‹ L'abbaye de Saint-Étienne de Caen, 1066-1790Chapitre 71 sur 107 · FONCTIONNAIRES DE L'ABBAYE · texte numérisé non relu

FONCTIONNAIRES DE L'ABBAYE

L*ABBÉ. — L'élection de Tabbé appartint d'abord aux religieux, qui devaient demander préalablement Tautorisation du Prince et la permission de révêque diocésain. Au jour désigné , tous les moines absents étaient invités à se rendre à l'abbaye ; ceux que retenaient des affaires graves , étaient obligés de faire connaître pour quel motif ils ne pouvaient prendre part à l'élection. On s'y préparait par des jeûnes et des prières. Après la messe solennelle, dans laquelle étaient invoqués le concours et les lumières du Saint-Esprit, tous se réunissaient dans la salle du Chapitre, et , lecture faite du chapitre de la règle De ordinando abbate, on procédait à l'élection. Trois modes pouvaient être employés : Vinspiration , lorsque la communauté tout entière, mue par une sorte d'impulsion venue d'en haut, nommait par acclamation celui qu'elle voulait avoir pour son pasteur; le scrutin, lorsque trois religieux, élus par leurs frères, recueillaient les voix , afin de constater à qui était acquise la majorité des suffrages ; ils devaient faire connaître le vote de chacun de ceux qui avaient pris part au scrutin; enfin la délégation^ lorsque le choix de l'abbé était confié par les religieux à quelques-uns d'entr'eux , à la sagesse desquels ils croyaient pouvoir s'en rapporter.

L'élection terminée, le nouvel abbé était proclamé et solennellement conduit à l'église , où toute la communauté chantait à haute voix le Te

RITES ET UTOEGIE. kkl

Deum laudamus. L*abbé était conduit à la place qui lui était réservée i chaque frère venait sMncliner devant lui , l'embrasser , lui promettre obéissance et déposer à ses pieds les clés des divers lieux réguliers , qui étaient immédiatement restituées à leurs possesseurs. Le rituel de Tabbaye da Bec prescrivait que le nouvel élu se rendit, sans perdre de temps, auprès du cher-seigneur de la terre, aGn de lui rendre Thommage accoutumé. C'était Tévèque de Bayeux qui, d'après la bulle du pape Alexandre II , devait donner à Tabbé de St. -Etienne la bénédiction et le saintchréme, après les lettres de confirmation obtenues du souverain temporel (1).

Le prieur. — Dans un papier-journal, écrit en 1589, par D. Jean de Baillehache , nous trouvons les détails suivants sur son traitement et les redevances qu'il devait percevoir:

Le dit prieur claustral a droit de Visitation sur toutes les églises et chapelles dépendantes immédiatement de Tabbaye ^t dont les curés sont sujets au synode d'iceUe.

Pour lequel droit, il est dû au dit sieur prieur , tous les ans^ le jour St -Michel en septembre, la somme de 52 livres, à avoir et prendre sur les fermiers généraux de la dite abbaye ; en outre le droit de visite à prendre sur les trésoriers ou curés des dites paroisses, dont les uns payent 52 sous 6 deniers et les autres ne paient que chacun 27 sous 6 deniers , ce qui se peut voir par mon papier de visitations.

Item, il est dû au dit sieur prieur, tous les ans, le jour Nostre-Dame de mars , la somme de 15 livres pour donner à disner aux sieurs officiai, promoteur, greffier et curés , le jour du synode de la dite abbaye , laquelle somme se paye par les fermiers généraux de Tabbaye , à Tacquit du sieur abbé d'icelle.

Item, il est dû au dit sieur prieur, tous les ans, 60 soubz à TAvent et 60 soubz en Garesme pour donner le dîner des Gordeliers et Jacobins qui viennent faire les prédications dans la dite abbaye , tant en TAvent qu'en Garesme , laquelle somme se paye par les fermiers généraux , à l'aquit du sieur abbé.

Item, il nomme le prédicateur de St-NicoUas et donne pour son A vent 15 livres et pour son Garesme autres 15 livres, pourquoi il reçoit, chaque cartier de Tannée , 7 livres 10 soubz , à Tacquit de M. Fabbé.

(1) Daiu lei eommonaalés où TélecUon des abbés était résenrée au Prince, on lui envoyait, à la mort du titulaire, la crosse abbatiale et il la remettait à celui qu*il Toulait lui donner pour successeur. On en trouve un exemple remarquable dans Ingalfe, HUtoire de V abbaye de Crayland,9innét i6&S ; apud Rerum Angliearum Scriptoree»

hkS ÂfiBAlTB DB SAINT-ÉTIBNNB DB GAEN.

