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François de Tournon, archevêque de Bourges, cardinal, abbé de St.- Germain-des-Prés et de Tournon, chancelier de l'Ordre de saint Michel, était flis de Jacques, baron de Tournon, et de Jeanne de Polignac. Appelé, par François I"., à la direction de l'abbaye , il prêta serment entre les mains de ce prince , le 18 mai 1531 , et le même jour fut investi du temporel de l'abbaye. Ordre fut donné immédiatement aux trésoriers de Paris et au bailli de Caen de lever tout empêchement qui pourrait être opposé à la délivrance des revenus, lors même qu'ils auraient été saisis, arrêtés et mis dans la main du roi. Il prit avec les religieux des arrangements pour séparer les revenus de la nianse conventuelle d'avec ceux de la manse abbatiale ; sa part absorba les deux tiers environ de
(i) Dans cet acte , meotlonné seulement par M. de Bras, mais dont nous avons trouvé une copie aui archives du Calvados, il était établi que le revenu net de la Vicomte de Caen (domaine royal) était de 4,000 livres; celui de Falaise, 8,000, et celui de Bajreux, 1,750; total 8,750 livres. Dans la somme due à don Alphonse d^Est, étaient compris 71,858 milliers de poudre à canon, envoyés au roi, estimés au prix de 9,719 éeos et 8 sous toumob, à raison de 88 écus au soleil le millier de poudre.
la recette totale de Tabbaye; le reste étant partagé entre les divers Tonctionnaires du monastère et les autres moines.
L*absence du cher de ces maisons religieuses , se contentant d'un titre lucratir , sans s'occuper de radministration intérieure , confiée aux prieurs, devait amener et amena partout, en eCfet, un grand relâchement dans la discipline et porta une grave atteinte à la religion et aux mœurs. La foi commençait à se refroidir ; l'esprit de pénitence et de mortification avait cessé d'être le mobile qui portait à la retraite les âmes attristées par les déceptions du monde. Si l'histoire nous présente encore le spectacle de quelques conversions éclatantes, si elle nous montre de grands personnages allant chercher, dans les austérités du clottre, un refuge contre les mécomptes de l'ambition ou les tristes eflTets de faiblesses coupables , nous ne pouvons nous empêcher d'apercevoir que les monastères commencent à n'être plus , à quelques exceptions près , que l'asile de quelques hommes oisifs et amis du bien-être , et à devenir même souvent un objet de convoitise pour les prélats ambitieux et les favoris puissants auxquels les rois abandonnaient les immenses revenus de ces beaux établissements religieux, qu'avaient fondés et enrichis les largesses de plusieurs siècles. Ce fut le cardinal de Tournon, qui, pour l'abbaye de St. -Etienne, inaugura ce désastreux régime.
En l'absence du chef suprême , sous l'autorité encore incertaine et mal affermie des prieurs, les conséquences d'une organisation vicieuse ne tardèrent pas à se manifester; et en attendant que l'anarchie pénétrât au sein même de l'abbaye , les paroisses sur lesquelles s'étendait la juridiction se laissèrent aller naturellement au désir de se rendre indépendantes. Les premières tentatives furent faites par les vicaires de l'église de St. -Nicolas, de cette église fondée par les abbés de St.-Étienne, qui n'avaient cessé de l'administrer , en qualité de curés primitifs. Dans l'année même , où le cardinal de Tournon reçut de François I". le titre d'abbé de St.-Étienne, une plainte fut portée en son nom, pardevant Jean Malherbe, écuyer, licencié en loi et lieutenant-général du bailli de Caen, contre les prêtres de St« -Nicolas, comparants par Nicolle Marie et Jean Beaussien. Il y était formé opposition « contre le trouble que s'estoient efforcés ou vouldroient porter iceulx prebtres tant au dit sieur Cardinal qu'à son vicaire , en la dite abbaye , promoteur et au-
HISTOIRE. -- 3*. â>OQDS, 1&50-1562. 173
très religieux dMcelle , de dire et pouvoir faire dire et célébrer le divin service en la dicte église de St. -Nicolas, spécialement aux haultes festes sollempnelles , par tels notables personnages d'église qu'il leur plaira; et pour ce que pAssent le dit commis et député, et même le vicaire du dit sieur abbé , porter surplis et autres aournements ecclésiastiques ; et avecques ce assister en la dite église au lieu plus éminent au dessus des aultrcs simples prebtres de la dite église de St.-Nicolas, sans toutesrols, à raison de ce , en demander aucun proufit aux rentes et émolluments dMcelle église. >
Au jour de la dernière fête de saint Nicolas, au moment où vénérable personne Guillaume Le Rat , docteur en théologie , Tun des serviteurs du cardinal, chantait les vêpres dans l'église, les prêtres de St.-Nicolas, au grand scandale des fidèles, s'étaient approchés ? en grand bruit et tumulte > de mattre Guillaume Retout, l'un des vicaires de l'abbé de St. -Etienne, et > s'étoient efforcés de rompre et dépecier le surplis dont il s'étoit vêtu pour aider à chanter les dites vespres; • de plus • dans le jour et fête de Noël derrain passés > les mêmes prêtres de St.-Nicolas avaient cherché à faire descendre de force de la chaire , où il était assis , « vénérable personne monsieur Raoul Estienne , prebtre , curé de Septvans, aussi serviteur du dit révérendissime Cardinal. • Lorsque le même vicaire montait à l'autel pour aller dire la messe paroissiale de minuit , le sieur Beaussieu s'était empressé d'aller revêtir aussi les ornements accoutumés, et t en dérision et contre l'honneur et révérence de Dieu » s'était mis à dire la messe , en concurrence avec le premier.
Les chapelains de St. -Nicolas répondirent qu'ils reconnaissaient l'abbé de St. -Etienne pour leur prélat et leur supérieur; qu'ils ne s'opposaient nullement à ce que lui , ses vicaires ou les religieux dissent ou fissent dire , par quelque notable personnage de plus grande qualité qu'eux , les messes paroissiales aux fêtes solennelles ; mais ils ne pouvaient permettre qu'un des vicaires de l'abbé fût revêtu du surplis ou d'autres ornements ecclésiastiques , pour assister le prêtre commis par l'abbaye à la célébration du service. D'après les usages reçus , il n'était permis qu'à celui qui faisait l'oflîce de s'asseoir sur les chaires de leur église.
Cette opposition , ajoutaient-ils , avait un motif fort simple , c'est
i7/i ABBATB DE SAINT-^TIBNNB DE GABN.
qu'ils voulaient empêcher que les prêtres de St. -Etienne, admis en vertu de l'exemption de leur abbé , à célébrer certaines cérémonies dans Véglise de St. -Nicolas, ne se prévalussent à la longue de la permission de porter le surplis et de s'asseoir aux chaires , pour prendre leur part , soit aux rentes , soit aux obits qui leur avaient été aumônes.
En renonçant expressément à participer à ces avantages pécuniaires, les religieux de St. -Etienne furent maintenus dans le droit de porter le surplis et de s'asseoir dans les hautes stalles de Téglise de St.-Nicolas. Nous verrons malheureusement plus d'une fois se renouveler , dans la suite, ces tristes querelles.
L'année suivante (3 avril 1532 ) , François P'. et son fils, nommé par lui son lieutenant-général en Normandie, firent à Caen une entrée triomphante , dont M. de Bras nous a fait connaître le procès-verl>al détaillé. Le roi était accompagné de l'amiral de France Chabot , du cardinal de Grammont, des comtes de Brienneet d'Annebaut, du chancelier Duprat , de la reine de Navarre et de la duchesse de Vendôme. Il alla , le vendredi 5 avril , visiter les reliques de l'abbaye et dîna dans la grande salle du monastère, où il fut ensuite harangué par Guillaume Le Rat, l'éloquent docteur en théologie, dont il a été question plus haut. Le roi fut si content de ce discours que, s'étant fait présenter l'orateur par l'amiral Chabot : • Nostre maistre Le Rat, lui dit-il, j'entends que aveys de bonne doctrine : Foi de gentilhomme , vous prescherez dimenche devant moi, en la mode de cour, bref. » — c Sire, répondit mattre le Rat, en se prosternant , je feray ce qu'il vous plaira me commander. • En effet , le dimanche suivant , jour de la Quasimodo , il prêcha dans l'église du château , devant le roi, le dauphin et la cour (1).
Le cardinal de Tournon ne fut abbé de St. -Etienne que pendant deux années. Issu d'une des plus anciennes familles du Languedoc, il avait pris l'habit de chanoine de saint Augustin à l'âge de douze ans, dans l'abbaye de St. -Antoine en Dauphiné. La faveur de François I*'. et son habileté dans les importantes missions dont il fut chargé , lui ont assigné
(i) Jean Roger, docteur en médecioe, et alors recteur de l'UoJTersité , a laissé Thislorique des audiences données au Corps enseignant par le Père des lettres, qui ne pouvait manquer de se montrer bienveillant à regard de TUniversité de Caeo.
HISTOIRE. — 3*. ÉPOQOE, 1450-1562. 175
une place honorable parmi les grands personnages de son époque. Négociateur du traité de Madrid , du mariage de Henri II et de Catherine de Médicis et de la paii de Nice , administrateur des finances , il mourut en 15')2, après s*être distingué aux États d'Orléans, en 1560, et au Colloque de Poissy. Effrayé des progrès du calvinisme, il eut le malheur de donner le signal des persécutions et par suite des exécutions sanglantes qu'eurent à subir les nouveaux religionnaires , encouragés d'abord par François I". Il ne prévoyait pas les terribles représailles qu'ils devaient exercer plus tard contre les catholiques.
Le cardinal de Tournon avait été abbé de la Chaise*Dieu , archevêque d'Embrun, archevêque de Bourges, abbé de St.-Germain-des-Prés et archevêque gouverneur de Lyon.
Après lui ce furent deux prélats italiens, deux cardinaux, qui, grâce au concordat de 1516 , Turent désignés par François I". et le Souverain Pontire pour jouir, en qualité d'abbés commendataires , des riches revenus de l'abbaye de St. -Etienne.
HIPPOLYTE, CARDINAL DE MÉDICIS, 31 •. AbbL ALEXANDRE FARNÈSE, 32% Abbé.
Le successeur du cardinal de Tournon est désigné, sur la liste des abbés de St. -Etienne donnée par D. Jean de Baillehache et adoptée par le Gailia christiana, sous le nom de Julien de Médicis. Celui-ci , fils de Pierre-François de Médicis et de Marie Soderini , appartenait à une branche différente de celle qui a donné à Florence Gosme de Médicis, Laurent-le-Magnifique et les papes Léon X et Clément VU. Il fut évèque de Béziers et d'AIbi, archevêque d'AIx et abbé de St. -Victor de Marseille. Mais comme le successeur du cardinal de Tournon était cardinal du Saint-Siège apostolique et mourut le 28 juillet 1533 , il ne peut être
176 ABBAYH DE SAlNT-éTJENNK DB GABN.
Julien de Médicis « qui u'eut jamais le titre de cardinal , et monrut en 1588.
Les deux seuls documents que possèdent sur ce point les Archives du Calvados , nous apprennent que le membre de la famille de Médicis qui fut décoré, en 1533, du titre d'abbé de St-.Élienne, était Hippolyte de Médicis, cardinal du titre de saint Laurent in Damuso. Nicolas Bon temps, docteur en Droit, grand-vicaire et procureur-général de Monseigneur le révérendissime cardinal de Médicis , donna , le 25 avril de Tannée 153/i , à Jean de Bailleul , bachelier en lois, les provisions de secrétaire-général de Tabbaye (1).
L'année suivante, en 1535, le pape Paul III écrivante son très cher petit-fils Alexandre Farnèse , lui exposait que , Tayaut déjà précédemment promu à la dignité de cardinal de saint Laurent in Damaso , que possédait Hippolyte de Médicis , décédé depuis peu , il était convenable qu'il ajoutât à ce titre celui d'abbé de St.-Ëtienne, que ce prélat avait également possédé. Le revenu de Tabbaye, que le Souverain-Pontire disait être , d'après le registre de la Cour romaine , taxé à mille florins, lui procurerait le moyen de soutenir les hautes fonctions dont il était revêtu et de faire honneur au Saint-Siège apostolique.
Léon X et Clément VU avaient choisi dans la famille de Médicis les prélats qu'ils désiraient pourvoir des bénéfices laissés à leur disposition ; il était naturel que Paul III, à son tour, répandît ses faveurs sur sa famille de Farnèse.
Alexandre Farnèse était fils de Pierre Louis, premier duc de Parme et de Plaisance, et de Hiéronime des Ursins. Il était à peine âgé de 1& ans, lorsque Paul III, qui lui-même , avant son exaltation au Saint-Siège, portait le nom d'Alexandre Farnèse, le nomma abbé de St. -Etienne après lui avoir donné le chapeau de cardinal. Il fut successivement évêque et comte de Cahors, archevêque de Tours et d'Avignon. Ce fut lui qui fonda, à Rome , la maison professe des Jésuites. Il vint à Gaen, en 15A0 , visiter son abbaye , et il y institua , comme son grand-vicaire et son procureurgénéral, un autre italien, Barthélémy de Nazy» qui, revêtu de tous ses pouvoirs , gouverna réellement sous son nom le monastère.
(1) Archives da Cahadoi, fonds St.*Étienne, Supplément,
HISTOIRE. — a% ÉPOQUB, l&50-i562. 177
Pour traverser la crise terrible par laquelle fut signalée la fiq du XVI'. siècle , Tabbaye aurait eu besoin d'avoir à sa tête un abbé Terme et résolu , donl Tinfluence eût pu prévenir ou du moins rendre moins affreux les désastres dont elle fut frappée. Peut-être, à défaut*' d'une haute direction religieuse et morale, eût-elle profité du moins pour ses constructions monumentales de ce goût pour les beaux-arts qui était héréditaire dans la maison de Farnèse, et qui, chez la plupart des princes de r Église, avait remplacé, en Italie, les grandes vertus chrétiennes, par lesquelles s'étaient immortalisés les Grégoire VU et les Innocent IIL
Ce fut sept ans après la visite de Tabbé de Farnèse , qu'eut lieu , dans la ville de Gaen , cette peste furieuse , qui fit périr un si grand nombre d'habitants. Les religieux de l'abbaye ne furent pas épargnés. < Les gens
• d'état, qui s'étaient retirés aux champs, dit M. de Bras, furent épar-
• gués par la pestilence, telle qu'il n'est mémoire aux vivants d'en avoir c vu de plus contagieuse. En quoi l'on voit, ajoute le naïf historien , c que c'est un souverain remède de s'absenter , pour éviter telle con-
• tagion de mauvais air. »
Les religieux de Gaen, qui pensaient comme M. de Bras (1) , abandonnèrent l'abbaye et se retirèrent à Torteval , sous la conduite de Guyon de Betteville , leur sanctuairier , et de leur prieur, D. Jean Lucas, sieur de la Vallée, auquel la mort donna, en peu d'années, pour successeurs D. Léon d'Angus, puis D. Simon Marc, puis D. Aubert , puis enfin D. Guillaume des Retours.
