‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 32 sur 107 · ANTOINE DE BOURBON , COMTE DE MORET , 15\ ABBÉ · texte numérisé non relu

ANTOINE DE BOURBON , COMTE DE MORET , 15\ ABBÉ

Cet abbé était fils naturel de Henri IV et de Jacqueline de Bueîl, comtesse de Moret , de la maisou des comtes de Sancerre , barons de la Marche. Henri IV le fit légitimer pour qu'il devînt apte à tenir un bénéfice (1).

Une bulle du pape Grégoire XV, datée du 26 avril 1622 et adressée au comte de Moret, déclare qu'il approuve et ratifie sa double nomination à l'abbaye de St. -Etienne de Caen et à celle de St.-Viclor de Marseille. € H a appris, dit-il, par les lettres de Louis, treizième du nom, roi de France et de Navarre, que le prince est âgé de 15 ans, qu'il se recommande par l'honnêteté de sa vie et la pureté de ses mœurs. » Pour qu'il puisse remplir plus eflScacement ses nouvelles fonctions, le Souverain Poutire l'absout de toutes les condamnations canoniques qu'il aurait pu encourir.

Ce Tut D. Jean de Baillehache qui continua à administrer l'abbaye , où il reçut, en 1620, le roi Louis XIII , obligé de venir en Normandie, pour soustraire cette province à l'influence de son gouverneur, le duc de Longueville , en Taveur duquel travaillait son allié , le comte de Thorigny. Il avait été averti que les villes de Rouen , de Caen , d'Âtençon et de Dieppe, étaient sur le point de se soumettre aux princes Tactieux, qui , sous prétexte de défendre le parti de la Reine mère , triste jouet de leurs complots ambitieux , s'efforçaient de troubler les provinces et de reconquérir leur ancienne indépendance. En entrant dans le Vexin,

(1) 11 existe da comte de Moret deus portraits, dont Pan, dessiné par Van-Dyck, le montre couvert ë*aiie armure de «uerre, avec une mine Bère el hardie, et Pautre qui se trouve à la bibliothèque publique de Caen, le représeole vêtu de Thabit de camaldule. Ces deux portraits rappellent d*une manière frappante les traits du Béarnais. Ils correspondent à deux époques do la vie du fils de Jacqueline de Bueil, qui, bien que pourvu de l)énéGces ecclésiastiques , embrassa la carrière des armes et fut tué en 1633 à la bataille de Castelnaudary, où U eombatlit sous les ordres du duc de Montmorency. On a prétendu que le comte de Moret avait survécu à cette bataille, et qu'il s*étail réfugié en Italie dans un couvent de Camaldules. On le fait mourir en 1692 auprès de Saumur. C'est en se conformant plutôt à la légende qu'à rbistoire, que les Bénédictins avaient fait faire le second portrait dont nous venons de parier.

2)6 ABBAYE D£ SAINT-iTlENNB DE GAEN.

Louis XIII reçut les députés de Caen, qiii lui annonçaient que le Grand prieur de France, leur gouverneur, avait laissé une forte garnison dans le château, sous le commandement d*un officier nommé Prudent, qui menaçait de les saccager s'ils abandonnaient la cause du duc de Longueville. Le Roi s'empressa d'envoyer à leur secours 2,500 hommes, sous les ordres du maréchal de Praslln et du sieur de Gréqui , pour bloquer le château, en attendant qu'il arrivât lui-même avec d'autres troupes. Il entra à Caen le 15 juillet 1620. Prudent se défendit pendant quelque temps. Mais, lorsqu'il eut entendu annoncer que le roi donnerait dix mille écus à ceux qui le lui livreraient, il se bâta de rendre la place. Le château pris , ainsi que le donjon , on conseilla au roi de raser une citadelle qui avait , disait-on , trop souvent servi d'asile aux factieux. Le roi fut assez sage pour résister à ces avis insensés , et satisfait au contraire des habitants de Gaen , qui avaient si bien gardé leur ville, il les déchargea d'une partie de leurs impôts, les maintint dans leurs privilèges et récompensa ceux qui l'avaient servi avec le plus de zèle.

Le prieur de St.-Étienne avait été présenté à Louis XIII par François, cardinal de La Rochefoucauld, grand-aumônier de France. Le roi fut harangué par D. Mathieu de La Dangie, dont il a été question plus Jiaut. Il avait été envoyé au collège du Mans, avec D. Philbert de Mouthiers, D. Guillaume Huet et D. Antoine de la Croix ; de là il était allé à La Flèche , puis à Paris. Il venait d'être reçu docteur en théologie. Il présenta à Louis XIII sa thèse o pro tentaiiva » qu'il lui avait dédiée et que le roi reçut gracieusement.

L'année précédente, Jean de Raillchache avait fait saisir entre les mains du fermier général de l'abbaye, sur les revenus de l'abbé commendataire, une somme de douze mille livres, pour être employée à l'achat de cloches, de livres , de cinq chapelles , fournies de cinq chapes chacune , avec les chasubles, tuniques, dalmatiques, parements d'autel des cinq couleurs ordonnées par l'Église, croix, calices, chandeliers et encensoirs d'argent. Il avait aussi présenté une requête, pour forcer le chef titulaire du monastère à faire travailler sans discontinuation aux réparations de la grande église de l'abbaye, au chœur et aux clochers des églises qui en dépendaient, ainsi qu'aux manoirs et maisons des terres et fermes de ladite

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abbaye, à faire mettre enfin tous les lieux en bon état, dans l'espace d*une année.

Le Parlement de Rouen rendit, le 6 avril 1620 , un arrêt par lequel le comte de Moret fut condamné à faire exécuter les travaux qui étaient exigés par l'état dans lequel se trouvaient l'église et le monastère, et à consacrer une partie des revenus aux réparations demandées par l'habile et zélé prieur.

Dans des plaintes adressées à cette époque au Parlement de Rouen , les religieux faisaient observer que, < depuis les troubles, l'abbaye était tombée entre les mains de divers abbés commendataires , personnes de puissance et d'autorité , qui s'étaient accommodées du revenu et ne s'étaient point souciées d'entretenir les règles de l'ordre de la fondation, diminuant tant qu'il leur avait été possible le nombre des religieux et oflSciers de ladite abbaye, et toutes les autres choses qui divertissaient de leur bourse les revenus d'icelle : entr'autres, que le grand vaisseau auquel on avait accoutumé de célébrer l'office divin , qui n'y pouvait être administré que par A 5 ou 50 religieux , pour le moins, ayant été ruiné, il avait été nécessaire de se retirer dans une chapelle qui est en ladite abbaye , en laquelle , depuis ce temps, l'office avait été perpétuellement célébré, ce qui avait été cause que la dite chapelle n'étant pas suffisante pour comprendre un si grand nombre de religieux , le nombre , depuis ce temps-là , en avait été de beaucoup diminué par l'avarice des abbés commendataires. A cette époque, le nombre total des religieux était de 27, dont 5 novices: François de Beaussein , Pierre de Baillehacbe , Mafc-Antoine Le Fauconnier, d'Aulne et Levavasseur, tous issus de familles nobles, suivant qu'il est usité en ladite abbaye. L'abbé commendataire avait demandé leur expulsion et les religieux s'y opposaient formellement. Eux seuls , avaient le droit dénommer les novices; la juridiction personnelle leur appartenait, et l'abbé ne devait revendiquer pour lui que l'administration du temporel. »

Les plaintes des religieux étaient fondées; mais, comme on le voit, ils se préoccupaient beaucoup plus du préjudice qu'ils avaient éprouvé dans leurs revenus, ou de considérations d'amour*propre , que des intérêts tout autrement sacrés de la religion et de la morale , auxquels les malheurs des temps avaient porté de si déplorables atteintes. Il ne devait

218 ABRATC DE SA1NT-1ÎT|£NNB DE GA£N.

être plus question désormais entre les abbés et les religieux que de débats relatirs à des partages de deniers, ou à Tévaluation des domaines dont se composaient les lots des uns et des autres. Comment la paix aurait-elle pu reparaître au milieu de ces préoccupations toutes mondaines? Comment le cloître serait-il redevenu un sanctuaire exclusivement ouvert à la prière et à l'étude?

Il est impossible de lire sans un sentiment de tristesse les notes recueillies sur les religieux qui se trouvaient à Tabbaye à cette époque, par celui que distinguaient néanmoins le plus la pureté de ses intentions et la ferveur de son zèle, D. de Baillebache. Le reproche le plus grave quMl adresse au cardinal Farnèse et à ses grands-vicaires, c'est qu'ils avaient Terme systématiquement Feutrée du monastère aux jetmes gens appartenant aux plus nobles familles, et admis comme novices des religieux qui n'étaient pas gentilshommes, dont quelques-uns n'étaient pas même bourgeois ! Dans les courtes notices qu'il donne sur les religieux de l'abbaye» il se borne à constater le jour où ils y sont entrés comme novices, et celui où ils ont chanté leur première messe. Bien n'est plus insignifiant et plus futile que les circoustances qu'il prend la peine de faire connaître. En parlant, par exemple de D. Annibal d'Escrametot, qui fit sa profession solennelle entre les mains de D. des Rotours, il fait la remarque que le père du récipiendaire « avoit fait de beaux festins , tant en poisson qu'en viande, et que pour les plats des religieux il n'y m&nquoit rien. » Ses propres parents et ceux de D. François d'Ussy s'étaient montrés plus généreux , quant aux festins et aux plats de viande envoyés à chacun des religieux ; et de plus D. François et lui avaient reçu chacun une tasse et une cuillère d'argent, de la valeur de &5 livres , ce qui faisait, dit-il, 90 livres, ce dont il paratt tout fier. Hélas I qu'eût pensé le bon archevêque Rigaud de ces cuillères d'argent et de ces plats de viande?

Quoiqu'il en soit, ce n'était pas précisément dans l'intention de consacrer aux besoins de l'abbaye les revenus affectés au riche bénéfice dont il venait d'être investi , que le frère naturel de Louis XIII avait sollicité le titre d'abbé de St. -Etienne. Les douze années pendant lesquelles les religieux eurent à leur tète le fougueux et turbulent ami de Gaston d'Orléans, ne furent signalées que par les nombreux procès qu'il leur intenta.

Il fit adresser d'abord , en réponse à la requête présentée contre lui

HISTOIRE. —6*. iP0QU£, l&6S-166â. 219

par les religieux , au Parlement de Rouen , un mémoire dont la violence faisait assez connaître le nouveau chef auquel ils devaient désormais avoir affaire.

Il commençait par accuser Tabbé d'O, qui, pendant plusieurs années, avait administré sans aucun titre Tabbaye, dont il né pouvait être considéré comme le vrai pasteur , d'avoir causé, par sa négligence , tous les désordres qui s'étaient introduits dans la maison. C'était à la faveur de ces désordres, que le prieur Jean de Baillehacbe, € bien que possible l'un des plus ignorans et déréglés religieux de l'ordre St.-Benoist, en donnant toute licence aux religieux , aux officiers et aux fermiers de l'abbaye, s^y étoit acquis tel pouvoir et autorité, que le sieur d'O n'étolt abbé que de nom et ne recevoit que telle part du revenu d'icelte, que ledit prieur lui vouloft laisser. »

« C'est pourquoi , au commencement de Tannée mil six cent vingtdeux , le bruit étant parvenu en l'abbaye que le roi était déterminé à nommer à icelle son frère naturel, le comte de Moret, le dit Baillebacbe, prévoyant que son empire allait finir, s^était avisé de rechercher un moyen qui tout ensemble lui permit de se maintenir et quant et quant de faire sa dernière main pour amasser encore quelqu'argent. 11 s'était hâté , dans ce but , d'introduire à la fois cinq novices , qu'il avait choisis parmi les meilleures familles de gentilshommes , afin de s'assurer l'appui de leurs parents, desquels pourtant il n^avait pas épargné la bourse, car il avait dû exiger d'eux plusieurs grandes sommes , pro ingresm monasierti, contre les prohibitions des saints canons et décrets. »

« Le comte de Moret avait donc eu raison de réduire le personnel de l'abbaye aux proportions fixées par un arrêt du Parlement de Rouen , c'est-à-dire au nombre de 22 religieux , et d'exiger le renvoi des cinq novices subrepticement introduits par le prieur. Lui seul avait le droit d'ouvrir aux religieux l'entrée du monastère ; et le Chapitre, pendant la vacance du siège abbatial, ne pouvait s'arroger une telle prérogative, pas plus que le chapitre d'une cathédrale ne possède celle de conférer, pendant la vacance du siège épiscopal , les prébendes , dont la collation appartient à l'évèque : i ne, sede vacante, aliquid innovetur, > dit la règle. »

« Dans le cas présent, les plus graves motifs s'opposaient à ce que

220 ABBATB DB SAINT-éTIBNFTB DE GABN.

les religieux s'adjoignissent eux-mêmes de nouveaux frères. Au milieu des désordres et de la corruption des mœurs, on ne pouvait faire faire à de jeunes enfants leur noviciat et leur apprentissage, sous des messieurs si "abandonnés et si perdus; ce serait assurément compromettre leur salut. Il était probable, d'ailleurs, que les parents des novices récemment admis s'étaient engagés, selon l'usage établi dans les monastères d'hommes et de femmes, à payer leur pension : en sorte que si l'abbé était astreint de son côté à les entretenir à ses frais dans l'abbaye , le prieur recevrait une pension double. >

Le comte de Moret ne se bornait pas à s'opposer à l'augmentation du nombre des religieux ^ il réduisait d'un tiers les pensions qu'ils devaient toucher; il supprimait les sommes de tout temps allouées au prieur pour recevoir et traiter les hôtes, et ne se reconnaissait nullement dans l'obligation de faire travailler à la reconstruction de^ édifices détruits, fl Encor que des religieux doivent supporter les injures et les calomnies avec toute modestie et patience, répondit le prieur, ils ne peuvent que blâmer gi*andement le Conseil du seigneur abbé , de les avoir accusés avec tant de licence. S'il se trouve une seule personne dans toute la France, qui puisse dire que jamais Jean de Baillebacbe ait commis, en sa vie , aucune mauvaise action , soit avant qu'il fût prieur, soit depuis qu'il a été investi de cette charge , en dedans ou en dehors de l'abbaye , il acquiesce à la présente instance et offre , avec l'honneur de perdre la vie. »

Abordant ensuite les unes après les autres toutes les assertions du comte de Moret , le prieur montrait qu'il n'avait cru devoir augmenter le nombre des religieux , que par suite du décès de D. Annibal d'Escrametôt, de D. François Patry etdeD. ^iicolas Sallet, qu'il fallait bien remplacer.

