‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 12 sur 107 · JEAN-LE-SÉNÉGHAL, 23\ ABBÉ · texte numérisé non relu

JEAN-LE-SÉNÉGHAL, 23\ ABBÉ

iSM-14Mll.

Jean-le-Sénéchal , que Ton dit, nous ne savons d'après quelle autorité, avoir été confesseur de la reine Isabeau de Bavière, écrivit, en 1391, au pape Clément VU , pour le prier de déterminer quels étaient les droits des abbés et des religieux de St. -Etienne au sujet de la nomination du fonctionnaire qui, sous le nom de grainetier, était chargé de percevoir tous les revenus en nature appartenant à Tabbaye. Le titulaire d'alors aspirait à se rendre indépendant et à tenir directement son office de Fautorité pontificale. L'abbé et le couvent prétendaient, au contraire, qu'il ne pouvait être nommé ou révoqué que par eux; qu'il ne devait acheter , vendre ou aliéner quoi que ce fût que d'après leur congé et licence; qu'enfin, il ne devait, à raison de son office, rien posséder en propre.

Le Souverain Pontife chargea l'official de l'évêché de Bayeux de prendre à ce sujet toutes les informations nécessaires, et lui accorda pleins pouvoirs pour décider lui-même la question, quelles que fussent d'ailleurs les prérogatives accordées à l'abbaye par le Saint-Slége. L'official décida en

(t) Copie sans date sur paichemin. Archivet du Calvado*, fonds S(.-£Uenne, Supplément.

12/i ABBATB DB SAlNT-^TIENNE DB GAEN.

Taveur de Tabbaye, après une enquête faite à Caen, le joar de Noël 1591, en présence de vénérables et discrètes personnes, maîtres Richart de Marot et Philippe de Fromond, notaires publics; Montborel de Trouville , Godefroy Desloges , recteurs ou curés des églises paroissiales de Sl.-Aniane; Pierre du Rosel, Robert Loisel et Raoul Lévèque, clercs des diocèses de Rouen , de Bayeux et de Coutances. L*acte fut dressé et signé par Henri Le Verrier, clerc de St.-Lo , diocèse de Coutances, notaire apostolique (1).

Un aveu fait au roi par la baronnie de Dive porte encore le nom de Tabbé Jean. Cette seigneurie s'étendait à Perriers , à Beuseval et aui environs ; et le revenu était évalué, par Tabbé de St.-Étienne, à 100 livres tournois ou environ, c une fois plus, autre moins, selon ce que les temps ont couru ou courent à présent. > Jean Dumont y tenait de Tabbaye , par hommage, un membre de fief, dont il devait les treizièmes et les aides coutumieres, et un petit domaine tenu à court et à usage, à Saint Pierre as iz (St.-Pierre-Azif)« donnant une rente de 100 sols tournois. Uabbé de St. -Etienne terminait ainsi son aveu : c De toutes lesquelles choses comprinses en ce présent dénombrement, nous ne faisons, ne sommes tenus faire, fors prières et oraisons et féaulté au roy notre sire, toutes foiz que a nouvel abbé en notre hostel (2). »

L*abbé Jean et le couvent chargèrent, en 1S98, Nicolas Milon, leur sénéchal, de se rendre en la paroisse de Méautis, afin de contraindre le chevalier Jean de Méautis, seigneur du lieu, à laisser passer sur ses terres et par la porte de son manoir les charrettes sur lesquelles leurs fermiers transportaient dans leur grange de dîme les gerbes de blé qu'ils avaient à prendre sur leurs clos ou dosages (â). Le chevalier reconnut, en présence du sénéchal , les droits de Tabbaye et déclara que les portes de son manoir avaient été fermées à son insu par un de ses dômes-

(I) Copie informe sur papier. Archives du Calvados, fonds St-ÉUenne.

(S) XII'. jour de septembre l'an M. III*. IIIl". et XII. Archives du Calvados. Copie sur parchemin. Supplément,

(3) Dum firmarii dtctoruro rdifposorum quadrigarent vel quadrigari facerent décimas clansorum seu clausagîorum roanerii dicti milîlis, velientque ipsi quadrigantes transire cum equis suis et quadrigis per curîam et portas principales dicti manerii , prout peterent et eis competeret, dictus miles clanserat seu claudi fecerat dicti manerii portas, in magnum prejudicium damnumque et gravamen dictomm religiosonim.

BisTOiaE. — 2*. ÉPOQVE , 120&-1&50. 125

tiqaes , ayant ainsi agi par hatne pour le fermier des religieux , et non dans IMntention de leur nuire (1). Thomas de La Houssaye prit en fief de l'abl>aye, dans la même année, plusieurs terres d'une grande valeur, dans la baronnie de Cheux, et, en IftOl, année pendant laquelle Tabbaye fut administrée par le prieur Henri de Bouillon , Colette, fille de feu Guillaume de Cardonville, écuyer, renonça à tous les droits de saisine, de seigneurie et de justice qu'elle pouvait avoir sur les terres que les religieux possédaient en leur baronnie de Ros.