Jean de Baillehache nous a conservé les noms de ceux des religieux qu'enleva la peste, ou plutôt l'épidémie de i5&7 ; ce sont :
D. Gdton dk Bbttbvillb , sanctuairier et curé de HoUot et d'Hernetot. Ce fut le premier atteint par la maladie.
D. Augustin de Saint-Gillbs , du Mesnil-Hédio.
D. Jban Lucas , de la paroisse de Biéville-en -Bessin ;
D. BÉRAUT DR HéRBNBOURG ;
(1) Ne nous y trompons pas ; M, de Bras se serait bien gardé de mettre lui-même en pratique la doctrine quMI vient d*ènoncer. Si Thomme privé était naturellement timide et craintif, il y avait dans le magistrat on tel sentiment du devoir, qu*il n*aurait reculé devant aucun acte de dévouement et de courage.
178 AËBiTB DE SilNT-ÉTIUflNB DE CkM.
D. Jban db Foolognb du CondMbl, fils de Gilles de Foulogoe, écayer, sieur de Gondéel ;
D. Jacques Dbshatbs , de Coogoies en Bauptois ;
D. Richard de Pierres, soiis~anm6nier ;
D. Jacques Patry , de la paroisse de Graye , sous-prieur ;
D. Charles lb Forestier , chantre.
Les religieux dont les noms suivent allèrent chercher un asile contre répidémie au prieuré de Torteval :
D. Jean Aubert, de Hiesville*en-Augei prieur claustral;
D. Jean Yaroc, de Bures, bailli, puis aumônier;
D. Simon Marc, de la paroisse des Buissons, près Camt)es ; il fut, après son retour, prieur de St.-Étienne de Bavent et, plus tard, aumônier de rabl>aye;
D. Michel de Sbmalle , du pays du Maine , près du lx)urg et abbaye de Lessay. A son retour, il Tut bailli. « C'était, dit Baillebache, un homme fort vigilant à sa charge et fort assidu au service de 1* Église; car, sitôt qu'il étoit de retour des affaires de la maison , il n*avoit le loisir de faire oster ses éperons , pour aller à Téglise • ;
D. Jacques Bonnet , de la maison d* Airan , aumônier , puis prieur de St. -Léonard, près Avranches;
D. EusTACHE GuÉRiN, Rumôuier et grand-vicaire de Tabbé Alexandre Farnèse ;
D. Andrj£ de Crux, de Crui, près Avranches, granger;
D. Jean Suhart , de Rupallay, cbambrier de Baupte ;
D. Thomas Suhart, chantre, neveu du précédent;
D. Jean Lucas , de Biéville-en-Bessin , parent des sieurs de la Vallée de Biéville, prieur;
D. LéoN d'Angus, prieur, c Ce fut loi qui fit faire ce retranchement qui se voit dans la salle du prieur (1) avec les armoiries du Dauphin, de Normandie, de Bretagne, de Longueville, d*Estouteville et de Harcourt; et, au haut de la salle, celles de France et du cardinal de Paroèse > ;
D. Guillaume Costard, religieux proies de Sl -Martin de Troarn; il fut, pendant quelque temps, prieur claustral ;
(1) d. Baillehache écrÎTait ceci vers lOAO.
HisTOiBB. ~ ft*. ÉPOQUB, 1650-1563. 179
D. Jean Chapbron , cellerier ;
D. Rbgnault Billard « aumônier;
D. Claudb Radulf, de Vire, c Après son retour, il Tut pourvu de roflSce de granger , quMl perdit par 8*être fait huguenot. Plus tard , il abjura ses erreurs, rentra au monastère, où il exerça, jusqu'à sa mort, les fonctions dMnfirmier » ;
D. GiLLBs Lbmbrcibr, de la paroisse de St. -Pierre, fils du lieutenant particulier du t)ailli de Caen ; c il écrivoit fort bien et il redressa plusieurs livres qui avoient été rompus et gâtés du temps des ravages; il fut chantre et prieur de St.-Ëtienne de Bavent > ;
D. PiBRHB DB Yasst, do Garsallos; très-jeune lorsque la maladie s'était déclarée, il ne put faire profession que lorsqu'il fut de retour à Tabbaye ;
D. Edmond db la Fbbaièbb, prieur claustral, remplacé, en 1566, pv D. Louis Gostard , à cause de son grand ftge.
Les moines de St. -Etienne, qui avaient pu survivre à Tépidémie, ne rentrèrent au monastère que pour avoir, comme les nouveaux religieux, qui vinrent y remplir la place de ceux que la mort avait frappés , à gémir sur de nouvelles calamités.
I^ grand -vicaire Barthélémy de Nazy administrait encore le monastère pour l'abbé de Farnèse , lorsque les calvinistes , dans la triste et fatale année de 1563 , devenus maîtres de Caen , se vengèrent , en portant la désolation et le pillage dans tous les établissements religieux de la ville, des persécutions dont ailleurs leurs coreligionnaires avaient été victimes.
180 ABBATB DB SAINT-ÉTIBNNB BB CAElf.
QUâTRlÉMB ÉPOQUE.
DEPUIS LE PILLAGE DE L*ABBAYE DE SAINT-ÊTIENNE PAB LES PROTESTANTS, EN 1563, JUSQU'A L'INTRODUCTION DE LA RÉFORME DE SAINT MAUR, EN 1668.
ALEXANDRE FARNËSE, 32*. ABBÉ (suite).
11 y avait déjà plusieurs années que la réforme s'était introduite en Normandie. En 1531 , Nicolas Ronssin , gardien des Gordeliers de Caen , y prècba publiquement la religion de Luther. L'Université , gardienne vigilante de Tortbodoxie , après avoir déposé le hardi prédicant et condamné sa doctrine , Tavait Tait enfermer dans son monastère.
Au commencement de Tannée 1562 , les protestants essayèrent de surprendre le château , commandé par le baron de Hugueville , que vini bientôt après remplacer le duc de Bouillon , lieutcuant-général du roi en Normandie. Deux habitants de Caen, de la religion réformée, arrivèrent sur ces entrefaites dans la ville. Ils avaient été témoins, à Rouen, de la dévastation des temples , et ils accouraient pour engager leurs coreligionnaires à en faire autant dans leur ville. La justice est avertie; elle mande les ministres en la chambre du conseil, et il leur est fait défense d'attenter, en quoi que ce soit, de leur autorité privée, aux droits des églises; on les supplie d'interposer leur autorité auprès des protestants , pour les maintenir en paix, et pour épargner à la ville les scènes lamentables dont la ville de Rouen venait d'être affligée. Mais un des ministres , nommé Cousin , élevant la voix au milieu de l'assemblée , s'écrie qu'il est temps de porter le dernier coup à cette idolâtrie, devant laquelle, depuis si long-temps, la folie humaine s'incline, et déclare que tout sera abattu, comme à Rouen. Les efforts des magistrats sont, comme il n'arrive que trop souvent , paralysés par cette violence de quelques-uns , qui entraîne ou intimide le plus grand nombre; et, pendant toute la nuit du vendredi 8 mai et la journée du samedi 9, tous les temples, toutes les églises et tous
HISTOIBE. — h\ ÉPOQUE , i562-16tô. 181
les monastères de la ville Turent pillés el saccagés, les vitres et les orgues brisées , les images des saints mutilées , les ornements d'église , les cbaises, les coffres, les livres pieux jetés au feu, < et fut fait si grand f dommage sans aucun profit , dit M. de Bras, qu'on estime la perte à plus f de cent mille écus. J*y estois présent, s*écrie mélancoliquement W f même historien, mais sans pouvoir ni autorité, et mes remontrances f furent mal suivies et moi en très-grand danger. »
Une des profanations qui dut causer le plus d'horreur aux habitants de Caen, fut celle des magnifiques tombeaux élevés au roi Guillaume et à la reine Mathilde , dans chacune des deux abbayes ; leurs statues furent brisées et leurs tombes de marbre démolies, f Finallement, quelques jours après, dit M. de Bras, ils cassèrent le mesme loculle de pierre où estoyent les ossements du roy duc , sous son sépulchre; lequel loculle estoit d'une forte pierre de Yoideryl , couvert de mesme pierre , et soutenu sur trois petits pilastres de pierre blanche. Et la cause de le casser fut que le dessous estoit vuide , et que le dict sépulchre rendoit quelque son. Ces violateurs le froissèrent à coups de dague , estimans qu'il y eust quelque trésor, ou autres choses précieuses. Toutes fois, ils n'y trouvèrent rien que les os de ce grand Roy. J'y estofs présent et m'y transportay, estant en estât de lieutenant de M. le bailly, pour penser aucunement amollir le cœur de ces barbares , par certaines et honestes remontrances que je leur fis. Mais je n'en pus fien obtenir. Les ossements de ce Roy , qui furent trouvez dedans son tombeau, estoyent couverts d'un cendal en taffetas rouge destaint, comme la couleur en estoit apparente. Et estoient encore inhérentes à la teste, les mâchoires et plusieurs dents, les autres ossements, tant des jambes, cuisses que des bras, fort longs, lesquels ossements je fis bailler à Domp frère Michel de Semalle , l'un des religieux, et bailly de la dicte abbaye, par un nommé François de Gron , marchand du Bourg-l' Abbé , l'un des démolisseurs, présence de Domp Gilles Le Mercier et d'un autre nommé Radul, et quelques autres religieux; lequel Semalle les a gardez long-temps en sa chambre, comme les dessus dicts religieux m'ont dict. Mais, depuis que le sieur admirai de Chastillon et ses troupes de Reistres arrivèrent en cestc ville, toute la dicte abbaye ayant été saccagée et les religieux fugitifs, les dicts
iSÛ ABBATK DB SAINT-éTIENNB DE CABN.
« ossemeDs se sont perdus» qui a esté un grand dommage et chose piteuse « d'avoir ainsi sévy au corps mort d*un grand Roy. >
Un religieux de l*abbaye , Richard de Toustain , put seulement conserver un os de la cuisse, qui était, dit-on, de quatre doigts plus long que ne le comporte la stature ordinaire de Thomme. Lorsqu'un nouveau tombeau put être érigé à la mémoire du fondateur de Tabbaye, on y ren- Ternia ce précieux débris, le seul qui eût pu échapper au\ mains des proranaleurs.
Après la bataille de Dreux (19 décembre 1562), les protestants de Caen appelèrent Tamiral de Goligny dans la ville et lui en ouvrirent les portes, malgré Topposition du bailli, Renouard de Bailleul. Aussitôt, ils firent sonner la grosse horloge, et les troupes de Tamiral entrèrent dans la ville au son des trompettes, sur les dix heures du soir (1& février i 563). L'amiral était accompagné de Lia Rochefoucault , de Grammont, de Montgommery , et d'une troupe de Reltres commandés par le maréchal de Hesse. Il feUut assiéger le château. Les soldats, postés dans le clocher de Sl -Pierre, y lancèrent force arquebusades , et Renouard, de son côté, ayant fait pointer le canon pour démolir les créneaux du clocher, y fit de grandes brèches qui endommagèrent fortement sa l>elle pyramide. Le château fut pris après une vigoureuse résistance , et Goligny, mattre de la ville, l'imposa à 10,000 écus, après avoir fait prêcher, dans l'église de St. -Jean , le célèbre Théodore de Bèze, qui suivait son camp, et qui prit pour texte de son sermon « l'utilité de l'argent, qui est^le nerf de la guerre. > Goligny avait eu soin d'exiger aussi des défenseurs du château une forte somme d'argent pour leur rançon.
Le tombeau en marbre noir de l'évêque de Castres ne fut pas plus épargné que celui du roi. Il y avait dans l'église de l'abbaye de Caen de magnifiques vitraux, des orgues admirables qui furent détruites ainsi que les chaires et les boiseries travaillées avec art, qui ornaient un grand nombre d^appartements.
lie duc de Bouillon se rendit coupable d'un acte encore plus odieux que tous ceux que venait d'accomplir un fanatisme insensé. Sous prétexte de mettre en sûreté tous les reliquaires conservés précieusement dans les églises du pays , il ordonna qu'on apportât dans le château les fiertés, châsses , joyaux et autres ornements ecclésiastiques» et, aussitôt
HI8T01KB. — &\ âPOQOB, 1562-l66â. 188
qaUl les eut eo sa possession , il fit fondre les coffres et les vases d'or et d'argent dans lesquels étaient renfermées les ointes reliques, et s'en servit pour payer ses soldats allemands. La grande fierté ou châsse de Tabbaye de Gaen , qui était faite avec un art admirable , en forme de temple, ayant au milieu un clocher d'ai^ent, et qui était si pesante que quatre hommes pouvaient à peine la porter, fut frappée par le marteau destructeur et convertie en monnaie; les joyaux donnés par Guillaumele-Conquérant et les chappes magnifiques faites avec les manteaux du roi. couverts de lames d'or , furent détruites avec une multitude d'autres richesses que Ton admirait, quelques années auparavant, dans les églises de St. -Pierre, du St. -Sépulcre, des Croisiers, de St. -Sauveur, de Froide- Rue, de St.-Nicolas. Parmi les joyaux pillés, apportés de la cathédrale de Bayeux, on remarquait surtout deux licornes d'or, l'une de quinze pieds et l'autre de neuf, qui avaient été données par le fameux Odon , évéque de Bayeux. Les chanoines de la cathédrale en avaient fait prosent à François !•'. , lorsqu'il passait par Bayeux , en 1682. Le roi avait accepté ce riche cadeau ; mais , avec une générosité chevaleresque ( qu'on serait tenté de déplorer, puisque les licornes auraient été sans doute sauvées s'il eût consenti à les emporter) , il les leur avait immédiatement rendues , en leur disant que , € puisqu'on les avoit conservées si fidèlement depuis le temps du duc Guillaume , ces objets précieux ne pourroient pas rester en de meilleures mains. »
Ces destructions, exécutées pendant les premiers jours du soulèvement furent malheureusement suivies de beaucoup d'autres , long-temps continnées de sang-froid et par système.