« Les règles observées pendant les vacances des évêchés n'étaient point applicables aux chapitres des abbayes qui ne toml)aient jamais en régale. Celle de St. -Etienne, étant de fondation royale et possédant de grands revenus, n'avait pu refuser d'admettre dans son sein les enfants de maisons nobles et de bonnes familles, qui s'étaient présentés. Les religieux qui devaient vivre avec eux en communauté, avaient plus d'intérêt à faire un bon choix, qu'un abbé commendataire , étranger le plus souvent

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aux règles de la religion et n^ayant aucun moyen de connaître les mœurs ou le caractère de ceux pour lesquels on lui demanderait des places, t

< Le comte de Moret, ajoutait-il, se fonde, pour diminuer les pensions accordées aux religieux, sur des raisons qui ne sont pas valables. La ville de Caen est riche , commerçante et bien approvisionnée , dit-on , et les vivres y sont à bon marché. C'est une erreur : ceux qui ont habité cette ville savent qu'il y fait plus cher vivre qu'en aucune ville de France. Le bois, le vin , le cidre, le beurre, les bestiaux, y sont plus cbers qu'à Paris. Les marchands, en effet, vont par tous les boui^s et« villages du pays prendre et cueillir tout ce qu'ils produisent, pour le transporter tant à Paris qu'ailleurs : en sorte que les habitants de Caen ne profitent nullement de la richesse et de la fertilité de leur territoire (1). t

c Est-il vrai , d'un autre côté , que l'abbaye ait subi dans ses revenus une diminution telle que l'abbé se croie autorisé à faire toutes les réductions qu'il annonce ? Le prieur pourra donner la preuve du contraire. Grâces à ses efforts et à ceux de deux antres religieux, D. de Pudecotes et D. Roulland Rouault , qui depuis longues années ont porté avec lui tout le poids de l'administration , plusieurs domaines aliénés après 1562 ont été rachetés ; une exacte recherche des titres et des baux de fermes a permis de forcer un grand nombre de tenanciers de mauvaise foi à satisfaire à leurs engagements. Que la Coui%rdonne aux sieurs Meurdrac et Picard de représenter les minutes du bail qu'ils ont fait tout récem* ment à Madame la comtesse de Moret, et l'on verra que les revenus de l'abbaye surpassent de plus de cinq mille livres par an ceux des années précédentes. L'augmentation serait plus considérable encore, si la comtesse de Moret, au lieu de se hâter de conclure , eût voulu appeler un plus grand nombre de personnes à enchérir. »

1^ prieur et les religieux demandaient enfin , que le comte de Moret leur abandonnât purement et simplement le tiers du revenu total de l'abbaye, exempt de toutes charges, ainsi qu'il y était obligé par les termes mômes de la bulle pontificale. Cette somme serait suflBsante pour la

(I) Dai» le long mémoire doût do us doBnooB ici l*eilrait, Jean de Baillehacfae nous apprend qu'à cette époque (162)) le cent de cotterets Talait cent sous ; le cent de bûches, iO livres; le vin, iO sous le pot ; le tonneau de ddre nouveau , 86 livres; le beurra, Ssousla livre. On sait, dit-il, que le boisseau de Caen est fort petit et qu'il fiiut au moins pour la vie de chaque religieux 40 boisseaux de blé par an.

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pension et la nourriture de trente-six religieux , sur lesquels quatre seraient envoyés aux universités , afin qu'il demeurât toujours au monastère un nombre suffisant de moines pour la célébration de Tofiice di^io.

Le comte de Moret tint bon : sa résistance opiniâtre à toutes les demandes des religieux ne devait avoir de terme que le moment où il cesserait d'être à leur tète.

A l'intérieur de l'abbaye, les difiicultés que rencontrait le grand-prieur dans l'accomplissement de sa tâcbe n'avaient cessé de s'accroître de jour en jour. Le$ habitudes de liberté et d'indépendauce, depuis long-temps contractées par les anciens religieux, présentaient des obstacles, dont ne pouvaient triompher les efforts de Jean de Baillebache et ceux des officiers qui avaient consenti à le seconder.

Il n'y avait pas long-temps que la ville de Rouen tout entiètre s* était émue, au récit d'un Tait qui s'était passé dans l'enceinte mémo de l'abbaye de St. -Etienne. Le sieur de Guerville y avait été tué i en 1618, par Jean de Sillans , frère de D. François de Sillaos , un des religieux les plus turbulents du monastère. Jean de Sillans allant visiter D. Antoine avec deux de ses amis, La Groudièreet Sébastien Le More, y rencontra les sieurs de Coulombières et de Guerville. Ces derniers avaient précédemment fait maltraiter par leurs laquais un gentilhomme de ses amis, le sieur de Montplaisir. Ce fut le sujet d'une querelle, par suite de laquelle les uns et les autres mirent l'épée à la main. Le sieur de Guerville succomba dans la lutte. Des poursuites furent dirigées contre Jean de Sillans, et les puissantes familles de Coulombières et de Guerville parvinrent à empêcher qu'il n'obtint du roi des lettres de grâce.

On recourut en sa faveur au privilège de la fierté. On sait, que de temps immémorial, il avait été établi que le Parlement de Rouen serait tenu de délivrer , chaque année , un prisonnier élu par le chapitre de la cathédrale , auquel cette élection vaudrait grâce complète et absolue. Le prisonnier soulevait, en public, sur ses épaules, la châtee de saint Romain; il aidait à la porter pi*ocessionnellement, le jour de la fête de l'Ascension, depuis la vieille tour où elle était déposée, jusqu'à la cathédrale, et cette cérémonie lui servait de lettres d'absolution (1).

(4) Floquet, Hiêtoire du privilège de saint Romain, t II.

HiSToiBB. — &*. ^OQUK , 1562-1663. 22&-

Le chapitre de Rouen avait avec beaucoup de peine et &ur la sollicitation du duc de Roban et de Mg!. de Briroy , évoque de Coutances, accordé à Jean de Sillans, coupable d'un meurtre commis dans une abbaye , la Taveur de jooir de ce privilège. Au moment oii la cérémonie allait s'accomplir , Jean de Sillans apprit que le Parlement n'avait voulu consentir à le délivrer que pour un jour» et que les parents de Guerville et de Coulombières se proposaient de Tenlever, à main armée , au milieu de la foule , pour le ramener dans sa prison. Il prit sur-le-champ son parti. Apercevant du haut du perron de la vieille tour où il se préparait à lever la flerte, un vide au milieu de la foule rassemblée sur la place, il en descettdit rapidement les degrés, et se jeta au milieu de ses amis, qui, l'épéeà la main, protégèrent sa Tuite. Des lettres-patentes du roi conflrmèrent Télection faite par le chapitre de la cathédrale de Rouen et, pour éviter de nouveaux conflits, le dispensèrent de remplir les formalités prescrites par les ordonnances (1).

Un acte capitulaire de Tabbaye nous apprend que, le 13 juin 1620, D. Antoine de La Croix , prêtre , sacristain et prieur de St. -Laurent de Septvans, avait été offensé et outragé de plusieurs coups, « à sang et à plaie • , dans son jardin, par D. Jean de Cairon et D. Guillaume de Boulouche, en la présence de D. François de Sillans et de plusieurs personnes séculières, et entr*autres, des sieurs des Granges, de Banneville, Tanneguy et de maître Jean-Baptiste Le Mesle, sieur de La Cotte, huissier collecteur des finances, en la Généralité de Caen.

D. Antoine de La Croix avait porté plainte devant le lieutenant-criminel de Caen , t au préjudice de Fautorité , correction et discipline ecclésiastique et monastique » . Le chapitre évoqua la cause à son tribunal et contraignit le plaignant à retirer la requête par lui présentée à la justice séculière. Les faits qu*il avait dénoncés furent constatés, après une enquête, à laquelle procédèrent D. Jacques de Chefval, et D. Mathieu de la Dangie ; et le chapitre prononça , que D. Jean de Cairon , « pour les dits excès et outrages par lui faits et commis, le dit jour de dimanche dernier , avant le sermon ou prédication ordinaire de Tabbaye , en la

(1) Archives da CalTados. Baronnie de Creully, On trouvera le récit détaillé de cet évéDeiqent dans la savante et consciencieuse Histoire des Barom de CreuUy , que prépare M. Pezet, président du tribunal de Bayeux, qui a bien voulu nous communiquer cette partie de son travail.

22& ABBAYE DE SAINT-IÊTIENNB DE CABIf.

personne de D. Antoine de La Croix, avait encouru les censures de droit portées par le canon : Si guis suadenie. Il était en conséquence excommunié; et, pour expiation de ladite faute, ainsi par lui commise, condamnée tenir prison fermée, par le temps et espace d'un mois, et à jeûner au pain et à Teau, aux jours de mercredi et vendredi. >

Quant à D. Antoine de La Croix, le chapitre lui ordonna « de demander pardon à Dieu des jurements et des blasphèmes par lui proférés loi's de ladite querelle, et il lui fut défendu de faire ni rendre à Tavenir telles plaintes criminelles, pardevant le juge séculier, aux cas qui purement et simplement dépendoicnt de la discipline monastique, sur lespeinesau cas appartenantes.» D. François de Sillans , qui n'avait figuré que comme témoin dans la scène dont il vient d'être question , et qui , en débarrassant D. de La Croix de ses deux assaillants , leur avait dit « que c'était trop de deux sur un > , fut impliqué lui-même, quelques années après, dans une affaire bien plus grave, dont les circonstances sont consignées dans les actes capitulaires de l'abbaye (1). Deux femmes avaient été reçues dans le monastère par D. Marie, aumônier de l'abbaye, malgré les défenses si souvent réitérées, ^u moment où elles étaient à dîner avec lui dans la maison qu'il occupait, D. François de Sillans et Jean de Cairon avaient escaladé le mur de son jardin , et , en jurant mort Dieu ! et sang Dieu ! s'étaient précipités dans ses appartements, devenus alors le théâtre de scènes dont il nous serait impossible de reproduire ici les détails (2). Ceux que nous venons de faire connaître suffisent pour compléter le tableau de cette triste période de notre histoire. Ils prouvent suflSisamment jusqu'à quel point , en franchissant l'enceinte du cloître , pour se mêler à une société ardente et passionnée , les religieux en avaient contracté les habitudes violentes et les mœurs licencieuses.

De si déplorables excès , objet d'une répression toujours insuffisante, faisaient vivement sentir le besoin d'une réforme. Mais sur ce point le monastère était partagé en deux partis, dont l'un était disposé à se ranger sous les lois de l'antique discipline , tandis que l'autre repoussait

(i) Actes capitulaires de Tabbaye (iS septembre 1625 ). Archives da Calvados, fonds St-Ëtienoe.

(3) D. François de Sillans vécut encore long-temps après ces événements. Nous trouvons, à la date du 5 janvier 166A, le testament dans lequel il témoigne un grand repentir pour ses fautes» à Teiplalion desquelles il consacre une somme qu'il lègue à Tabbaye.

HiSTOifiB. — &\ ipoQOB , 1563-1663. 225

atec mépris Unîtes les mesures propres à rétablir Tappareace même de la régularité. Lear oppositioa rendait impoissantes toutes les tentatives du prieur.

