DE LA PROUFFESSION DU N0VI5SE
Premyèrement Le jour de sa prouffession, au matin, il va en confesse, il se trouve h la leccon du chappistre en Testât qu'il a accoustumé , et après la leccon , les religieux le renvoyent quérir par son mètre de novisserie et le ramènent encoires en son estât accoustumé , sans riens luy oster. Le dit novisse faict les cérymonyes au dit chappitre, telles qu'il feist au jour de vesture et dict sur la natte les semblables parolles qu'il deist le dit jour , en les répétant par troys foys ; et quant il a esté bien interrogué du prieur, il le renvoyé de recbief hors du dit chappitre à celle fin d'avoir les oppinions des frères présens ; et par après , il est renvoyé quérir par son dit mètre, lequel le ramène sans les chapperons, tant d'habit que drap; et de rechief le dit novisse faict les cérymonyes , ainsi que dessus. Et après avoir ouy le lieutenant du chappistre, il luy demande de s'approcher de luy, luy présentant ses pieds, auxquels le dit novisse se met It genoulz en disant :
« Dom prieur (ou abbé) tant à vous me fye, que je délesse ma propre vie et vous seray obbédient jusquez à la mort »
Gella dict , il luy baise son pied ou sa main ; et puys il se lève droit devant le dit prieur, lequel lui présente le libvre des Évangilles, sur lequel il faict mectre la main ou mains du dit novisse , lequel jure qu'il gardera le bien du dit monastère et l'honneur d'icelluy et obbédience à son abbé et stabillité de la reigle de monseigneur sainct Benoist, et qu'il vivra et mourra le demourant de sa vie en la conversion qu'il comence, sans jamais aller au contraire.
Cella faict, le dit novisse est meney par son dit mètre de novisserye devant l'autel Notre-Dame et y demeure prostrey jusquez à l'olTertoire de la grant messe, ung drap de toile soubz luy , et puys est ameney par son dit mètre dans le cœur ; auquel il commence lyre à haulte voix la céduile de sa stabilité, la quelle cédulle se mect sur le mètre aoltel, en le baisant et honorant grandement Et puys s'en retourne à la place où il a lu. sa cédulle et Ih commence à chanter à haulte voix ce vers : Suscipe me. Domine, secundum eloquium tuum, et non confundas me ab expectatione mea. Lequel vers est répetté par |troys foys et responnu du cœur , en adiouxtant Gloria Patri; Sicut erat; Kyrie eleison; Pater Noster; Ave Maria,
Et sur ce point le dit novisse se prostré sur le drap , come il estoit devant Notre- Dame ; et y demeure jusquez à ce que tous les oraisons soient ditz de l'abbé et puys est vestu de l'habit benoist , et puys baisé de celluy qui est premyer et à Taultel et des ceulx qui sont vestus près l'aultel ; et puys est ameney h ceuix qui sont aux chaires, ainsy come on donne l'encens.
Et puys-est mys en sa chaire le chapperon sar ses yeulx. Et noté que le dict novisse n'est poinct baisé de son dit mètre de novisserye à la dite lieure^ mais est differey au jour qu'il est desmussey » après que la messe est dicte y qui est le troL^esme Jour qu'il est demussé et à la présente heure, il luy donne le baiser , en lui donnant enseignement de bien soi gouverner.
Et noté que il doibt estre accommunyé , celluy jour, en la messe de son dit mètre » et cella faict, il est par après despouillé de son viel habit, et ne luy demeure que le benoist Et se doibt trouveir en Testât au Ghappitre de celluy jour. Et après digner, le dit mètre le maine à Tesbat , par la licence du prieur; et au soir, il souppe ciez le prieur ou ailleurs. En festoyant le prieur et quelque acyent, et après soupper, le dict mètre de novisserie se demect du dit novisse et en saisit le dit prieur, en la personne de ceulx qui ont assisté au dit soupper.
Les habillements qu'il fault au nouveau prouffez sont primo :
Ung habit de lingette.
Item, ung quartyer et demy de bon drap noir, pour luy faire une aulmuche fourrée de jambettes.
Item, ung bonnet noir.
Item, unes bottes.
Item, ungs souUyers et chausses noires, s'il plaist aux parens du dit novisse.
Notté que le nouveau proulTez demeure au recognoistre jusquez au troyshyème jour que son mètre le desmuche après avoir dit la messe dans le vestiaire où assiste le dit prouiTez et ne luy laisse le bonnet ny aulmuche qu'il n'ayt obtenu licence du prieur claustraL
Et le dit jour qu'il est desmuche, il va en miséricorde digner et à l'esbat , la relevée, ainsy que dessus est assez desclarey.
L'esprit de la règle avait cessé d*êlre compris au XY*. siècle : le XYP. vit disparaître la règle elle-même. Nous avons raconté les tristes événements, au milieu desquels devait nécessairement périr toute discipline et toute régularité , et signalé les louables efforts tentés, après la réconciliation de Téglise, ruinée par les Calvinistes, pour ranimer dans Tabbaye la foi éteinte , et y rétablir Tantique discipline.
Trente ans environ avant Tarrivée des religieux réformés de Saint- Maur , D. Mathieu de La Dangie, cellérier de St. -Etienne, avait rédigé , pour le monastère, une nouvelle constitution, dans laquelle, tout en conservant les principales dispositions de la règle primitive, il essayait de tempérer ce qu'elle avait de trop rigoureux, afin de raccommoder à Tesprit de son temps.
Soumise à l'approbation des docteurs de Sorbonne et des chefs des
RITES BT LITURGIB. &&â
principales communautés de France , la règle nouvelle devait être publiée sous les auspices de saint Anselme qui , selon Topinion erronée des reli* gieux , avait été le premier prieur de Tabbaye.
Les principales modifications portaient sur quelques-uns des actes extérieurs, qui avaient été prescrits par le fondateur de Tordre, pour faire ressortir Tesprit d'humilité dont les religieux devaient être avant tout pénétrés ; sur Toffice de nuit , qui devait commencer , non plus à minuit , comme autrefois , mais à h heures du matin seulement ; sur la récitation substituée au chant pour une grande partie des antiennes et des psaumes. On ne devait plus recevoir de novices dans le monastère , qui ne se recruterait que par Fadmission de nouveaux religieux, parvenus à Tâge mûr et sûrs de leur vocation. Toutes les punitions corporelles étaient supprimées; les religieux coupables s'administraient eux-mêmes la discipline , au lieu d*ètre soumis à Thumiliation de la recevoir des mains de leurs supérieurs.
Les statuts adoptés par les PP. réformés de la congrégation de Saint- Maur se rapprochaient plus de Tesprit de la règle primitive. Mais le rétablissement de Tordre et le retour sérieux aux habitudes de la vie religieuse furent moins le résultat de Tadoption ou du rejet de certaines pratiques , prescrites sur le papier , que de ce vif et profond sentiment de piété qui , dans la première partie du XYIP. siècle , vint retremper les âmes. Alors éclatèrent partout ces saintes résolutions qui, grâce à Timpulsion donnée par quelques personnages d'élite, rallumèrent le flambeau de la foi.