NICOLAS III, MILON, 2^*. âbdé.

Cet abbé , après avoir été religieux et sénéchal de Tabbaye , fut élu , le 25 mars l&Ol , dans un chapitre tenu sous la présidence de Henri de Bouillon , prieur claustral , et fit serment de fidélité au roi Charles Yl , entre les mains de Guillaume d'Estouteville, en i&03«

Il était fils de Jeanne de Brou et de Bertrand Milon, seigneur de Yillemorel en Bretagne et de Petitville en Normandie , sénéchal et juge universel de la province de Bretagne. Son aïeul était Pierre Milon, chevalier, seigneur de Yillemorel , qui avait épousé une fille de la maison des rois de Chypre, comtes de Lusignan (2).

Parmi les faits qui se rattachent à Tadministration de Tabbé Nicolas Milon, nous trouvons, en Tannée 1&06, une contestation survenue entre les religieux et plusieurs marchands de Castille et de Portugal , qui se trouvaient, à cette époque, en relation d^afiaires avec le port de Dive. On sait que Charles Y avait placé sur le trône de Castille Henri de Transtamare et que , par suite des rapports établis entre TEspagne et la France , les marchands d'Espagne et de Portugal avaient été attirés dans nos ports de Normandie , où ils apportaient , en échange des produits du Nord, leurs vins recherchés et leurs cuirs de Séville et de Cordoue.

(1) 25 octobre 1398. Archives do Calvados, Tonds St-Étienne, Supplément,

(2) Nicolas MiloD était grand-oncle de Dom Jean de Baillehache, qui ne nous a transmis sur Tabbé de SL-Êtienne que ces détails de fomllle , plus propres k satisbire sa vanité qu*à éclairer celte partie de rhistoire de notre abbaye.

126 ABBATB DE SAINT-iTIBNNB DB CàEN»

Quelques marchands de Castille et de Portugal avaient fait chaîner « au bable de Dive , es mettes de la coustume appartenant aux religieux de Saint Estienne de Caen , à cause de leur seigneurie , en vaisseaux des marigniers du dit pays , certaines derrées et marcliandises qui illec estoient arrivées et descendues; et icelles fait porter en la ville de Harfleur, sans les avoir acquittées de la coustume du dit lieu de Dive , non olistant que par avant leur parlement il leur eust été défendu de partir , par les gens et ofBciers des dits religieux, jusqu'à ce que ils eussent payé et acquitté leurs dites derrées à la dite coustume, sur peine de forfaire les dites derrées et les vaisseaux ob ils estoieut. >

La cause fut portée devant Olivier de Braqnemont, maître de Tbôtel du duc d'Orléans et lieutenant de Lionnel de Braquemont, capitaine de Harfleur , juge commis et député aux gens et marchands des royaumes de Castille et de Portugal.

I^es délinquants furent condamnés à payer dix écus d'or, du coin du roi , de lH>n or et de bon poids (1).

Ce fut en vain que les marchands de Castille voulurent se prévaloir des franchises que, dans sa sollicitude éclairée pour les intérêts bien entendus du commerce, leur avait accordées le roi Charles Y; il leur, fut répondu par le procureur de Tabbaye « qu'il ne sçavoit ny n'avoit onques eu en vraye connoissance que eux ny leurs semblables en eussent joui es mettes de la coustume de Dive appartenante aux dits religieux. >

Un jugement d'une plus grande importance pour l'ablmye de St.- Etienne vint accroître ses propriétés, par l'effet d'une confiscation prononcée au détriment des héritiers d'un de leurs vassaux du Bourg-l'Abbé, Richard de Mondehare, ainsi qu'on le voit par ce mandement du bailli de Caen, à la date du 20 mars 1&05 :

Jehan, sire de GonneviUe, chevaUer, conseiller, chambellen da roy nostre sire et bailli de Caen , salut : Gomme Jehan BeUet attoomé (2) et procurour de religieux hommes et homiestesTabbé et couvent de saint Estiemie de Caen enst Japiéça fait requeste en l'assise de Caen> en la présence de Henry de Monfiquet, procureur du roi notre sire, en dit baiUiage, pour avohr et demander par forfaiture les héritages que tenoit es mettes des ûeîs et seigneuries desdiz religieux, Ricart de Mondehare, Japiéça

(I) Copie inrorme du XVIIin liède^ Ardirres du Calvados, fonds SL-ËtieDoe, SwffptémenU (3) Ed anglais, Âttomeif.

