert Hallebout. Ce dernier écrivain combat Passertion émise par D. Baillehache , qui attribue à Robert de Chambry les nombreuses armoiries que Ton voyait encore, au moment de la Révolution, peintes dans plusieurs salles du monastère. C*est à ce Robert que plusieurs historiens assurent à tort que Ait accordé le droit de porter la mitre d^or. Ce serait, dans ce cas, non le pape Clément VI, comme nous Tavons établi, mais Tantipape Clément Vil (iS78-i89&), qui aurait bit ceue concession.
118 AB6AYB DB 3AINT-^T1BNNK DB GABN.
St.*Étienne, la Normandie conuoençait à réparer en partie les désastres qui i^avaient accablée. La victoire de Cocherel. près Évreux, remportée par Dagaesclio (lâ6A) « avait afiaiMi considéral>lemeDt le parti des Navarrais. Mais les Grandes-Compagnies continuaient leurs affreux ravages. En 1368 , elles imrent et saccagèrent ia ville de Yire, et répandirent la terreur dans toutes les campagnes des environs de Caen« Le règne réparateur de Cliarles Y, entre les calamités de celui du roi Jean et la folie de Charles Yl, peut être considéré comme une époque de bonheur pour la France, et en particulier pour la Normandie, que ce prince avait , en qualité de duc , administrée avec beaucoup de modération et de
sagesse.
Le Connétable se montra plein de bienveillance pour Tabbaye de SL- Etienne. Il fit décharger les vassaux du Bourg-FÀbbé des taxes auxquelles les avait soumis le roi Jean. Il veilla à ce que les fortifications du monastère fussent complétées; et, en 1871 , le capitaine Roger Suard, chevalier, fut chargé par lui de prendre le commandement de la forteresse qui venait d*y être établie (1).
L*abbé Robert fit Tacquisition, au profit de St. -Etienne, d*un fief de chevalier, dont le chef était assis à Ros et qui s*étendait sur plusieurs paroisses voisines. Ce fief, tenu par hommage et nûment de Tabbaye , avait été taxé, par Jean , duc de Normandie , à 25 livres tournois de rente , au temps que Raoul Campion était, à Caen, receveur des aides de la guerre; et Guillaume Siméon , chevalier, auquel il appartenait, n'avait pu, pendant plusieurs années payer la somme exigée. Ruiné, sans doute, comme tant d'autres , par suite des malheurs de la guerre , il avait , dès Tannée 1362 , vendu une partie de ses propriétés. Nous le voyons, à cette époque, céder la garde noble du fief du Maresq, sis à Bretteville-r Orgueilleuse , qui dépendait de son domaine de Ros , et qui appartenait « à Philippot Yimont, enfant sous aage, pour la somme de sept francs de bon or et de bon prix , du coin du roi nostre sire. • Il se trouvait , en 1386 , redevable envers le Trésor d'une somme de 87 livres 2 sous tournois, dont Jean Legrand , vicomte de Caen , demanda en vain le paiement ,
(1) Le capitaine Erard de Percjr fut, daas le même temps, chargé de la défense du fort de PAbbaye» aot-Dames.
HISTOIRE. — 2*. EPOQUE , 120/i-l&50. 119
t et parce que le dit fief étoit es mettes de la vicomte de Caen , > il fit une saisie oa jarée sur le fief Siméon, c et ordonna que le trèsfouds du dit fier fût mis en vente. > Aux pieds et sergenteries d*Ouistrebam « de Bernières et de Creully , il fut décrété que la vente de tous les immeubles de Guillaume Siméon serait annoncée, « par trois dimanches , à Fissue de messe, en présence et grande quantité et foison de bonnes gens. » Personne ne se présenta pour enchérir. Au dernier dimanche , Guillaume Siméon comparut en personne et fit opposition à la vente. Le fief n*en fut pas moins remis aux enchères.
Les religieux de St. -Etienne en ayant eu connaissance, frère Jean Le Sénéchal , alors trésorier , et plus tard abbé du monastère , offrit la somme de cent livres pour Tachât du fief Siméon.