Lorsqu'après l'édit de pacification , qui eut lieu le 19 mars 1563, l'amiral de Coligny dut quitter la ville, il donna ordre à Monlgommery , quMI laissa pour gouverneur du chftteau , de découvrir l'abbaye de St. - Etienne tout entière , afin d'avoir le profit que l'on devait retirer des plombs dont elle était couverte. Barthélémy de Nazy avait refusé quelque tenEips auparavant quatrevingt mille livres de ces plombs. L'église fut découverte, sur l'ordre de Montgommery, par un commissaire, lieutenantcriminel du Mans, surnommé Vignolles.
Quelque temps après ces désastres , au mois d'août 1563 , Charles IX arrivait à Gaen , avec Catherine de Médicis, sa mère , après avoir assisté
18A ABBAYB DE SAINT-ÉTlENNE DE GABN.
à la prise du Havre. Il était accompagné de son frère , alors duc d'Or léans,du cardinal de Bourbon, du prince de Gondé»des cardinaux de Guise et de Châtillon , du Connétable de Montmorency et de M. de Matignon, lieutenant-général de la Basse-Normandie (1).
Il Tut reçu avec une pompe égale à celle qui avait été déployée pour l'entrée de François I". Ses yeux Turent partout attristés par Taspect des ruines et des dévastations. De la grande abbaye de St. -Etienne il ne restait plus que les murs. En attendant les édits par lesquels il Tournirait aux religieux les moyens de réparer les pertes immenses qu'ils avaient essuyées, il confirma par des lettres-|)atentes , données à Caen, les dona* tions Taites par les rois, ses prédécesseurs.
Ce ne Tut que bien long-temps après, et par des efforts réitérés, que Tabbaye put se relever de ce coup si Tuneste. L'église ne put être rendue au culte que dans Tannée 1626 , après avoir été abandonnée pendant plus de soixante ans.
D'abord , pour réparer une partie des désastres, causés par la guerre civile et par la guerre étrangère , Charles IX obtint du clergé de France son consentement à la vente des biens ecclésiastiques, jusqu'à la concurrence de cent mille écus au soleil, de rentes. Le bailli de Caen, Charles d'Auberville , procéda, sans <lésemparer, à la mise en vente de ceux des domaines appartenant à l'abbaye de St.-Ëtienne, qui lui parurent devoir trouver le plus Tacilement des acquéreurs. Il expose, dans le préambule des procès^verbaux de ces ventes , les causes qui ont engagé le roi de France à prendre cette grave mesure.
Charles d'Auberville , chevallier, sieur et baron de Verbosq^ Gaux, Gantelou, chambellan du Roy, nostre sire, bailli de Gaen, commissaire du dit seigneur en cette partie, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut Gomme le Roy^ notre dit seigneur, par ses lettres-patentes en forme d'édit, données à St-Germain-en-Laye au mois de mai dernier, publiées en cours de Parlement^ Chambre des Comptes et aydes , à Paris et autres lieux au besoin , a esté , pour subvenir aux grandes et inestimables despenses qu'il a de présent à suporter , à l'occasion des émotions advenues en son royaulme, pour n'estre encore icellui en totalle
(i) Jacques Goyon de MaUgnon, issu d*une ancienne et illustre femille de Bretagne, né à Lonlay , le 36 septembre 1535. Nommé par Catherine de Médicis lieutenant-général de la Basse-Normandie, il prit à Domfront , en iblà , le célèbre et malheureux Montgommery. Bleré, en 1579, au grade de maréchal de France, il mourut, en 1597, âgé de 72 ans.
DiSTOJBE. — h\ ÉPOQUE , 1563-1668. 185
tranquillilé , ni plusieurs estrangers allemands, italliens, anglois, retires liors d'icelhy, estant contrainct d'entretenir plusieurs forces, tant de la nation d'icelluy que des Suisses, Allemands et Bebtres, il ait youUu et ordonné, par l'advis de son conseil et du consentement de plusieurs des gents d'Égiise de ce royaulme, estre faicte vente des maisons, sieuryes, justices, cens, rentes, terres, prays, vignes, bois, et aultres héritages et biens immeubles, appartenant aux archevesques , évesques, cliapitres, coiQmunautez des églises de ce royaulme, jusques à la somme de cent mil escus soleil, de rentes et revenu annuel, par les dits commissaires qui seroient par luy desputez pour cest effect et par aultres ; sur lettres données à Paris le vingt-sixi«°>«. jour de mai dernier, nous ait commis et desputé et donné plain pouvoir, authorité et mandement eq[>écial de vendre et alliâner les dicts biens immeubles des dictes églises, dont le lieu et principal de Féglise du bénéfice auquel appartient le bien que Ton voudra acquérir soit assis au ressort de nostre dict bailliage, jusques à la somme de deux mil escus sol de rente , ans quelz le diocèse de Baieulx a esté cotisé , faisant partye de ladite somme de cent mil escuz, selon que plus à plain appert par les dictes lettres que nous avons fait publier par toutes les vicmités de nostre dit bailliage ; scavoir faisons que aujourd'hui, dabte des présentes, s'est comparu par devant nous, en raudiloire et siège préddial de la jurisdiction , séant à €aen , honneste homme Louis Donesnel , bourgeois de Saint Nicolas de Gaen , préaeoce de M% Pierre de Télégny, escuyer, conseiller du roi et son procureur en ce bailliage et siège présidial de Gaen, le s', évesqae de Baieulx, son commis ou dellégué, et lesdits abbé et religieux de St-Estienne de Gaen, bien et deuement appeliez et mis en deffault, le quel Douesnel nous a fet apparoir de mandement par lui de nous impétré, le sept"*»*. Jour de ce présent mois de juillet, pour compeller les dits abbay et relligieux de St- Estienne de Gaen, leurs fermiers et recepveurs, notaires et tabellions, à porter ou envoyer par devers nous les papiers, registres, lettres, enseignements et baulx à ferme, par lesquelles nous peussions estimer et congnoistre la vraye et juste estimation et valleur annuelle des domaines mis en vente.
Des nombreux procès-verbaux dans lesquels sont relatées les ventes faites en vertu de la mission confiée au bailli de Caen , nous n* extrairons qu*uD petit nombre d'articles où figurent plusieurs personnages dont la ville de Caen a conservé le souvenir :
5 juillet 1563 , — à fit Guillaume de Novince, sieur d'Anbigny, les prés de Brendac, en la prairie de Gaen , contenant 7 acres 1/2, — évalués à 80 livres de rente , — adjugés pour 1,600 livres.
A noble homme, M. Gharles de Bourgueville, sieur de Bras (1) , conseiller du Roy
(1) Charles de BourgueTîlle, aienr de Bra», fils de Jean de Boiifnefille, éenyer, «rocat du roi au
186 ABBATE DE SAlNT-ÉTIENNE DE GABN.
et nostre lieatenant en ceste viconté de Gaen^ ung fief noble ^ nommé Bnicourl (i), assis à Huberfollye , Bras , Boarguebus et aux environs , — 28 livres tournois de rente 750 livres;
A noble homme , M. Charles de Bourgueville^ sieur de Bras, les vingts dix acres de terre 5 assises au dit hameau de Bras et envUrons, — 92 livres de rente. • i,9(i2 11 v. 10 s.
A noble homme ^ M. Pierre Artur, sieur de Beaussy, conseiller du Roy et receveur général des finances , le fief des Gourtilz^ — 36 livres de rente. . . 900 livres; 7Jûillet 1563, — à noble homme Etienne Duval, sieur de Mondrevîlle (2), une pièce de pray, nommé le Grand- Valleren, assis en la prairie de Gaen , 8 acres, 39 livres de rente 1,600 Uvres;
A noble homme, Estienne Duval, sieur de Mondrevîlle, 28 acres, assis à Saint-Louet, viconté de Caen, 36 livres tournois de rente. 3,625 livres;
17 juillet 1563, — à M. Pierre de Gahaignes, docteur en médedne (3) , 3 acres, à Saint-Contest,— 10 livres^ sols de rente 280 livres;
A noble homme , Maistre Louis le Vallerin , sieur de Fontaine-Estoopefour , secrétaire du Roy et vicomte de Gaen , k acres à Fontaine Estoupefour , — 55 sols de rente 55 livres t ;
À noble honmie, Jean de Gairon, sieur de Gardonville, 17 acres, 3 vergées, à Bretteville-rorgueilleuse et Noray, — 56 livres de rente. • . . . 1,136 livres t ;
A noble homme, Jean de Marguerie, sieur de Torteval, ung fief, nommé le fief Locart , assis à Bretteville-sur-Laize , Quilly , Saincteaux et Barbery , — 60 livres de rente. 105 livres;
siège et vicomte de Caen, et de Marguerite de Gairon , naquit le 6 mars 4504, fut lieutenant-général du bailliage de Caen en 1568, se démit de sa charge en faveur de Jean Vauquelin de La Frcsnaye (Tautetir de Part poétique^ qui avait épousé Jeanne de Bourgueville, sa lille), et mourut le 5 novembre 4593. Ses Recherches et antiquiîet de la province de Neiutrie , comme au»»y de la ville et uniœrêUé de Caem . Caen 1588 in-A*. t ouvrage écrit avec une simplicité et une bonhomie qui font aimer Tauteur, sont remplis de détails intéressants sur les mœurs et les usages de Tandenne Normandie. On voit, par les actes d^acquisition mentionnés ici, que Thonnète historien était désigné sous le nom de sieur de Bras, avant qu*il e&t acheté les terres vendues par les moines de SL-Éiienne; que ce n*est pas par conséquent par suite de cette acquisition qu*il prit ce nom, comme le dit M. De La Rue, qui l'accuse de n'avoir donné ft son père le titre de sieur de Bras que par gloriole.
(i) Il s'agit du fier de BrucourtPerducas , et non du fief du même nom, sis au Bourg-l'Abbé.
(S) Etienne Duval, sieur de Mondrain ville, dont on voit encore le charmant hôtel dans la cour de Tancienne halle de Caen , est un des citoyens les plus recommandables et les plus dignes de respect qu'ait produits cette cité. Doué au plus haut degré du génie commercial, il fit le plus noble usage de la fortune considérable qu'il avait amassée. La ville de Caen ne saurait oublier que, les jours de marché, il ouvrait ses greniers au public, vendant toujours son blé au-dessous du prix oouranL II assura l'existence des concours du Palinod, en fondant des prix pour les vainqueurs. Le savant Huet l'a oublié dans la liste qu il a donnée des hommes illustres de Gaen.
(S) C'est le père de Jacques de Cahaignes, professeur royal de médecine en l'université de Caen , auteur de l'ouvrage utile intitulé : c Elogia virorum illustriam Cadomensium. >
HIST01BB. — li\ ÉPOQUE , 1562-1663. 187
A Jacques le Mouny , sieur de Tessel, un flef assis à Tessel , — 60 livres 10 sols de rente.. 1,520 livres;
A noble homme, Thomas d'Oilienson, sieur d'Esson, le fief des Ilz-Bardel, — 60 livres de rente. 1/500 livres;
Au même, le fief de Saint-Philbert, -- 60 livres tournois de rente. 1,000 livres;
A M. Michel Surirey , viconte de Saint-Silvln et Le Thuit , une pièce de terre , contenant 7 acres, à Saint-Ouen, nommée les dosages, et six vergées, dans la délie de la Tiérce-Cousture , — 33 livres de rente 660 livres;
Au même, les acres de Brucourt, assises au terreur du Bourg-l'Abbé, près la Malladrerie de Gaen , — 20 livres tournois de rente. 600 livres ;
A M. André Marc, 9 acres en la paroisse de Villons, délie des Yarendes, 9 livres tournois,— neuf vingt douze livres. 192 livres;
A noble homme Jean de Pellorey, ^eur de Tracy, la baronnie de Torteval, non compris les bois et amendes, — 200 livres tournois de rente , huit mil trois cents livres. * 8,300 livres.
La ruine de Téglise et des bâtimenls, la vente forcée des domaines les plus considérables de Tabbaye , n*étaient rien au prix des conséquences morales qui en résultèrent pour les religieux « abandonnés à rantorité fort contestée d*un prieur, loin de la surveillance des abbés commendafaires, dont plusieurs ne s*occupèrent d*eux que pour leur disputer la possession de la faible part qui leur était laissée dans le revenu temporel. Les religieux s'étaient dispersés à la suite des violences exercées contre leur abbaye. L'an 1566, Philippe de Nocey, archidiacre de Lisieux, Mathurin de Harville, abbé de St.*Marlin de Troarn et de Notre-Dame de Claire-Fontaine, Etienne Heuste, abbé de Notre-Dame d'Évron, furent chargés par le cardinal de Farnèsc de les rétablir dans le monastère. La tâche était assez difficile , ainsi qu'on pourra le voir par le document important que nous donnons ci-après , et qui est rempli de détails plus propres que tout ce que nous pourrions dire, à faire connaître Tétat matériel et moral dans lequel se trouvait alors Tabbaye.