Quelques religieux , formant une sorte de tiers>-parti , crurent quMl serait ppasible de remédier au mal , c si Ton accommodait les prescript!ons de saint Benoit à rinfirmité du siècle. »

t Go«me ainsi soit, disaieut-ils dans use requête adressée au prieur Jean de Baillehache , que , par une spéciale providence de Dieu , ait été destiné le sièele d'à présent pour réparer les désordres que les précédentes années ont cenlés es ordres reUf^eux , comme il se voit par le grand nombre des monastères de divers ordres en France, qui, touchés du Saiot*Esprit, se Irecoonoisseot tous les jours et se remettent de plein gré à Tobservance de leurs vœux , tflcbent de se rallier et réunir à Dieu ; et que le Vicaire de notre Seigneur en terre emploie toute L'^endue de sa puissance et affection paternelle à cette fin , au quel même notre roy trèschrétien joint ses désirs et son autorité sur les cours souveraines; comme aussi les gens de bien , et nommément la plus vertueuse noblesse du pays qui dévoue ses enfants à Dieu , ne désirent rien davantage qu*en nous les consignant et les privant des biens et partages de la terre , ils soient en voie de conquérir le ciel ; les soussignés ne peuvent plus résister à riospiration de Dieu , ni aux mouvements de la conscience qui convie un chacun d'assurer son salut. >

D. Mathieu de La Dangie avait été en conséquence chargé par la communauté de rédiger de nouveaux statuts et de les soumettre à Tapprobation du prieur. Depuis quelque temps , de grands dissentiments avaient éclaté entre ces deux religieux , qui avaient long-temps vécu en bonne intelligence. D. de La Dangie accusait D. de Baillehache de tiédeur , et celui-ci se plaignait de voir toujours le cellérier à la tête du parti des mécontents. La manière dont fut présentée la requête était blessante ; les termes en étaient presquMnjurieux. Tout en témoignant pour sa personne et pour la dignité dont il était revêtu un profond respect, on paraissait vouloir lui dicter des lois « et on lui faisait entendre que la soumission des religieux ne s'eirtiendrait qu*au prix de Tacceptation des règlements qui lui étaient officiellement notifiés.

Jean de Baillehache était malade lorsque André Latné , chanoine de

226 ABBATE DE SAlNT-ÉTIENNE DE GAEIf.

réglise collégiale du St. -Sépulcre de Caen, et notaire apostolique, entra dans sa chambre pour présenter la nouvelle règle à son approbation. Il répondit avec Termeté qu'il saurait bien trouver dans Tappui que lui prêteraient N. Saint-Père le Pape et le Roi très-chrétien , les moyens de contraindre par la force ceux qui ne voudraient pas se soumettre aux règlements établis; qu'il n'en connaissait pas d'autres que ceux que saint Benoît avait dictés et qui toujours avaient été observés dans le monastère. Les religieux qui venaient ainsi lui dicter des lois , devaient plutôt prêcher d'exemple et quitter la terre à laquelle ils étaient retournés, en jouissant de tant de grands biens, par oflBces géminés et prieurés dont ils ne remplissaient pas les charges ; il n'y avait qu'un seul moyen de rétablir la discipline, c'était d'appeler dans le monastère les Pères religieux de la Congrégation de St.-Maur. Il venait d'écrire lui-même au cardinal de La Rochefoucauld, archevêque de Rouen, et il attendait d'un jour à l'autre quelques religieux de cette société déjà célèbre , qui devaient essayer, comme cela avait eu déjà lieu dans d'autres maisons, de faire renaître l'ordre et la paix dans l'abbaye de St. -Etienne.

Dans l'impuissance d'accomplir la réforme morale qui devait encore , malgré ses espérances, se faire long-temps attendre, le grand-prieur put du moins continuer, sans se décourager, à presser avec activité la reconstruction des lieux dévastés par les Calvinistes et principalement celle de la grande église.

Elle put être enfin rendue au culte et reprendre ses solennités. Le 13 juillet 1626 , Tévêque de Bayeux , Jacques d'Angennes, vint en faire la réconciliation. Ce fut une imposante cérémonie, à laquelle accourut une foule immense, qui vit dans le rétablissement du culte le gage du retour à la paix et à la pratique des vertus monastiques, depuis si long-temps mises en oubli.

D. Mathieu de La Dangie fit graver sur chaque autel des inscriptions latines en l'honneur des saints sous l'invocation desquels ces autels étaient réédifiés.

Ce ne fut que deux ans après, le 21 juillet 1628, que le prieur et les religieux parvinrent à faire signer à leur abbé conunendataire un concordat, au moyen duquel, haut et puissant seigneur, messirc Antoine de Bourbon , comte de Moret , présent en sa personne , et D, Jacques

msTOiRB. — &*. âpoQUB, 1562-1663. 327

de Pudecotes et D. RoullaDd Rouault , agissant comme fondés de procuration des prieur et religieux de Tabbaye, s'engagèrent à mettre fin à leurs longs difiërends. « Le dit seigneur abbé, y est-il dit, sera tenu de fournir et remplir en la dite abbaye le nombre de 29 religieux , outre le prieur claustral , qui seront de qualité requise , chacun desquels religieux prêtres aura 304 liv. 10 s. et &0 boisseaux de froment, et chaque religieux non prêtre 184 liv, 10 s. et 40 boisseaux de froment; enfin, chaque religieux novice non profès 154 liv. 10 s. et 40 boisseaux de froment , outre la double pension du sieur prieur claustral , ses droits de visite et de synode; bûches et chandelles, montant en tout les dits droits à la somme de 80 livres , par chacun an. > L*abbé devait aussi payer à chacun des religieux allant aux ordres la somme de 12 livres, par chaque voyage, et « sera à Ta venir la ferme du droit de foire St. -Michel baillée à la charge et condition de payer aux dits religieux le droit de gaive , à raison de seize sous , pour chacun ; comme aussi jouiront les dits religieux du droit de poisson , quand on fera la pêche des étangs de Torteval , etc. t Le comte de Moret s'engageait à payer aux deux religieux que Ton envoyait faire leurs études à Paris ou hors de la ville de Caen , une pension égale à celle des religieux prêtres. 11 devait abandonner aux religieux, sur ses revenus, 600 francs par an , jusqu'à 1630, et 800 francs , après cette époque, pour acheter des ornements d'église. Il consentait à ce que l'abbaye vendit les bois de St.-Aubert, pour en employer le produit [au retrait des terres et des rentes qui avaient été aliénées lors de la vente des biens ecclésiastiques. 3,000 livres seraient par lui consacrées chaque année à|la réédification du dortoir, du réfectoire, du clottre, de la sacristie, du chapitre , de la cuisine et des lieux réguliers , pour que les religieux pussent , selon les prescriptions ecclésiastiques , reprendre la vie commune. Plusieurs sommes considérables étaient aussi mises à la disposition des religieux , pour meubler l'abbaye et réparer les maisons et les métairies qui leur appartenaient.

En nommant aux oflSces claustraux, l'abbé promettait de ne choisir que des religieux du monastère ; enfin la présentation aux cures dépendantes de l'abbaye devait être faite conjointement par le prieur et par l'abbé de St. -Etienne.

Le concordat était à peine conclu , qu'il fut attaqué à la fois par les

226 ABBATB DB 8AINT-ÉTIBNNB DB CABN.

Felipeux , le fermier généra] de Tabbaye et le coodie de Moret loi^-Bnêiiic, qui refiisa d*en exécuter les clauses. Dix-huit religieux seuleuieDt , sur Tingt-trois, oonseutirent à le sigoer. Ils étaient animés CMtre le prieur par ceux de leurs Trères qui , pourvus d*oflBces lucratirs , ne Yonlaisnt pas consentir à faire à la communauté Fabandon de lears revenus. Nous voyons avec peine figurer parmi ces derniers D. Mathieu de la Dangie, qui ne craignit pas d'accuser formellement Jean de Baitlehache d'avoir reçu douze cents livres du fermier général de l'abbaye pour traiter avec Tabbé, d'avoir gardé pour lui trois cents livres qu'il avait reçues des religieux, pour suivre, auprès de la cour de Rouen, les procès qu'ils avaient à soutenir, etc.

Ces tristes détails sont consignés dans un mémoire envoyé au Parlement de Rouen par le prieur , afin d'obtenir l'homologation du concordat II y fait connaître l'emploi des fonds qu'il a eus entre les mains et il repousse avec indignation les imputations injurieuses dont il est l'objet (1).

Les contestations et les procès, auxquels la transaction de 1628 avait paru devoir mettre fin , recoDunencèrent donc avec plus de violence que jamais , et le Parlement de Rouen en était encore saisi , lorsque le comte de Moret mourut (2). 11 eut pour successeur Alpbonse-Ix>uis Duplessis de Richelieu , frère aîné du célèbre ministre de Louis XIII.

ALPBONSE-LOUIS DUPLESSIS DE RIGBEUEU, S6\ ABBfi.

les Visse.

Alpbonse-Louis Duplessis , cardinal du Saint-Siège apostolique , archevêque de Lyon, primat des Gaules, abbé de St. -Victor de Marseille, prieur de St.-Martin-des-Cbamps et de la Charité, grand-aumônier de

(I) « Ce qui ne torlirait |ias de la boodie «Tan crocheteiir, dit-il, taot s'en ftiat qu*il dohfe être soulTert d*un religieux contre son supérieur 1 11 a ftût fUre plus de dix aille UTfes de répuationfl, taot en l'égttae que dans les maisons de Tenclos de Tabbaje; 11 a acheté une chapelle de damas ronge, les orfraies de toile d*argent, deux calices, deux burettes et un encensoir, le tout d'argent; six chandeliers de cniTre, arec un eolDe et de grandes armoifes pour lesserrer les oivements, etc. •

(S) Dans une Aote conserTée parmi les loTentaires des titre» derabinye, il est dit q«e le comte de Moret a?ait fait rédiger une histoire de la fondation de Tabbaye de St.-Ëtienne, et de sa destruction par les CalTinistes, en 1563. Ce témoignage dMntérét pourrait étonner de la part d'un abbé, qui fiit, pendant tonte ta duiée de son tdminfaindinnitt guerre aTeeteaonatièvt.

France, cbevatier de Tordre du St."-Esprit, était, comme Armand de RicheHen son frère, fils de François Duplessis, seigneur de Richelieu, cbeyalier des ordres du roi Henry III et de Suzanne de la Porte. Le grand crédit dont il jouissait lui permit de rendre quelques services à Tabbaye de Gaen, dont l^administration néanmoins fut encore remise entre les mains de D. Jean de Baitlehache.

Le prieur fit , en 1682 , au nom de TarcheTèque de Lyon , avec les Dames de la Visitation de Gaen, une transaction au sujet d*un procès survenu entre les parties , pour plusieurs pièces de terre situées dans la paroisse de St. -Nicolas de Gaen, en la rue de la Tannerie, et qui avaient été vendues aux religieuses par D. Léonard Le Fauconnier.

Celui-ci avait eu ces propriétés par suite d'une adjudication faite en faveur de son père , Guillaume Le Fauconnier. Le prieur et les religieux, ne s'étant point pourvus en temps utile contre celte adjudication , ne pouvaient plus être admis à revendiquer des terres acquises et possédées de bonne foi par les Dames de la Visitation. Léonard Le Fauconnier , appelé en garantie , consentit à payer au prieur et aux religieux la somme de 300 livres tournois , c pour être icelle somme employée par lesdicts sieurs prieur et religieux à foire retrait ou acquêt d'autre héritage. »

Les prieur et religieux consentirent, à ce prix, à laisser les dames religieuses propriétaires irrévocables des pièces de terre dont ils leur avaient contesté la possession (1).

L'ordre aurait dû renaître dans l'abbaye, sous l'influence d'un pouvoir énergique et fort, dont la main se faisait partout sentir, et qui s'occupait sérieusement d'introduire la réforme dans les établissements religieux. Mais en se soumettant à un régime en apparence plus régulier , les religieux de St. -Etienne semblaient être condamnés à vivre toujours en guerre. Les procès qu'ils avaient eus à soutenir contre le comte de Moret, ne cessèrent que pour faire place à d'autres contestations non moins déplorables.

Le vicaire perpétuel de leur paroisse de St. -Nicolas, Pierre de Gaalon, avait, dans un livre écrit au siget d'un procès survenu entre lui et les

(i) Les noms des Dames de la ^sitation de 8le.-tlarle de Caen (pil Seraient dans cet acte , ëtateat : •œar Maigaerite Chahue, supérieure, Françoise-Marguerite Patrii, Calherine-lliérèse de SL-€ermain, Marie-CaUierine Camus, et Marie-Angélique Dubreuil.

