V\ ÉPOQUE
DEPUIS L'INTRODUCTION DES RELIGIEUX RÉFORMÉS DE LA CONGRÉGATION DE SAINT MAUR, EN 1663, JUSQU'A LA DISPERSION DES BÉNÉDICTINS, EN 1790.
CHARLES PARIS D'ORLÉANS, COMTE DE SAINT-PAUL, 38*. Abbé.
Un souyenir reconnaissant se rattache nu nom de ce jeune prince , qui ne signala sa trop courte administration que par des bienfaits. Lorsque la duchesse de Longueville, sa mère, eut dit adieu au monde, elle voulut que son fils , voué à la carrière des armes , renonçât aux bénéfices ecclésiastiques dont il était pourvu. Mais , en même temps , animée par ce vif sentiment de piété qui provoquait à cette mémorable époque d'éclatantes conversions et transformait si heureusement TÉglise de France, elle accomplit la réforme de Tabbaye de St. -Etienne, en y faisant entrer les bénédictins de la Congrégation de saint Maur.
Le comte de Saint-Paul était né, comme nous Tavons dit, à THôtelde- Ville de Paris , où les chefs de la Fronde avaient engagé la duchesse de Longueville à se rendre avec la duchesse de Bouillon , afin de rassurer les Parisiens, assez disposés à se défier des intentions de la sœur, en voyant son frère aîné, le prince de Gondé, à la tète de Tarmée royale. Le fils qu'elle mit au monde, dans la nuit du 28 au 29 juillet 16!i9, eut pour parrain le prévôt des marchands , et pour marraine la duchesse de Bouillon ; il fut baptisé par le fameux coadjuteur de Ketz, dans Téglise de St.-Jean de Grève (1). On sait que ce prince, jeune, beau, plein d'es-
(1) Le mari de la duchease de Longuerille, Henri II, dernier descendant du comle de Dunois, avait eu de sa première femme, Louise de Bourboi^ fille du comte de Boissons, une fille qui fut mariée au duc de Nemours et qui a laissé des mémoires importanU. C*est à elle qu*est adressée la Gaiette rimée de Loret, de Carentan. Il épousa, en secondes noces, en 16&S, Anne-Geneviève de Bourbon, qui lui donna deux filles et deui fils, le comle de Dunois et Chartes Paris d*0rtéai)s.
ABBAYE DB SAlNT-BTlKiNNB DE CAEN.
pril et de courage, digue élève de son oncle, le grand Condé, périt, en 1672, après le passage du Rhin, au moment oii les envoyés de la conrédération polonaise venaient le chercher pour le conduire à Dantzick et lui déférer la couronne , que Louis XIY n'avait pas permis au prince de Coudé d'accepter. Il avait eu pour précepteur Tabbé d*Ailly; le P. Bouhours était celui du comte de Dunois.
Il était figé de 12 ans, lorsqu'en 1661, le roi lui conféra le titre d*abbc de St. -Etienne, que laissait vacant le cardinal Mazarin, mort le 9 mars de la même année (1).
Le compte de gestion , présenté par le sieur de La Chapelle de Groo , receveur-général de Tabbaye, pour les années 1661 et 1C62 (2), atteste suffisamment combien le comte de Saint-Paul était étranger à Tesprit de rapacité qui caractérisait son prédécesseur. La plus grande partie des 38^800 livres, dont se composait le revenu de Tabbé, d'après le bail conclu par Colbert, était dépensée pour Tentretien des religieux ou pour les réparations faites à Tabbaye ; et sur le reste étaient prises des gratifications et des pensions accordées à des serviteurs ou à des gentilshommes attachés à la maison d'Orléans (3).
Les religieux de St.-Étienne n'étaient pas accoutumés à être traités avec une telle générosité. Ils trouvèrent dans la duchesse et dans le duc de Longueville des protecteurs toujours disposés à défendre leurs intérêts. C'est ainsi, qu'eu 1662, D. Charles Fortin, leur prieur, présenta une requête au duc de Longueville , afin d'obtenir pour l'abbaye la confirmation de l'exemption qui lui était contestée par la ville c des taxes mises sur les boires brassés et consommés dans le monastère, ainsi que sur les autres denrées utiles et nécessaires pour leur vivre, comme beurre, bois, charbon, foin et autre chose. Les religieux avaient l'honneur d'être sous l'obéissance de M. le comte de Saint-Paul, leur abbé, et ils comptaient sur la bienveillante intervention de son illustre père. ■
(1) Parmi les portraits du comie de Saint-Paul, M. Cousin cite, comme le meilleur, celui qui avait été gravé par Nanteuil, d*après Ferdinand.
