FONDATION DE L* ABBAYE
le célèbre prieur s'éloignant lentement du couvent sur un cheval boiteux et de cbétive apparence, regrettant vivement de laisser imparraite Toeuvre à laquelle il s'était consacré ; lorsque rencontrant tout-à-coup Guillaume lui-même par un beureux basard dont il sait habilement profiter, il Taborde avec assurance, le conjure de Técouter, se justifie, et lui prouve qu'au lieu de s'obstiner à lutter impolitiquement contre le saint Siège , il a tout à gagner en obtenant par sa soumission un pardon qu'on ne pourra lui refuser. Le duc l'avait reçu la colère dans les yeux et la menace à la boucbe; une beure d'entretien changea ses dispositions. Frappé de la justesse des raisons qui lui sont présentées , il comprend tout le parti qu'il peut tirer de l'humble moine dans lequel son œil intelligent découvre un homme supérieur; et sur-le-champ le prieur du Bec est chargé d'aller négocier sa paix avec Rome. Il était difiicile de choisir un négociateur plus habile. Lanfranc put sans peine démontrer au pape Nicolas II , qui occupait alors la chaire de saint Pierre ( c'était en 1059 ) , que le duc ne se déterminerait jamais à se séparer de sa femme, qu'il serait alors inutile aussi bien qu'injuste de faire peser sur les sujets les conséquences de la faute du Prince. Ne seraitil pas plus sage de lui accorder les dispenses nécessaires, en lui imposant Tobligation de quelques grandes et utiles fondations, par lesquelles le duc et la duchesse attesteraient leur piété et leur dévouement pour la gloire de l'Église? Le pape indiqua lui-même de quelle nature devaient être les fondations, au moyen desquelles les coupables rachèteraient leur faute. Lanfranc en prit, pour ses puissants patrons, l'engagement solennel, et il revint en Normandie avec le pardon octroyé par le Saint- Père. Guillaume acquitta magnifiquement sa promesse.
Si l'on en croit le poète Wace et la chronique de St. -Etienne deCaen (1), le duc Guillaume et la duchesse Mathilde avaient dès l'année 1053, pour
Voir sur Mllon Crispin : Miraeulum, quo beata Maria subvenit WiUelmo Crùpimo êenhri , ubi de tiobili Crispinorum génère agitun Lanfranc, édiU de J.-A. GUes, toI 1, p. 840.
(i) Cette chroniquet CkronUon Sancti Stephani CadomenêU, dont une partie seulement a été imprimée dans Ducfaesne (p. 1018) et dans le Renm gallie. et franc $criptore$ (U XI, p. 779) commence ft Tannée f 0S5 et finit en 1298. Le manuscrit 175 de la bibliothèque du Vatican la continue jusqu'à Tannée iSSS. Nous avons été asseï heureux pour avoir une copie de ce manuKrit, dont nous nous proposons de publier la partie inédile.
& ABBATE DE SAINT-ÉTIENHB DE CABN.
faire lever par l*arcbeyêque Manger , rexcommanieatioD prononcée contre eux , fait construire quatre hôpitaux : à Rouen , à Gaen , à Bayeux et à Cherbourg , pour y nourrir cent pauvres.
Le Dus por satîsfacion, Que Deus ren face veir pardon , Et que TapostoUe consente Que tenir poisse sa parente , Fist cent provendes establir, A cent povres paistre et vestir, As mehaignez^ as non poanz , As langorous, as non véanz (1) , Et à Gherborc et à Roem y Et à Baieues et à Chaem.
Encore i sont e encore durent Issi com establies furent (2).