230 ABBAÎE D£ SAINT-ÉTIBNNE DE CAEN.

prêtres obitiers de la même paroisse » prétendu que les abbé , prieur et religieux de Tabbaye , n'allaient que par usurpation Taire le service paroissial dans réglise de St.-Nicolas et y. célébrer les divins oOBcesaui fêtes solennelles. Un long et scandaleux débat s'ensuivit, et Pierre de Gaalon fut condamné à rayer et biffer de son écrit les paroles que nous venons de citer. Les religieux furent maintenus, comme ils Pavaient été déjà, dans la possession du droit d'officier dans ladite église, quand bon leur semblerait, en qualité de curés primitifs de SL*Nicolas.

La lutte terrible qui, en Tannée 16&0, désola la Basse-Normandie, la guerre des Nu-pieds , si rigoureusement réprimée par le chancelier Séguier, fit seutir ses effets à Caen et les religieux de St. -Etienne o*y demeurèrent pas étrangers, si nous nous en rapportons à ce que dit Séguier lui-même (1).

Les séditieux , excités par M. d'Âubigny et un moine de la grande abbaye de Caen , avaient brûlé la maison d'un sieur Dorneau , commis à la recette générale des gabelles. Le capitaine Brahard , qui avait essayé de résister au mouvement , avait été emprisonné au château.

La mission confiée à Séguier contre les révoltés , battus par le colonel Gassion , était de nature à effrayer les habitants de Caen , qui avaient vu ceux de Rouen soumis à une taxe extraordinaire de 1,085,000 livres et abandonnés aux brutalités des soldats de Gassion. Le poète Halley adressa au chancelier une pièce devers, dans lesquels, faisant allusion à ses armes, il lui disait : « Nous redoutions un lion et c'est uu agneau qui nous arrive (2). iLes Jésuites de Caen lui présentèrent l'anagramme de son nom (Pierre Séguier) , dans lequel ils avaient trouvé : t J'espère guérir. • Mais il fallait autre chose que des compliments pour désarmer la colère de l'envoyé royal. Il exigea que les bourgeois uotables et la Cour des aides se rendissent garants de la fidélité et de la tranquillité de la ville.

(i) Journal de Séguier, • Mémoire des noms de ceux qui ont trempé es émotions populaires et rébellions qui ont été faites en la ville de Caen. » Séguier résume ainsi les événements qui avaient accompagné la révolte des Nu-pîeds : • La sédition a été dans les faubourgs d'Avrancbes ; Pontorson a reçu les séditieux ; Coutanoes leur a fourni des hommes et de Targent ; Vire les a fortifiés ; Ba jeux les a sontenus; Caen les a impunément souiTerts, p. AAi. »

(2j Dum Seguerus init generosi mœnia Cadmi ,

Adventare leo creditur, agnus adesL Antonii Uallsi Oputcula, p. Ai. Caen, 1625.

msToiRB. —h\ ÉPOQUE, 1562-1663. 231

Ce fut en 16&&, le 16 avril, que mourut te prieur D. Jean de Bailletaactae , âgé de 82 ans ; il avait porté Phabit religieux dans Tabbaye de St.-ÉtieoDe 67 ans et 3 mois et rempli les fonctions de prieur claustral pendant &0 ans ; il eut pour successeur D. Charles Fortin.

L'année précédente, il avait lui-même, dans le journal quMl avait commencé et que la mort vint interrompre, marqué, comme étant décédé le 23 octobre 16&3, l'ami qui lui avait toujours prêté le concours le plus efficace, D. Jacques de Pudecotes, granger de Tabbaye, à laquelle il avait rendu les plus grands services.

La mort du prieur Jean de Bailletaache fit éclater de nouveaux désordres dans le monastère. Pendant plusieurs années, il fut le théâtre de luttes intérieures qui attestaient combien étaient profondes les plaies morales causées par la longue interruption de tout exercice régulier. Un acte capitulaire, en date du 19 janvier 16&6, peut en offrir une preuve affligeante. Le prieur D. Charles Fortin, élu par une partie des religieux seulement , avait eu à défendre son autorité contre D. Jean de Mabrey , nommé par quelques autres; et c'était avec beaucoup de peine qu'il avait pu se maintenir dans ses fonctions , auxquelles l'unanimité des suffrages aurait pu seule donner une autorité sufiisante. Les dévastations commises dans la partie des bâtiments destinés à la communauté n'avaient été réparées que dans quelques-unes de leurs parties , et les religieux s'étaient partagé les diverses maisons qui leur appartenaient, soit dans l'enclos de l'abbaye, soit au-debors. La difficulté de les réunir en chapitre pour délibérer sur les grands intérêts de la communauté venait merveilleusement en aide à ceux qui, trouvant l'état de choses excellent, s'efforçaient de faire ajourner toutes les réformes dont on avait besoin et le retour à la vie régulière. Appelé à l'instance de D. RouUand Rouault , chantre, de D. Guillaume Morin, prieur de St.-Léonard, de D. François de Sillans, sous-prieur, de D. Antoine de La Croix, bailli, et de D. Mathieu de La Dangie, cellérier, Guillaume Quentin, notaire apostolique , recueillit les accusations réciproques que le prieur et les religieux avaient à se faire. Les religieux accusaient D. Fortin d'avoir résisté à leur désir de s'agréger et de s'associer à la congrégation des religieux bénédictins du royaume, ainsi qu'ils y étaient obligés par leurs statuts et par le décret du concile de Trente (chapitre YIII, session 25),

33^ AfiBATB BB SA1NT-]£tIBNNB DB GABN.

et ils requéraieflt que le DOtaire prit acte de leur demaode et do refus qui leur était Tait. Le prieur D. Fortin se plaignait, de son c6té, delMnsouoaiission des religieux. Par un arrêt du Parlement de Rooen» il avait été réglé que D. Jean de Mabrey, prieur d'Audrieu^ quitterait l'abbaye de Caen pouraller résiderdans celle de Ste.-Trinité deyendôme,et ce religieux, loin d*obéir à cette injonctiou, avait voulu entrer au chapitre de St. -Etienne, « par force et par scandale • , au mépris de Tautorité de son prieur. Loin de s'opposer à ce que Tabbaye de Caen s'alliât à la congrégation générale des Bénédictins de France , D. Fortin déclarait qu'il avait à se plaindre au contraire du refus obstiné que les religieux avaient opposé aux instances qu'il n'avait cessé de feire dans ce but, depuis une année.

Il ne pouvait résulter que de fâcheuses conséquences de ces réunions formées sous l'empire des sentiments d'hostilité et d^aigreur, qui se traduisaient par des démentis réciproques, constatés officiellement par un notaire apostolique.

L'arrivée de Claude Baudry,abbé de Ste. -Croix de Leuffroy, et de plusieurs autres prélats, délégués par le pape pour la réformatioo des monastères , mit pour quelque temps un terme à ces débats , et l'abbaye fut par leurs soins associée à la congrégation générale des Bénédictins de France. Le 5 septembre 16i7, les religieux capitulairement assemblés déclarèrent vouloir se soumettre aux nouveaux règlements qui devaient les amener à l'accomplissement des devoirs imposés à la vie monastique. D. Claude de Baudry rétaUit la paix entre les religieux , en obtenant de D. Charles Fortin et de D. Jean de Mabrey leor renonciation, moyennant dédommagement, aux fonctions de prieur, que les religieux déférèrent d'an consentement unanime à D. Morin.

Les ai articles, dont se compose le règlement donné par lui aux religieux prouvent suffisamment combien Us avaient besoin de rompre avec les habitudes • par eux contractées dans les soixante dernièrea années. Il leur est défendu de porter des ohemisea traînantes et de ne montrer à la ville que des religieux débraillés ou ayant des rubans de couleur et des habits indécents. Il leur est fait aussi défense « de s'asseoir dans les boutiques , dans les rues ou devant la porte de l'abbaye ; de fréquenter dans aucune maison suspecte de scandales, ni d'entrer dans aucun cabaret, sinon par nécessité. » L'article 2S signale, par les prescriptions

HISTOIRE. ~ &*. ISPOQUB , 1562-1663. Sdâ

mêmes quMI renferme , des abus non moins graves : f Nous deffendons à tous les religieux de commettre aucune viollence, ny de proférer jamais d'injures ny de blasphèmes, de tenir brelan ny table de débauches dans leurs maisons, ny permettre être chantées des chansons de cabaret, en y mélantles chants sacrés de T Église. >

I^es abus et les scandales n'avaient point cessé, comme on le volt. I/intervention de Fautorité ecclésiastique n'avait pas eu pour les réprimer plus d'eiBcacité que les mesures prises par ceux des officiers de la communauté qui avaient à cœur l'observation de la règle. Ils étaient loin d'ailleurs, comme nous l'avons vu, d'agir de concert pour atteindre ce but si désirable. Quelques-uns d'entr'eux semblaient se faire un point d'honneur de se jouer des peines disciplinaires que leur infligeait le Chapitre. D. Antoine de La Croix , prieur de Septvans , dénoncé pour ses déportements et coupable de non-résidence, n'assistait même pas aux oflSces lorsqu'il était présent dans l'abbaye. Invitéun jour par D. de Mabrey, parlant au nom de ses confrères, à rentrer dans le monastère, qu'il scandalisait par ses absences prolongées : « Demain , dit-il , je dois être à Paris ou en Bretagne, pour mes affaires ; • et il partit. D. de La Dangie, dans un rapport adressé au Chapitre, faisait connaître que l'abbaye et l'église même, presque toujours ouvertes au public, étaient impunément pillées; les maisons construites dans l'enceinte du monastère étaient habitées par des laïques , avec lesquels les religieux se trouvaient sans cesse en contact. 11 ne pouvait obtenir que du moins on en renvoyât les femmes, comme l'ordre en avait été si souvent donné.

Pendant ce temps, les biens de la communauté étaient si mal administrés, que les religieux se trouvaient dans un dénûment presqu'absolu. La cherté tles vivres s'était depuis plusieurs années accrue de moitié, et c'était précisément dans le même temps que les fermiers de l'abbaye, sous divers prétextes, se dispensaient de pemplir les engagements par eux pris avec l'abbé commendataire. D. Fortin et D. de La Dangie se rendirent, en 16&2, auprès de M. Desroches, grand-vicaire du cardinal de Lyon, pour lai mettre sous les yeux le tableau de ces misères , auxquelles celui-ci s'empressa d'apporter quelque soulagement.

L'abbé de St. -Etienne avait à se plaindre lui-même de nouvelles tentatives faites par un grand nombre de ses vassaux, pour retenir entre leurs

234 âbbayb db saint-Etienne db gabn.

mains des propriétés dépendantes de Tabbaye , dont ils s'étaient emparés à la faveur, sans doute , des troubles dont il a été question plus baot.

Etienne Raquidel, chanoine et ofGcial de Bayeux, lançait, au mois d*aoûl 16/i2, de la part de très-haut et puissant seigneur, messire Âlpbonse-Louis Duplessis de Richelieu , cardinal , archevêque, comte de Lyon, on moDiloire sévère « contre plusieurs malfaiteurs , enfants d'iniquité , n'ayant la crainte de Dieu , ni aucune appréhension de la perte étemelle de leurs âmes devant les yeux, lesquels auraient, sans droit et de leur autorité indue, pris et usurpé quantité de terres, dîmes, rentes foncières et sien* raies dépendantes du temporel de l'abbaye; contre ceux qui avaient coupé, enlevé, dégradé et vendu les bois des baronnies de Torteval et de Foulogne; contre ceux qui, par fraudes ou faux noms empruntés, s'étaient fait faire des ôeiTeset contrats de rentes, des héritages appartenant à l'abbaye, pour se les approprier; contre ceux qui, pour usurper ou pour plus facilement retenir en leurs mains les dits héritages, avaient, à dessein et par malice, changé les noms des délies (1), les avaient fait dédeller, raclore dans leurs clos et parcs, et fermer de haies et de fossés, après avoir fait changer les devises. >

Parmi les autres moyens employés par t ces malfaiteurs » , pour s'approprier les biens de Tabbaye , le chanoine signalait encore ceux qui consistaient à faire faire de faux contrats de vente ou d'acquisition , dans lesquels ils établissaient que les propriétés étaient d'une antre tenure que celle de l'abbaye, ou étaient en franc-alleu et en boiirgeoisie. D'autres, pour dérober la connaissance des terres par eux usurpées , avaient fait boucher les chemins ou empêché les laboureurs de prendre à ferme les terres de l'abbaye , pour s'en rendre maîtres en les achetant à vil prix. D'autres avaient dégradé les maisons et emporté les matériaux provenant des bâtiments, des granges ou des halles; le plus grand nombre avaient pris, recelé ou détruit les fieffés, avec les* registres, journaux et autres titres constatant tes droits des vrais propriétaires.

L'abbé de St. -Etienne obtint du Conseil d'État un arrêt qui le dispensa de payer, comme soigneur de Dive, d'Allemagne, de Cheux, de Norrey

(1) Le mot /^e^^géaéraleineat employé en Normandie , signifie uae'partie de teire; avalais, Deal; allemand, TheiL

HISTOIRE. — &*. tfPOQDB , 1562-1663. 2S5

et de Rois , le droit de confinnatioD , imposé aux propriétaires de France iors de raYènement de Louis XIY à la couroDue.

