‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 105 sur 470 · Jean I de Veyrac, Ii98fi2i · texte numérisé non relu

Jean I de Veyrac, Ii98fi2i

3. « Maledictionem jusserat sonare cotidie super consules et presbiteros » (Duplès-Agier, Chroniques de Saint-Martial , p. 193).

4. Cest raccord dont nous parlions ci-dessus, p. 114, note 2.

5. « Burgenses cum abbate et monachos talem compositionem fecerunt ut, pro illatis ei tnalefactis, mille trecenios solidos et ablatas equitaturas eis restituèrent » (Accord de 1203, Recueil des Histor. de France, t. XVIII, p. 226).

6. ce Corruerunt mûri castri Lemovicensis fere C. cubiti » (Bernard Itier, éd. Duplès-Agier, p. 68).

7. D'après k préambule d'un accord survenu erf février 121 2. Cet accord se trouve copié sur un des folios de garde d'un des anciens manuscrits de Tabbaye, conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale (ms. latin 5245).

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guerres civiles ; qu'en ce moment même il était obligé de faire faire une grande quête dans le sud-ouest de la France pour réparer les bâtiments conventuels ^'^; qu'il ne pouvait, par conséquent, payer aucune contribution. Malgré leurs violences, les bourgeois furent contraints de transiger. Par une convention survenue en février 12 12, ils consentirent à prendre à leur charge toutes les dépenses que leur causeraient les réparations des remparts; Tabbé de son côté s'engageant à leur payer une rente annuelle de 10 livres ^^\

Cet accord fut confirmé le 23 décembre de la même année. L'abbé promit à nouveau d'acquitter régulièrement cette redevance de 10 livres, qu'il gagea sur un des manses du monastère voisin de l'église Sainte-Valérie. Il reconnut en même temps, que, puisque les bourgeois se chargeaient dorénavant de toutes les dépenses, ils auraient le droit de renforcer à leur gré les fortifications et de reconstruire les murs ou d'approfondir les fossés selon leurs convenances ^'\

L'abbé Hugues semblait sortir victorieux de ces longuesiuttes avec les bourgeois du Château. Il obtenait en apparence gain de cause ; mais, en réalité, en cédant à un sentiment d'économie mal entendue, et en refusant de contribuer à la reconstruction des murs, il avait commis une lourde faute dont les conséquences devaient être désastreuses pour la puissance du monastère. Dans les jours troublés du moyen âge, les remparts avaient une importance capitale. La bourgeoisie commerçante du Château ne pouvait vaquer à ses affaires, que si elle avait la certitude de voir l'ordre public respecté, que si elle avait la sécurité du lendemain. Or, quelle sécurité pouvait présenter une

1 . Comme le prouve une lettre de quête circulaire, écrite à cette occasion par l'abbé Hugues aux autorités ecclésiastiques et aux fidèles de la région. M. Leroux l'a publiée dans le Bull. iU la Soc, arcljéoL du Limousin (t. XXV, p. 402).

2. « Abbas et conventus pro bono pacis in suis redditibus, in bono loco sîve dominio eis [burgensibusj decem libros Lemovicensis monete annuatim concesserunt percipiendas ... Burgenses ... pro dicta dausura facienda tam in fossatis quam in mûris et aliis munitionibus ... abbatem et conventum ... inperpetuum quittaverunt, ita quod nichil ab eis ... plus quam decem libras exigent » (Bibl. Nat., ms. latin 5245, fol. de garde).

3. « Si vero ... burgenses lossata voluerint ampliare vel profundare, seu muros sive muni tiones aliquas edificare vel rcedificare, ... fict ibi intra muros et extra, ita quod abbas vel capitulum nuUum inferre- impcdimentum seu calumniam attentabunt » Cet accord de 121 2 a été publié par M. Guibert {Doc. sur Vbist. miinicip. de Limoges^ p. 123 et ss.).

ville ouverte ou insuffisamment défendue? Les bourgeois, sous peine de laisser ruiner leur négoce ou leur industrie, devaient tenir tout spécialement à avoir de fortes et hautes murailles, derrière lesquelles ils pourraient travailler paisiblement. Nous sommes donc convaincus pour notre part, que cette grave question des fortifications a été une de celles qui ont obligé les bourgeois, jusqu'alors isolés, à s entendre contre Tabbé, à s'unir, à former ainsi la première commune insurrectionnelle du Château.