Dès le milieti dn mois de juin 4066, rAbbaye-aux-Dames, fondée au
(1) Par Jettres-patentes do roi Charles VI, datées du 18 juin 1899, les aveogles de Phôpital de Caeo onl été unis aai QoîBie^Vlngts de Par», <t oot obtena les mêma pririléges que ceti^ , et entr'autics celui de porter la fleur delysi
(3) Les légendes populaires qui dénaturent tous les fiiits, mais qui ont Pavantage d*élre Texpression fidèle de Tesprit dans lequel chaque époque les comprend et les apprécie, donnaient une tout autre explication de la foodalion des abbayeSi Elles raomtaient que la fiUe de Baodouin, exdtée par on ne sait quel ennemi de son époux , lui avait un jour jeté à la &ce ce reproche de bâtardise auquel on supposait avec raison (les habitants d'Alençon ne Taraient que trop bien éprouvé) que Guillaume devait être sensible. If fougueux doc avait traîné sa fenraie par les cheveux jusqu** Textrémîté de la me de VauceUcs. On voyait encore, en 1562» à rembrancbement des routes de Cormelles et de Falaise, une croix désignée sous le nom de Croix pleuremu, qu*on supposait avoir été érigée par Matbilde« en oommémoraticm de cet événemenu Plus tard, pour expier sa violence, Guillaume avait construit le monastère de Ste.- Trinité. Un bénédictin du XVH*. siècle, tkm Mathieu de la Dangîe, a cra devoir, dans «ne ApoUfgiêdu rai GuUiaume, réfiiter gravement cette ftbie, devant kqudleavaU recolé la naïve erédoUlé de U. de Bras.
Les drconsunces dans lesqudles le mariage de Guillaume avait eu lieu avaient pareillement été Tobjei d'une autre légende, qui était de nature à être recueillie par la crédulité pqMilûre. En apprenant que le duc de Normandie aspirait à sa main, U fierté de MaUûlde s'était indignée : ■ Jamais, s'était-elle c écriée, elle ne deviendrait l'épouse d'un bftlardl > Guillaume est informé de cette insulte et du refos outrageant dont il est l'objeL II part secrètement de Rouen avec un seul chevalier, entre à Bruxdies, trouve le moyen d'arriver jusqu'à la dédaigneuse princesse, la frappe avec violence, et la fille du comte, ajoute la chronique, pleine de respect et d'admiration pour l'audacieux chevalier, lui accorde son oorar et sa main. ( Ckromique de Tours , apud Berum GalL et Franc. scriploreM, L XI , p. 348 a )
Le continuateur anonyme de Waee assurait aussi qu'un riche anglo-saxon avait refiisé d'épouser Mattîldeqni, devenue plus tard reine d'Angleterre, se vengea en faisant confisquer ft son profit les Ibb^ menses propriétés du riche Brictric ( V. sir Henri EUn : A gênerai introduction to Domesdny-Book. )
FONDATION BB L*ABBÂTB. 5
nom el sous les ai^9icf& de la duchesse Matbîlde , était construite ; sa Mie et iraste église avec les deux tours qui se dressent sur sa façade occidentale, était dédiée en Tbonneur de la Ste. -Trinité. Dans le mêine tenps totit était disposé pour qu'à Tautre extrémité de la vHle s*élevât r Abbaye-aux-Hoomies , consacrée à saint Etienne, le prenier martyr, an lieu néme où avait existé déjà , si Ton en croit les chroniques de r Abbaye, une chapelle du même nom. La dédicace du nouveau temple ne put néamnolns se faire que onxe ans après, en 1077. Il est probable que le Duc tfavait pas voulu faire marcher de Tront les deux constructions , auxquelles il consacrait des sommes immenses , et qu'il dotait de pro* priétés considérables. Lui-même avait présidé aux travaux et a«x achats du terrain où s'était &»vé le premier monastère, où it voulut plus fard que sa filte Cécile prit solennellMieiit le voile.