Il eut plus de peine à faire décharger les habitants de la baronnie de Cbenx du droit de franc-alleu , de Tranche bourgade et de franche bourgeoisie. Pour y parvenir , il lui fallut prouver que la ville de Cheux , comme le Bourg-l'Abbé de Caen, relevait directement de Tabbaye, et D*avait jamais pu jouir du privilège de franc-alleu et de franche bourgeoisie. Privée des droits attacliés à ces titres , elle devait être dispensée d'en supporter les charges. Le Trésor se contenta de percevoir une somme de 500 livres que payèrent, par forme de prêt, les habitants de Cheux.

Les religieux, de leur c6té, pressés par le besoin d'argent, se décidèrent à élever le chiffre de la redevance qu'avaient à leur payer les novices qui demandaient à entrer dans le monastère. Sous prétexte de supprimer Tabus résultant de l'obligation imposée aux parents des novices de faire trois festins, aux jours do véture, de profession et de célébration de première messe, et dans la persuasion que l'on pouvait employer l'argent dépensé à cette occasion plus utilement pour l'abbaye y le Chapitre arrêta, le 11 mai 16&&,c que les parents de chacun de ceux qui seraient reçus au nombre des religieux paieraient aux sieurs capitulants , le jour de la prise d'habit, la somme de cinq cents livres, et donneraient deux couteaux au sieur prieur et un à chacun des autres religieux ; qu'une autre somme de cinq cents livres serait versée entre les mains du trésorier de l'abbaye , deux jours avant la profession , par les parents , qui donneraient de plus deux bonnets carrés au sieur prieur et un à chacun des religieux ; enfin qu'ils auraient encore à payer cent cinquante livres, huit jours avant la première messe , après avoir fait apporter en l'abbaye les meubles d'une chambre pour le nouveau religieux, suivant la manière qui en serait baillée par cédulle. » Les trois festins supprimés étaient remplacés par trois simples dîners, donnés aux religieux à chacune des époques indiquées.

Tout semblait conspirer contre le rétablissement de l'ordre et de la paix, depuis si long-temps inconnus au monastère. Ce u'était pas pendant les agitations de la régence d'Anne d'Autriche et les troubles de la Fronde, que Ton aurait pu travailler eflBcacement à les faire renaître. Le Parlement de Paris trouva celui de Normandie tout disposé à le seconder

236 ABBATE DB SAlNT-ÉTIfiNNE DE CAEN.

dans sa lutte contre Mazarin. A la fin de rannée IG&S, les trois Etats avaient déclaré que le seul énoncé des rigueurs exercées contre la province passait tout ce que Ton pourait imaginer. Plus de trois millions avaient été payés par elle depuis la révolte des Nu-pieds. La ville de Caeo en avait, pour sa part, donné 1,100,000, et elle s*était engagée à en payer annuellement 11(0,000.

La Basse-Normandie se montra néanmoins beaucoup plus réservée , malgré ses justes griefs, que ne Tétait la ville de Rouen , qui avait embrassé avec chaleur la cause du duc de Longueville ; Matignon ne s'était pas déclaré , et le comte de Fiesque , envoyé à Caen et dans le Cotentin , pour y lever des troupes, n'y put enrôler personne. Le comte d'Harcourt D*eut pas de peine à faire triompher à Caen et dans le pays environnant la cause royale. Bientôt après il se rendit maître de Rouen et le traité de St. -Germain mit fin à la première Fronde. Le duc de l^onguevillie obtint la survivance de son gouvernement de Normandie pour son fils aîné , le comte de Dunois , et, en cas de mort de celui-ci, pour son plus jeune fils, qui, né en 16&9, en pleine Fronde, à THôtel-de- Ville de Paris, avait reçu le nom de Charles Paris d*Orléans. Nous verrons bientôt ce prince à la tête de Tabbaye de St. -Etienne de Caen.

La Normandie et surtout la ville de Caen prirent fort peu de part à la seconde guerre de la Fronde. Lorsqu'après Tarrestation de son mari , la belle duchesse de Longueville chercha à soulever la province en sa faveur, elle trouva partout fort peu d*empressement. Le duc de Beaufortnefulpas plus heureux. La Normandie aspirait au repos. Le duc de Longueville lui-même, subissant Tinfluence du Parlement, ne voulut rien entreprendre. Tandis que la guerre civile désolait les autres provinces , les Palinods de Caen et de Rouen célébrèrent à Tenvi les douceurs de la paix. Lorsque la duchessse de Longueville vint à Caen, après le rétablissement définitif de Tordre, en 1652, elle y reçut Taccueil le plus sympathique et elle y fut haranguée par le célèbre Pierre Dubosc, ministre du saint Évangile, qui était alors, avec Samuel Bochart, Tbonneur de TÉglise protestante de Caen.

Cette cité se distinguait à cette époque, entre toutes les villes de France, par son goût pour les lettres , les sciences et les travaux d'érudition les plus élevés. En 1653, Moisant de Brieux fondait la célèbre Académie, qui compta parmi ses premiers membres les Grentemesnil , iesGraindorge,

tes Haliey , les Bocbart, les Huet,les Segrais, les Boisrobert, les Tanneguy Le Févre, les Pierre Dubosc. Le triste état, dans lequel se trouvait Tabbaye de Caen, explique suffisamment pourquoi Ton ne voit figurer aucun de ses membres au milieu d'un aussi grand nombre d*bommes distingués par leurs travaux scientifiques ou littéraires. Les Jésuites établis au collège du Mont, en vertu des lettres-patentes qu'ils avaient obtenues de Henri lY, le 6 décembre 1609, déployaient sinon de grands talents, du moins plus d'ardeur et de zèle. Le P. Gontery attirait la fouleà ses sermons ; le P. Véron luttait résolument contre Samuel Bocliart dans des conférences, où les deux partis s'attribuaient la victoire; le P. Bille, enfin, faisait assez de bruit pour mériter l'honneur d'être remarqué par l'auteur des Provinciates. Introduits à Caen , malgré l'opposition de ses habitants, ils y étaient maintenus par le besoin qu'avaient les chefs de l'Église catholique de ces habiles auxiliaires, pour lutter contre l'influence croissante des protestants, qui formaient alors le tiers de la population.

C'était sur un terrain dépendant du Bourg-l'Abbé, et qui avait été acquis , à l'époque de la vente des biens ecclésiastiques, par plusieurs particuliers appartenant à la religion réformée, qu'avait été construit, en 1611, le temple des protestants de Caen. Richelieu, après avoir anéanti le protestantisme français comme parti politique, l'avait respecté comme opinion religieuse. Il avait fait signer à LouisXIlI une confirmation pleine et entière de l'édit de Nantes (28 juin 1629). Depuis cette époque, la religion réformée avait fait dans la capitale de la Basse-Normandie des progrès considérables. Les religieux de St. -Etienne se trouvèrent alors dans une position fort embarrassante. C'était au milieu même de leur territoire, à deux cents pas des murs de leur abbaye , que s'était élevé le temple vers lequel affluaient les dissidents, qu'ils semblaint ainsi couvrir en quelque sorte de leur protection. Plus d'une fois l'autorité épiscopale les avait invités à faire valoir le droit qu'ils avaient de retirer d'entre les mains des ennemis du culte orthodoxe le terrain que ceux-ci n'avaient pu acquérir que par usurpation et qu'ils ne pouvaient légitimement couservcr. Mais ils avaient fait jusqu'alors des efibrts inutiles pour rentrer en possession de leur ancienne propriété. Nous verrons plus tard quelles furent les destinées du temple de Caen.

Un autre ennemi de l'orthodoxie, le Jansénisme , commençait à attirer

2S8 ABBAYE DB SAISIT- ÉTIBNNB DE CABN.

sérieusement rattention de TÊglise. Le 9 juin 165S, paru! la bulle du pape Innocent X , dans laquelle étaient déclarées contraires à la foi , les cinq fameuses propositions extraites du livre de Jansénius. Dès le mois d'août de la même année, Guillaume de Bouloucbe, sons-prieur de l'abbaye de St.-Ëtienne, adressa la bulle pontificale « à tous les curés , vicaires et autres prêtres desservants dans les églises et paroisses dépendantes de Texemption de l'abbaye, afin qu'ils en fissent la lecture; ordonnant que si ( ce qu'à Dieu ne plaise ) quelque prédicateur s'oubliait si fort et était si téméraire que de prêcher dans sa paroisse la doctrine condamnée par la bulle ou de s'éloigner de ses termes, ils l'en avertissent an plustôt, afin qu'il pût y porter remède (1). •

L'abbé Duplessis de Ricbelieu était mort quelques mois auparavant, et il avait été remplacé , en qualité d'abbé de St. -Etienne , par le cardinal Mazarin (2).

JULES MAZARIN, 37% Abbê.

Sorti vainqueur , grâce à une habileté élevée presque à la hauteur du génie, de la lutte engagée contre lui, le cardinal Jules Mazarin ne pouvait considérer dans son titre d'abbé de St. -Etienne de Caen que l'avantage d'ajouter un riche revenu à celui des quatorze autres bénéfices dont il était revêtu (3). Le 17 juillet 1653, Jean-Baptiste Colbert, conseiller du roi en ses conseils, demeurant à Paris, rue de la Plâtrière (&) (paroisse de

(1) Bulle ou Constitution de nostre Saint^Pére te Pape Innocent X ^ ^imprimée à Cten, chei Gabriel Granderye, demeuranl en la deuxième maison dn carrefonr de Froide-Rue, à l^emefgne de 17mprimerie (Archives du Calvados).

(2) Louis Duplessis de Richelieu avail été d'abord chartreux, pendant 20 années. Son Trère lui fit quitter le cloître pour Télever aux plus hautes dignités ecclésiastiques. Mort, le S8 mars 1653, archevêquecomte de Lyon , il fut inhumé dans Téglise de la Charité quMI avait fait bâtir. On a conservé son épltaphe : • Paupernatus, pauperiem novi , pauper morior, inter pauperes sepeliri volo. »

(S) Il était cardinal, pair de France, duc de Mayenne, abbé général de Tordre de Cluny , abbé de St.-Denis, de St -Pierre deCorbie, de St.-Médard deSoissoos, de St. -Martin de Laon, de St.-Étienne de Caen, deSt.-Vigor de Cerîsy, deSL-Michel de Léon, de St. -Pierre de Molsaac, de Notre-Dame de Grand val, de St- Victor de Marseille, de St -Honorât de Lérins, de St.'-Robert de la Cliaise-Dieu-sur* Seine, de Su-Germain d*Auxerre et de St-Lucien deBeauvais.

{h) Aujourd'hui , rue Jean-Jaeqnes-Rouneau.

HisTOtRB. — &% évoQVB , 1562-1663. 239

Si -EuBlacbe ) , fondé de procuration générale de Mg'. rÉininentissime Jules cardinal Mazarin, pour Tadministration de tout le revenu de ses bénéfices , afferma celui de Tabbaye de St. -Etienne au sieur Germain Herbio, pour le prix de 3^,800 livres, 1,280 boisseaux de froment, 2& boisseaux d'orge et 5000 livres de pot de vin. Le cardinal se réservait le domaine de St. -Léonard de Vains et la collation de tons les bénéfices dont disposait Fabbaye. Le preneur prélèverait sur le prix de son bail l'argent nécessaire à la pension et à Tentretien de 26 religieux , au paiement des dîmes ordinaires et extraordinaires, de la collation des processions de la Pentecôte et des gants des visites ou descentes que les officiers et religieux étaient obligés de faire. Il aurait de plus à niettre et à conserver en bon état tous les bâtiments, granges, halles, maisons et moulins appartenant à Fabbaye. Toutes les clauses du bail étaient aussi favorables aux intérêts du nouvel abbé, qu*on peut s'y attendre, lorsqu'il s'agit d'un acte signé par le cardinal Mazarin et rédigé par Colbert.

Il eût été idcheux que les revenus de tant de riches abbayes ne fussent pas intégralement perçus parleur heureux possesseur, et qu'ils ne fussent pas déchargés de toute obligation de contribuer aux nécessités du trésor ou aux besoins de l'État. Le cardinal était assez puissant pour se faire exempter de toute espèce de charges. Le procureur-général de la Chambre des comptes de Rouen , apprenant que l'abbé de Caen n'avait pas satisfait aux prescriptions de la loi, qui exigeait de tous les bénéficiaires l'aveu et le dénombrement officiel de leurs domaines, fit saisir le temporel de l'abbaye de St. -Etienne. Mais Mazarin, se fondant sur l'édit du 27 juin 1662, dont s'était prévalu déjà le cardinal de Lyon , son prédécesseur . et par lequel il était dit que les membres du clergé étaient déchargés de tous droits de francs-fiefs , c en considération des notables sommes de dîmes imposées sur eux et des grandes aliénations qui avaient été faites de leur temporel, pour subvenir aux urgentes aff*aires du royaume » , présenta une requête an roi, obtint un arrêt de main-levée et fut autorisé à jouir des revenus de l'abbaye de St.-Étienne et de ses autres bénéfices, sans être tenu de payer les droits d*aveu et de dénombrement (1).