(2) Archives du Calvados, Fonds SL-Étieune.
(3) Le comte de Saint-Paul, ou plutôt la duchesse so mûre, avait donné aux pauvre» de Caen ^,000 livres; aux Jésuites d,&00; à M. Àubert, son aumônier le même qui soumit h KAcadémie de Caeo de la part de la duchesse les deux sonnets de Voiture et de Benserade) , 1,500 li\res; à Tabbé Teftu , de TAcademie française, i,500 livres; à M. de Chabot, un des gentilshommes de son Altesse, 1,000 \\m%(Ihid,)»
Us faisaient remarquer, qu'en l'année 1661, ils avaient payé 1,500 livres pour leur part des &,000,000 accordés au roi par le clergé de France, et, qu'à ce prix , ils avaient été maintenus et confirmés dans les droits dont on essayait de les dépouiller. Le duc de Longueville s'empressa d'appuyer leur demande, dont le succès fut assuré.
La bienveillance du comte de Saint-Paul, toute-puissante pour assurer aux religieux la jouissance du bien-être matériel, n'avait pas malheureusement le même pouvoir pour faire cesser le désordre moral , dont ils étaient eux-mêmes les premiers à gémir. Ils attendaient depuis long-temps l'arrivée de quelques-uns de ces hommes , dont l'influence avait produit dans un grand nombre d'établissements religieux les plus salutaires résultats. Cet heureux événement eut lieu en 1663.
C'était dans Tabbaye de St.-yanne en Lorraine, qu'avait eu son origine la Congrégation générale des bénédictins de saint Maur. Un abbé de St. -Augustin de Limoges, Jean Renaud, eutTbeureuseidéed'aller, en 1613, chercher des religieux dans cette abbaye, pour fonder avec eux une société monastique, rigoureusement soumise à la règle de saint Benoit. Sur la demande de Louis XIII , ses statuts furent approuvés en 1621 par le pape Grégoire XY, et plus tard par Urbain YlII. A l'époque oii la réforme s'introduisit , par les soins de la société-mère , dans l'abbaye de St.- Étienne, elle se divisait en six provinces, dont chacune contenait environ 20 maisons religieuses. Celles de St.-Germain-des-Prés et de St. -Denis étaient les plus considérables. Indépendamment de la règle de saint Benoit, la Congrégation de saint Maur avait ses statuts et ses constitutions particulières. Elle avait un supérieur général, résidant à St. -Germain- des- Prés , des assistants et des visiteurs , et elle tenait tous les trois ans un cbapUre général. Personne n'ignore les services rendus par celte illustre société à la religion et au rétablissement de la discipline dans les monastères sur lesquels s'étendit son action réformatrice. Les religieux de le^ Congrégation de saint Maur se sont acquis des droits éternels à la reconnaissance des savants et des littérateurs, par ces prodigieux travaux historiques et archéologiques , que leur reprocha le rigorisme excessif du célèbre abbé de la Trappe. Le nom seul de cette société suffit pour faire naître l'idée de tout ce que peut produire le dévouement à la science , quand il a pour mobiles les sentiments les plus purs et les plus désinté-
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ressés, et quand ceux qu'il aiiime, au lieu de rechercher le profit, la gloire et les applaudissements du monde, ne considèrent leurs travaux que comme l'accomplissement d'un devoir imposé par la Toi.
L'introduction des bénédictins réformés de saint Maur dans l'abbaye de Gacn se fit à la suite d'un traité aussi onéreux pour eux qu'il fut avantageux pour les anciens , conclu le vendredi 6 juillet 1663 , par-devant Guillaume de La Porte, tabellion royal, et maitre Philippe Lefebvre, contrôleur des titres de la ville et vicomte de Caen, entre les anciens religieux, d'une part, et D. Victor Tixier, prieur de l'abbaye de St,-Ouen de Rouen, au nom et comme procureur du T. R. P. Bernard Audebert, supérieur général de la Congrégation de saint Maur.