Préoccupé des préparatifs nécessaires à l'expédition qu'il avait projetée, dans le but die umitrt sur sa tète la couronne usurpée par Harold « Guil* laume chercha l'homme qui pourrait le remplacer et seconder ses vues avec le plus de dévoûment et d'intelligence : cet homme n'était pas difficile à trouver. C'était celui qui , eu peu d'années, avait reconstruit et agrandr cette abbaye du Bec^ dont Hetlouin lui avait confié la direction , LafBfranc, que, depuis son retour de Rome, le prince n'avait cessé de consulter sur tout ce qui pouvait intéresser la religion , et à l'égard duifuei il avait âé, dit Gnillaume de Poitiers, noo nu mattre, mais un frère.
Le jour même où le futur conquérant de l'Angleterre avait nommé Hainier , aMié du monastère de St.-Èvroult , le 15 juin 106d, il avait appelé aninrès de lui lanfranc, à Bonneville-sur-Tootiues , pour lui conférer le titre d'aMié de St. -'Etienne , et le dMirger du sohi d'achever les constructions connneneées(.l). Il devait choisir, pour peupler le monastère, ceux des disciples de St-Benott, qui lui paraîtraient les phis- dignes d'ha* biter le nouveau sanctuaire ouvert au travail et à la prière.
Lanitanc obéit : il laissait auprès du vénéraUe Hellouin un digne
(1) Eodemdie (qao Maineram abbatem tancti Ebnilfi constituU) Dqx donuram Laofirancum , BeoceDfem prtorem, ooram le adeae impcraTît , eique Abbatiam quam ipae Dai io boaore Sancii Slapliaiii protomartyrii apod Gadonom bonorabiliter ftendaverat, commendaTit Orderic Viul, lib. lU, U H, p. 126. (EdiL de M. Aug. Le PreTOSt. )
6 ABBATB DE SAiNT-folBNNE DB CABN.
successeur dans la personne de ce grand saint Anselme, qui, après Tavoir remplacé comme prieur du Bec, devait encore, vingt-six ans après, lui succéder sur le siège de Gantorbéry.
Le nouvel abbé n^emmenait avec lui de Tabbaye du Bec qn^un jeune novice, nommé Raoul, qui fit sa proression à St. -Etienne de Caen, y exerça plus tard les fonctions de prieur et devint dans la suite abbé de l'abbaye de la Bataille (1).
Pendant que le duc de Normandie préparait-, consommait et consolidait sa conquête , Lanfranc accomplit admirablement la mission dont il avait été chargé.
Le duc de Normandie qui, plus qu'aucun prince de son temps, seconda l'accroissement de la double puissance qui gouverna le monde féodal , en donnant pour complément et pour appui à ses institutions politiques, ses fondations religieuses, voulut que les édifices auxquels il attachait son nom surpassassent en magnificence ceux qu'élevait de tous côtés la piété des fidèles. La grande charte par laquelle il annonce la fondation de la célèbre abbaye, témoigne assez de l'importance qu'il y attachait.
c Les dons que nous offrons à Dieu , dit4l , et que nous consacrons c à sa gloire , ne sont pas pour nous des pertes ou des sacrifices ; nous € ne faisons ainsi que conserver nos richesses et nous les multiplions avec c l'espérance de la vie étemelle. Cet avantage , nous en sommes redevac blés à la pieuse munificence de notre Créateur et à sa tendre affection c pour ses créatures. Bien qu'il n'ait nul besoin de nos offrandes, lui « qui est le roattre de la terre et de tout ce qu'elle possède , il se platt « cependant à recevoir nos dons , à nous voir faire le sacrifice de notre
gloire présente , en vue de notre salut dans l'avenir. Il nous engage à lui t témoigner ainsi notre soumission et il nous fournit de quoi reconnaître X les bienfaits dont il nous comble. Tout ce que nous aliénons en faveur « de ce père miséricordieux , nous est rendu par lui , comme n'ayant « jamais cessé de nous appartenir; car, dans cette vie, il nous remet nos < péchés et il nous paie mille fois de nos offrandes en se donnant à nous € lui-même et en nous promettant la vie éternelle. »
(i) C^est sans fondement qoeles moines de i^abbaje ont cm que saint Anselme avait suivi Lanfranc an monastère de SL-Étienne et qu^il en avait été le premier priear. Les écrivains contemporains fournissent contre cette opinion les textes les plus précis.