L'an de grâce mil cinq cens soixante six, le sabmedy, sixième Jour d'octobre, nous Philippes de Nocey, licentié aux droits, grand archidiacre de Lisieux, chanoyne Nostre-Dame de Rouen, conseiller du Roy nostre sire, et commissahre d'icelluy seigneur en ceste partie ;
Mathurin de Harville, licentié en droit canonique, conseiller et omosnier du Roy, abbé des abbayes de sahict Martin de Troarn et de Notre-Dame de Gerefontaine ;
Et Estienne Heuste , bachelier en décret, abbey Nostre-Dame d'Evron; aussy corn-
188 ABBATB DE SAINT-ÉTIBNNB DB CABN.
missairedu Roy^ vicaires, députés quant à ce , de révérend père en Dieu , Monseigneur révesque de Bayeux, par nous de Nocey, conseiller, appelés pour la réformation des meurs des religieux de Tabbaye sainct Estienne de Caen ;
Après avoir par nous mis en délibération les lettres patentes du Roy, données à Paris , le xxr. de juillet dernier passé , en fourme de commission à nous addressée obtenues par le révérendissime cardinal de Femayze, abbé de ladite abbaye, narratives que, durant les troubles, les religieux d'ioelle abbaye avoient prins telle licence et liberté que, encorres de présent, ils se trouvent en toutes sortes desréglés , tant en leurs habis, manière de vivre, que autrement, ayant mi» en arrière toute discipline régulière et les meurs et conditions requises audit estât monastique ;
Pour laquelle cause , il seroit très-nécessaire estre sur ce pourveu , et faire tous status et ordonnances concemans tant la dissipUne régulière que l'ordre requis pour le service dyvin , procéder à la punition et correction de cealx qui par informations deuement faites se trouveront déréglez ooulpabies ;
Veu aussi le vicariat baillé par ledit révérend évesque , datte du xxi«. jour de ce mois, avecques les procès-verbauls des remonstrances par nous faictes , tant es jours de merquerdy que du jourd'huy, par lesquels aurions cerché toutes occasions et tenté tous moyens de réunyr et réintégrer lesdits religieux à leur louable et antienne règle et insiitution, tant pour le faict du divin service, que autrement;
Pareillement, veu aucunes informations à nous communiquées par le lieutenant cryminel de ce baillage , tant pour le faict du lardn commis es années V cinquante sept et cinquante buit, précédent les troubles, de grand nombres de tasses et cuillères d'argent , que du manteau du duc Guillaume et autres reliquaires prétieulx aians esté prins en la garde et saisine d'iceulx religieux ou aulcuns d'iceulx ;
Autre information faite par ledict lieutenant criminel, suyvant Tarrest de ladite cour de Parlement, dabté du xviu% jour d'aoust mil V« soixante cinq, narratif du desréglement et manière d'aucuns d'iceulx religieux, lesquels auroient insolemment préverti tout ordre de Testât et profession monastique ;
Que davantaige les examens faicts par nous de Nocey , conseiller, d'aulcuns desdits religieux avecques aultres informations d'aucuns ports d'armes faicts par iceulx dénommés en ladite information;
Nous commissaires dessus nommés, en vertu du pouvoir à nous donné par lesdictes commissions, affin de réfréner telle désordonnée et desréglée manière de vivre, avons, à l'instance de noble et discrète personne, M. Barthélémy de Nazy, grand archidiacre de Baieux , prieur de Baupte et vicaire général dudit sieur cardinal de Femayze , requérant l'exécution d'icelle commission, statué et ordonné, statuons et ordonnons les choses, poincts et articles qui en suyvent, pour estre gardées et observées par iceulx religieux à l'advenir, sans aulcunement les enfraindre, et le tout sur les peynes au cas appartenant ;
Et premîèrettent :
Que le divin service sera contynué , dict et célébré par chacun jour en ladKe
HI8T0IBB. — &\ ÉPOQUE, 1562-td63. 189
abbaye, comme matines, messes ordinaires de fondation, heures canoniales, et offices de Notre-Dame, anqael service tous les religieux d'icelle abbaye seront tenus assister avecques humilité et pureté de conscience , suyvant leur vocation ;
Et pour ce que la chappelle , oii de présent lesdits religieux célèbrent le divin service, n'est du tout réédifflée, ny bien accomodée, que le temps d*hyver est proche , les avons dispensés de dire lesdites matines à my nuit jusques après Pasques prochaines, que lesdits religieux diront lors à my nuit lesdites matines, selon qu'ils avotent accoustumés devant les troubles ; pendant lequel temps le vicaire de ladite abbaye fera réparer et racoutrer les vittres et huis de ladite chapelle , au plus brer tempe que faire ce pourra ; et icelle chapelle fera paver avecques le temps, jusques k ce qu'il y ait autre lien édilfié plus commode, pour y fère une église et clouestre.
Item, ayant esgard que entre ladite chapeUe et nef d'icelle y a séparation , le chapitre se tiendra à ladite nef aux Jours qu'il sera nécessaire pour les affaires et ce qui en deppend.
Et pour ce que aux temps des troubles les livres de ladite abbaye ont esté bruslés, perdus et lassérés, est enjoinct à leur abbey ou vicaire leur en fomir et achapter ou faire faire au plus bref que faire ce pourra, oultre ceulx qui sont de présent à ladicte chapelle, et signautement ung Sanctorum et un légendier, pour ce présent commencement , et deux aultres pareils avecques le temps.
Item , que le dit abbey ou son vicaire fomira auxdits religieux , pour faire le divin service, encorres huit aidbes et deux chapelles d'omemens; c'est assavoir, l'une de blanc ^ l'auUre de noir , avecques les deux qui sont en ladite chapelle ; et fera ledit sieur abbé ung coffre pour mettre et enfermer lesdites chappes et omemens.
Et d'advantaige fomira ledit sieur abbey ou son vicaire auxdits religieux , deulx caUoes et autels bénys, pour ceUébrer les messes , outre ceux qui y servent de présent
Fournira aussy le vhi pour dire lesdictes messes qu'il fera apporter à ladicte abbaye.
Fournira d'avantage l'huille pour la lampe de l'église avecques ung cierge qui sera allumé nuit et Jour à ladite chappelle, à la dilligence du sécretabag de ladite abbaye, avecques une custode pour l'eucaristie , avecques la lampe que ce lays est subiect entretenir.
Item , les religieux de ladite abbaye feront leurs tonsures et couronnes comme il est aecoustumé aux religieux, selon l'ordre de sainct Benoist, reprendront aussy et porteront leurs grands habis, faisans te divin service, et quand ils iront parmi la ville et forbours d'icelle ; et à ceste fin leur sera achaptée de la brouelle , liogette ou madère pour les faire par advance sur leur vestiaire, pour ceulx qui ont aecoustumé prendre leurs vestiaires.
Et en tant que les anciens aiyans oflBces et ne prenans ledit vestiaire seront tenus eulx en fomhr les deniers provenans de leurs dits offices , à commencer à les prendre le jour de la Toussahicts prochainement venant
190 iBBAYB DE SilNT-^TIBKNB DE GABN.
Que lesdits religieux ne sortiront de leur dit monastère sans congié de leur supérieur claustral, auquel est deffendu leur donner congié de sortir, sans justes, légitimes et raisonnables causes, lequel sera tenu leur assigner temps pour se retirer audit monastère.
Deffendu oultre au portier d'icelle abbaye leur ouvrir la porte, sans premièrement avoir parlé audit prieur claustral, ou que on lui ayt faict apparoir par escrit du consentement dudit supérieur ou prieur.
Et parce que nous avons esté deuement advertis que soubz couUeur de la conduite et entreprinse d'aucuns procès intentés à rencontre de leur dite abbaye et aultres , lesdits religieux de ladite abbaye sortent dudit monastère à leur plaisir , chose qui est cause les faire vaguer, avons ordonné, suyvant les saincts décrets, que lesdits religieux ne sortiront sans congié, et deffendu à leur prieur de leur donner congié pour plaider, sans premièrement l'avoir meurement deslibéré; mais sercmt tenus iceulx religieux constituer Tung d'eulx, prebtre le plus capable, pour faire la conduite desdits procès et des choses qui deppendent de leurs offices et monastère, lequel conduira et mènera lesdits procès aux deqpens et sur le revenu desdits offices.
Item, que lesdits religieux n'auront ny ne tiendront aucunes armes en leurs chambres ny au dedans dudit monastère , si non par le congié et permission de leur supérieur.
Que tous les novices de ladite abbaye se confesseront à l'ung de leurs confrères prebtres, une foysle moys, et recepvront le sainct sacrement de l'austel pour le moins au premier dimence de chacun moys, s'il n'y a excuse raisonnable à la discrétion et jugement de leur supérieur.
Que tous les jours es quels on tiendra le chappitre sera leu pour le moins ung ou deux chappitres de la règle sainct Benoist ; et la lecture faicte , celui qui présidera ou autre auquel sera commandé, exposera vulgairement ce qui aura esté leu, affin que les religieux aient mémoire de leur vœux et profession.
Item, que pour les novices dudit monastère, sera depputé F un desdits religieux d^icelle abbaye , pour les instruyre au divin service et observances régulières.
Item, que les religieux profès, ensemble les novices, seront tenus se faire promouvoir aux saincts ordres, quand il leur sera commandé par leur supérieur et au temps prescript par les saincts décrets.
Item , et affin que les dits religieux de la dicte abbaye puissent être mieulx instruits es sainctes lettres, avons ordonné , suyvant les saincts décrets, conciles généraulx et ordonnances du Roy, que leur abbey ou son vicaire sera tenu leur bailler ung maistre précepteur, fidelle, docte et exercité aux sainctes lectures, de bonnes meurs et conversation et de la rel^ion catholique et romaine , auquel seront assignés gaiges raisonnables et suffisans, lequel histruyra les novices à la grammaire et leur fera leçon une foys le jour ; et trois foys la semaine lira et interprétera les sainctes lettres à tous les dits religieux d'icelle abbaye, lesquels assisteront à ladite lecture ; et les reffuyans contraints à ce faire par leur supérieur prieur.
HISTOIRE. — &\ ÉPOQCE, 1562-1663. 191
Item, et sur la plaincte à nous faicte par lesdits religieux, qu'il ne leur estoit baillé que neuf livres tournois par chacun an pour les entretenir de vestiaire, disants que ce n'estoit somme raisonnable et compétente, attendu la cherté des draps, et les habits qui leur sont nécessaires, nous avons ordonné, par provision , et jusques à ce que autrement en soyt ordonné , qu'à chacun religieux , prebtre et non bénéficié , ou n'ayant office en ladite abbaye , sera baillé et délivré , oultre la somme de 9 livres, par augmentation, la somme de 6 livres, le tout revenant, pour chacun an , à la somme de quinze livres.
Les religieux novices profès non prebtres — 9 livres; item, habits convenables à l'état monastique.
L'infirmier fera accoutrer de meubles deux chambres pour les malades , — et les fera visiter par le médecin.
Item, afin que le vice de propriété n'ait point de lieu, — les officiers bailleront par déclaration le revenu temporel ou spirituel de leurs offices, auxquels seront commis les religieux les plus capables, sages et discrets.
Le revenu des officiers ne pourra être affermé que pour six ans, — ni les fieffer , ni baiUer à emphythéose, ni aliéner.
L'aumosne se fera et continuera tout aussy qu'elle estoit faite duparavant les troubles.
Les religieux devront résider actuellement et personnellement dans leurs prieurés , et à leur place on prendra gents scavans et de bonne vye pour fahre la profession audit monastère et contynuer le divin service.
Les religieux feront leur demeure près la chapelle , afin de plus facilement accéder le divin service et se trouver tous au son de la cloche au réfectoire , pour prendre les repas et vivre en commun.
Le grand vicaire sera tenu faire accoutrer la salle de vittres et peppitres pour lire la bible par l'un des religieux.
Le reliquat sera distribué aux pauvres, suyvant l'antienne et louable coustume. Les Chartres, tiltres, libertés seront mises en un coffre lequel fermera avecques deux cieEs , dont l'une sera en la saisine du sieur abbé , l'autre du prieur.
Défense au portier de laisser entrer aucunes personnes, soient hommes, femmes ou filles , portans pouches , au moulin à eaue qui est dans l'enclos de l'abbaye. Le meunier recueillera icelles pouches «i l'entrée de la porte.
Domp Esmondde la Perrière, prieur claustral de la dite abbaye, pour son antiquité, vieillesse et accidens, «i luy survenus, ayant requis estre deschargé de la charge de prieur , comme n'ayant plus les moyens avoir auctorité sur les dits religieux , ny faire le devoir qui dépend de telle charge, il en sera commis ung aultre, assavoir domp Loys Costard, religieux profès à l'abbaye de Trouard, qui sera établi par le grand vicaire de l'abbé cardinal Famèze, prieur claustral et vicaire « pro correctione morum. t Et pour ce qu'il est très nécessaire que les dicts religieux^ faisans le divin service.
192 ABBATE D£ SAlNT*:éTI£NNB DE GABN.
soient nouris et sobstantés, et aussy leur oster toute occaston^soubz prétexte de faire leurs provisions, de dyvaguer par les rues et autres endroiets de ceste ville , snyvaos plusieurs autres remonstrances que leur aurions faictes pour cet effect^ et après que le dit de Nazy» grand-vicaire^ sur ce oui., out dict qu'il avoit esté donné sentence par de Branville^ lieutenant du bailly de Gaen en ce si^e, le xxiir. jour de juillet dernier passé , qu'il entendoit tenir et entretenir , combien que les dits religieux cerchans occasion de le travailler en feussent appellans , ou bien ce qui seroit par nous sur ce advlsé et délibéré^ Nous, à ces causes, après avoir meurement veu et délibéré la dite sentence dessus dattée, nous avons ordonné par forme de provision quant à ce , que la dite sentence sera suyvie et entretenue , nonobstant la dite appellation , et sans préjudice d'icelle ; et à ceste lin chargé au dit de Nazy, grand vicaire « faire exécuter la dite sentence commencée comme du premier jour de novembre prochain venant et de dans Noël pour le plus tard , former la dite abbaye de provision de sildre et vin , suyvant et au nombre contenu en la dicte sentence pour la provision d'iceulx religieux , auxquels est deffendu aulcunement en abuser , sur les peynes au cas appartenantes.
A la quelle fin le dit 26^ jour d'octobre , leur avons présentement ratifié et faict Ure par nostre dict greffier les présens statuts, règlements et articles dessus mentionnés ; et pour ce que le dit de Nazy, grand vicaire, pour son regart a dict qu'il obéissait à iceulx , ainsy que tousjours soy en esloit mis en debvoir , et que présentement il nous a présenté ledit €ostard , religieux , pour avoir la charge de prieur claustral et vicariat t pro correctione morum », suyvant nostre ordonnance^ nous avons solempnellement establi le <tict Costard , lequel a promis en toutes choses garder la règle et profession de Tordre sabict Benoist et anatématisé toutes erreurs , sectes et hérésies speciallement celle concernante le sainct sacrement de l'autel ; promis et juré vivre à l'advenir en la dicte abbaye, en toute humilité et simplesse^ renoncé à tous désirs et affections mondaynes, en tout promis soy contenir le plus modestement qu'il lui sera possible^ et d'autant que la fragilité humaine le pourra souffrir^ ce que lui avons aussy chargé faire et en tant que besoing est; l'avons dès à présent histallé et institué, installons et instituons à la dicte charge de prieur claustral, pour en jouir d'autant et sy long temps qu'il plaira au sieur de Nazy, grand vicahre, et ce nonobstant que le dit secretaing ayt à ce voulln mètre contredit^ et le dit de Somalie, profez, disant que c'estoit à eulx à eslire ung prieur; ayant esgard au désordre qui avoyt esté par cy devant à la dite abbaye, qu'il ealoit très nécesaaire sur ce pourroh*; et pour ce que aurions présentement esté adverty que , puis les derniers troubles , iceulx religieux n'avoient aucunement dit les matines et autre divin ser^ce^ ainsi qu'il estoit accoustumé, et qu'ils nous ont à ce dict que s'estoit à faulte de livres, d'autant que tous eulx n'avoient que deux brévières, nous leur avons chaiigé dire les dites mathies, psalmodies, antiennes et autres prières qu'ihs n'avoient dict depuis iceulx troubles, à faulte de livres, à haulte voix, sans ton et néantmohis de rechef diargé audit grand vicaire leur fomir de livres à eulx nécessaires^ au plus brlef que faire se pourra.