Cette prétention , naturelle à tous les privilégiés, de jouir des revenus

(i) s aTrit 1059. — Archives du Calvados , Fonds St.-Ëlieiine.

3&0 ABBATB DB SAINT-ÉTIBNNB DB GAEfC.

de leurs bénéfices et de se dispenser en même temps de toute contribulion aux charges publiques , devait nécessairement , à mesure que le gouvernement civil prendrait une plus grande autorité, provoquer les plaintes et les récriminations. Nous avons eu déjà plus d*une occasion de signaler les efforts tentés par les magistrats de Caen pour soumettre au droit commun, ou faire entrer dans les limites de Tunité administrative quelques-uns des privilèges possédés par Tabbaye de St.-Étienne. Mais les arrêts des Cours souveraines ne pouvaient que la maintenir dans la possession de droits consacrés par une longue possession , et fondés sur des titres incontestables. Cest ainsi qu*un arrêt du Conseil, en date du 29 novembre 1655, fit défense au vicomte de Caen de troubler le monastère dans Texcrcice de la basse et moyenne justice qui lui appartenait dans tons les domaines et seigneuries dépendant de son autorité. Le même arrêt condamnait les officiers de la vicomte de Caen , avec les huissiers ou sergents qui avaient donné des assignations aux justiciables de rabl>aye , à payer les dommages et intérêts dus pour les usurpations et entreprises faites sur ladite justice, et il leur était fait défense de récidiver « sur peine de trois mille livres d'amende •. Il eût été difficile de détruire des prérogatives qui avaient pour soutiens naturels des abbés commendataires le plus souvent choisis parmi les plus hauts dignitaires de TÉglise, ou des ministres tout-puissants. Les magistrats de Caen portèrent la lutte sur un autre terrain.

Quelques habitants de la ville avaient, en 1655, établi un bureau destiné à pourvoir à la subsistance des pauvres, et arrêté, à rHôteMe-Yille , pour r Hôpital-général, les bases d'un projet de règlement qui fut soumis à l'approbation du Conseil d'État. Les auteurs du projet invoquaient le bénéfice d'un édit de Henri II, donné en 1555, et en vertu duquel les abbés, prieurs et Chapitres qui étaient tenus de faire des aumônes publiques, seraient désormais contraints de verser en deniers , entre les mains des administrateurs des paroisses dans lesquelles ils se trouvaient, tout le revenu affecté à ces aumônes. Les lettres-patentes obtenues pour ]a nouvelle organisation de l'Hôpital , en 1656 , portaient , en conséquence, que l'aumônier de l'abbaye de St. -Etienne de Caen serait invité à fournir au bureau de bienfaisance tout ou partie notable du revenu de son office. Le cardinal Mazarin , auquel s'adressèrent les administra-

HiSTOiRB.— &*. iSpoqub], i562-i66S. 2&1

tmrs'de T Hôpital-Général, leur accorda 300 livres. Ils redemandèrent Pannée suivante la même somme , qu'ils croyaient pouvoir faire convertir en une rente annuelle. Le cardinal répondit qu'il y avait dans l'abbaye un religieux pourvu de l'office d'aumônier, chargé de distribuer aux pauvres les secours accoutumés , et qui devait continuer à demeurer libre de disposer de son revenu comme il l'entendrait. Un nouvel arrêt du grand Conseil, du mois de juin 1659, porta expressément que tout le revenu de l'aumônerie de St.-Étienne serait à l'avenir uni et incorporé à THôpital-Général de la ville , dans lequel seraient admis les pauvres de Yancelles, du Bourg-FÂbbé et des autres lieux dépendants de la communauté , aussi bien que les autres indigents de la cité. Il était défendu à l'aumônier de faire aucunes aumônes publiques soit en l'abbaye , soit ailleurs, dans la ville ou dans les faubourgs. Les administrateurs de rHôpital demandèrent de plus que l'enclos de l'aumônerie leur fût aban donné par les religieux, afin qu'ils pussent y loger les pauvres delà ville (1).

L*aumônier de St. -Etienne soutenait qu'il n*y avait pas lieu de lui appliquer le règlement établi par l'édit de 1555. Les biens sur lesquels étaient pris les revenus de son office n'avaient point été l'objet d'une fondation ou d'une donation particulière. Les abbés et les religieux avaient , disait-il , tiré du fonds et du revenu général de Tabbaye certains biens dont ils avaient confié l'administration à l'un d'entr'eux, pour en employer le revenu, partie en aumônes, partie en autres dépenses dans l'intérêt du monastère; c'était un office claustral, un bénéfice, qui, comme tous les autres , était taxé aux décimes.

Il crut pouvoir , en attendant, échapper à la confiscation dont il était menacé^ en supprimant son aumône publique. Il se contenta de faire donna* aux curés un état des pauvres de leurs paroisses, auxquels il fit distribuer , par leur entremise , la quantité de pain qu'il avait l'habitude de délivrer lui-même (2). Mais le prieur de l'abbaye, trouvant cet

(i) CctCQctos éUli compris entre la nieBicoqaet, Teoclos deSL-NieoU» et la rue actuelle de r Académie.

{2) N6iis TOjons» par une note inscrite au bas d*an mémotre rédigé à cette époque, par Taumônier, pour soutenir ses droits, qu'il était distribué, tous les Tcndredis de chaque semaine, depuis la Toussaint jisqu*au jour de SL-Glair, 18 juillet, le nombre de SAO pains de S livres; ce qui faisait, par an, 8,8A0 pains revenant à 17,700 livres, pour lesquels on employait 493 boisseaux 1;8 de froment (ehaqne boi^eau Oonnantsa livres de pain); tout cela, sans préjudice des aumônes journalières foitcs aux pauvres à la porte de rabbeye.

2/12 ABBAYE DE SAlNT-ÉTIENNE DE GAEN,

arrangement contraire aux règlements établis, assigna, de son côté, l'anmônier devant le grand Conseil, pour qu'il eût à donner l'aumône générale , selon les anciennes coutumes.

11 fallut alors transiger, et, le âO décembre 1659, l'aumônier et les administrateurs de l' Hôpital-Général conclurent, sous le bon plaisir de Mg'. l'Éminentissime cardinal Mazarin , abbé de St. -Etienne, un accord, en vertu duquel ceux-ci se désistèrent de l'action qu'ils avaient intentée, moyennant une somme de 1,000 livres que l'aumônier s'engagea à verser annuellement entre les mains du receveur du bureau des pauvres. 11 fut reconnu qu'il aurait le droit d'assister aux séances de ce bureau, en prenant la première place à droite. Les gardes de l'Hôpital devaient se rendre à l'abbaye aux jours de dimanches et de fêtes solennelles, pour empêcher les pauvres d'y entrer. L'Hôpital s'engageait à subir des réduction^ proportionnelles, dans le cas où l'oflice d'aumônier viendrait, pour quelque cause que ce fût, à être diminué.

Cette rente de 1,000 livres, qui ne formait que la moitié du revenu de l'aumônier , parut bientôt insuffisante aux administrateurs de l'Hôpital. Ils voulurent, pour les 700 pauvres qu'ils avaient alors à nourrir, avoir la totalité du revenu; et, pour atteindre ce but, ils intentèrent, sans succès, à l'abbaye une nouvelle action. De nouveaux procès s'ensuivirent, jusqu'à ce qu'enfin , l'office d'aumônier ayant été , en 170/i. , réuni par le dernier titulaire à la manse conventuelle, et ayant cessé d'être un bénéfice doté d'un revenu particulier, il fallut bien se contenter des 1,000 livres que la communauté s'était engagée à leur payer annuellement.

Pendant tous ces débats, le cardinal Mazarin continuait à recevoir exactement et sans subir de diminution, la part du lion qu'il s'était faite dans les revenus de l'abbaye. Lorsqu'il mourut, en 1661, les religieux se disposaient à intenter au fermier-général qui administrait le temporel, un procès au sujet des nombreux édifices de leurs diverses baronnies qu'il laissait s'écrouler, faute d'entretien.

L'abbé commendataire s'était encore moins occupé des soins tout autrement importants que réclamait l'état moral dans lequel l'abbaye se trouvait , en dépit de tous les règlements établis pour la destruction des abus consacrés par un long usage.

Le seul parti à prendre eût été d'écarter les anciens religieux et de les

msTOiuE. — 4*. ÉPOQOE, 1562-1663- 24â

remplacer par d'autres ayant embrassé la réforme de saint Maur. Le successeur de Hazarin eut Tbonneur d'accomplir cette tâche.

Terminons cette période de Thistoire de Tabbaye par la liste des religieux reçus depuis la fin du XYI*. siècle, jusqu'au moment où les religieux réformés y furent introduits :

D. François Patrt, successivement sous-prieur, courtilUer et grangcr dé Tabbaye , né en la paroisse de Mutrécy , mourut le 2& octobre 1617 , à Tftge de 8& ans. 11 fut enterré dans le chœur de Téglise de St. -Nicolas de Caen (1) ;

D. RoBBRT Malhbrbb , dc la paroisse de Missy , licencié aux droits , cellérier, prieur de St.-Léonard de Vains, avait un frère religieux à Tabbaye de Fontenay, un autre nommé M. d'Igny , et un troisième nommé M. de La Pigacîère. Il avait reçu les dispenses nécessaires pour tenirbénéfice régulier ou séculier (2) ;

D. Gharlbs db grimouvillb , de la paroisse de Septvans , de la famille des barons de Larchant , prieur de St« -Laurent de Septvans , et sacristain de Tabbaye , mourut le 11 juin 1588 ;

D. Gilles db Gubrvillb, de la paroisse de Gully, prieur de Tailleville, bénéfice dépendant de Tabbaye de Troarn, successivement plombier, sacristain, chantre, granger, bailli de St. -Etienne et chambrier de Banpte, mourut le 9 mai 1603 ;

D. Robert db Carnbt se retira dans sa famille en 1562 et ne rentra plus au monastère ;

D. Guilladmb DBS RoTOURS , de la maison du Sac , fut prieur pendant vingt-neuf ans et mourut le & juin 160/i , à Tâge de 72 ans. Il fut inhumé dans l'église de St. -Nicolas, au bout du maitre-autel , du côté de l'Évangile. Il eut pour successeur Jean de Baillehache qui avait fait les frais de sa tombe ;

D. LEONARD Le Fauconnier, de la paroisse de St. -Nicolas, prieur de Bavent, chambrier deBaupte, grand- vicaire des abbés Georges Péricard , et d'O , et enfin abbé lui-même de St. -Vincent des Bois; mort le 13

(i) Cette liste est rectiflèé au moyen d^un manuscrit conservé aut archives du Calvados et qui est plus complet que celui de la Bibliothèque de Caen.

{2) Les armes de sa bmille étaient d*hermines à 6 roses de gueules: S, 2 et t. Ce sont les armes des Malherbe Saint-Aignan , famille à laquelle se glorifiait d*«ppartenir le poète Malherbe.