FONDATION DE L*ABBÂTB. 7
C'est dans cet espoir, que le roi d'ADgleterre, duc des Normands, pour le salut de son âme , celui de son épouse , de ses fils et de ses parents , fondait dans le Bourg de Caen , un monastère en T honneur du bienheureux saint Etienne, premier martyr. Pour assurer d'avance tous les besoins du culte et pour que rien ne manquât à ce qu'exigeait la piété , il donnait à l'abbaye Cheux, Rots, Allemagne, Etavaux, Ifs, Hubert- Folie, Bourguébus, Bras, Dive et Cabourg, toutes yilles Taisant partie de son domaine ducal, avec les colons, les conditionnaires ou hommes libres, les moulins, les eaux, les prairies, les pâturages, les forêts, les revenus et les coutumes qui leur appartenaient et dont l'abbaye devait jouir comme lui et ses prédécesseurs en avaient joui jusqu'à ce moment. *
Plus lard, le Duc stipulait que les hommes de Cheux et de Rots, ainsi que ceux de Villers, dont il accordait aussi à St.-Étienpe tout le territoire, et qui ne tenaient point de Tranc-alleu , seraient exclusivement consacrés au service des moines; que, pour quelque expédition et sous quelque prétexte que ce fût , ils ne seraient appelés à aucun antre service , à moins qu'un bref du prince, adressé à l'abbé ne mit celui-ci en demeure de lui envoyer un certain nombre d'hommes désignés par leurs noms , et dont le service ne serait exigé qu'à l'intérieur de la Normandie , et dans le cas seulement où il deviendrait nécessaire de repousser les attaques d'une nation étrangère.
Tonte la partie du boni^ sur lequel avait été construit le monastère , le Boui^-l'Abbé, depuis le mur qui s'étendait à l'Occident en suivant la route qui conduisait du vieux St.*Êtienne à la ville de Bayeux et celle qui menait à Brettevllle de St.-Michel, appartenait à l'abbaye, ainsi que toutes les terres et tous les droits coatumiers qu'y possédait le Duc. Il ajoutait à ces différentes donations le lit du Yieil-Odon , depuis la ville de Yenoix jusqu'à l'Orne; les forêts de Maupertuis, de Toneval, de Foulogne et du Quesnay , avec leurs eaux , leurs terres et toutes leurs dépendances , à condition que les moines ne détruiraient ou ne laisseraient jamais détruire lesdites forêts , dans lesquelles le Prince se réservait expressément les chasses aux cerfs , aux chevreuils et aux sangliers.
Gnillaume , pour augmenter les ressources mises à la disposition des moines de St.-Étienne , leur accordait encore un marché à Baupte : dans le
8 ABBATE Pfi 6AIKT-ÉTIBN1I£ DB GaEN.
territoire de Caen , aae foire de trois jours , de telle sorte que lorsqu'un de ices trois jours tomberait un lundi , tout le marché de Caeo qui avait lieu ce jour^-là, appartiendrait à St. -ËtieQDe; il y joignait un cellier sur la Seine , à Rouen , quitte die tous droits*
Le conquérant de Tinglelerre n'oublia pas St. -Etienne dans la distribution des domaines qu'il affecta, dans son nouveau royaume, aux différents établissemeats religieux de la Normandie. Il donnait à Tabbaye , dans leDevonsbire le manoir de Nortbam, dans celui deDorset les manoirs de Frampton et de Bîencome , dans le Wiltesbire l'église de Cosbam avec le territoire et les dtmes qui lui appartenaient ; dans le comté de Nortfolk, le manoir de Welles (1) , avec l'église de Morton et le manoir de Pansfeld , dans le covté d'Essex ; à Londres, enfin , une maison et la terre de Tanglais Leuret, située près de l'église S t« -Pierre, quitte de Gelt de Scot et de toutjs ai^tre coutume ; cette terre avait été donnée par Galeran, fils de Banulfe , avec la dîme de tout son donaine d'Angleterre.