HISTOIRE. — 4*. iPOQDB , 1562-1663. 1S8
Et oultre , nous de Nocey, coiiseiUer5 commissaire, leur avons remonstré que plusieurs d'entr'eulx estoient grandement en mespris et scandale 9 pour eulx estre par cy devant moings que deument contenus, porté habits dissoluts, hanté et fréquenté en lieux profanes et déshonnestes, selon qu'il estoit porté par plusieurs procès à nous communiqués par le dict lieutenant cryminel en ce baillage, et autres faits de autre part; et signautement trouvé par yceulx que les dits Radul, de Grimouville , de Guenille, des Rotours et Semalle, avoient commis fauttes dignes de grande correcticm; pour laquelle cause aurions, suyvant nostre dicte commission, décretté sur eulx mandement de prinse de corps et ordonné qu'ils seroient conduits auxdictes prisons de la court ecclésiastique , en ce lieu détenus , pour estre vers eulx procédé comme de raison. Â quoy nous les avons instantes obéyr; et pour ce qu'ils se sont Toullns appoincter contre nous en remonstrances , usans de plusieurs inconvenantes parolles, avons requis audit juge cryminel qu'il eust à nous aider de force, et aider de bras séculiier ; ce qu'il a vollontairement faict ; et à ceste fyn nous a aydé le dit Jehan Hodey, sergent royal de ceste ville de Caen, auquel avons faict commandement exécuter ledit mandement de prinse de corps , pour ce faire procéder comme de raison. Et oultre avons à la sortie d'icelle abbaye pareillement insynué et faict savoir ausdits portiers et communiqué nostre dicte ordonnance, en ce qui concerne eur faict et regard, et leur delTendu y contrevenir, sur peyne de prison et punition telle qu'au cas appartient
Les noesures prises par les commissaires et le vicaire-général pour rappeler ainsi les religieux à Tobservation de la règle, n'étaient pas d'une exécution facile. Dispersés au milieu des ruines du grand monastère , ceux d'entr'eux qui avaient consenti à s*y rendre, n'auraient pu, lors même qu'ils en auraient eu l'intention, reprendre les salutaires habitudes de la vie commune. Église , cloître , dortoirs , réfectoire , tout avait disparu. Ce n'était pas dans des lieux dévastés, ouverts à tous venants , qu'ils trouveraient un asile contre les passions furieuses qui agitaient le pays et les désordres de tout genre qui en étaient la conséquence. Déjà deux d'entr'eux, D. Claude Raduif et Richard de Malherbe, avaient été entraînés dans les rangs des calvinistes. Les autres, acteurs et quelquefois yictimes dans les drames qui ensanglantèrent la cité en ces jours de désolation , ne devaient plus retrouver cette paix de l'âme qui est nécessaire aux hommes appelés à vivre dans la retraite.
D. Thomas Suhart, chantre, neveu de Jean Suhart de Rupallay, chambrier de Baupte, se rendant à Isîgny et à Rupallay, dans sa famille, trouva en chemin le sieur de Pierrepont, à la tête d'une compagnie de
19& A6BATB DÉ SAINT-^TIBNNB DE CABN.
soldats dont il était le capitaine. Celui-ci lui enleiva son cheval et son épée. Quelque temps après, Tbomas Suhart rencontra le même capitaine dans le carrefour de St. -Pierre à Caen , et lui voyant au côté Tépée qui lui avait été enlevée, il se précipita sur lui, la lui prit en présence d'une foule nombreuse , et peu s'en fallut quMl le mit à mort. Le sieur de Pier repont jura de s'en venger. Il fit surveiller son ennemi par ses gens, et un soir qu'il était à rbôtellerie de la Corne , dans le Bourg-rAbbé , il s*y rendit avec des soldats, l'engagea, par de fallacieuses promesses, à lui ouvrir la porte, et le tua d'un coup de pistolet.
A l'intérieur de l'abbaye, la discorde avait partagé les religieui en deux partis toujours en guerre. D. Louis Costard , nommé d'autorité par Barthélémy de Nazy, prieur t pro correctione morum »^ ne put conserver son emploi. Le premier usage que D. Charles de Grimouville et D. Abraham de Somalie firent de leur liberté , fut d'engager les religieux présents à en élire un autre plus facile et plus doux. Leur choix s'arrêta sur D. Jean Aubert, à la mort duquel les suffrages se partagèrent entre D. Robert Malherbe et D. Guillaume des Retours. Jean Vauquelin de La Fresnaye voulut user de son autorité pour faire élire ce dernier. Les religieux en appelèrent comme d'abus à la cour de Rouen. Le grand-vicaire du cardinal de Farnèse accourut et mit pour quelque temps la paix parmi les moines , en leur faisant agréer D. Guillaume des Retours pour prieur et D. Robert Malherbe pour cellerier.
Les religieux eurent à soutenir un long procès contre D. Jean Chapelle, qui prétendait avoir des droits sur le prieuré ou chambrerie de Baupte , oflSce donné par eux à D. Léonard Le Fauconnier , qui le désintéressa , après de longs débats , au moyen d'une pension de 300 livres. Aussitôt après, deux italiens, François de Nazy et Yincente Fabro, lui disputèrent la possession de sa charge , et ne renoncèrent à leurs prétentions qu'après avoir reçu un dédommagement pécuniaire.
Pendant ce temps, les fermiers et les tenanciers de l'abbaye, mettant à profit la destruction des registres et des titres qui constataient les redevances auxquelles ils étaient assujettis envers elle, employaient tous les moyens possibles pour se dispenser de payer leurs dettes , et se seraient volontiers considérés comme propriétaires des domaines dont ils avaient jusqu'alors payé les fermages. Tandis que chaque jour voyait diminuer
msTOiRE. — ft*. ipoQDB , 1562-1665. 195
les recettes , les édits royaux qui se succédaient sans interruption venaient imposer aux moines de nouvelles charges , auxquelles il leur était difficile de satisfaire. £n 1575, un million et demi de livres Tut accordé par le Souverain Pontife au roi de France, « pour subvenir aux besoins du royaume et à la conservation de TÉglise catholique. » L'abbaye dut payer pour sa part la somme de 3,000 livres tournois. Le fermier de Tabbaye , Jacques Pigache , était sans argent. Il fut néanmoins condamné à payer la somme exigée, sauf à se récompenser sur les revenus qu'il devait toucher. L'abbé et les religieux furent autorisés à vendre et à aliéner encore, dans le cours de l'année, une partie de leurs propriétés, pour subvenir au paiement de cet impôt. L'année précédente, les cardinaux de Lorraiue et de Bourbon, délégués par le pape Grégoire XI il et le roi Charles IX , avaient été chargés d'examiner la réclamation faite par Jean Chapelle , alors chambrier de Baupte , qui se plaignait de ne pouvoir payer les quatre écus d'or de rente auxquels avait été imposé son office.
Existence troublée par le contre-coup des événements extérieurs , lutte contre l'avidité des abbés commendataires, discussions scandaleuses au sujet de la nomination aux offices claustraux , procès contre les débiteurs de mauvaise foi , réclamations adressées au souverain contre l'énormité des taxes, tel est le triste spectacle que nous offrira l'abbaye, jusqu'au moment où les religieux qui auront vieilli au milieu de ces désordres se seront retirés pour faire place à des hommes nouveaux , introduits dans l'abbaye par un pieux et sincère désir de réforme.
L'abbé Alexandre Farnèse, bien que toujours éloigné de son abbaye , s'était montré constamment disposé à prendre en main les intérêts des religieux. Il donna, en plusieurs circonstances, des preuves de son désintéressement. En 1575, il abandonna à l'Université de Caen une année de son revenu en faveur du Palinod. En cette même année, le gouverneur de Caen, M. de la Yérune, engagea les habitants à faire venir quelques religieux capucins pour les établir dans leur ville. L'abbaye leur fit, par les conseils de l'abbé Farnèse, l'abandon du prieuré de Brucourt, attenant d'un côté aux murailles de leurs jardins, nommés les Courtils, et fermé de l'autre par l'Odon. Dans ce lieu existait une chapelle en ruine, dédiée à saint Michel et à saint Jacques-le-Majeur : elle avait été fondée , en ISll, par Guillaume de Brucourt^ un des bienfaiteurs de l'abbaye. Érigée
196 ABBATB DB SAINT- I^TIENNB DB CABN.
en titre , elle était alors possédée et desservie par un chapelain , jouissant des revenus qui en dépendaient. Les donateurs s'en réservèrent la disposition et la présentation. Le couvent des capucins fut constitué en 1576. La chapelle de Brucourt, qu'ils avaient réparée, se trouvant trop petite, ils en bâtirent une autre sous l'invocation des mêmes patrons (1). Le premier gardien fut un italien nommé Gaspard, de Pavie.
Alexandre Farnèse cessa, en 1577, de jouir des revenus de l'abbaye, dont les biens Turent mis pendant deu\ ans en régie. Il fut alors remplacé par Georges Péricard.
GEORGES PÉRIGARD, 33*. ABBÉ.
TiC triste état dans lequel se trouvaient les affaires de l'abbaye lorsque Georges Péricard reçut du roi Henri III le titre d'abbé, est attesté par redit que donna ce prince en 1579, pour faire faire la recherche de toutes les personnes qui s'étaient , à la faveur des troubles, approprié une partie de ses domaines.
Henri 5 par la grâce de Dieu roi de France et de Pologne , à nos amez et féaux les gens tenans nostre Cour de Parlement à Rouen , bailly de Caen ou son lieutenant , juges et magistrats présidiaux et chacun d'eux premier requis , salut Notre aimé et féal conseiller et aumônier ordinaire Maistre Georges Péricard , abbé de rabbaye de St. -Etienne de Caen nous a fait remontrer qu'ayant^ puis deux mois en ça^ prins possession d'icelle abbaye , il auroit fait cmleuse recherche en plusieurs et divers endroits, des lettres, titres, registres et enseignements concemans le bien et revenu de la dite abbaye; mais auroit trouvé par la commune voix d'un chacun^ que la plupart d'iceux auroient esté piUez et bruUez et fort peu de chose préservé du désastre, qui sous couleur des troubles, et licence des guerres civiles, y étoit arrivé en Tan mil chiq centsoixante-<leux et soixante-trois;phis par la menée, malice et intelligence des redevables et tenans de la dite abbaye qu'autrement, la volmité et intention d'iceux n'ayant été autre que de faire tous papiers neufs , où Us ne fussent trouvez sujets en aucune chose, pour rendre par ce moyen la possession de leurs redevances incogneue, ainsi que publiquement Us auroient déclaré qu'il adviendroit, comme de fait U étoit depuis advenu ; que sur l'assurance que plusieurs en avoient
(1) Ceue seconde chaiieUe a été remplacée par Téglise qui fat construite en 1635 et dédiée en 1636.
HISTOIRE. — 4*. BPOQUB , 1562-1663. 197
piinse y les uns auroient voula changer le titre de fermier en celui de propriétaire , déniant tout payement du fermage des terres qui leur avoientété baillées à ferme, les autres subjets à rentes feudalles, censives et seigneurialles, les auroient du tout mescogneu et dénié qu'elles eussent été possédées sur eux ou leurs prédécesseurs, depuis quarante ans ou autre plus longtemps terme , pour par tel moyen s'ayder principalement de la prescription quadragénaire et privilège de la chartre normande qu'ils veulent dire attribuer tout droit et titre de propriété mesmes contre l'église , à celui qui auroit possédé un héritage, puis le dit terme de quarante ans, sans trouble ou sans que rente ou charge aucune lui fût demandée à raison d*icelui; et sous ombre de ce s'étoient formez plusieurs procez lesquels ont été jusqu'à présent immortels et en nombre infini.
A quoi notre cher et bien aimé cousin, le cardinal de Famaize, au précédent abbé de la dite abbaye, n'auroit trouvé d'autre remède que d'obtenir en notre chancellerie, tost après les premiers troubles passés, certaines lettres patentes par lesquelles il auroit esté mandé aux commissaires y dénommez, contraindre les dits vassaux feudataires, fermiers et autres tenanciers, de monstrer et exiber titres d'où il lui en peust être expédié les doubles collationnés , pour s'en servir , et si besohi étoit , les contraindre à en passer nouveaux adveux et recognoissances ; lesquelles , avec le temps, il pourroit blasmer , par le moyen du recouvrement que de jour à autre il espéroit faire, de ce qui étoit resté des Utres et écritures anciennes dlcelle abbaye. Toutefois le contraire de celuy étoit advenu, après l'obstention des dites lettres, parce que leur enseignemens lui auroient été celez et cachez par ceux qui en avoient cognoissance, et les anciens registres détenus par ceux entre les mains desquels ils étoient tombez , qui (peut-être) y avoient quelque mtérét. Tellement qu'avec toute mauvaise foy , les dits vassaux et tenanciers avoient adressé de telle façon qui leur avoit pieu, sans employer en leur dits adveux aucunes recognoissances secrettes par eux déniées, ainsi qu'il se peut voir et juger par quelques-uns d'iceux qui se peuvent encore aujourd'hui recouvrer; et par telle invention et pratique s'estoient exemptez du payement des dites rentes, depuis les dits premiers troubles jusqu'à présent; si bien que les vicaires de notre dit cousin le cardinal de Farnaize, lassez de telles poursuites les auroient entièrement délaissez et tellement négligé la garde des adveux qui leur avoient été ainsi baillez , qu'il ne s'en pourroit aujourd'hui que bien peu recouvrer. Ce qu'étant venu à la connoissance dudit suppliant, auroit à son arrivée tenté tous moyens de pouvoir recouvrer quelques-uns des dits papiers de recette et journaux anciens de la dite abbaye, qui le peussent aucunement instruire. Et enfin en auroit trouvé entre les mains de quelques personnes qui volontairement lui en auroient aidé et d'iceux prins telle instruction qu'avec le temps il pourroit avoir l)onne connoissance des dites rentes déniées etmescogneues, même de plusieurs terres ainsi usurpées et détenues par les fermiers, comme dit est, qui lui seroit un moyen certain pour pouvoir assigner blasmes sufllsans, pour faire rejetter les adveux qui lai seroient baillez , si en iceux les dites rentes et redevances n'y étoient employez. Mais il doute que les dits tenan-
198 ABBAYE DE SAlNT-ÉTIENNE DE GAEN.
ciers^ pour se sentir coupables ^ ne fissent quelque diffigulté de bailler nouveaux adveux, ou que pour l'ancienneté des dits registres , qui seuls lui seront demourez du dit désastre , on ne se voulût prévaloir contre luy et l'Église , de prescription quadragénaire et terme encouru puis la confection des dits registres , si par nous ne lui étoit sur ce pourveu, dont il nous a très-liumblement requis et supplié lui ottroyer nos lettres nécessaires.