244 ABBAYE DE SAWT-^IEWNE DE CAEN.

août 1594. Il fut inhumé dans relise de St. -Nicolas, dans l'allée du cMé de r Évangile ;

D. Pierre Ferru, de la paroisse de St. «Nicolas, sacristain, aumôniBr, mort le 11 novembre 1601 , fut enterré dans le chœur de Téglise de St. -Nicolas;

D. Jean Chapelle, de la paroisse de Ste.-Paix, près Troarn. mourut le 22 novembre 1589, et fut enterré dans le cimetière de Tinfirmerie, dans Tenceinte de Tabbaye ;

D. Charles du Moulin, de la paroisse d'Amayé-sur-Orne, bailli et granger , puis prieur de Bavent , mourut le 5 juin 1589. Enterré dans le cimetière de Tinfirmerie ;

D. RouLLAND DE FouLOGNES, écuyor, sieur de Condéel , quitta le mo^ oastère après 1562, se retira chez M. de Matignon, et fut nommé abbé du Val. Étant allé à Rome, à Tépoque du jubilé en 1600, il reçut Tordre de rentrer dans Tabbaye de SL-Étienne , y vint demeurer deux jours et retourna à Tabbayedu Val où il mourut;

D. ABRAHAM DE Semalle, ucvcu du'bailli D. Michel de Semalle, mou* rut à Paris, où il avait été envoyé à la sollicitation de Laurent Le Goullu , sénéchal de Tabbaye , quMl avait accusé d*ètre Tauteur de la chute de la grande tour du milieu de Téglise de St. -Etienne écroulée, en effet, par sa faute , comme nous le verrons plus tard ;

D. Louis LE HouTSTB quitta le monastère, parce que les chefs de Tabbaye lui avaient fait un passe-droit en faveur de jeunes moines reçus prêtres avant lui , mais n'ayant pas rendu autant de services que lui à la maison ;

D. François d'Ussy , flis de David d*Ussy , écuyer , sieur de Chanse* rey , et de Catherine des Rotours , avait fait sa profession en même temps que Jean de Baillehache. Il fut inhumé dans le cimetière de rinfirmerie;

D. Richard Malherbe , fils de Louis Malherbe , écuyer , de la paroisse de Septvans et de Nicole de Grimou ville, sacristain , prieur de St. -Tinrent de Septvans. Il embrassa , comme nous Tavons vu , la religion protestante (1) ;

D. Michel Onfrot , fils de Maître Jean Onfroy , bourgeois de Caen , de la paroisse de St. -Pierre, et de Claude Le Hérisson , était docteur en

(i) Voir pins haut, page 207. Les aimes de cette famille de Malherbe éUiieiit de gueules à deux jumelles d^argent, et deux lionceaux d*argent, en chef , rampants et afArortté&

HI8T0IRB. — &•. ÉPOQUB, 1562-1663. 245

n^ecioe et médecin de Fabbaye, où il prit r habit de novice le 29 initia 1582, mourut en 1592, et fut inhumé dans le chœur de l'église de St.-Nicolas, au-dessus du lutrin;

D. Nicolas db Parfodro , fils de Jean de Parfouru et de Jeanne de Saint-Gilles, fut pourvu de l'office de grainetier, fut reçu prêtre en 1594, et mourut à Athys, chez son frère, avant d'avoir dit sa première messe. Les religieux de l'abbaye se rendirent à Athys et l'enterrèrent dans l'église de cette paroisse ;

D. Annibal d'Escrambtot, fils de noble homme Jean d'Escrametot, sieur de Saint-Georges , élu de Bayeux , et de Perrette Noël , fut reçu à faire sa profession quinze jours avant le terme de son année de probation , 4 parce qu'il étoit grand et avoit un bon esprit , dit Jean de Baillehache » . Il mourut le 9 mars 1615, et fut enterré dans le chœur de l'église de St. -Nicolas;

D. Jban db Baillbhaghe, fils d'Olivier de Baillehache, écuyer, sieur d*.Escajeul, de la paroisse d'Hérouville, et de Françoise Anzerey, entré à l'abbaye le âO novembre 1576; chantre, chambrier de Baupte, et enfin prieur claustral après le décès de D. Guillaume des Retours (30 juin 1604) ; grand-vicaire de l'abbé d'O , pour ses abbayes de St. -Etienne et de SL-Julien de Tours , mourut le 16 avril 1644, âgé de 82 ans. Il fut inhumé dans la chapelle de St. -Jean, où, vingt ans auparavant, il avait fait préparer sa tombe ;

D. Charlbs db Bâillbhaghb était fils de Jean de Baillehache , écuyer , sieur de Banville , et d'Anne Anzerey , et par conséquent cousin germain du grand-prieur Jean de Baillehache, grainetier, bailli, et grand-vicaire de l'abbé comte de Moret , mourut le 17 janvier 1689 et fut enterré dans la grande église, vis-à-vis de la chapelle de St.-Paul;

D. Jacques db Pddbgotës , fils de Louis de Pudecotes, écuyer , sieur de Beveilion, et de Madeleine Le Valois, aumônier, prieur de St. -Léonard de yains, cellérier, granger, fit don à l'église des balustres de devant le grand-autel, et de trois lutrins placés dans le chœur. Il mourut le 2S octobre 1645, après avoir légué à l'abbaye, pour son obit, une rente de 460 livres. Il avait, pendant quarante ans, travaillé avec ardeur au rétablissement du revenu temporel de l'abbaye , qui dut à' ses libéralités l'avantage de rentrer en possession des sept acres de Brucourt et des

2/i6 ABBAYE DE SAINT-ÉTlENNE DE CABfC.

sept acres des Closages. Il légua son mobilier à D. Fortin et à D. Bloi^^ pour qu'ils fissent clore la chapelle de St.-Pierre-et-St.-PauU et ee\^^ des Trois-Martyrs (saint Etienne, saint Vincent et saint Laurent) ^

D. Raoul Le Chat, fils d'honnête homme Michel Le Chat, de Isà paroisse de Chénedollé, et de Madeleine Le Got, mourut en 1613 ^t. fut enterré dans le cimetière de l'infirmerie ;

D. Jean Castel, fils de Jean Castel , sieur de Bouillons, de la paroisse de Vassy, el de Marguerite Le Louvetel, reçu novice, comme le f>réc.^ dent , par la protection de Vincent Le Got , mourut avant d'avoir fait sa profession et fut enterré dans le cimetière de l'infirmerie;

D. Pierre de Gubrville , fils d'Olivier de Guerville , écuyer , de /a paroisse de Cully , et d'Anne d'Esquay, prieur de Tailleville par résig^nation de D. Gilles de Guerville, son oncle, et courtillier, mourut, le 26 février i6&0 , et fut enterré dans la chapelle des Trois-Martyrs ;

D. Guillaume Huet, fils de Jean Huet, sieur de Rocquebar , paroisse de St. -Laurent, et de Renée Le Pelle, entra à l'abbaye en 1603, et mourut le 5 août IG&i. Il avait été prieur de SL-Ëtien Bavent. Il fut enterré dans l'aile de la grande église, du côté de l'Évangile, vis-à-vis de la chapelle de St, -Benoît;

D. Guillaume Marie, fils de Jules Marie, de la paroisse de Leiidisac, et de Jeanne Le Got, aumônier, cellérier, fut nommé au prieuré de Cléville-en-Caux , mais mourut avant de prendre possession de sm ofiice, le 11 avril 1637. Il fut enterré dans la grande église, àTaile da côté de l'Évangile, vis-à-vis de la chapelle de St. -Benoît;

D. Jean de Vernay, fils de Jean de Vernay , sieur de La Rivière , de la paroisse de Missy , et de Marie Lemercicr, prit Thabit de novice, sortit de l'abbaye, y fut ramené par ses parents et quitta définitivement la carrière monastique ;

D. LEONARD Le Got, fils de Gilles Le Got, sieur des Buissons, de Tinchebray, courtillier, mourut le 2 août 1635, et fut inhumé dans la chapelle de la Madeleine ;

D. Jacques Varin, fils de Robert Yarin, bourgeois de Caen, et de Marguerite Morel, courtillier, se noya, à Septvans, dans un étang, chez M. de La Boissellière , le 11 août 160/i« Il fut enterré dans le chœnr de St, -Nicolas;

la avril de

HiSTOiaE. — à*. :ÉrOQUE , 1562-1668. 217

D. Jacques des Vignes, fils de Charles des Vignes, maître d'hôtel de M"*. d'Hilliers , femme de messire Jean d'O , chevalier de l'ordre et capi*taine des gardes du roi, quitta l'abbaye sans la permission du prieur et mourut dans un hôpital , à Gênes (1) ;

D. François Dochaut, fils de François Doubaut, écuyer, sieur du Bois- Douhaut, dans le diocèse de Bourges , et de Catherine Odette, bailli, mourut après avoir fait un voyage à Rome, le 21 juillet 1630, et fut enterré dans le cimetière de Tinfirmerie ;

D. RouLLAND RouACLT.fils de Jean Rouault, sieur de Rondes, de la paroisse de Mutrécy , et de Guillemette Noël, chantre et aumônier;

D. Guillaume Mobin, fils de Pierre Morin, écuyer, sieur de Mondeville, et de Renée de Tollemer, prieur de Sl -Léonard, puis sanctuairier, mourut le 11 juillet 1657 ;

D. Jacques du Quesnel , fils de messire Gabriel du Quesnel , chevalier de Tordre , seigneur de Coupigny et de Pinson , et de Louise d'Aligre , quitta l'abbaye et mourut dans sa famille (2) ;

D. Faançoïs de Sillans, fils de messire Antoine deSillans, chevalier de l'ordre, seigneur et baron de Creully, et d'Antoinette Sanglier, grainetier, réfectorier, mourut le 18 février 166&, à l'âge de 63 ans (â);

D. Philbbrt de Monthiers, fils de Simon de Monthiers, écuyer, sieur de Bosc-Roger , près de Pacy , et de Catherine de Gruel , sous-prieur , mourut le 16 septembre 1632 , et fut enterré dans la chapelle des Trois- Martyrs ;

D. Pierre de Gaallon, écuyer, sieur des Carreaux, de la paroisse de Vendes, et de Madeleine de Parfouru, sacristain, mourut le 1^ juillet 16/(3, fut enterré dans la chapelle de St. -Thomas, qui servait alors de sacristie ;

D. Antoine de La Croix, fils d'Etienne de La Croix et d'Anne Legrain, de Paris, sacristain, prieur de St. -Laurent de Septvans et de Partenayle-Viel, et bailli, mourut le 17 décembre 165/i. Il avait fondé dans l'église de l'abbaye un obit auquel il avait appliqué un revenu de 308 livres, provenant de terres aliénées et rachetées par lui;

(1) Voir plus haut, p. 307.

(3) IbiéL

(8) Il a été question de lui et de son frère Jean de Sillans, p. 33S et 33A.

ns

ABBÂTE DB SAINT-ÉTIENNB DE GÂEN.

D. Mathieu de La Dangie, fils de Christophe de La Dangie, écuyer, sieur de Renchy, et d'Elisabeth Tbiou, cellérier, mourut le 2 octobre 1657;

D. Guillaume Bosquet, religieux-prétre de Tabbaye de Ste.-Trimlé de Lessay, fut pourvu du prieuré de St.-ÉtieDDe de Bavent, et le prieur Jean de Baillehache lui ayant ordonné , de la part de Tabbé et du Chapitre, quMl eût à se rendre à l'abbaye pour s'y soumettre à la vie régulière, en rapportant à la manse conventuelle le revenu de son prieuré, il refusa d'obéir et conserva son office jusqu'à sa mort , sans s'astreindre à la vie commune ;

D. Fabiin db La Marioczb, fils de Jean de La Hariouze, écuyer, sieur de Bellengre ville , de Ste.-Honorine-la^Cbardonnette et de Lormier, et de Madeleine Gœuret, infirmier, mourut le 19 octobre 1669 et fut enterré dans l'église de l'abbaye , devant la chapelle de Notre-Dame ;

D. Jacques de Cbefval, fils d'^Ambroise de Chefval, écuyer, sieur de Loiselières, de la paroisse de Juvigny , et de Suzanne de Baillehache, plombier et courtillier, avait fait ses études au collège do Bois, chez les Jésuites. Il dédia ses premières thèses à l'abbé Charles d'O , et donna à l'abbaye une somme de 150 livres pour faire clore la chapelle de St.- Jean-Baptiste en la grande église. Il mourut le 19 avril 16&8 ;

D. Chables BixABD , fils de Noël Bénard , écuyer , sieur de La Motte- Marigny , et de Louise de Noscy , était filleul de l'abbé d*0 ; il entra bien jeune en l'abbaye, le 7 juin 1609;

D. Jean Malherbe, fils d'Éléazar Malherbe, écuyer, sieur d'Igny, conseiller au roi au présidial de Caen , de la paroisse de St.-Étiennele-Yieux, et de Marie Lambert, cellérier , moumt le 22 octobre 1625 et fut enterré au cimetière de l'infirmerie (1) ;

D. RoBBBT DE Saffret , fils d'Odct de Saffrey , écuyer , sieur de Yimont, de Blaisy et de Danneville, et d'Anne Tiborel, mourut le 27 janvier 1661 , avant d'avoir été reçu prêtre , fut enterré dans la nef de la grande église, devant la chaire;

D. Guilladne BouLOucfiE , fils de Jean Bôalonche , et de Marie Le Yallois , de la paroisse de St. -Pierre de Caen, infirmier; sous-prieur , mourut le & août 1656 et fut enterré près de la chapelle Notre-Dame;

(i) Portail d'hermiues à $\x roses de gueules.

