‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 59 sur 107 · MODES D'INVESTITURE · texte numérisé non relu

MODES D'INVESTITURE

Pour que le souvenir des donations se gravftt plus aisément dans la mémoire des assistants , on avait soin de frapper les yeux par quelque signe matériel, par quelque symbole parlant, qui figurât pour ainsi dire la transmission de la terre des mains du propriétaire dans celles du donataire. La plus ordinaire de ces investitures était une motte de terre posée sur Tautel, un chandelier, une paire de gants, un livre; c'était le plus souvent un rameau vert. < Hanc donationem et concessionem per quemdam viridem ramum prœfato abbati miserunu > ( Charte d'Eudes. )

Âdélaîs, fille d'Anquetil de Reviers, donnant deux hôtes, dans le territoire de Ros , mit sur l'autel un morceau de bois et deux sous (2).

Un jour, le duc Richard étant resté long-temps à prier dans l'église du couvent de St.-Évroult, les moines voulurent voir, lorsqu'il fut sorti, s'il ne leur avait point laissé en partant quelque témoignage de sa magnificence. Ils trouvèrent sur l'autel une branche d'arbre ; et quand ils demandèrent l'explication de ce fait, le duc leur répondit qu'il leur annonçait par là qu'il leur donnait le bois dont leur domaine était entouré.

(4) c Srgilli mei robore conGrmaTÎ.— Et ut bec inconcussa permaneant, efo, sigimm monîmenti imponens, mea auctoritate meonimque primalum consensu firmavi. > Tels sont les tennes dont se sert Guillaun»>-le-Conquërant, dans ses grandes chartes.

c Hanc cbarlam Grmavit Rex , manu sua cruoem fiiciens et sigiflo suc monîri prcciptcns. » ( Charte de Guillaume-le-Rottx. )

(2) De quitus hominibns pnedîcta mulîer posuit donationem super altare Sancli Stephanl, per particulam ligui et per duos solidos denariorum.

DROITS ET COUTUHBS. 377

Le donateur transmettait aussi la propriété, en remettant un couteau entre les mains du donataire.

On sait que Guillaume-le-Conquérant , donnant une propriété à un archevêque de Rouen, prit un couteau et fit semblant d'en percer la main du prélat : « Yoilà, dit-il, en riant, comme je prétends que le domaine que je vous donne soit vôtre. »

Un moyen plus singulier consistait à donner un soufQet, unam alapam^ unum co/nj^Atim^ à quelques-uns des assistants, si surtout c'étaient des enfants, dont la mémoire fugitive avait besoin d'être vivement impressionnée, pour qu'ils gardassent un meilleur souvenir de la donation faite en leur présence; c'est ce qu'avait prescrit, dureste, la loidesRipuaires (1).

Le cartulaire de l'abbaye de Troarn nous apprend que , pour faire connaître à chacun les limites du territoire qu'il concédait aux moines, par un signe dont le souvenir pourrait dii&cilement s'effacer , Roger de Montgommery jeta son fils Robert de Rellême, vêtu d'une pelisse grise, dans le fossé plein d'eau, jusqu'auquel devait s'étendre leur domaine (â).

Quelques-unes des chartes sont datées ; le plus grand nombre ne l'est pas. Le Cartulaire ne produit que deux exemples d'allusion aux événements de l'histoire contemporaine.

Une charte du duc Robert, qui confirme l'échange fait entre Gislebert et Jérenton , abbé de St-Rénigne de Dijon , porte la date du IS des kalendes d'avril , auprès du chfttcau d'Eu, qu'assiégeait alors le prince (liOA )^ apud castrum quod Aueum dicitur , dum ibi sederem inobsidione. 11 est dit dans une autre charte, par laquelle Ravenger, moine de St. -Etienne, donne au monastère une acre de terre à Allemagne, qu'elle fut écrite en l'année oii mourut Geoffroi, comte d'Anjou (1151).

Page 1