Pour ce est-il que nous^ désirant de tout notre pouvoir conserver l'Église en ses droits et prendre la tuition et garde de la dite abbaye , que nous aurions trouvé être de dottation et fondation royalle , étans d'ailleurs suifisament informez que contre l'Église et nous, nulle prescription de possession n'a lieu, si elle n'est plus que centenaire , et que les possesseurs de mauvaise foi ne se doivent aucunement et jouir et prévaUoir de telles possessions et prescriptions, mais seulement que de bonne foi et sans malice ont possédé par espace de temps limité par les loix ou coutumes , en faveur desquelles et autres considérations, la dite chartre normande ne pouvoit avoir été établie; vous mandons et très expressément enjoignons, par ces présentes, qu'appelliez pardevant vous les tenans de la dite abbaye et redevables aux dites rentes, et autres occupateurs des terres et héritages. Et après avoir par vous entendu la cause de la détention d'icelles terres et occasion de la méconnoissance des rentes, s'il vous appert suffisaument et sommairement, par lettres et papiers et enseignemens anciens , auxquels nous voulon toute foi être adjonstée , que par ci devant ils aient détenu et détiennent aucunes terre et rentes de la dite abbaye , qu'eux ou leurs prédécesseurs ayant icelles tenues à ferme d'icelle abbaye , ou qu'ils possèdent aucunes terres subjettes à quelques rentes et redevances, dont, par les anciens papiers de recepte il apparoisse qu'eux ou leurs dits prédécesseurs, ayant autrefois fait le payement et autrement douëment, de tout que suffire doive. Vous, en ce cas, contraignez les détenteurs des dits tiéritages à faire telle recognoissance que besoin sera du droit de propriété, qui en compète et appartient à la dite abbaye ; et à payer les cens, rentes et autres prestations et devoirs par eux méconnus; ensemble les arrérages d'iceux, ayant égard en ce qu'en la prescription que jugez légitime, plusieurs années ont couru, pendant et durant les troubles et guerres civUes advenues en notre dit royaume puis l'an mil cinq cent soixante-deux, jusques à quelque tems seulement, pendant la prinse de possession du dit exposant Donné à Paris le quinzième jour de may mil cinq cents soixante et dix-neuf. Et de notre règne te cinquième.
En vertu de cet édit, et fort de T appui qu'il reçut de l'autorité royale , Tabbé Péricard put faire dresser un inventaire de toutes les terres , maisons , bois , moulins , prairies , de tous les domaines fielTés ou non fieiTés qu'avait possédés l'abbaye avant la destruction de ses registres par les protestants , trop bien secondés par un grand nombre de gens intéressés à les faire disparaître. C'était, pour le moment, le seul ser-
HISTOIRB. — k\ iPOQDE , 15612-1663. 199
vice qu*il pût rendre aux religieux qui, pendant les troubles de la Ligue, allaient être encore bien des fois inquiétés dans leur existence morale et frappés dans leurs intérêts matériels.
Nommé en 1582 à Tévêcbé d'Avrancbes, Tabbé Péricard fut remplacé par Charles d*0, en vertu des bulles de provision qui furent données à celui-ci , le 20 décembre de la même année , par le pape Grégoire
CHARLES D'O, 34*. Abbé.
i&s^-ieso.
Charles d'O, abbé de St.-Julien de Tours, était fils de Jean, baron d*0 , seigneur de Maillebois , de Fresne et de Manou, et d'Hélène d'Hîlliers. François d'O , son frère, un des favoris de Henri III, avait été précédemment nommé gouverneur général de la Basse-Normandie , en remplacement de Charles de Matignon , comte de Thorigny , élevé à la dignité de maréchal de France. Il prit aussi le commandement du château de Caen que lui abandonna le comte de Montmorency , et il en fit réparer et agrandir les fortifications. Il eut bientôt pour successeur un autre favori du roi , le fameux duc de Joyeuse.
Il était stipulé dans les bulles de provision qui conféraient en commande à Charles d'O Tadministration de l'abbaye de St. -Etienne de Caen, qu'il emploierait le tiers du revenu, tant à la restauration des édifices qu'à l'achat d'ornements pour l'église , et qu'il en consacrerait de plus une partie à la nourriture des pauvres. Un arrêt donné à Blois, le dix-huit septembre 1571 , par Charles IX , avait imposé aux bénéficiaires cette obligation. L'abbé Charles d'O , qui désigna pour ses grands-vicaires D. Léonard Le Fauconnier , D. Gilles de Guerville et Vincent Le Got, secrétaire apostolique , se hâta d'afl*ermer le revenu total de l'abbaye pour la somme de cinq mille écus, cinq mille boisseaux de froment, mille boisseaux d'avoine, trente charretées de foin et trois milliers de paille.
Les fermiers s'engagèrent à payer les pensions des religieux , des médecins et des divers fonctionnaires du monastère. Ils prenaient à leur
200 ABBiTE DE SAINT-ÉTIBNNB DE GABN.
charge le paiement des décimes ordinaires et l'entretien des édifices , maisons et moulins dépendant de Tabbaye. Ce bail fait voir que les mesures prises par Tabbé Péricard n'avaient pas été inutiles, et que si les religieux avaient été obligés de se défaire , pour payer les laxes royales , de quelques-unes de leurs propriétés qu'ils se proposaient bien de racheter un jour, ils étaient rentrés en possession de la plupart de celles qui leur avaient été enlevées par surprise et par usurpation.
Les fermiers de Tabbaye versèrent annuellement entre les mains de Tabbé ou de ses ayant-cause la rente qu'ils devaient lui faire ; mais ils ne mirent pas le même empressement à remplir leurs autres obligations. Les religieux eurent à peine de quoi vivre, et l'on ne se bâta nullement de travailler à la restauration des lieux réguliers ou aux réparations dont les autres édifices avaient un si pressant besoin.
Ce n'était pas au milieu des convulsions qui signalèrent le règne honteux du dernier des Valois que l'abbaye pouvait espérer quelque amendement aux désordres qui l'agitaient et aux désastres dont elle avait été accablée. Nul pays n'eut plus à soufl'rir que la Normandie des édits qui , pour entretenir le luxe efi*réné d'une cour avide et corrompue, épuisèrent une province dont la prospérité agricole et commerciale fut pendant un siècle exploitée dans tous les sens par les partisans qui, moyennant l'avance faite par eux du tiers ou de la moitié des taxes , pouvaient s'emparer du reste et avaient par conséquent tout intérêt h en grossir le chifl're.
Comme si les fléaux dus au déchaînement des passions humaines n'eussent pas suflS , la nature vint y joindre les siens. En i58&, une peste plus furieuse encore que celle de 15/i7 enleva à la ville de Caen plus de 10,000 personnes.
Lorsqu'en 1589 de nouveaux édits, plus vexatoires encore que les précédents, vinrent pousser au désespoir les populations et les jeter entre les bras des ligueurs qui triomphèrent enfin à Bouen malgré la résistance de la plus saine partie du Parlement , la ville de Caen resta fidèle à la cause royale. Après le duc d'Épernon, successeur de Joyeuse, le duc de Montpensier avait pris le gouvernement du pays. Henri III transporta dans la ville de Caen le Parlement de Normandie, et le 20 juin 1589, les dix fidèles magistrats qui le composaient , ayant à leur tète l'héroïque
HISTOIRE. — û*. lêpoQUE, 1562-1633. 201
Claude Grouiart y firent leur entrée. Le Parlement de Gaen (1), après Tassassinat de Henri III, reconnut Henri IV pour roi de France, et il est permis de penser que c*est peut-être à cette circonstance que le chef de la maison de Bourt>on dut Tayantage de pouvoir conquérir son royaume. Uhistoire des cinq laborieuses années pendant lesquelles Grouiart et ses collègues maintinrent la Basse-Normandie dans le parti du roi , malgré les efibrts des ligueurs , sera probablement écrite un jour : nous en connaissons peu de plus intéressantes (2). Le gouverneur du ch&teau, Pelet de la Yéruue, était sur le point de céder aux intrigues des ligueurs ; Grouiart rafifermit sa foi chancelante. La ligue pénètre dans les écoles; il adresse aux régents d'énergiques semonces; les prédicateurs, plus hardis, font entendre leurs déclamations furibondes ; il les réprime avec fermeté , fait saisir leurs pamphlets et invoque contre eux la sévérité des lois. Il lutta enfin , sans se lasser jamais , contre les espions dont fourmillait la ville et qui étaient soudoyés par Mayenne , Yillars , de Yicques , Menou , et surtout par le roi d* Espagne. Une foule de moines, carmes, cordcliers, jacobins, capucins et jésuites, s'y introduisaient sous toutes sortes de prétextes, prêts à exhiber leurs lettres d'obédience au Parlement, qui les interrogeait sévèrement, et alléguant, pour expliquer leur venue, les besoins urgents de leur Ordre.
Les monastères étaient le foyer de toutes les menées des partisans de la Ligue : on accusa Guillaume des Rotours, prieur de St. -Etienne, de conspirer avec eux.
Les États de Normandie , rassemblés en 1591 dans la grande salle de Tabbaye, sous la présidence du duc de Montpensier, prirent de sages mesures pour fortifier le parti royal et combattre efficacement les tentatives faites de tous côtés, avec une incessante énergie, pour entraîner les populations dans le parti contraire. Le Parlement fit saisir les baronnies de La Haye-du-Puits , de Périers, de Nouant, de Creully, d'Argences, et
(1) La maobni du Piriement étahll * Cmd étaleot : Martin de Hally, sieur de la Cliapelle-Bayfel; Pierre DuqueMe, ilciir de Brotimne; Mario Benoit; Laurent Godefroy; Laurent ResUut, rieur de Fonnofille; André de Bonoinent, sieur de Buchy; Joachim de Matiian; Pierre Cabart; Anieraj de CoQiraudon, et Grouiart. lisse réunirent d'abord aui grandes écoles, dans Tauditoire de théologie de rUnÎTenàté, pois dans la grande salle du couvent des Cordeliers.
(3) Plusieurs faits relatifs à cette époque ont été recueillis par le sarant historien du Parlement de Normandie, M. rioquei, —Voir les Voyages en cour de Claude Grouiart, dans la collection Petitot.
veodre les terres des principaux chefs de la Ligne « Pierrecourt , Silly , d'Ëstourinel , Marbeuf : il fit raser le château de Neuilly-rÊvèque, occupé par Laugaunay Dampierre, qui, faisant chaque jour des excursions à main armée , rançonnait les habitants et les voyageurs. Yictimes de tous les partis, les protestants étaient à Caen, comme dans le reste de la Normandie, Tobjet de la haine des particuliers et des persécutions de Tadministration.
Lorsqu'enGn Tabjiiration de Henri IV, hommage rendu aux droits de la majorité de la nation , lui eut ouvert les portes de Paris; lorsque, après avoir acheté un à un les chefs de la Ligue , il se vit partout reconnu comme roi légitime , le Parlement de Caen dut quitter la ville demeurée fidèle au monarque, pour aller rejoindre à Rouen ceux de leurs collègues qui avaient offert aux factieux un coupable concours (i). Les échevins et les habitants de Caeu avaient fait de vains efforts pour les retenir.
Quatre ans après, le 15 avril 1598, Henri IV publia Tédit de Nantes. Mais trop long-temps la guerre avait régné dans toutes les âmes, divisées par la défiance et la haine , pour que la paix et la concorde pussent y descendre , à la voix du sage monarque qui , à l'exemple du grand chancelier L'Hôpital , essayait de les fonder sur le terrain des transactions. Les États de Normandie protestèrent contre Tédit, et le Parlement ne Tenregistra qu'avec de nombreuses restrictions.
On peut se faire une idée des désordres qui , pendant toute la durée de ces luttes déplorables, n'avaient pu que se multiplier dans les monastères. Le retour à un gouvernement régulier fit sentir la nécessité d'y porter remède. L'autorité civile et l'autorité religieuse déployèrent sur ce point une louable émulation.
L'extrait d'une enquête faite , en 1599 , par Charles Turgot , par ordre du Parlement de Rouen, dans l'abbaye de St. -Etienne, sur la demande de l'abbé Charles d'O, du prieur et des religieux eux-mêmes, indiquera suflSsamment combien le mal était grand et combien étaient urgentes les mesures prises pour le rétablissement de l'ordre et de la régularité.
(i) Les lettres de rappel données à Rouen par Henri IV portent la date du 8 avril i59A. « J*ai oublié et pardonné mes injures, disait le roi à ceux des magistrats qui lui montrèrent de la répugnance ft s'asseoir auprès de leur collègues ligueurs , vous ne pouvei mieui faire qu« d'oublier et pardonner les TÔlreSi >
HISTOIRE* — &\ épOQOB, 1562-1668. 203
Du jeudi matin, trentième jour de décembre 1599 , en Fabbaye de St -Eslienne de Caen, devant nous Charles Turgot, conseiller du Roy, en s^ cour de Parlement de Rouen et commissaire d'icelle en ceste partie, en la présence de messires Gilles Anseray, conseiller et advocat-général du Roy en la dite cour, et Jean Louis, notaire et secrétaire en icelle, notre greffier et adjoint :
En procédant par nous à l'exécution des arrêts de la dicte cour, des 15 novembre dernier et 18 de ce présent mois, donnés sur les requêtes respectivement présentées par Messire Charles d'O, abbé commendataire de l'abbaye et par les prieur et religieux d'icelle ;
Après qu'au son de la cloche se sont comparuz et assemblez par devant nous , domp Guillaume des Rotours, prieur; Robert Malherbe, cellérier; Gilles de GuervUle , bailli et chambrier ; Pierre Le Febvre, aumônier; Jean de Baillehache , grandvicaire; Richard Malherbe, secrétaire; Hannibal d'Escrametot, enfermier; Charles de Baillehache, grainetier; Jacques de Pudescotes, Guillaume Marye, Léonard Legot, Pierre de Guerville et Jacques Varin, tous religieux profès en la dicte abbaye , Jacques des Vignes et François Douhaut, novices;
Par le dict avocat-général du Roy nous a esté démontré que, par l'inspection des personnes et habits d*aulcuns desdicts religieux, il y avoit grande apparence de croire le bruit commun, qui est en ceste ville, de leur vye desréglée et mauvaisdesportements, dont il sortoit ung très grand scandalle et ung prétexte ou occasion d'excuse auxdesvoiésde l'Église catholique, qui sont en grand nombre en ceste ville, de ne se réduire et convertir, voyans les mespris que font les dits religieux de vivre suivant leur debvoir et les statuts de leur règle; et que ceux qui par leur vœu sont abstraincts à une vye retirée et solitaire sont le miroir et exemple de toute vanité , portant leurs cheveux sans couronne, les barbes longues et moustaches relevées, comme s'ils estoient soldats ou personnes laïques, divagans en cest estât par les rues de ceste dicte ville et fauxbourgs, avec manteaux et accoustrements de vellours et autres soyes, donnants entrée en la dicte abbaye à plusieurs femmes mal nommées, comme il avoit mesme veu k l'entrée de la dicte abbaye que plusieurs femmes en sortoient , chose qui ne pouvoit qu'attirer l'ire de Dieu et engenrer ung grand scandalle à la religion catholique, attendu les vœux de leur dicte règle ;
Et d'autant que les dicts religieux prétendent être exempts de la jurisdiction et correction du sieur évesque de Bayeux, diocésain; et qu'il n'est raisonnable que soubz ombre et prétexte de telle prétendue exemption, qui avoit peu estre concédée du temps des ellections et lorsque les abbayes estoient administrées par abbés et religieux , ils se puissent attribuer une licence et plaine liberté de vivre à leur volonté ; requéroit partant ledit advocat-général qu'eussions à y pourvoir, en attendant le règlement qui se pourra faire, après avoir veu leur prétendue exemption, et que présentement il soit envoyé quérir un barbier pour faire la barbe, coupper lès moustaches et faire les tonsures et couronnes des dits religieux ; que défences leur soient faictes de sortir ni divaguer hors de la dicte abbaye, sans le congé de leur prieur.