II était convenu que l'abbaye de Caen , avec les oflBces claustraux qui en dépendaient, demeurerait unie et incorporée à perpétuité à la Congrégation de saint Maur , pour être régie et gouvernée, tant au spirituel qu'au temporel , par les Pères de ladite congrégation , sans toutefois aucuue diminutiou ni changement de la dignité abbatiale. Les anciens religieux et les nouveaux auraient chacun leur prieur et leur sous-prieur particulier. Les anciens ne pourraient être contraints de prendre la réforme, ni d'en suivre une plus étroite que celle qu'ils avaient professée jusqu'à présent.
t Les Pères de la Congrégation prendront en l'étatoii ils se trouvent les lieux réguliers servant à la communauté, savoir l'église, le cloître, le chapitre, le dortoir, le réfectoire et la cuisine, sans qu'ils puissent appeler les anciens à contribuer en aucune manière aux réparations et aux réédifications jugées nécessaires. Les anciens abandonneront auxdits Pères la salle qui sert à présent de réfectoire avec le cabinet servant de piscine, ensemble la grande cuisine adjacente audit réfectoire avec la dépense, laverie, four et bûcher attenant à ladite cuisine, comme aussi la salle ou lieu servant à présent de buanderie. Les anciens entreront pareillement en possession des deux grandes salles et chapelle qui sont au-dessous des lieux ci-devant spécifiés, pour y établir leur dortoir. »
c Les anciens conserveront pendant leur vie les maisons et les jardins qu'ils possèdent aujourd'hui et que les Pères de St.-Maur occuperont au fur et à mesure des extinctions. »
< Chacun des anciens religieux prêtres recevra une pension de 900 livres
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et les religieux nou prêtres une pension de 600 livres , qui sera pareillement portée à 900, lorsqu'ils auront Tait profession. »
• Les novices seront reçus à IMiabit et à la profession par les religieux réformés. •
c Les anciens seront quittes de toutes les taxes et contributions tant ordinaires qu'extraordinaires , prévues et imprévues , auxquelles les communautés peuvent être imposées par le clergé. •
« Quant à la taxe accoutumée, elle sera perçue par lessyndics du clergé de Bayeux ; elle sera payée par moitié par les anciens et les nouveaux. --
« Les religieux de St.-Maur succéderont aux anciens dans le droit de visite aux églises qui dépendent de plein droit de Tabbaye ; dans celui de collation, de synode et de juridiction spirituelle sur les curés et les bénéficiaires. »
« Les anciens religieux se réservent le droit de se Taire transférer en tel monastère de Tordre de saint Benoit qu'ils aviseront et d'y posséder des bénéfices, sans subir aucune diminution dans leur pension. »
En raison de l'établissement des Pères de la Congrégation dans l'abbaye, il ne devait être porté aucune atteinte aux privilèges de l'Université à laquelle l'abbaye de St. -Etienne était incorporée, tels que droits d'exemption des impôts assis sur les denrées tant jugées qu'à juger et spécialement sur les poiré, vin , cidre , bierre et autres boissons. Les an-^ ciens devaient en jouir conjointement avec lesdits Pères, comme ne faisant ensemble à cet égard qu'un même corps.
Ce traité était signé par Jacques Rouault, prieur de S t. -Etienne, de Parthenay et de Septvans; D. François de Sillans, D. Fabien de La Mariouze, D. Guillaume de Boulouche, D. Jacques Fortin, courtillier et sacristain; D. Tanneguy d'Oilliamson, bailli; D. Jean de Mabrey, chantre; D. Pierre de Mabrey, sous-prieur et prieur de St. -Léonard, d'Âudrieu et de Bavent; U. Louis Gandin, docteur en Sorbonne, cellérier; D. Jean Bleuet, granger, aussi docteur en Sorbonne; D. Jacques Morel, D. Jean Morin, D. Roulland Rouault, aumônier; D. Guillaume Cairon, D. François Blondel; D. Anselme de La Roque, plombier; et D. Pierre de Moges, stipulant tant pour eux que pour leurs frères absents , au nombre de 6, ce qui portait à 23 le nombre total des anciens religieux auxquels des pensions viagères étaient payées (t).
(i) Le dernier des anciens reiigieax moanil en 1708.