Dans une autre charte enfin , Guillaume , complètent ou eijdiquaiit ees diverses donations, afin de leur donner ce degré de clarté et de prédsiM dont sont revêtus tous ses actes , étendait encore les droits accnniés aux religieux de l'abbaye , qu'il mettait en possession et dans la jouissanoe des privilèges souverains dopt il se démectatt en leur Êtveur. Tous les navires destinés à transporter les denrées qui appantenajest an mMiafitère ou à ses employés , pouvaient arriver au pont de Caen , quel que Mt leur point 4e départ, ss^s av<rir besoin d'aucune permisston , et circuler librement et S9W troubla dans le canal, qui, delà, serendait dans le jardin de l'abbaye , et dont les deux rives avaient préalablement été acquises pour elle.
Les babitants du faubourg pouvaient, avec les mêmes privilèges, fiure arriver par la mê^ie voie tout ce qui devait leur appartenir, sur des baïques et non sur des navires» Le pilote chargé de conduire le navire de St-Éiienoe pouvait même en avoir un ^ lui , jouissant de la même exemption.
Ce n'était là qu'une faible partie des propriétés affectées au monastère et des droits qui lui furent concédés» Les premiers abbés de St.- Etienne durent employer toutes les ressdwrces d^jà mises à leur
(4; Ce nuaiioir iifait appartenu à Guillaume d*£$quai (de Scoeb) qui eo avait 6it Tabandou à TaUMfe.
FONDATION Ï>B L'ABDATE. 9
disposition , et les sommes qui leur furent attribuées par la libéralité des princes , à faire toutes les acquisitions propres à compléter, à arrondir les propriétés qui leur avaient été concédées. Toutes les terres qui s'étendaient de chaque côté de FOdon , depuis Venoix jusqu'à sa sortie des jardins du monastère , les terrains et les maisons situés dans le voisinage de Tabbaye et qui pouvaient la gêner dans ses agrandissements futurs furent acquis par Lanfranc et par Guillaume 1^. ; les autres abbés et principalement Gislebert et Eudes I" suivirent la même méthode dans les divers lieux sur lesquels s'étendaient les possessions de l'abbaye. Après le monarque , dont l'esprit du temps ne pouvait manquer d'engager à suivre l'exemple « les plus grands seigneurs , entraînant à leur suite leurs riches vassaux « apportèrent leurs offrandes , que le nouveau roi d'Angleterre s'empressa de ratifier solennellement. Les rois, ses successeurs, ne se montrèrent pas moins empressés, soit à accorder de nouvelles faveurs» soit à ratifier les dons qui vinrent de toutes parts , ainsi que l'attestent les nombreuses chartes de donation qui se succédèrent sans interruption» pendant toute la durée du XIP. et du XIIP siècle.
Robert Courte-Heose » fils de Guillaume , donna à l'abbaye une foire et un marché à Cheux (ce marché eut lieu d'abord le dimanche; Jean Sans-Terre le remit au mardi), Guillaume^le-Roux accorda d'autres terres dans le comté de Sommerset , en échange du sceptre , de la couronne et d'autres ornements laissés à l'abbaye par le Conquérant
Parmi les bienfaiteurs de l'abbaye de SL-Étienne » nous trouvons la plupart de ces puissants barons qui , après avohr lutté contre leur duc , l'avaient suivi en Angleterre » et avaient qouté à leurs domaines normands les terres qu'ils devaient à la conquête :
RoGBB DB MoNTGOUMBBi » dovonu dttc do Sbrewsbury , donna le bourg de Trun et ses appartenances , avec une forêt dans le Pays-d'Auge ;
RoBBBT, comte de Hortain» frère utérin du roi » la ville de Hutteville ;
RiGBABD, fils de Toustain , vicomte d'Avranches, la terre de Rucqueville;
Randlfb, vicomte de Bayeux» Téglise de Beuville, avec ses terres et ses dépendances; une autre terre, à Bretteville-l'OrgueilIeuse, avec sa part de l'église, donation confirmée plus tard par Hogubs» comte de Cbester ;