20& ABBAYB DE SÂlNT-éTlBNxNB DE CAEN.
qui leur sera donné avec cause légitime ; défences aussy de porter habits indécens à leur estât et qu'ils soient tenus de porter leurs robes, frocs et bonnets carrez dedans ladite abbaye , et , lorsqu'ils sortiront dlcelle avecques le dlct congé et iront par ceste dite ville et fauxbourgs, que du moins ils portent leurs robes et scapulaires ;
£t à eulx enjoint de respecter et obéyr à leur dit prieur , lequel soit exorté de leur monstrer bon exemple de piété et religion ;
£t où aulcuns des dits religieux seroient désobéissants et que icelluy prieur ne se trouvait assez fort pour la correction de leurs mœurs , qu'il ait à implorer le bras sécullier ;
Etoultre^ quedeffences soient faictes tant au dlct prieur que au portier de la dicte abbaye d'y laisser entrer aulcunes femmes qui puissent apporter scandale.
Sur quoy, après que ledict prieur nous a déclaré avoir par plusieurs et diverses foys ad verty les dicts religieux de se renger à leur debvoir, mais que , ne lui estant tenu la main par aulcune personne d'autorité , il n'y pouvoit donner tel ordre qu'il désiroit, estantz les prisons, qui jadis avoientesté édlffiéesen la dicte abbaye, pour la correction des religieux délinquants, en ruynes;
Nous, ayant esgard aus dictes remontrances et conclusions du dict advocat-général, avons fait commandement aus dicts religieux présents de faire faire dans demain leurs tonsures et couronnes, coupper leurs moustaches et porter leurs barbes avec décence et modestie et, à ceste fin enjoint audict prieur d'envoyer présentement quérir le barbier ordinaire de la dicte abbaye ou autre premier trouvé.
£t avons fait et faisons expresses delTenses et inhibition aus dicts prieur et religieux de porter accoustrements indécents à leur estât et profession, et d'estre à l'advenir sans leurs robes, bonnets et habits de religion dansladicte abbaye, ou par la ville et fauxbourgs sans leurs robes et scapulaires , à peine d'estre , à l'instant et sans autre forme de procez, constitués prisonniers es prisons ecclésiastiques et punis comme apostats et irréguliers.
A laquelle fin, la présente ordonnance sera notiffiée au bailly de Caen ou son lieutenant, gens tenants le siège présidial et substitut du dlct procureur-général du Roy audict lieu , pour tenir la main, chacun pour son regard, à l'exécution d'icelle et, en cas de contre vention, en advertlr la Cour.
En outre , avons faict défenses aus dicts religieux de sortir hors l'endos de la dicte abbaye sans le congé ou licence du dit prieur et pour cause légitime; ensemble de retirer aulcunes femmes, et au portier d'icelle de les y laisser entrer, réserve les femmes antiennes qui servent à blanchir le linge , sur paine de prison et amende arbitraire.
Après avoir cherché par ces mesures à rétablir Tordre extérieur , les magistrats abandonnèrent à Tautorité ecclésiastique le soin de remettre en vigueur les règlements prescrits parle fondateur de l'Ordre, pour
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rétablissement de cette sainte vie du cloître , qui n'existait plus que dans les pieuses traditions du passé et que tous les elTorts devaient essayer inutilement désormais de ranimer.
Le 7 février 1600, le Parlement de Rouen ordonna que , sans préjudice pour les droits d'exemption prétendus par le prieur et les religieux , D. André Le Moul, prieur de Tabbaye de Jumièges, et D. Jean Duval, sous-prieur de Tabbaye de St.-Ouen de Rouen, se rendissent à Caen , afin de rétablir la discipline et réformer les mœurs du monastère , avec l'assistance de M. Jean de Montauban, pénitencier, chanoine de Notre-Dame de Bayeux , vicaire-général de Hessire René de Daillon , évêque du diocèse.
Les commissaires , après avoir réglé ce qui concernait les offices religieux , prirent les mesures nécessaires pour que Ton achetât tout ce qui devait servir au culte, et pour que les religieux eussent un réfectoire et un dortoir, afin de reprendre la vie commune. Le fermier des domaines de l'abbaye , Pierre Morel, écuyer, sieur de Garcelles , fut invité à fournir, au commencement de chaque quartier, l'argent et le blé qui devaient être employés pour la subsistance de vingt religieux, y compris les novices. L'argent serait déposé dans un cofire ayant trois clés , dont l'une demeurerait entre les mains du prieur, et les deux autres seraient remises à deux religieux élus par la communauté. On y prendrait au fur et à mesure les sommes exigées pour les dépenses de la communauté, et les trois dépositaires des clés ne pourraient ouvrir le coffre que tous ensemble.
Il n'y avait alors dans l'abbaye que quatorze religieux profès et deux novices. 11 fut ordonné que, dans trois mois, on en recevrait quatre autres, qui ne pourraient être admis comme profès que s'ils avaient seize ans , s'ils étaient nés de loyal mariage , de bonnes mœurs , c et pour le moins congrus en latin et approuvés , suivant le texte de la règle , sains de corps et d'entendement. • Il était alloué à chacun des religieux non pourvus d'offices , quinze écus pour leur vestiaire , indépendamment des trois écus qu'ils recevaient du chambrier de Baupte. Il leur était fait défense i de porter habits de veloux et soyes , ni enrichis de bords et passements, ni découppés; ils dévoient être vestus, suivant l'ordre et antiennes coustumes louables de la maison , d'habits décents , de drap ou serge, sans aucune superfluité. >
206 ABBATE DB SAUfT-ilIENNE DE GAEN.
Ordre était donné encore par les commissaires, au iiailli de Tabbaye, de faire venir de Paris un Martyrologe, un Homilier des docteurs, les Œuvres de saint Bernard , une Bible, et autres livres nécessaires, in-folio, pour que Ton pût Taire la lecture au réfectoire et au chapitre, attendu qu'ils n'avaient pu, malgré leurs recherches, se procurer ces ouvrages chez les libraires de Caen.
< Et pour satisfaire aux corrections qu'il conviendroit faire aux religieux qui se trouveroient infracteurs des commandements de Dieu , des décrets de la règle , des anciens statutz de la maison et de ces présentes nos ordonnances , nous avons ordonné ung lieu voolté, proche du logis de Tabbé, soubz une gallerie par oii Ton va à la cuisine du dit abbé, pour servir de prison , à la quelle conviendra murer Tune des portes du dit lieu , mesmes mettre des grilles de fer fortes, pour asseuréement conserver les prisonniers qui y seront mis. i
Le Parlement de Rouen avait pareillement établi que les fermiers de Tabbaye fourniraient chaque année la somme de mille écus, qui seraient employés à la réparation de l'église ; chacun des oflBciers de l'abbaye consacrerait au même objet le tiers de son revenu , et l'on y joindrait enfin tout te boni qui pourrait être réalisé par le monastère , après ses dépenses payées (1).
Toutes ces prescriptions , dont les religieux comprenaient l'importance, ne pouvaient être qu'une lettre morte , tant que la maison n'aurait pas à sa tête un homme résolu à les faire exécuter. Cet homme se rencontra. C'était un religieux plein de zèle, dont nous avons déjà cité plusieurs fois le nom , et qui , dans l'impuissance de rendre à la grande abbaye de St-Étienne cette régularité et cette discipline qui avaient fait naufrage au milieu des discordes civiles , eut cependant l'honneur de lutter avec couragp, pendant quarante ans, contre les désordres qu'elles avaient entraînés à leur suite et de réparer , en grande partie , les désastres matériels qu'elles avaient causés.
En 1603 , le 9 mai , l'abbé Charles d'O donna provision de l'office de
(I) Les officiers imposés étaient D. Gilles de Guerville , chambrier oa prieur de Baupte; D. Jean de Baillehaclie , chantre ; D. Richard Malherbe, sacrisiain; D. Guillaume des RoCours, courtellicr; D. François Patry, gnager ; D. Robert Malherbe, oellérier ; et D. Annibal d*Bscrametot , infirmier.
HiSTOiBE. —4*. EPOQUE, 1562-1663. 207
cbambrier et de prieur de Baupte, vacant par la mort de D. Gilles de Guerviile, à D. Jean de Baillehacbe, qui, le 80 juin de Tannée suivante, Alt élevé par la communauté auK importantes Tonctions de prieur claustral. Ce fut un grand bonheur pour Fabbaye. Aussitôt qu^il Tut nommé , il n'eut d^autre pensée que celle d'accomplir Tœuvre de restauration qu'avait rendue nécessaire le vandalisme de 156*2, et à laquelle il travailla jusqu'à la fin de ses jours, avec le zèle le plus actif et le plus persévérant. - Il eut plus d'une occasion de déployer toute la fermeté de caractère dont la nature l'avait doué. D. Jacques Desvignes , pourvu de l'office de réfectorier, dont on vantait la belle voix et le goût musical , était parti pour Rouen sans permission. 11 revint à l'abbaye, € muni d'une absoute que lui avoit délivrée le P. Pacot , jésuite.» Le prieur, pensant qu'il fallait déployer la plus grande vigueur, pour rétablir la discipline depuis si longtemps méconnue, fit saisir le religieux , qui fut, par ses ordres, renfermé dans la prison de l'abbaye; ce qui n'empècba pas, qu'ayant été réintégré quelque temps après dans la possession de tous ses droits spirituels et temporels, il ne partit encore une fois pour l'Italie, où l'appelait apparemment une passion irrésistible pour l'art dans lequel il excellait. Il mourut à Gènes dans un hôpital.
D. Richard de Malherbe fut traité plus rigoureusement. Fils de I^uis de Malherbe, écuyer, de la paroisse de Septvans, et de demoiselle Nicolle de Grimou ville, il avait été sacristain de l'abbaye, pois, prieur de St. -Laurent de Septvans; i mais, dit Baillabeche, s'étant laissé em- « porter à ses appétits sensuels , il se rendit hérétique et huguenot. » Le grand-prieur le fit arrêter, le 19 août 161S, par les archers, en vertu d'un mairdement du bailli de Caen , et amener à la prison , oii , par ordonnance du chapitre , on lui mit les fers aux pieds. D. Richard s'échappa et se retira dans la paroisse des landes où il mourut misérablement. Le cardinal do Perron avait prié D. Baillehache de le laisser en repos , en lui disant < que c'étoit une brebis galeuse qu'il ne falloit pas remettre au troupeau. »
Jacques du Quesnel , fils de messire Gabriel du Quesnel , chevalier des ordres du roi , seigneur de Coupigny, avait été amené au monastère par sa belle-mère , M"', de Coupigny , et avait été reçu religieux avant l'flge. Il s'évada , mena one vie désordonnée , et , arrêté , sor Tordre do prieur,
par Lancelot Girouard et Etienne du Bois , archers da grand prévôt d'Alençon, il Tut mis en prison, bien qa'il prétendit, qu'ayant été contraint à entrer dans les ordres à un ftge où il avait agi sans discernement, il ne devait pas être considéré comme appartenant à rabl)aye. 11 s*évada de la prison.
D. de Baillebacbe n'était encore pourvu que de l'office de cbantre, lorsque le Parlement de Rouen ordonna, le 1*'. février 1601, qu'il serait procédé , par devant le bailli de Caen, à l'adjudication au rabais de la réédiflcation de la grande église abbatiale, sur la mise à prix de 2,500 écus. François de Cairon , cautionné par Charles de Cairon , sieur de Cardonville, son Trère, s'était chargé de l'exécution des travaux, pour la somme de 2,&80 écus. Il avait été arrêté que le rond-point tout entier, qui était en ruines, serait entièrement démoli, avec ses chapelles, et que les matériaux qui eu seraient tirés seraient employés par l'adjudicataire aux nouvelles constructions. Déjà précédemment , les écbevins de Caen avaient demandé qu'il leur Tût permis de faire procéder eux-mêmes à cette démolition inconcevable, et de faire servir les pierres qu'ils en retireraient à réparer les fortifications de la ville.
Jean de Baillehache courut à Rouen et obtint, le 8 mai 1601, un arrêt de la Cour , portant défense de démolir le chœur , le rond-point et les chapelles , et ordonnant de faire construire , au lieu du gable porté par l'adjudication , les deux piliers du côté de la nef qui portaient la grande tour du milieu de l'église, i de pareille essence et grandeur qu'ils avoient été et qu'étoient encore ceux qui se trouvoient du côté du chœur. t Des dédommagements furent assignés à l'adjudicataire , qui avait compté, pour les travaux à exécuter, sur la démolition heureusement interdite par le nouvel arrêt.
Les réparations n'étaient pas encore commencées en ^603, lorsque Henri IV vint à Caen, qu'il se souvint d'avoir déjà visité dans sa jeunesse , à l'époque du voyage de Charles IX : il vit de près les ruines de l'abbaye et de l'église , et put comprendre la nécessité de ne point en accumuler de nouvelles.