Le tiers état, en effet, avait grandi lentement entre les deux puissances rivales du vicomte de Limoges et de labbé de Saint-Martial. A la fin du xii^ siècle, il fut assez puissant pour pouvoir se donner une organisation communale. Il élut des chefs, qui prirent le nom de consuls. L'abbé refusa tout d'abord de reconnaître ces consuls. Mais le roi d'Angleterre qui n'avait pas les mêmes raisons de les craindre, les accueillit favorablement. Nous possédons une lettre du mois de septembre 1202, dans laquelle Jean sans Terre leur écrit, comme aux représentants réguliers du Château, pour les prévenir qu'il s'est emparé de la personne du vicomte de Limoges, et qu'il le retient captif ^'\ Ainsi dès le début du xiii*^ siècle, les consuls avaient un caractère légal vis-à-vis de la monarchie anglaise. Aux yeux de l'abbé de Saint-Martial, ils n'étaient encore que les chefs, que les instigateurs de la populace révoltée. On le vit bien quand, en 1203, l'abbé Hugues fit la paix avec les bourgeois; il traita directement avec eux, et refusa de passer par l'intermédiaire des consuls ^^K

Quelques années plus tard, il fut pourtant obligé de transiger. Lorsqu'il s'engagea, en février 12 12, à payer une redevance annuelle de

1. Cette lettre de 1202, qui a été publiée par M. Guibert (Doc. sur Vhist. municip, de Limoges y t. I, p. 117), est le plus ancien texte qui, à notre connaissance, fasse mention des consuls du Château. On lit pourtant dans les Continuateurs de la Commémorât io (éd. Duplès-Agier, p. ii) que Tabbé Amblard (ni 5-1 143) ordonna aux Consuls de rebâtir les murs de la ville: « praecepit consulibus ut facerent muros et fossatos ». Mais, comme cette phrase a été écrite bien après les événements et qu'aucun document ne cite les consuls avant le xiii* siècle, nous doutons fort qu'il faille en tenir compte. Nous croyons que le mot coiisuîibus a été employé un peu au hasard, par un scribe qui, écrivant à une époque où des consuls administraient la ville, a trouvé naturel de les faire intervenir dans cette occasion.

2. « Cum inter abbatem* et monachos S. Martialis Lemovicensis et ejusdem castri burgenses » (Recueil des Histor. de France^ t. XVIII, p. 226).

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10 livres pour l'entretien des remparts, il fut contraint dans une certaine mesure de passer par l'intermédiaire des consuls. Il fit semblant de ne les considérer que comme les mandataires de la population; il dut néanmoins entrer en composition avec eux, et, dans l'accord qui résulta des négociations, ceux-ci figurèrent avec leur titre en tête des nombreux bourgeois, énumérés dans la pièce ^'\ Dès la fin de cette même année, l'abbé ne put tarder davantage à reconnaître officiellement la Commune. Quand, en décembre 12 12, il ouvrit de nouvelles négociations au sujet des fortifications, il ne put plus s'entendre directement avec les bourgeois; il dut discuter avec les consuls et ceux-ci participèrent seuls au nom de la ville tout entière dans l'accord qui fut conclu le 23 décembre ^^\

La commune insurrectionnelle du Château, qui existait en fait comme celle de la Cité depuis la fin du xii*^ siècle, fut donc officiellement reconnue en 1212 par l'abbé Hugues. Pendant longtemps encore, les abbés de Saint-Martial ne voulant point accepter cette situation nouvelle, essayèrent sans succès de jouer un rôle politique. Il en résulta des discussions et des luttes que nous aurons à raconter. Mais nous pouvons dès maintenant faire remarquer, que l'autorité des abbés, déjà fort ébranlée par les vicomtes de Limoges, fut définitivement compromise du jour où les consuls régnèrent en maîtres dans la ville.

