‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 6 sur 107 · FONDATION DB L* ABBAYE · texte numérisé non relu

FONDATION DB L* ABBAYE

et trè&-victorieux roi des Anglais, construit à Caen eo T honneur du bienheureux premier martyr saint Etienne , et qu'il enrichit de ses largesses.

• Nous décrétons que nulle personne , revêtue de quelque dignité que ce soit 9 séculière ou ecclésiastique, ne pourra s'immiscer dans tout ce qui concerne la fondation et la disposition dudit monastère , sur lequel toute espèce d^ droit est réservée à loi seul et à tes successeurs.

t Que si, par exemple, toi ou tes successeurs, ayant à vous défendre contre les prétentions de quelque évèque , en appelez au Saint-Siège , aucun autro évëque ne pourra vous mettre en cause jusqu'à ce que la contesta* tion ait été portée par devant le Pape, et terminée par un jugement définitif émané de lui.

c En vertu du privilège énoncé dans le présent écrit, nous défendons à révégue de Bayeux d'excommunier ledit monastèro ou bien d'y interdire l'office divin, en raison de quelque faute que ce soit, commise par l'abbé ou par les moines.

i S'il advient que l'abbé ou la communauté commette un acte contraire aux statuts de l'Ordro ou à ses engagements, et que l'abbé néglige de corriger régulièroment , ou lui-même , ou ses moines , l'évêque de Bayeux devra , dans un entrotien secrot et amical (iecnto atque amicalnli coUo^ quio)^ l'avertir de corriger lui-même ou ses solxirdoonés. Si celui-ci, oppo^ sant une résistance opinifttro à ces conseils patwnels, refuse de s'y ren* dre , l'évêque de Bayeux ne pourra pas appeler l'abbé par devant le synode de son église ; il devra évoquer l'affaire , soit devant l'archevêque de Rouen , soit devant le concile universel de la province, et ce ne sera que par suite de leurs conseils , autorité et définition, qu'il enteodra et saura ce qu'il y a à faire ou à statuer; le Saint-Siège, toutefois, se réservant le droit de prononcer dans les causes capitales*

« Nous n'accordons audit évêque de Bayeux d'autres droits sur le monastèro que celui de donner l'ordination et le saint dirême à Tabbé et aux autres dignitaires, de faire la dédicace des églises, d'adresser des admonitions ou de prononcer des pénitences contre les laïques coupables de péchés criminels.

i Dans le cas où l'évêque de Bayeux se rendrait coupable de simonie , ou serait excommunié par le Saint-Siège; dans le cas où, par quelque

i/i ABBATJi. DB SAlNT-ÉTlENNE 0£ CABN.

ioteutioD maligne, il différerait les ordinations déplus d*un mois, Tabbé et les moines auraient le pouvoir de s'adresser directement au Saint- Siège , ou à un autre évêque , dont la piété leur serait connue. >

Outre cette immédialion zxx Saint-Siège, conûrmée par le pape Adrien lY, dans une bulle adressée à l'abbé Guillaume, vers 11 5&, Tabbaye avait obtenu du célèbre évoque de Bayeux Odon , frère utérin de Guillaume-le-Conquérant, des droits épiscopaux sur certaines églises qui dépendaient précédemment de Notre-Dame de Bayeux. Ces églises, au nombre de treize , cessèrent de payer les droits de synode et de visite et les autres droits ecclésiastiques , et Tévèque de Bayeux reçut en dédommagement de Guillaume, la forêt d' Elles, à Fépoque où ce monarque fit la dédicace de Téglise de Notre-Dame de Bayeux (1).

Les privilèges accordés par Tèvéque Odon furent confirmés par Philippe d'Harcourt et par Henri II, aussi évêques de Bayeux, et par les archevêques de Rouen Guillaume et Rotrou. Les abbés de St.-Étienne avaient un trop grand intérêt à les faire valoir pour ne pas en demander la con* sécration aux souverains pontifes. Ils furent, en effet, solennellement reconnus, en 1177, par Alexandre III ; en 1221, par Honoré III , et en 13&7, par Clément VI. Ce dernier ajouta à ces privilèges « en faveur de Tabbé Robert et de ses successeurs , le droit de porter les vêtements épiscopaux à matines, à vêpres, aux assemblées publiques et même dans les synodes et les conciles , en présence de Tèvéque diocésain , leur supérieur.

Par suite des concessions accordées par les évêques de Bayeux et les bulles confirmant les diverses donations d'églises faites à l'abbaye de St. -Etienne, elle put étendre son patronage sur plus de cinquante églises, prieurés et chapelles, ayant sur les uns le droit de collation directe, et sur les autres le droit de présentation.

On peut déjà prévoir que les évêques de Bayeux et les abbés de St. -Etienne se trouveront plus d'une fois en contestation au sujet de privilèges supérieurs à ceux que nous voyons, à la même époque, concédés à la plu* part des monastères fondés, en Normandie, par la munificence des princes et des seigneurs. Les abbés s'en prévalurent plus d'une fois , comme nous

(1) L^évèché a toujours continué 6 posséder cette Tort-t , dont le rcTcnu était, tcts l'année 1660, évalué à 5,000 livres.