Le voyage de Henri lY avait pour but d'enlever au duc de Crèvecœur- Montmorency le gouvernement de la ville et du château, afin de prévenir l'elTet des intelligences que ce seigneur était accusé d'entretenir avec le
comte d'Auvergne et le dac de Bouillon. Il fut remplacé par M. de Belle* fonds. Le président Groulart accompagnait le roi, auquel il venait faire , au nom de ses collègues du Parlement , des représentations , soit au sujet des édits fiscaux qui continuaient à peser sur la Normandie, et que le prince, malgré les vœux les plus chers de son cœur, était obligé de maintenir, pour faire face à d'impérieux besoins, soit au sujet des édits de tolérance en faveur des protestants , pour les* quels il avait à lutter contre le zèle peu éclairé des magistrats. Groulart ne concevait pas qu'il pût être permis aux ennemis de la religion calho* lique de construire des prêches, et c'était avec la plus grande répugnance que le Parlement de Normandie avait vu, par suite de Tédit sur les Chambres mixtes, prendre place dans son sein à trois conseillers religionnaires , Moynet de Tancourt , Grimoult de La MuUe et le seigneur de Yicquemare. Organe éloquent et convaincu de sa Compagnie^ Groulart adressa, dans le château de Caen, d'énei^iques remontrances à Henri IV, qui, perdant patience à la fin , se plaignit en termes amers d'une telle insistance. Elle justifiait les préventions que depuis plusieurs années on avait cherché à faire naître dans son esprit, contre la fidélité de Groulart et du Parlement. Accusé d'ingratitude et de rébellion , le vertueux magistrat n'eut pas de peine à se défendre. La douleur qu'il éprouva, le lieu même oii la scène se passait , lui inspirèrent de nobles et pathétiques paroles. Du haut des murs du château de Caen, il montra au roi cette ville qu'avec tant de peine il avait pu , douze ans auparavant , maintenir en son obéissance et soustraire à l'influence de Pelet de La Yérune, dont il était parvenu à paralyser les mauvaises intentions. Henri lY l'embrassant avec effusion lui adressa quelques-unes de ces bonnes et affectueuses paroles qui, après de pareilles scènes de brusquerie, réjouirent plus d'une fois le cceur de Sully.
Le roi donna, en 1606, des lettres-patentes en forme d'édit, pour permettre aux ecclésiastiques et aux bénéficiers du royaume de racheter , dans les cinq années qui suivraient, les domaines, terres et maisons aliénées et démembrées de leurs bénéfices depuis kk ans , en remboursant les acquéreurs , leurs héritiers ou ayant-droits. Le grand prieur n'avait pas attendu cette ordonnance, pour essayer de faire rentrer l'abbaye de Caen en possession de ses propriétés aliénées ou usurpées. Charles de
210 AfiBAYB DE SAINT-ÉTIBNNB DE GAEN.
Baillehacbe , bailli da monastère , avait à soutenir à la même époque plus de 300 procès , ou contre les fermiers qui refusaient de payer leurs redevances , ou contre les tenanciers qui se prévalaient de Tabsence de titres pour se déclarer propriétaires. Le fermier général des revenus de Tabbaye, le sieur Jean Leroux, écuyer, et ses associés, refusaient au bailli les sommes dont il aurait eu besoin pour plaider , et Fabbé Charles d'O se montrait peu empressé à les lui fournir. Le Parlement de Rouen, faisant droit aux réclamations si légitimes des religieux, força les fermiers et Tabbé à s'exécuter et à leur venir en aide.
Lorsqu*en 161 &, Tabbé d'O afferma, dans un nouveau bail passé avec maître Nicolas Yon^ avocat à Poot-Audemer, les revenus de Tabbaye, il fut convenu que le preneur, après avoir payé à Tabbé une rente de 18,000 livres , eu lui abandonnant de plus les droits de collation et de présentation aux bénéQces et aux offices de Tabbaye , ainsi que le droit de varech , se chargerait d'acquitter les pensions des religieux présents au monastère, jusqu'à la concurrence de li,060 livres et de 1,052 boisseaux de blé, mesure d'Ârques. Il devait entretenir les maisons, moulins et édifices dépendants de l'abbaye , sans y comprendre l'église et le manoir abbatial, objet d'un arrangement particulier.
Un événement inattendu vint suspendre les travaux , dont le prieur pressait l'exécution avec une louable ardeur. L'abbé Charles d'O résigna ses fonctions, le 9 avril 1618, en faveur de maître Jean Chérou, qui lui-même remit sa démission entre les mains du roi. Sa Majesté donna le brevet d'abbé commendataire à l'archevêque de Rouen , François de Harlay; et, en attendant que la Cour de Rome eût confirmé l'élection, il établit en qualité d'économe et d'administrateur général du temporel de l'abbaye, le sieur Pierre Yéras. Lorsque Guillaume Yauquelin, écnyer, conseiller du roi, président et lieutenant-général au bailliage et siège présidial de Caen , se présenta au monastère , pour y installer le nouvel économe et le mettre en possession du manoir abbatial , les religieux , appelés au son de la cloche, se présentèrent , et prolestèrent contre ane mesure qui devait entraîner pour leur maison de funestes conséquences (1).
(i) Les religieux présents étaient: D. Jean de Baillehacbe, prieur claustral, Charles de Baillebache, Jacques de Pudecolles, Guillaiime Marie, Léonard Le Got, Pierre de Gucrfille, GiilllauiM Moria,
HISTOIRE. — 4". Mpoqoe , 1562-1663. SU
Les lettres-patentes du roi portaient en eOet que sa Majesté avait disposé de l'abbaye, non en faveur de Monseigneur de Harlay, mais en faveur de l*arcbevècbé de Rouen, c pour être doresena vaut unie et annexéeandit archevêché, et en être, dès à présent et à toujours, joui conjointement par ledit de Harlay et ses successeurs , à la charge et réservation néanmoins de la moitié du revenu de Tabbaye, franche et quitte de toutes charges , delà disposition de tous les offices séculiers et laïques pour messire Charles d*0 , sa vie durant , et d'une pension de deux mille livres pour le sieur Cbérou. » Or , un tel arrangement était contraire aux droits des religieux. Nul ne devait être promu à la dignité d'abbé , sans être astreint à consacrer un tiers du revenu à l'entretien des moines de l'abbaye , et un autre tiers à la réparation des édifices en ruine, non-seulement dans le monastère, mais encore dans les lieux qui en dépendaient.
Malgré l'opposition des religieux , les revenus de la maison furent mis en régie et perçus au nom de Monseigneur de Harlay, qui obtint du Souverain Pontife, le 23 juin 1618, une bulle ordonnant la réunion et l'annexion de l'abbaye de St. -Etienne à l'archevêché de Ronen.
Menacés dans leur indépendance et dans l'existence même de leur monastère, les religieux se hâtèrent de prévenir les effets d'une disposition préparée de longue-main et dénoncèrent, comme abusive et contraire aux lois civiles et ecclésiastiques , la bulle d'union que le nonce du Saint- Siège apostolique se préparait, sur la requête de l'archevêque de Rouen, à mettre à exécution.
Dans le factum publié « pour les prieur , religieux , chapitre et couvent de l'abbaye de St.-Estienne de Caen , ihtervenans et appelans comme d'abus, de l'octroi, adresse et exécution d'une bulle d'union de ladite abbaye à la manse archiépiscopale de Ronen i , il était exposé < qu^à l'exemple des assemblées des communautés de la Grèce, rénnies chaque année aux Thermopyles^ pour veiller à la conservation de leurs droits et aneiens privilèges (semper enitn magnt faciuni provinciales , dit le jurisconsulte, suas sibi servari prérogatives ) , tous les religieux intervenaient
Philibert des Montbiers, Guillaume Hoet, Pierre de GaalIoD et Ântoiue delà Croix, prélres el religieui; Fabien de La Mariouze, JacquesdeCbcfval, Charles Bénard, Jean Malherbe, Robert de Saffrey, Guillaume BooiloQche et Jetn de Caîron, profès.
212 ABBATE DB SÂINT-ÉTIENNB DE GAEN.
pour se conserver en la possession de leur ancien béritage, séquestré pour un temps es mains de leurs abbés commendataires. » On s'appayait pour combattre le projet d*union , qui ôtait à jamais aux religieux l'espérance , il Tant le dire , du retour en la terre promise y , sur le droit divin, qui veut que chaque église possède un seul et légitime époux et pasteur; sur les Conciles, et particulièrement sur celui de Trente; enfin sur l'autorité de RebufTe, de Dumoulin et de saint Augustin. • 11 ne résulteroit de cette union aucun bien pour TÉglise , et il y auroit un malheur irréparable à supprimer cette grande et belle abbaye de Caen , Tune des plus riches et des plus grandes de ce royaume, distante de fort loin du siège archiépiscopal , et proche d'une célèbre ville et université , en laquelle Tabbé , ou le prieur eu son absence , ont tout droit de préséance et de rang honorable. >
La requête fut appuyée par Jacques d'Angennes, évèque de Bayeux, et par Charles d'O, qui n'avait pas entendu résigner son titre dans le but d'amener cette union subreptricement obtenue du Saint-Siège. De leur côté , le maire et les échevins de Caen s'opposèrent énergiquement à ce qu'elle fût exécutée , et un arrêt du Grand*Conseil , en date du 1*'. février 1620, vint mettre un terme aux justes alarmes qu'avait ressenties la communauté. En vertu de cet arrêt, l'abbé d'O fut d'abord rétabli dans son titre et dans la jouissance de ses droits d'abbé de St. -Etienne. 11 fut ensuite convenu qu'il se retirerait, en conservant pour le reste de sa vie la moitié des revenus de l'abbaye et la nomination aux oiBces séculiers et laïques ; puis l'abbaye fut déclarée t vacante et impétrable pour y être nommé par le roi, selon son bon plaisir. >
Mais les tribulations des religieux n'étaient pas arrivées à leur terme. Le nouvel abbé , Antoine de Bourbon , comte de Moret , n'ayant à percevoir pour lui que la moitié des revenus, ne se crut pas obligé de pourvoir à leur subsistance. L'ancien titulaire , de son côté , prétendit que , sur l'autre moitié que le roi lui avait réservée pendant sa vie, aucune somme ne devait être distraite pour les besoins du monastère. Contraint par un nouvel arrêt à payer aux dix-huit religieux la pension alimentaire qui leur était due , il soutint qu'il avait du moins le droit d'en réduire le chiffre de moitié,
D. Mathieu de La Dangie, cellérier, bachelier en théologie de la
HISTOIRE. — 4\ lÎPOQDE, 1562-1668, 213
Faculté de Paris, Pan des religieux les plus distingués de l'abbaye à cette époque ,'se chargea de défendre les intérêts de la communauté. Il combattit, dans un long mémoire, les raisons sur lesquelles l'abbé d'O s'appuyait pour justifier les réductions qu'il avait faites,
t L'une des plus signalées louanges que l'antiquité fait des vertus el Au soin de l'empereur Auguste, disait-il, est qu'ayant trouvé la ville de Rome en ruines et l'empire en désordre , il avoit rétabli les ruines de la ville au point que Suétone a pu dire : Quam lateritiam invenerat, marmoream fecit, il avoit trouvé une ville de briques , il laissa une ville de marbre. Ce même soin donna sujet à Ctésiphon de présenter sa requête au peuple d'Athènes , pour qu'il fît couronner Démostbènes, en plein théâtre, d'une couronne d'or, pour avoir, d'un soin particulier, vaqué au rétablissement et fortification de la ville. >
« Les religieux de l'abbaye de St. -Etienne de Caen ont trop de sujet de dire le contraire du sieur d'O , qui depuis l'an mil cinq cent quatre vingt deux, qu'il est entré en la possession du titre d'abbé de la dite abbaye, et qu'il a joui du grand revenu qui y est attaché, n'a jamais ressenti le besoin d'apporter quelques remèdes aux désordres et aux ruines qu'il y a trouvées. Il s'est, au contraire, porté jusque là que de vouloir contester les dépenses nécessaires pour la pension et entretien des enfants de la maison , seuls héritiers légitimes du bien légué à leur abbaye; et, ce qui passe toute croyance , de vouloir même contester la dépense faite pour l'entretien d'un cierge et d'antres choses nécessaires au service divin! »
Les religieux du monastère se divisaient en trois classes : les religieux profès prêtres, les religieux profès non prêtres et les novices non profès. Les premiers avaient droit, de temps immémorial , à une pension de 300 livres par an et à dix boisseaux de froment, indépendamment de 18 livres pour leur vestiaire; la pension des seconds était de 180 livres seulement, et celle des troisièmes, enfin, de 150 livres. Il était difficile qu'on retranchât quoi que ce fût de ces diverses sommes. L'auteur du Mémoire adressé au Grand-Conseil suppliait les magistrats de considérer f que l'abbaye de Caen étoit une des premières et principales abbayes de l'ordre de saint Benoit, et dotée d'un très-grand revenu , en laquelle , eu cette considération, il y avoit anciennement un grand nombre de religieux, la
21 & ABBAYE DE SAlNT-jÉTlENNB DE CAEN.
plupart gentilshommes et des meilleures et plus grandes maisons de Normandie ; comme à présent encore il étoit véritable de dire que la plupart des religieux qui étoient en Tabbaye avoient cette faveur d*étre nés gentilshommes et d'être, beaucoup d'entr*eux, des meilleures maisons, non-seulement de la province, mais des autres circon voisines. Ces considérations, et les termes mêmes du Concordat, qui font une grande différence entre les ecclésiastiques gentilshommes et ceux qui ne le sont pas, avoient toujours engagé les abbés à entretenir les religieux de St.*Étienne, comme il convenoit à une maison dotée d'un revenu aussi considérable. »
Les réductions que Tabbé d*0 voulait Taire porter sur les traitements affectés au prieur et aux religieux pourvus des oflSces claustraux, n'étaient pas plus fondées en raison. En ce qui concernait D. Mathieu de La Dangie lui-même, il Taisait observer que, « né gentilhomme , et parent du sieur d'O , il avoit été gratifié en celte qualité d^une place de religieux dans ladite abbaye, qu'il y avoit été proTès, et qu'en considération de son origine, on l'avoit, suivant le vœu général, poussé aux études, suivant les statuts de l'ordre de saint Benoit. Reçu déjà bachelier en théologie , il ne pourroit retourner à Paris pour y prendre le grade de docteur, si l'abbé d'O , qui lui-même dans l'année 1615 avoit voulu qu'il se rendit dans cette ville , lui retranchoit une partie de sa pension. >
c Le sieur d'O enfin n'auroit pas meilleure grâce à contester la gratification qu'il avoit Taite en Forme de pension à un autre religieux proTès de l'abbaye, D. de Sillans, qui a l'honneur d'être allié en la maison de Rohan-Monbazon, comme né d'une des plus anciennes et illustres maisons de toute la province. »
Ces diverses raisons n'étaient peut-être pas de nature à Taire beaucoup d'impression sur l'abbé d'O. Le Parlement de Rouen vint encore au secours des religieux, en contraignant par un arrêt l'ancien et le nouveau titulaire à s'entendre pour assurer du moins l'existence des vingt religieux que les règlements leur imposaient l'obligation d'entretenir dans le nsonastère.