HISTOIRE. — i*. ipoQUE, 1562-1663. 249

D. N1GOLA.S Sallbt , fils de Pierre Sallet , sieur de ^Baflon , de Condésur-Noireau, et de Madeleine Le Harivel, mourut le 9 octobre 1615, quelque temps avaut d*avoir Tait sa profession ;

D. Jean de Gairon , fils de Charles de Cairon , sieur de Cardonville , de la paroisse de Bretteville-rOrgueilleuse^ et d'Anne Le Sens, mourut le 50 avril 1620 ;

D. Cladde Mollé, religieux profès, au prieuré de St.-Guillaume-des- Blancs-Manteaux de Paris, ayant été pourvu du prieuré de St. -Laurent de Septvans, s*en démit afin défaire sa profession dans Tabbayo, où il mourut le 13 novembre 1617. Il fut enterré dans le chœur de Tcglise de St. -Nicolas ;

D. Bëbisardin DE BoNPAR, fils d'Ëtieuue de Bonpar, écuyer , sieur du Pont et capitaine au château , sous Gaspard de Pelet, sieur de La Yérune, et de Perronne de Foulogne, de la maison de Londel en Languedoc, né au château de Caeu, fut baptisé à Téglise de St. -Georges, entra dans Tabbaye par la protection de son parrain, M. de Dellefonds, fut envoyé à Paris pour y étudier ; et son père ayant obtenu la permission de remmener en Languedoc, il y resta et ne retourna plus au monastère ;

D. Fraisiçois de BEAUSSEifi, fils de René de Beaussein, écuyer, sieur de Gurcy , et d'Âvoye Legardeur, pritThabit de novice le 2/i février 1622 et le portait encore en 1625 lorsqu'il mourut, n*ayaut pu, ainsi que quatre autres novices, faire sa profession par suite du procès intenté à Tabbaye par Tabbé comte de Morel. Il fut enterré dans Taile de la grande église , du côté du midi ;

D. Pierre de Baillehacbs, fils d'Isaac de Baillehache, écuyer, conseiller du roi, maître des Gomptes, à Rouen, sieur de Changoubert , et de Barbe Imbert , entra comme novice dans l'abbaye, le 10 mars 1622, et eu sortit pour n*y plus rentrer, avaut d'avoir pu faire sa profession à cause des entraves mises aux affaires du monastère par son procès avec le comte de More t;

D. MARC-ANT0l^B Le Tenneur, fils de Jean Le Tenneur , écuyer, sieur de Langrune, et de Catherine Le Petit, entré dans l'abbaye avec le précédent, en sortit par les mêmes motifs;

D. ÂMNE Le Yavasseur , fils de Jacques Le Vavasseur, sieur de Crislot,

ABBATB DE SAINT-ÉTIBNNB DE GABN.

et de Marie de Réviers , entré * comme les précédents , an monastère , mourut chez son père le 23 octobre de Tannée 1625 , et fut enterré dans Téglise d'Anisy;

D« Charles Fobtin , fils de Jean Fortin , écuyer , sieur de Montgaru et président des Élus, à Falaise, et de Jeanne Jamot, le premier religieux qui eût fait sa profession dans Téglise de St. -Etienne depuis sa réconciliation, réfectorier, sacristain, conrtillier, fut élu prieur pour trois ans , après la mort de Jean de Baillehacbe , le 19 avril 16/|/i. Nous avons vu précédemment quMl le fut encore en 16&7, concurremment avec D. de La Croix , et nous avons raconté les tristes débats aux* quels donna lieu cette double élection. D. Charles Fortin mourut en 1666;

D. Jacques Droulun, fils de messire Adrien Droullin, chevalier de Tordre , sieur de Chantelou, et de Marie de Clincbamps, fut reçu novice, le ik avril 1620, par D. Jean de Baillehacbe; comme il était un peu boiteux , plusieurs religieux s*y étaient opposés et avaient même obteno une sentence du présidial de Caen , défendant au prieur de lui donner rbabit religieux. D. Baillehacbe passa outre ;• et est à noter, dit-il, que le premier président de Paris, qui nous avoit prononcé Farrét pour cinq novices nommés malgré Topposition de Tabbé d*0 , m' avoit prié pour cettuy-ci et m'en avoit escript particulièrement; et ayant ouy parler de Topposition que quelques-uns vouloyent faire , m*escrivit de rechef qu'il me prioit de le recevoir , et qu'il désiroit qu'il me servist. Les lettres sont gardées chez moy. » D. DrouUin sortit de l'abbaye pour rentrer dans sa famille , le 6 novembre 1620 ;

D. Tanneguy d'Oiluamson , fils de Jean d'Oilliamson (1), écuyer, sieur d'Ouilly-le-Basset, et de Marie Le Gardeur, entré en vertu d'un brevet donné par le comte de Moret, fit profession « en préseoce d'un grand nombre de noblesse et de peuple ■ , et fut élu prieur, en 1650;

(1) La famille d*OUllamsoD est originaire d^Écosse; elle 8*est établie en France sous le règne de Cliarles VIII. Diaprés La Chesnaje-des-Bois, le premier qui soit Tcna en France est Thomas d'OiUiamson, archer, en 1&95, de la garde écossaise, qui épousa Marguerite Rault, fille et héritière de Guillaume Rault, sieur du Mesnil-EIerroé ; en i^SO, Guillaume d'Oilliamson obtint de Henri V, roi d'Angleterrre, un tenement dans la ville d*Harfleur.

HiSToiBE. — 4*. ÉPOQUE, 1562-1663. 251

D. Jacques Tibout, fils du siear Tibout de Trévigny et de Madeleine Targot, réfectorier, mourut le 16 janvier 16/i9;

D. Michel Rouault, fils de Joachira Rouault, sieur de Beauval, et de Perroone du Pont, mourut encore novice, et fut enterré dans Taile de la grande église, du côté du Midi, vis-à-vis de la chapelle des Trois- Martyrs ;

D. Jean de Mabeby, fils de Thomas de Mabrey, sieur de Beaumont, et de Suzanne de Guerville, fut prieur de Bavent ;

D. Fbançois Blouet, fils de Pierre Blouet, écuyer, sieur de Than, et de Marie Malherbe, f fit son cours en philosophie, dit Jean de Baillebâche, lequel estant achevé, il me dédifi ses thèses qu*il soutint aux Pères Jésuites, le vendredi 18 juillet 1636, à son honneur et au contentement de tous ceux qui y estoyent. Quelque temps après, je lui donnai une obédience pour aller à Paris estudier en théologie , où estant , il demeura au collège de Lisieux, avec M. Fremont, religieux de Tabbaye du Bec, et plusieurs autres religieux, tant de Tabbaye du Bec que de Tabbaye de St.-Ouen de Rouen, où i\ se rendit fort habile, car tous les jours il dîsputoit en Sorbonne et il avoit Tesprit très-bon. Mais le malheur en voulut qu'il fût pris du mal de contagion , le 2&% jour de juillet 1638. 11 fut porté à rhospital Saint-Louys et il y décéda , le 28 du mois. Ce fut une grande perte pour ceste maison > ;

D. RoBEBT MoBiN, fils de M. Morin d'Escajeul, châtelain de Villers, Maisoncelles et Tracy , conseiller du roi et président au bureau de la géoéralité des finances de Caen , et de Gabrielle de Bricqueville , fit sa profession solennelle le 6 juin 1632 ;

D. Jacques Rouault, frère de Michel Rouault, dont il a été question ci-dessus , et neveu de D. Roulland Rouault , chantre , pois prieur de Tabbaye, fut reçu, en 1631, en vertu d'un brevet donné par le comte de Moret et sur la recommandation de M. de Beau* boorg, intendant de sa maison; il fut chantre, aumônier, et prieur de Tabbaye ;

D. OuviBB Louis i^B ToucHBT , fils de Louis de Touchet^ écuyer, sieur de Béneauville , et de Marguerite des Biards , fit sa profession le 5 février 1636. En 16&1 , il demanda la permission d*aller voir son père et un de ses oncles qui avait été long-temps hors de France; arrivé à Bavent, il

fut Trappe d*apoplexie , et ses parents voulurent quMl fût enterré dans Téglise de cette paroisse;

D. Louis DE Roussel, fils d'Anne de Roussel, écuyer, sieur delà Beaudrière, et d'Âmbroisine de Pndecotes, courtillier, et diacre, mourut le 7 décembre 16&3 ;

D. Jean Le Vannier, fils d'Etienne Le Vannier, sieur d'Husson, et d'Anne de Baillehache, mourut le 6 décembre 1639, et Tut enterré dans Taile de la grande église, du côté de f Évangile;

D. Pierre Le Mancel, fils de François Le Mancel, écuyer, sieur de Secqucville-la-Campagne , et de Marie Le Breton, entra, comme novice, dans Tabbaye, en 16/i9, fut atteint de surdité, et vécut peu de temps après sa réception ;

D. Louis Gaudin , fils de maître André Gandin , docteur en médecine et professeur du roi en l'Université de Caen, et de Françoise de Lassendière et frère de Gilles Gandin , aussi docteur-médecin et recteur de l'Université, fit sa profession le 23 février 16^2 ;

D. Michel de Vernay , fils de Jacques de Vernay , écuyer , sieur de la Rivière , et de Marie Criquet , fut plombier et grainetier , et mourut le 6 septembre 1653 ;

D. Charles de Guerville, fils de François de Guerville , écuyer, sieur de Rapilly , et de Catherine Le Vallois, mourut à 18 ans , le 6 novembre 1644 ;

D. Jacques Le Maistre, fils de François Le Maistre, écuyer, sieur de Liste , paroisse de Barneville-en-Auge , et de Marie Daumesnil , fut reçu comme novice et chanta sa première messe le 26 mai 1654;

D. Pierre de Mabrey, religieux profès , prêtre de l'abbaye de St.- Etienne de Fontenay , prieur de Bavent par résignation de son frère Jean de Mabrey , fit sa profession en qualité de religieux le 2& décembre 1642;

D. Jacques Morel, fils de Thomas Morel et de Marguerite de Maulnoury , fut reçu à Tabbaye le 27 avril 1644 ;

D. Jean Morin , fils d'Antoine Morin , sieur du Becquet, et de Marie Besnard ( le 2/i mai 164/t ) ;

D. François Ruault, fils de François Ruault et de Marguerite Aozerey (le 10 juin 1644 ) ;

D. Charles de Bellemare , religieux, sons-prieur, bailli et aumônier de Tabbaye de Gormeilles , Tut élu prieur de St.-Étienne le 10 seplerobrc 16&7, et mourut le 27 novembre 16&9, dans Tabbaye de Gormeilles, où il était retourné ;

D. François Blondbl, fils de Joachim Blondel, écuyer, sieur de St.- Fremonl, fit sa profession, en 165&, entre les mains du prieur D. Jean d*Oilliamson ;

D. Goilladue de Gairon, fils de Nicolas de Gairon , écuyer, sieur de la Garenne , et de Madeleine Radulf , s'étant présenté au Ghapitre le 20 décembre 1647, pour être reçu comme religieux, ne put être accepté parce quMI avait la voix fausse, et Nicolas de Gaikon, son frère , fut élu à sa place. Mais comme celui-ci mourut quelque temps après, Guillaume de Gairon put entrer au monastère, en vertu du brevet qui lui avait été donné primitivement et y fit sa profession en 1653;

D. LAiiFRANC Dasch^ , fils de Herne Dasché , écuyer , et de Marie de SafTrey , religieux profès en 1650 ;

D. RouLLAND RouAULT, fils de Pierre Rouault , écuyer, et de Françoise de Groisilles (le 15 septembre 1652) ;

D. Bertrand de Banville , fils de Jean de Banville , écuyer , et de Renée de Trévières, présenté par Maître Bertrand de Banville, son oncle , curé de St.-Oueu et précepteur des novices, fit sa profession le 31 décembre 1651. Après la visite de D. Glande de Baudry, il se retira dans une maison de Tordre des réformés de la Gongrégation de saint Maur, avec la permission du prieur Tanneguy d'Oilliamson ;

D. Guillaume du Hamel , fils de Jean du Hamel, écuyer , sieur de Gottun , et de Marie Morin , fut reçu le 5 août 1659 ;

D. Nicolas de Laumosne , fils de Nicolas de Laumosne , écuyer , sieur du Bois-la-Pierre au diocèse d'Avranches, et de Gatbeiine Surmont , mourut le 10 juillet 16&& et fut enterré dans la grande église de Tabbaye ;

D» Gharles Le Maistrb, religieux profès de Tabbaye de Gormeilles , fut reçu religieux à la sollicitation de Jacques Le Maistre , son frère , qui résigna en sa faveur Toflice de réfectorier. Il avait été stipulé dans son acte de profession que les deux frères n'auraient qu'une voix au Gba-

ABBATE DE SAINT-IÎTIENNB DE GABN.

pitre , et que Charles prendrait rang après le dernier des religieux présents ;

D. Pierre de Mosges, fils de Lanfranc de Mosges, sieur de Saint- Georges d'Aunay, conseiller du roi aux requêtes du Palais, au Parlement de Rouen , et de Geneviève Morant , fit sa profession le 1*'. novembre 1660 ;

D. Charles Allain, fils de Jean Allaiu, écuyer, et de Françoise de Banneville, fit sa profession le 25 novembre 1660, entre les mains du prieur D. Charles Fortin ;

D. Anselme de La Roque fut reçu le 9 février 1657 ;

D. François Morant, fils de Thomas Morant , écuyer , sieur du Mesnil- Garnier, fut reçu le 16 octobre 1661 ;

D. Claude Péron, fils de Claude Pérou , grand-maitre des eaux et forêts de Normandie, et de Claude Matharel, fut reçu le 20 janvier 1661, en vertu d*un brevet donné par Charles Paris d'Orléans, abbé de St.- Ëtienne.

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