Item 9 il lay est deu pour sa pention et double pention annuellement la somme de 600 livres, en deniers, passables pour les quatre cartiers de Tannée.

Item, il iuy est deu 150 livres par augmentation de pention que M. d'O, abbé commandataire de Fabbaye, m'a alloyée, payables par les quatre cartiers.

Item, il Iuy est deu annuellement pour ses étrennes, le premier Jour de l'an, 9 livres. La quelle somme se paye par les fermiers généraux , avec le cartter de la pention, qui eschet le jour Nostre-Dame de mars, dont il y a, à cause du nuanoir de Torteval , 6 livres 30 soubz, pour le jour St -Grégoire et 30 soubz pour le premier jour de Fan.

Item, il Iuy est deu le jour SL -Michel deux paires de gants et une à son choix , qui se payent par les fermiers de la foire SL -Michel.

Item, il Iuy est deu, par chascun cartier de Fannée , le nombre de 28 boisseaux de froment, mesure d'Arqués, qui se payent par les fermiers généraux de Fabbaye ou par leurs commis, à faire recette des grains d'icelle abbaye , qui font le nombre ensemble de 112 boisseaux de froment

Item , quand il se reçoit un religieux , il Iuy est deu double pension , à Féquivalent de ce qui est dû aux autres religieux.

Item, il Iuy est deu, tous les ans, le Jour de la purification de Nostre-Dame, un torchet ou derge de cire blanche , par le sacristain de la dite abbaye.

Item, il Iuy est deu /^O livres pour son vestiaire, qui se payent par le Ghambrier de Baupte ou par son fermier, tous les ans, le jour St-Luc, en octobre.

Item, il iuy est deu deux chartées de foin, conduittes à son grenier, tous les ans, quand on fauche les foins, lesquelles se payent par les fermiers généraux ou par leurs agens.

Item, le chambrier de Baupte me doit tous les ans, le dit jour de jeudi absolu, 2 galettes.

Item/ il lui est deu, par Faumônier, tous les ans, deux pains d'orge appelles les briquets, qui se payent le jour de la St-Ëloy, le lendemain du jour St -Jean-Baptiste.

Le prieur ou chambrier de Baupte avait , au XYIII*. siècle , un revenu de plus de &,000 livres; celui de St. -Léonard de Vains, 3,000; celui de Bavent, 2,800; celui de St.-MartiQ de Longchamps, 3,500 environ.

A chacun des fonctionnaires pourvus des xlifférents offices claustraux de Tabbaye, cellérier, aumônier, trésorier, etc., appartenaient des redevances particulières. Ces offices n'avaient été, dans le principe, que de simples commissions ne donnant aux titulaires aucun droit sur les revenus du monastère. Ils absorbaient, au XYIP. siècle, plus de 20,000 livres. Ils furent, au XYIIP., réunis à la manse conveotuelle. Le do-

BITES ET LITURGIE. &&9

maine aflecté spécialement à Tofflce d*aum6iiier était , comme nous Tavons vu, Tenclos situé auprès de l*église de St. -Nicolas, dans lequel se trouvait la chapelle de St.-Rlaise.

Paroisses.— Les habitauts de chaque paroisse, qui participaient directement à Tadministration et contribuaient à ia réparation des églises, étaient régulièrement consultés par le prieur. Celui-ci les réunissait à Pissuc desofBces, pour entendre leurs réclamations et terminer, à Tamiable, les petites contestations quMl leur arrivait d*avoir avec leurs curés.

Confréries. — Plusieurs associations ou confréries religieuses , auxquelles présidaient les bourgeois les plus considérés de la paroisse, venaient en aide aux prieurs dans Tadministration des affaires spirituelles. Il résultait un bien immense de ces associations de charité qui, formées sous l'empire du sentiment religieux , le plus respectable et le plus puissaut des mobiles humains, rattachaient les uns aux autres, par les liens de la fraternité et la communauté des intérêts, les hommes trop souvent portés à se renfermer dans le cercle d'une étroite individualité (1).

Confrérie des Tanneors. — En 1&2S, Toflicial de Tabbaye donna son assentiment aux statuts de la confrérie des Tanneurs, société de secours mutuels, établie dans la paroisse de St-Ouen de Yillers, sous le titre de confrérie de la Conception de la Sainte-Vierge. Lorsqu'un des membres de la société mourait , tous les frères devaient , sous peine de deux deniers d'amende, assister, un cierge à la main, à ses obsèques.^

S'il y a aucun frère ou seuv, y est-il dit^ diminuée de ses biens et au trespassement n'ayt de quoy estre mis en terre , les dicts frères et seurs sont tenus à faire sonner la cloche et les sains et porter le corps en terre et le faire enterrer et faire dire les messes.