Le pauvre chevalier, se rendant à Paris, promit, par devant Nicolas Lemire et Jean Delaconr, notaires jurés du roi, en son chastelet de Paris, que si , au bout de deux années , il n'avait pas payé les arrérages dus par lui, il abandonnerait son bien à ceux auxquels il serait adjugé ; et il renonça expressément, par foy et serment , à toutes manières d'exceptions et de déceptions, de mal, de fraudes, d'erreur, de lésion, de circonvenances, et de décevances, à action en fait, en convention de lieu et de juges, à condition sans canse et de non juste et indue cause, à toutes lettres d'estat de grâce, respiz, privilèges et franchises, à toutes lettres de dispensation et absolution de son serment, à toutes cautèles, cavillations et allégations quelconques, à tout droit écrit et non écrit, canon et civil, et et à tout ce qui aider et valoir lui pourrait à dire ou venir contre la teneur de ces lettres, mesmement au droit de générale renonciation. Après Texpiration des deux années de surséance , le fief Siméon fut vendu et acquis par Tabbé Robert, à charge par lui de servir au roi la rente annuelle de 25 francs et de payer les arrérages , s'élevant à 150 francs. La quittance fut donnée par Pierre de Sens , changeur du trésor et receveur du domaine du roi, le A décembre 1388, et le tout fut reconnu valable par un édit de Charles YI, à la date du 15 décembre 1388, la neuvième année de son règne {l).
Les religieux ne redevinrent néanmoins possesseurs définitifs du fief,
(I) Archifcs du Calvadai^^ fonds de St.-£tienne.
120 ABBAYE DE SAlNT-ÉTIENNE DE CABN.
que deux ans après. Jean Dëschàlons et sa femme , sœur de SiméoD, le réclamèrent « pour raison de lignage » . L*abbaye opposa à cette requête une fin de non-recevoir , fondée sur ce que « la clamour n'avoit pas été Taite dans Tannée et le jour de ladite vendue » et consentirent enfin par un traité conclu eu présence de Nicolas Marie , vicomte de Caen , à désintéresser les deux époux , au moyen de la somme de 30 livres tournois dont ceux-ci se déclarèrent satisfaits et bien payés (1).
L'acquisition d'un autre fief plus important, celui de Brucourt, fut préparée par les soins de Tabbé Robert. Les seigneurs de Brucourt s'étaient, dès le principe, mis au nombre des bienfaiteurs de Tabbayede SL-Étienne. En 1293, Tabbé Geoffroy avait fieifé à Guillaume de Brucourt, les propriétés que possédait le monastère dans la paroisse de St.-Ouen-de-yiller&; et comme le chevalier prétendit que, dans cette fieffé devait être comprise la justice seigneuriale que Tabbé soutenait avoir réservée pour lui et ses successeurs, il avait été convenu entre lui et Simon de Trévières, alors abbé de St. -Etienne, que l'affaire serait soumise à l'arbitrage de l'évéque de Bayeux , Guillaume de Trie. Guillaume de Brucourt se soumit à la décision du Prélat qui déclara, en 1322, le mardi avant la fête de saint Barthélémy, que les abbés de St.-Étienne conserveraient leur basse et moyenne justice sur leurs sujets de Yillers, comme sur ceux du reste du Bourg-l'Abbé.
Le 22 septembre 1388, l'abbé Robert et le chapitre de l'abbaye reçurent de Girard de Tournebu, chevalier, et de Jeanne de Brucourt, sa femme, une rente de trente livres ^tournois à prendre sur toute leur terre de St.-Ouen de Yillers, près Caen, vulgairement nommée la terre de Brucourt (2) , moyennant l'engagement pris par les religieux et l'abbé de célébrer une fois par semaine dans la chapelle de St'. -Madeleine, oii cette dame avait désiré être ensevelie, une messe du 5£.-£^rtV, à l'intention des donateurs, peudant leur vie, et une messe de Requiem, aussi chaque semaine, après leur mort. L'abbé et le chapitre leur accordèrent participation pleine et entière, pour eux et leurs parents, à toutes les messes, oraisons, suffrages, vigiles et jeûnes, à tous les biens spirituels, enfin
(1) Archkes du Calvados, fonds de St-Êtienne, Supplément.