10 ABBATB DB SAINT-iStIBNNB DB GAEN.
Le comte Eudes, la terre de Hotot et tout ce qu'il possédait à Baupte ;
RicHABD DB Montbrat, comte de Nortbumberlaud , sa propriété de Villers , dans le Bourg-l'Abbé ;
Raoul , fils d*Ansered , 73 acres de terre , à Beuseval ;
Raoul, fils d*Herrred, sa terre de Bayent;
Rainard , le Chambellan , le moulin de Gémare ;
EisGUBRiiAND DB Say et sa femme Agnès, Téglise d*Aunay, avec les droits épiscopaux qui y étaient attachés ;
Sbrlon de LiNGÈYREs , FégUse de Bucéel , toute la dtme de ses domaines , la dfme de ses vilains et le tiers de la dtme de ses chevaliers ;
Guillaume, fils de Robert de Gouvix, une terre à EstervilleetàColomby ;
Bernard , fils d'Anspac, une maison à Rouen, des prés à Bapaume, et un chevalier préposé à la garde de ces propriétés ;
Hugues de Rozel , sa terre de Grainville ;
Robert de Grknte*Mbsnil, toute la partie qui lui appartenait dans le domaine de Bernard, fils d'Anspac, à Rouen;
TousTAiN, fils de Turgis, prévôt de Luc, Talleu qu'il possédait audit lieu;
Onfroy de Solibrs, un alleu, à Grainville;
Gondebaud de Magnt , une terre , à Bras ;
Hamblin de Gallbmanghe , une terre , à Cambes ;
Hugues de Mondrainvillb , l'église et son domaine;
Guillaume Pesnel , la dtme de Fontenay^le-Pesnel ;
Geoffroy de Tilly, et son frère Raoul, la terre de St. -Germain ;
Guillaume de Magny, deux moulins, à Montaigu;
Richard, vicomte de Beaumont, l'exemption de tous droits de transport et de passage sur tous ses domaines ;
Guillaume , surnommé le Juif , la dtme de sa terre de Cambes ;
Robert de la Haye, Hugubs de Maubant et sa femme Asgelinb, la terre de la forêt Auvray ;
Guillaume de Gargbllbs, l'église de St-Martin-de-Garcelles;
Guillaume d'Abovillb, son droit sur la chapelle de Putot et sur l'église de BrettevilIe-l'Orgueilleuse ;
Robert, comte de Leicester, et la comtesse PjStronillb, sa femme, un tourneur à perpétuité , dans la forêt de Breteuil , pour faire les plats et les coupes des moines ;
FONDATION DE l'ABBATB. 11
Guillaume de Putot, une terre à Putot près de la vallée de Loucelles ;
Robert de Gouvix, Téglise de St.-Malo-de<-MoueD ;
Guillaume d'Aubignt, Guillaume d'Orval, et Philippe de Beaumont, Téglise de St-MartiD-d'Ondefontaine.
Par suite de ces dooatioDs et de ces concessions, Tabbaye de St.- Etienne se trouva , parmi les 200 établissements religieux que comptait la Normandie , un des plus richement dotés et des plus puissants.
Les donateurs , en substituant les abbés et les moines à leurs droits , leur conférèrent, à tous les degrés où ils se trouvaient placés euxmêmes , leurs privilèges royaux ou seigneuriaux , destinés à subir toutes les modifications successives auxquelles la propriété fut exposée, par suite des vicissitudes politiques. Devenus propriétaires d'alleus, de fiefs, de bénéfices , de tenures , ils furent mis dans l'obligation de résister à toutes les prétentions , de défendre leurs droits et leurs propriétés , quelquefois contre ceux mêmes qui les en avaient investis, et de repousser, en certains cas, la force par la force.