HISTOIBE. — Sf. éPOQUB, 120&-1&50. 127

bany par jugement fait es assises d'Evrecy, pour le fait de la mort de feu Ricart Bagot, en tant qu'O en estoit saisy an temps du délit par lui commis, et qui appartenir lui povoient, en tant qu'il en aToit es fiefs et seigneurie desdiz religieux; lesquielx héritages le dit attourné et procureur desdiz religieux eust baillié par cédulle au dit procureur du roy, notre dit seigneur, sur lequel cas et requeste ia veue eust esté tournée entre iceulx procureur et tenue par Jehan Durant sergent ordinaire dudit lieu de Gaen ;

Savoir faisons que es assises dudit lieu de Gaen, tenues par nous, bailli dessus dit. Tan mil qatre cens et huit, le merquedi, xx*. jour de mars, tiers jour des dites assises, se représenta le Révérend Père en Dieu, l'abbé du dit lieu de Saint Etienne en persmme et Jehan Bellet attourné et procureur du dit couvent d'icelle abbaye, qui distrent en la présence du dit procureur et du conseil du roy notre sire, que sur le fait de la dite requeste , il avoit eu montré et soustenu entre le dit procureur du roi , et le dit attourné et procureur des dis religieux , en requérant que , en cas que ie dit procureur du roy ne vouldrait confesser les dis héritages estre tenus des dis religieux et de leur seigneurie, et que le dit Mondehare bany n'en fust saisy au temps du crbne et délit par lui commis, ou lui apparteinssent en propriété, que pour ce savoir et recongnoistre , et en savoir la vérité, l'en prensist des gens et veours, qui h ia dite veue avoient esté , jusque au nombre de douze , et qu'ils fussent fais venir en jugement , pour faire le saon d'office en cel cas acoustumé , en eulx rapportant en ce qui seroit rapporté par la dicte enqueste qui seroit des fleux et seigneuries des dis religieux et dont le dit Mondehare estoit saisi, qui iui appartenoient au temps du dit crime et délit

Le résultat de Tenquâte, toutes réserves faites par le procureur du roi, qui retint pour le trésor la première année de revenu des propriétés confisquées sur Richard de Mondehare, fut que Tabbaye se vit adjuger le tréfonds d*un assez grand nombre de maisons et de jardins situés au Bourg-i*Abbé, dans les rues Ysembart et de la Tannerie, la venelle Dame- Oscnne, sur la place SL-Ouen-de-Villers, et quelques terres à cbampart, assises au mur des malades de Beaulieu. Ces diverses propriétés dépendaient, en eflTet, de la seigneurie de St.-Ouen , et payaient déjà aux religieux les droits de gablage et de villenage.

Après avoir, dans les années suivantes, fait pour Tabbaye de nouvelles acquisitions, à Ros et àVaucelles, fait condamner les tenants d'une vavassorie , située à Cheux , à élire un atné pour satisfaire aux charges de ladite vavassorie, Tabbé Nicolas Milon reçut, en liil&, Taveu suivant, qui lui fut fait par Olivier deMagny, seigneur de Vains :

< Des religieux hommes et honestesmesselgneurs l'abbé et couvent de StEstienne de Caeu, je Olivier de Magny , chevalier, seigneur de Vain, à cause de ma femme, confesse* et advoue tenhr par foy et honmiage , pour et en non de ma dite femme , ung franc ficu noble, à court et usage, assis en la paroisse de Vain, en la vioonté d'Avranches, à cause de leur terre et seigneurie de Saint Léonard. Auquel fieu j'ay court et usage , four de ban et moulin , reliefs, xiu**. et aultres aides coustunûères, quant eulx chient Et en doys aux dits reUgieux trois livres de poyvre de rente, le jour de saint Michel en septembre , allantes au priour de St -Léonard ; reliefs, xiir. et aultres aides coustumières quant eulx eschient Et sy doys ovecqnes ceu aller ovecques mons'^"' l'abbé du dis lieu , à ses despens , par toute Normendie , toutes et quantes foyes qu'il m'en sommera ou fera sommer par son prévost ou par aultre messagier envoyé de par luy.

Je rends cest présent advou ou dénombrement, soubz mon scel d'armes, à €aen. en l'abbaye, à Mons'. l'abbé Nicole Milon. L'an mil iiii*' et xiui, le xvir. jour de descembre.

Dans les divers ouvrages où sont indiqués les noms des abbés de St.- Etienne, il est dit que Tabbé Nicolas Milon avait résigné les fonctions en li!tl&; mais nous le trouvons encore à la tète de Tabbaye en li!tl6, comme Tatteste une charte de Charles YI. Il y est déclaré que le roi de France , qui a déjà reçu précédemment le serment de fidélité de c Tabbé Nicole » , lui accorde un délai de six mois pour présenter Taveu ou dénombrement du temporel de son abbaye , « attendu les guerres et gens d*armes ; et pour ce que les propriétés de Tabbaye s^estendaot en plusieurs bailliages et vicontés loingtains les uns des autres , les vassaux n'ont pu faire leurs aveux; pour quoi il n*a pu faire lui-mesme le dénombrement exigé (1). >

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