A la fête de la confrérie, qui avait lieu le jour de la Conception de Notre-Dame, les frères et sœurs devaient dtner ensemble.

Et doit rhuissier assembler la vaisseUe , mettre les tables et estre payé à l'ordonnance des faisans d'icelle confrairie , et sera chacun ^ qui y dlsnera y quitte pour six

(1) Il est qaestion d'ane coofrérie de St.*Laurent et de St-Vigor, de Cheui, dans un aveu fait à rabbaye, en 1898, par Thomas de La Uoassajre, qui parle des frères et sœurs de la confrairie,

&50 ABBATE DS SAINT-^TIBXNK DE GAEN.

blancs. Le valet tenneur paiera à la confrérie 5 sols et une demi livre de cire et s*ii aime son dict mestier , il payera 20 sols toamois. S*il y a aucun des frères et senrs à décord^ les autres sont tenus et obligés à les mettre à accord , et si les décordables n'y veulent obéir 5 on les refusera au disner.

Item , il est ordonné que s'il y a aucun frère ou seur qui vueiilent aller en loingtain pellerinage^ c'est assavoir autrement à Romme ou à St-Jacques^ chacun frère ou seur y chacun de soy , sera tenu luy donner de ses biens largement et au mohis U deniers , si eux le demandent.

Confrérie de Saint-Nicolas. — La conrrérie de Saint-Nicolas de Caen est plus connue. Établie le 12 juin l/k52, par les principaux bourgeois de la paroisse, elle s'occupait de tout ce qui concernait radmiois- 1 ration de Téglise et composait une sorte de comité régulièrement consulté par le curé ou le prieur de Tabbaye. La suite de ses écbevins, de ses sept prêtres ou chapelains, des frères servants et des franchis, depuis 1&52 jusqu'en 1780, est consignée dans un beau manuscrit en parchemin que possèdent les Archives du Calvados.

Une confrérie du TrèsSaint-Sacrement de f autel avait encore été établie dans la chapelle des bienheureux saint Sébastien et saint Maihurin , en Téglise paroissiale de St. -Nicolas de Caen.

Ses statuts avaient eu , le 23 juillet 16^5 , Tapprobation de Charles Fortin, prieur claustral, de D. Mathieu de La Dangie, de F. -G. Hubert, gardien des PP. Cordeliers de Caen. C'était une confrérie de charité. Les membres s'engageaient à ne soulTrir parmi eux aucuns blasphémateurs , jureurs, ivrognes, impudiques et autres personnes publiquement scandaleuses. A la mort de chaque frère , un service solennel était célébré, à son intention, dans la chapelle.

En l'année 1657 , une confrérie du Saint-Rosaire fut aussi établie à St.-Sanson d'Aulnay, et ses statuts reçurent l'approbation de D. Boulouche, sous-prieur de l'abbaye « de D. Mathieu de La Dangie, de D. F. de Sillans et de D. de Saifray.

Confrérie des Saints -Anges. — La confrérie des Saints- Anges, fondée aussi dans la paroisse de St. -Nicolas , sous les auspices de D. Chevillard, prieur de l'abbaye, en 1706, avait un but plus exclusivement pieux et moral.

RITES BT LITURGIE. &5t

Les sieurs curé ou chapelain de la dite confrérie pourront , toutes fois et quantes qu'ils le trouveront à propos faire 5 assembler à Tissue des Vêpres, aux jours des fêtes, les confrères 9 pour leur faire des Instructions et exhortations , et conférer avec eux de leur avancement et de leur progrès dans la vertu et dans la piété, des moyens de dompter leurs passions et leurs vices , s'informeront du bon ordre et de l'union qui doit être pratiquée dans les familles des dits confrères, s'il n'i en a point qui languisse dans quelque vice, mésintelligence, passion ou scandale; et s'il s'en troave de tels , on les exhortera avec douceur et charité à se corriger; s'ils ne s'amendent, on leur fera enfin lire les présents statuts, et on les retranchera de la confrérie, en faisant bifler leurs noms de dessus le registre, ce qui ne pourra néanmoins être exécuté par le dit sieur curé, qu'en présence de Téchevin ou trésorier et de quatre autres des confrères des plus notables, après une meure délibération et des preuves certaines.

Les autres statuts de la société indiquaient les pratiques de dévotion auxquelles les membres devaient s'astreindre, dans le but tout chrétien de maintenir entr'eux Tunion et la bonne intelligence et de se donner mutuellement cette assistance spirituelle qui encourage à bien vivre et qui aide à bien mourir. Elle était, comme toutes les sociétés fondées sous Tinfluence du sentiment religieux « beaucoup plus préoccupée des moyens d'assurer le Balut de fâme , que de ceux de pourvoir aux nécessités de la vie matérielle.

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