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le Terrons, pour en forcer le sens, et s'attribuer uoe indépendance incompatible avec les exigences de la hiérarchie ; et les évéqnes , de leur côté , saisirent toutes les occasions qui se présentèrent , pour réduire aux plus étroites limites ce que Ton appela l'Exemption de M. F Abbé de Caen.

Si ces immenses dotations et les privilèges ecclésiastiques , conférés aux établissements fondés par le duc de Normandie, s'accordaient avec les vues élevées et la prévoyante politique qui engageaient les princes à donner au clergé régulier une utile prépondérance , il en résultait pour les religieux , placés dans des conditions si brillantes, Timpossibilité de se renfermer dans les bornes étroites, tracées autour de la vie monastique, par le pieux fondateur de leur ordre. Appelés à prendre part aux aflTaires publiques et à toutes les transactions de la vie civile , leurs chef? pouvaient-ils échapper à ces préoccupations mondaines auxquelles ils avaient dit adieu , et ne pas être troublés par tons les bruits de cette vie du siècle auxquels ils avaient voulu se soustraire ? Ce n'est pas nous qui nous en plaindrons I II était bon que les personnages illustres , que leurs vertus et leurs talents appelaient presque toujours à Fadministration de ces grands centres d'activité intellectuelle et morale , n'employassent pas exclusivement à la pratique des r^les monastiques le courage et l'énergie dont ils étaient pourvus. Ce fut un grand bonheur, pour cette belliqueuse et rode société féodale, que des hommes savants, éloquents, nourris des doctrines évangéliqnes se jetassent an milieu des événements, entrassent dans les conseils des princes et servissent d'intermédiaires entre eux et les faibles , si souvent victimes de l'oppression. Il ne fallait rien moins que l'intervention de ces évéqnes ou de ces abbés, qu'entourait le prestige attaché à leur haute dignité , choisis , le plus souvent, parmi les plus nobles familles, et parents des rois, pour que les notions du devoir, les prescriptions du droit , les maximes de la religion pussent arriver jusqu'à ces farouches barons, ayant toujours les armesà la main, cantonnés dans leurs châteaux, d'où ils bravaient l'autorité de leur suzerain , entourés de voisins disposés à profiter de toutes les occasions, pour agrandir leurs domaines à leurs dépens, ne connaissant d'autre droit que celui du plus vaillant.

Nous ne serons point surpris de rencontrer parmi quelques-uns des membres de cette milice religieuse, recrutée, le plus souvent, parmi ceux mêmes qui s'étaient abandonnés avec le plus de passion aux agitations

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d'une vie turbulente et désordonnée, quelques habitudes, que la foi et Tesprit de pénitence ne pouvaient pas toujours parvenir à faire entièrement disparaître. Ce ne furent là, d*ailleurs, pendant une grande partie du moyen-âge , que des exceptions. La participation du clergé à tous les événements de la vie extérieure de la société féodale lui fut bien moins pernicieuse que Tisolement dans lequel le contraignit à demeurer , plus tard , une organisation politique et sociale qui remit en d*autres mains le gouvernement des peuples. Les nombreux abus que le XYIII*. siècle a si sévèrement reprochés aux ordres monastiques , n'ont commencé , remarquons-le bien , qu*à dater du moment où , cessant d'avoir la haute main dans la direction des affaires publiques, ils virent se refermer sur eux les portes qui les isolèrent de la société : Toisiveté^ au sein de l'opulence , ne pouvait que porter des atteintes profondes à leur foi et à leur moralité. Leur époque la plus brillante est celle du moyen-ftge, que Ton peut appeler, à bon droit, Tftge héroïque de l'Église. Nous aurons plus d'une occasion de le faire voir dans l'histoire de notre abbaye , que nous diviserons en cinq époques , correspondant à autant de phases à travers lesquelles la Normandie a dû passer, depuis le moment où Guillaume fonda le monastère, jusqu'à l'époque qui vit tomlier, en même temps que les institutions qui avaient fleuri pendant huit cents années , rétablissement consacré à cette vie cénobitique , devenue incompatible avec les destinées auxquelles les sociétés modernes semblent être appelées.

1". ÉPOQUB. — Depuis 1066 jusqu'à la soumission de la Normandie à Philippe-Auguste , en 1 20&.

2""* épOQUB. — De 120& jusqu'à l'expulsion des Anglais par Charles VII , en 1450.

â"^. àPOQUB. — De 1&50 jusqu'au pillage de l'abbaye par les protestants, en 1562.

lr\ époQUB.— De 15i52 jusqu'à l'introduction de la réforme de saint Maur , en 1663.

5"*. ÉPOQUE.--- De 1663 jusqu'à la dispersion des derniers Bénédictins en 1790.

HISTOIRE. -^ f **. àPOQCB, i066-iS0/i. 17

PREHIÉRB ÉPOQUE.

DBPD18 L*ANNÊE i066 ll)8QC*A LA SOUMISSION DE LA NORMANDIE A PHILIPPE*AUGOSTE

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