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Ud autre concordat , conclu , le 30 juillet , entre les Pères de la Congrégation de saint Maur et Tabbé comte de Saint-Paul, accorde aui nouveaux arrivants les plus grands avantages. En voici les principales
clauses :
c L'abbé et ses successeurs jouiront entièrement des droits temporels , honorifiques et ecclésiastiques attachés à leur dignité. »
c Les offices claustraux et réguliers demeureront unis et annexés à la manse conventuelle des religieux , selon les bulles de nos saints pères les papes Grégoire XV et Urbain VIIL Ils auront la présentation et la collation des bénéfices qui en dépendent, en acquittant toutes les charges, spirituelles et temporelles , et principalement celles de raumônerie. Ils auront le choix des novices , sans que Tabbé et ses successeurs puissent donner aucune place monacale , ou s'immiscer dans la direction du ^rvice divin. »
c Les Pères de la Congrégation auront les cottes-mortes des anciens religieux (1), à condition quMls célébreront leurs obsèques , sépultures et inhumations comme celles de leurs propres Trères. »
En abandonnant aux anciens religieux les maisons isolées qu'ils occupaient dans l'enclos de l'abbaye, les nouveaux devaient habiter les lieax réguliers propres à la reprise de la vie commune. Mais comme ces édifices étaient en ruines, il était statué, afin qu'ils eussent le moyen de Taire travailler à leur réédification , qu'il serait procédé au partage de tous les biens , droits , fruits et revenus de l'abbaye. Des trois lots égaux qui en seraient faits , deux appartiendraient à l'abbé et à ses successeurs, et l'autre aux religieux. Le comte de Saint-Paul leur accordait de plus le quart d'un des lots à lui appartenant.
Moyennant ce délaissement du tiers du revenu total du monastère, l'abandon d'un quart d'un autre lot, la réunion des offices claustraux et du petit couvent à la manse conventuelle, le nombre des religieux réformés qui devait être d'abord de douze seulement , s'élèverait successivement jusqu'à ce qu'il eût atteint le nombre de trente-six, à mesure que
(1) Il s'agissait du mobilier que laissaient en mourant les religieux et qui ordinairement était tendu au profit de Pabbé. Nous arons les procès-Tert)aux de quelques-unes de ces rentes. Le mobilier de Jean de Baillehache est estimé SOO lirres en?iron.
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les anciens viendraient à décéder. Les religieux prenaient à leur charge toutes dépenses relatives à la réédification de Tabbaye, à la célébration du culte, aux frais de visite, d'hospitalité , de vestiaires, aux appointements des ofDciers , aux gages des serviteurs.
Pour subvenir aux frais de premier établissement des nouveaux religieux, le comte de Saint-Paul leur abandonna tout le boni qui pourrait lui revenir, toutes charges payées, à compter du jour où il avait eu droit de jouir du revenu de Tabbaye (9 mars 1661 ) jusqu'au jour de la Saint- Michel (29 septembre 1663). 11 les subrogeait de plus , en son lieu et place , pour recevoir des héritiers du feu cardinal Mazarin la somme de 10,000 livres que ceux-ci s'étaient obligés de payer , pour subvenir aux frais des réparations et des réédifications demeurées , d'après le présent concordat, à la charge des religieux.
C'était en tout une somme de 36,871 livres que le comte de Saint-Paul mettait à la disposition des douze bénédictins réformés qui firent , le 1". octobre 1663, leur entrée solennelle dans l'abbaye, où les accueillirent, avec toutes les marques d'un profond respect, les anciens religieux, qui allèrent solennellement les recevoir à l'entrée du monastère.
Quelques mois après, le 2 janvier 1664, le comte de Saint-Paul résigna entre les mains de Louis XIV; mais, en se retirant, il abandonna encore aux religieux de l'abbaye les sommes qu'il devait toucher pour les trois derniers mois de l'année, à condition qu'ils donneraient 5,000 livres aux pauvres de la ville. Voici les termes dans lesquels était rédigée cette donation :
Charles Paris d'Orléans, comte de Saint-Paul, abbé commendataire de Tabbayc de St -Etienne de Caën, désirant gratiffier et favorablement traitter les religieux réformez de la congrégation de saint Maur, qui sont de présent en ma dite abbaye, et leur tesmoigner de plus en plus mon affection ei leur en donner des marques, nous leur avons, du consentement de nostre très-lionorée dame et mère , donné et octroyé, donnons et octroyons par ces pi-ésentes tous et chacuns les revenus de la dite abbaye qui nous pourroient appartenir pour le quartier présent , qui iinira au dernier décembre de Tannée 1663 , à condition touttes fois de donner et ausmôner pour nous au bureau général des pauvres de la ville de Caën la somme de cinq mil livres, de payer au s' Aubert , outre et pardessus Tannée de sa pension , la somme de trois cent livres, pour les frais du volage qu'il a fait par nostre ordre en la dite vUle de Caën , pour partager les biens et revenus de la dite abbaye et nous acquitter de touttes et
262 ABBAtB DE SAlNT-ÉTIENNE DE G A EN.
chacunes les pensions , gaiges , décimes et autres charges tant ordinaires qa'ex^ traordinaires, mesme, des salaires des advocats et procureur et au prorata des frais de rinventaire des tittres^ sy aucuns se trouvent deubs par nous et qu'on ait commencé à le faire. Car telle est nostre intention.