(2) Celte terre fat désignée par la salle sous le nom des Sept Aereê de Brucourt.
qoe les religieux et leurs successeurs pourraient posséder. Pour sauver de Toubli le souvenir d'une si généreuse fondation , mention du bienrait, des titres, noms et prénoms des deux époux devait être faite dans le matrologe, où étaient inscrits les noms de tous les bienfaiteurs de Tabbaye , et que chaque jour on apportait dans la salle du Chapitre.
Plus tard Jes religieux s'engagèrentà payer à messire Raoul d'Annebault une rente de trente livres tournois qu'il avait à prendre sur le fief de Bru* court. Jeanne de Brucourt ayant prêté à ce dernier trente marcs d'argent, en vaisselle, évalués à la somme de six cents livres, Tabbé Jean-le-Sénécbai et le Chapitre consentirent à payer à la dame de Brucourt ces six cents livres et amortirent ainsi la rente de trente livres tournois qu'ils faisaient au sire d'Annebault (1).
Dans la suite, Jeanne de Brucourt, devenue veuve, vendit le fief de Brucourt à Raoul d'Annebault, qui, pour le prix de 2,932 livres tournois , s'en dessaisit en faveur de l'abbaye (2).
Robert lY était encore abbé de St.-Étienne, lorsque les habitants de la commune de Douville , près de Méautis , dont l'église avait été précédemment donnée à l'abbaye, obtinrent, en 1283, de l'évéque de Coutances, Silvestre de La Cervelle, le droit d'avoir une église paroissiale, un curé résidant et un cimetière particulier, et d'être ainsi dispensés de faire porter leurs morts au cimetière de Méautis. L'enquête faite à ce sujet est curieuse : elle peut servir à l'histoire des rites liturgiques au XIY'. siècle :
Ce sont les causes pourquoy les quemuns et habitans de Douville dient avoir prestre résident, que il ont à coustume d'avoir; premièrement : En l'égUse du dit lieu sont faites toutes choses solenneles qui appartiennent estre faites à église parochlal, quome cresme, baptesme, reconcilier famés de gésine d'enlTant, bans de mariage 5 bans de vendidons à héritage, autrement mouvances de terres et tous autres bans y sont fàez et sébastez ; et est lour terrour devisey et séparey de tous autres terrours; et ont lour maladrerie atout par eulx comme parroesse; et ont et doivent avohr messe les Jours de la sepmaine, vespres, matines, ténèbres, vigUles et tous autres servises que il appartient à une église parochiaL Et ont leur prestre et terre osmonée et ordenée pour le presbitare du dit prestre; et y a granches
(i) Charte originale, tur parchemin, du 12 teptembre iA07. ArcbiTes du Cal?ados, fonds Su-Étienne, Svpplémeni»
(S) La œnion du fief de Brucourt Ait faite, le iO septembre IA20, par-derant Colin de Vernay, tahellion de Caen. Archives du Calvados, fonds St-ÊLienne, SuppUmeHt,
