‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 62 sur 107 · JURIDICTION DE L'ABBAYE · texte numérisé non relu

JURIDICTION DE L'ABBAYE

Auditoire. — Les causes portées devant Tofflcial de Tabbaye n'appartenaient pas toujours exclusivement au domaine spirituel. Il était assez souvent appelé à prononcer sur des faits qui rentreraient aujourd'hui dans celui de la police correctionnelle. Quelquefois aussi Tauditoire était un tribunal de conciliation, ressemblant assez au prétoire d'un juge de paix de nos jours. Il nous reste quelques registres, dans lesquels sont consignés les résultats des enquêtes faites par l'oflicial de Tabbaye et lés jugements prononcés par lui. 11 est à regretter que nous ne puissions consulter un plus grand nombre de documents de ce genre. 11 serait piquant d'en présenter l'analyse et de dresser une sorte de statistique, qui permettrait d'apprécier la moralité de chaque paroisse à dilTérentes époques. Ce n'était pas du reste sans inconvénient que l'on donnait de la pu* blicité à certains délits , qui , appartenant au domaine de la morale et de la foi religieuse, sont maintenant soigneusement relégués dans l'ombre du tribunal de la pénitence.

Promesses de mariage. — Les cas qui se présentent le plus souvent sont relatifs à des promesses de mariage, dont l'une des parties (c'est presque toujours la femme) vient réclamer l'exécution. Abandonnée, après des engagements solennels, auxquels malheureusement quelquefois elle a ajouté assez de foi pour succomber à une coupable faiblesse , celle-ci vient implorer la justice du tribunal , qui ne manque jamais d'ordonner le mariage , lorsque des témoins peuvent afDrmer que la femme trompée avait reçu, comme arrhes et comme gage, quelque objet précieux. Il arrive aussi quelquefois que c'est la fiancée qui vient déclarer formellement qu'elle refuse de s'unir à celui qu'elle avait promis de prendre pour époux.

En 1609, Marie, Glle de Gilles de Cabourg, vient déclarer qu'elle a a été contrainte par ses père et mère d'engager sa foi à Jean Simon, d'Amfréville, mais qu'elle ne l'a jamais aimé. Celui-ci soutient qu'elle a reçu pour de.nier-à-Dieu un écu en or valant 72 sous. L'oflicial déclare les parties libres de se pourvoir ailleurs; mais Marie paiera 8 sous d'amende avec les dépens et rendra ledit denier-à-Dieu au double.

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Dans une occasion semblable , Louise Martin Néel est aassi dégagée de sa promesse, en restituant le double des 1& livres et la bague en or, enrichie d'une escarboucle, qu'elle confesse avoir reçues; mais son fiancé réclame la restitution d'un grand nombre d'autres cadeaux qu'il lui a Taits en vue du mariage, et, comme Louise Martin ne veut pas consentir à les lui rendre, l'official prononce contre elle l'excommunication, dont les effets ne cesseront, que lorsqu'elle aura exécuté , dans toute sa teneur , la sentence prononcée contre elle.

Condamnation d'un cuisinier dk l'abbaye. — Le 23 octobre 1609 , Guillaume Duval , cuisinier de l'abbaye, accusé d'avoir introduit, un samedi, de la chair cuite dans le couvent, < en mépris des lois sur « l'abstinence portées par l'Église, sans égard pour le lieu respectable > où il avait commis ce délit, et avec grand préjudice pour l'honneur et u la bonne renommée du dit monastère ■ , fut puni d'un emprisonnement de huit jours, dans la prison de l'abbaye, et d'une amende de 60 sous tournois, applicables à des œuvres pieuses.

Nous trouvons, dans le même registre, une condamnation à dix jours de prison , prononcée contre une femme qui , ayant vu passer des prêtres Capucins, « avait proféré et dit de méchants propos contre Tétat de « l'Église, p

Offenses faites a un ecclésiastique. — Une sentence pareille est prononcée contre Varin, bourgeois de St. -Nicolas, pour satisfaction de l'offense, faite à toute l'Église, en la personne de Fleury Castel, prêtre: Le coupable jeûnera le reste de la semaine , m pane et aqua , in cus^ todia; paiera 60 sous d'amende, moitié aux PP. Jésuites et moitié aux Cordeliers. Au premier jubilé que Notre Saint-Père le Pape concédera , il confessera ladite offense au premier prêtre approuvé de l'ordinaire, pour que, par le moyen des saintes indulgences, il soit absous des censures qu'il a encourues. •

Condamnation d'un ecclésiastique. — Les condamnations prononcées contre des ecclésiastiques sont assez rares. Une des plus graves est celle qui frappe M. de Closmesnil, curé de Cabourg, dans la maison duquel était décédée une femme, nommée Catherine, malgré les défenses réitérées

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qui lui avaient été faites de hanter et de fréquenter la dite Catherine. Il était condamnée à demander pardon à Dieu et à justice, prétorialeraent, tête nue

• et à genoux , à tenir prison fermée , à y jeûner par l'espace de huit « jours, disant cliacun jour, outre son service ordinaire, les sept psau-

• mes pénitentiels avec les Litanies ad impetrandam carnis castimo- « niam. t II devait en outre payer 6 livres d'amende, applicables, moitié à la décoration de son église, moitié à Tédifice des PP. Jésuites.

Inconvénients de la poelicité donnée a certains délits. — Ni la religion , ni la morale, nous le répétons, n'avaient rien à gagner à la publicité que Ton donnait, soit à ce genre de délits, soit à la répression dont ils étaient l'objet. On a agi sagement en cessant de publier, comme on le faisait alors, la liste des crimes sur lesquels s'étendait la juridiction de l'abbaye et celle des cas réservés à l'évéque du diocèse. On peut en juger par un extrait des statuts synodaux , arrêtés par l'évéque François de Nesmond, publiés, en 1671, par les soins de D. Cbouquet, prieur de l'abbaye de St. -Etienne :

Cas réserves à Monseigneur l* illustrissime et révérendissime évêque de Bayeux.

La non-résidence des curés et autres possédant bénéfices qui y obligent

L'entrée des ecclésiastiques ^ pour boire ou manger ^ dans les cabarets et les hôtelleries.

L'Ivresse des ecclésiastiques, en quelque part qu'eUe arrive.

Le duel et les assignations et comparitions sur le lieu, pour se battre, bien que le combat ne s'en suive pas.

L'hérésie.

Le sortilège et tout art magique.

L'homicide volontaire.

L'avortement procuré par conseU, faveur, breuvage, médicament volontahre» écrite paroles, signes, aide.

L'étouffément des petits enfants, par une négligence notable.

Le sacrilège et l'usurpation des biens d'église.

La sodomie et la bestialité.

L'inceste avec les consanguins^ Jusqu'au quatrième degré, et avec les aUiés, Jusqu'au second, celui-ci compris, ou avec des personnes consacrées à Dieu, ou dans les ordres sacrés.

Le rapt des vierges ou honnêtes femmes.

DROITS ET CODTDHBS. 88â

Le cûncobinage public.

L'adultère notoirement scandaleux.

Le parjure en jugement.

Le brûlement des maisons ^ volontaire ^ si rincendiaire n'est publiquement déféré à Justice.

Etc. , etc.

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