£n tesmoing de quoy, nous avons signé la présente de nostre main^ icelle faicl contresigner par le secrétaire ordinaire de nostre très-honorée dame et mère, et apposer le cachet de nos armes.
Donné à Paris, le vingtième jour de décembre 1663.
Charles Paris d'ORLÉANS.
EnGu, la duchesse de Longueville fit pareillement doo aux bénédlctiDS de tout ce qui pouvait être dû à son fils par les fermiers de Tabbaye, depuis le 1". janvier i66/tjusqu*au 2 février de la même année; et celte donation fut ratifiée par le comte de Saint-Paul.
Aujourdhuy, xxiu'' jour du mois de juin 1668, Madame Anne de Bourbon, princesse du sang, duchesse douairière de Longueville et d'Estouteville, tutrice et ayant la garde royalle de Messeigneurs les ducs de Longueville et comte de Saint-Pol , ses enfants , estant à Paris , désirant gratifier et favorablement traiter les religieux de la congrégation de saint Maur, establys en l'abbaye de St -Etienne de Caen, son Altesse sérénissime leur a accordé et fait don de tout ce qui peut estre deu à mon dit seigneur, le comte de Saint-Pol, par les fermiers de la dite abbaye de St- Etienne de Caen , depuis le premier jour de janvier de Tannée mU vi cent soixante quatre jusques au deuxième jour du mois de février au dit an que S^ A. S. l'a remise az main du Roi; et ce pour employer aux réparations et autres despenses nécessaires à la dite abbaye.
En tesmoignage de quoy, elle m'a commandé d'expédier le présent brevet, qu'eUe a signé et fait contresigner par moi, son conseUer et secrétaire ordinaire de ses commandements.
Signé : Anne Geneviefve de BoimBON.
Aujourdhuy, xxiir jour d'août 1668, Monseigneur le c** de Saint-Pol, cy-devant abbé de St.-Estienne de Caen, estant à Paris, désirant gratiifier et favorablement traitter les religieux de la congrégation de saint Maur , establys en la dite abbaye , Son Altesse, de Tadvis et consentement de Mad"* Anne de Bourbon « sa mère, princesse du sang, duchesse douairière de Longueville, d'Ëstoute ville, tutrice et ayant la garde royalle de Messeigneurs les ducs de Longueville et comte de Saint-Pol . ses enfants, et conformément au brevet qu'elle a fait expédier en faveur des dits rell-
HiSTOiRB. — 5'. ÉPOQUE , 1663-1790. 2Sd
gieux^ le xxir juin dernier, leur a accordé et fait don de tout ce qui peut luy estre deu par les fermiers de la dite abbaye de St~£stienne de Caen, depuis le premier jour de janvier de l'année mil vi cent soixante quatre jusqu'au deux* jour de février au dit an que Son Altesse Ta remise es mains du Roy, et ce pour employer aux réparations et autres despenses nécessaires de la dite abbaye.
En tesmoignage de quoy, il m'a commandé d'expédier le présent brevet qu'il a s^é de sa main et fait contresigner par moy, son cons*'' et secr'* ordinaire.
Signé : Charles Paris d'Orléans (1).
Louis XIV, par lettres-patentes, renouvelées d*année en année, jusqu'en 1668, prenant en sa main le revenu de Tabbaye, demeurée vacante par la démission de son cher et bien aimé cousin, le comte de Saint- Paul , en confia l'économat au sieur Vincent Morin , qui en administra le temporel , tandis que le prieur D, Aubert Hardy était chargé du gouvernement des douze religieux confiés à ses soins, et de la surveillance beaucoup plus difficile des vingt-trois anciens, fort peu disposés à se soumettre à son autorité. En 1668, le roi nomma abbé de St. -Etienne Tarchevéque de Reims, Charles-Maurice Letellier, qui, pendant les trentedeux années de son administration, leur fit bien amèrement regretter son prédécesseur. D'un autre côté, le diocèse de Bayeux avait à sa tète, depuis quelques années, un de ses plus illustres évèques, Mg*. François de Nesmond, prélat aussi recommandable par ses talents que par ses hautes vertus, mais qui, plus d'une fois, déploya contre les bénédictins de St.- Étienne un zèle qui ne se maintint pas toujours dans les bornes de l'équité et de la modération.