123 ABBAYE DB SAINT*tfTIBN?iB DE GABN.
ordenées pour les dlesmes du dit terrour, lesquelles grandies doyvent trouver forment pour faire pain à chanter^ en la dicte églyse, cbescun an; et demy cent de feurre à mestre parmye l'église , à Nouel un quarteron, et à Pasque, le demorant Et ont lour trésorier pour prendre et rechevoir le trésor de la dite égUse , et les rentes et droitures qui y appartiennent Et ont leur coustour trouvey par les dis communs. Et y sont les semonses exeecutées, et tous autres lètres de court d'église, par le prestre ou coustour d'ycelle , et autrement lètres réaulx , comme il appartient, par les officiers du Roy. Et y sont fait et célébrez tous les sacremens de sainte église; et y estfaete l'eau beneste à Pasque et à Pentbecoste, et tous les dymanches de Tan. Et Famenistration du corps notre seingnour Jhu^Crist y est faite et amenistré et baillé aux dis quemuns^ au Jour de Pasques, comme fait doit estre en toutes paroesses de la crestienté. Et la débite cuillie sur les dis paroessiens par les dis trésoriers, est paie là où il est à coustume, comme une des autres paroesses de Fevesque de Goustance. Et y sont mis les pèlerins à Tabrie de leur pèlerinage. Et la visilation y est faite par le dit prestre aux gens qui soU en maladie ; et loor y est le sacrement baiilié et amenistrey; et y est faite la charité du pain benest, et la proière faite à Tescaufot , de tout cen que len doit faire tous les dlmenches de Tan; et les escomunyez getées, quant le cas s'ouifire; et paient les parocliiens oITerans à Nouel et à Pasques à la dicte églysse, c'est à savoir, un homme qui a sa carue de luy paie deux deniers de pain à Nouel et un denier à Pasques semblablement; et les autres un denier, c'est à savoir cheub qui nont point de carue d'eulx. Et pour le servise du dit coustour chescun des dis communs paie le pries qui est devise entr'eulz et prent II deniers sus l'office de chescune des fesles solennelles qui sont en Fan. Item, il prent iiu deniers de chescunes espousailles et les trésoriers de la dite église uu deniers. Item, le dit coustour a un deniers de remcmbrances et son denier es flarries (frairics) et nosches (noces) de la dlle église, et franc de guet et de plusieurs autres servicesL Item, le jour saint Marc la procession de Meautiz vient à la dite église de Douville. Item, la procession de la dite église de Douville va ycel jour avecquez la procession de Meautiz à Saint Égny , la personne de Meautiz treuve le dingner (diner) au curé de la dicte église de Douville, et au coustour semblablemenL Et la paroesse de Carentan vient le mardi de Boessons à la dicte église de Douville. Et ont lour registres en lours livres de lour renies qui ont esté données, et la garde de lour lettre royaulx et du trésor qui appartient en la dicte église. Sont trouvez en ycelle les luminares, et aournemens et autres estoremens d'église, tant en larefession d'icelleque antiennemenl. Et ont lour flaries atout par eulx. Et ont lour chandelle beneste à la feste de la Ghandelour, queme les autres paroesses de l'evesque et départie par les dis trésoriers ; et sont lours processions et broissement de croiz queme il appartient et comme il est ordené à afaire; et quant aucun des diz parochiens trespasse, sa commendation et son services est fait et célébrey en la dicte église corne à paroissien, par le prestre du dit lieu. Et paie son laez (glas) et sa sépulture à la dicte égUse de Douville. Et jadis anciennement les diz parochiens qui estoient pour le
HISTOIRE. — 2*. liPOQUB, 120&-1&50. VàS
temps, pour deffadct du chymetiere benest, eslorent pour estre enterrés le chimetière de Meautb, par ce que c'estoit le plus prochain de lour dicte paroesse. £t paiait chescon des diz parochiens quant il trespasoit» pour sa longueur du dit chimetière de Meantiz, xviii deniers; et pour le vavassour m sous, et pour un enffant ii deniers. Et estoit iour servise fait la dicte église de Douville, et dlllec portez en chimetière de Meautiz, sanz entrer en la dicte église de Meautiz. Et se aucun des diz parochiens trespasse hors de la dicte paroisse de Douville , il ne pae riens pour chimetière ne pour autre chose à Meautiz.
Item, le seingnour de Coupevilie doit ou peut avoir messe, toutes foiz qu'il luy plet, en la dicte église, alant et venant par les chemins ordenez au dit lieu de Coupevilie. Item, les clercs de la dite église de Douville ont i dingnierà Nouelet I à Pasques, sur la cure de la dicte église. Item , i pot de vin à prendre sur Tofficiendre de la première messe à Tamenistration des gens qui sont amenistrés à la grant messe, départi par les tresoriez de la dicte ville. Item , les obis sont départis par le curé de la dicte ville et par les clercs (1).