Aux revenus directs qu'ils tirèrent de leurs nombreux domaines s'ajoutèrent toutes les redevances qu'ils perçurent , à une foule de titres divers : dîmes , droits de marché , de tonlieu , de travers , de péage , de passage , de cbampart, etc. •
En raison de ces droits , les moines de St.-Étienne furent obligés de se mettre constamment en rapport avec la société laïque, et de s'arra* cher , pour plus d*un motifs au silence et aux méditations du cloitre. Rois, ducs, comtes, barons, chevaliers, vavasseurs, francs-hommes, ouvriers , paysans , figurent dans les actes qui composaient le cartulaire de l'abbaye.
Le plus important de leurs privilèges féodaux fut le droit de juger les hommes, qui leur dut être concédé en même temps que les terres seigneuriales auxquelles il était attaché. A l'entrée même du monastère , non loin des deux tourelles élevées de chaque côté de la première porte , furent construits Vauditoire où se tinrent, pour l'exercice de la basse et moyenne justice , les plaids de l'abbaye , et la prison préparée pour recevoir les coupables. En leur qualité de hauts et puissants seigneurs, les abbés de St. -Etienne eurent à nommer des sénéchaux, des prévôts,
12 ABBATB VZ SAINr-toBNNB DE CABN.
des percepteurs, des agents-Yoyers, des gardes préposés à leurs propriétés rurales \ des avoués et des vidâmes.
Leurs droits et leurs privilèges ecclésiastiques ne Turent pas moins considérables.
Dans le même temps où Lanfranc s'occupait de faire construire Tabbaye qui devait être si ricbement dotée , et où il s'occupait de réunir , selon Texpression de Guillaume de Poitiers , i la milice qui devait y chanter les louanges de Dieu • , il songeait à constituer fortement cette indépendance , cette dignité, sans lesquelles ses successeurs auraient diflScilement pu se maintenir. Il fallait déterminer , en effet, les rapports qui devaient exister entre les cbefs du monastère et Tautorité épiscopale» Le pape Alexandre II occupait alors la cbaire de saint Pierre* Lanfranc l'avait eu pour disciple à Tabbaye du Bec, et le Souverain Pontife, qui professait pour lui la haute estime et la vénération dont ses talents et ses vertus étaient partout Tobjet, se montra aussi large dans la dispensation des faveurs dont il pouvait disposer dans le domaine spirituel , que l'avait été le duc de Normandie dans le domaine temporel. L'abbé de St«-Étienne recevait de lui, en 1068 , la lettre qui servit de fondement aux privilèges ecclésiastiques dont Tabbaye de St. -Etienne eut à se prévaloir dans la suite.
c Alexandre, èvèqne* serviteur des serviteurs de Dieu, à son cher fils en Jésus-Gbrist , lianfranc abbé, et à tous ses successeurs r^ulièrement élus à perpétuité : Celui qui, poussé par l'inspiration divine , abandonne la vie séculière pour se donner à Dieu , doit être accueilli avec tendresse par le Siège apostolique, sur lequel nous sommes présentement assis, malgré notre indignité; des consolations bienveillantes lui sont dues aussi, afin que son cœur s'enflamme d'une ardeur nouvelle, et qu'il puisse , avec l'aide de Dieu , persévérer avec courage dans la carrière qu'il a embrassée , et conduire jusqu'à la fin * sans encourir aucun reproche , la tâche qu'il a entreprise. Sachant donc , notre très-cher fils abbé Lanfranc , que ta haute piété te porte , non^seulement à travailler avec Eèle à ton propre salut , mais à élever, en l'entourant défont ce qui peut entretenhr Tamour de la religion , un monastère destiné aux hommes désireux de vivre en communauté , nous accédons volontiers à tes prières , en prenant sous la défense et la protection du Saint-Siège apostolique le monastère que l'illustre Guillaume , prince des Normands ,