1 . Dans le préambule de cette pièce, il n'est point parlé des consuls, qui sont mentionnés seulement dans le corps de l'acte : « Ipsi vero burgenses G. Drulas (?),... de Axia, P. Upaina, Joans de Albusso, W, Faurez, Johannes Joi de Dieu, P. Deus(?),... deu Clauzeus, Joans Bariol, qui erant consules tune temporis, Hugo.., P. Borses, W. deu Peirat, deu Pescher, Joan deu Peirat [suivent une quinzaine d'autres noms].... W. de Sancto Ilario, qui présentes aderant pro se et tota villa, ... abbatem et conventum et suos in perpetuum quittaverunt » (Bibl. Nat., ms. latin 5245, fol. de garde). — Ce texte inédit est, à notre connaissance, le premier qui'donne les noms des consuls de Limoges.

2. Les consuls sont traités dans l'acte de 121 2 d'une façon toute différente : « Cum questio verteretur inter dominum Hugonem abbatem et conventum Sanai Marcialis ex una parte, et Alexandrum, Johannem de Peirato, Hugonem Bonabursa, P. de Bré, Heliam Marcialis, S. Marcelli, P. Durei, Jacobum Sever, B. Vincentii, J. Boti, tune castri Lemovicensis consules et univcrsitatem totius ville ... » (Guibcrt, Doc. sur Vhist. muuicip. de Limoges ^ 1. 1, p. I2i).

LA SUCCESSION DE l'ABBÉ HUGUES II9

La succession de Vahbé Hugues de Brosses.

L'abbé Hugues de Brosses, épuisé par les luttes qu'il avait dû soutenir, depuis le jour où il avait assumé la lourde charge de gouverner le monastère de Saint-Martial, tomba gravement malade dans le courant de Tannée 1213. Il assistait au chapitre du jeudi saint (11 avril), quand tout à coup il eut un éblouissement et se trouva mal. Il parvint à reprendre rapidement ses sens ; mais, au lieu de se reposer, il voulut assister encore à l'office de nuit. Ses forces le trahirent; il tomba gravement malade, et pendant de longs mois les médecins s'empressèrent autour de son chevet sans pouvoir améliorer son état. Les affaires du monastère pendant ce temps furent absolument délaissées. L'abbé était trop souffrant pour pouvoir s'en occuper utilement; mais, il escomptait sa prochaine guérison, et, malgré Iqs instances des moines, ne voulait point se démettre de ses fonctions abbatiales ^*\

Cette fâcheuse situation durait depuis plus d'un an, quand, passant par Limoges, un chapelain du roi d'Angleterre nommé Alelme, s'arrêta au monastère de Saint-Martial. Le chapitre le traita avec une grande courtoisie ; il lui accorda même sa societas, c'est-à-dire le droit de participer à toutes les grâces spirituelles de l'abbaye et d'avoir, lors de sa mort, un service dans la basilique du Sauveur. Mais Alelme n'était qu'un intriguant, qui, se mettant en tête d'obtenir la succession de l'abbé Hugues ^^\ prolongea son séjour, pour se lancer immédiatement dans toutes sortes d'intrigues. Les événements favorisèrent bientôt ses projets ambitieux ^^\

Un de ses compatriotes, en effet, le légat du pape, Robert de Cour-

1 . a Cumque [abbas] per annum integrum medicis non posset sanari,vergebat istud caenobium ad detrimentum, cum nec ipse illud gubernare sufficeret, nec.a fratribus monîtus regimini resignare vellet » (Continuateurs de la Commemoratio, éd. Duplès-Agier, p. 16). ,

2. « Alelmus ... Régis paenitenciarius ad nos veniens, societatem nostram in capitulo obtinuit et stgtîm ad abbatiam adipiscendam anelare cepit » (ibid.).

3. Le récit des événements qui vont suivre est emprunté à un curieux passage de la Chronique de Bernard Itier (éd. Duplès-Agier, p. 94 à 97). Bernard Itier, étant à cette époque bibliothécaire de Tabbaye, a été le témoin oculaire de la plupart des événements qu'il rapporte. — Voir égalem,ent les continuateurs de la Commémorât io (éd. Duplés-Agier, p. 16 à 20).

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çon, cardinal au titre de Saint-Étienne in Monte Cœlio, \nnt dans le Limousin au mois d'août 12 14, pour prêcher la croisade contre les Albigeois. L'évêque de Limoges ^'^ et plusieurs personnalités ecclésiastiques ou laïques prirent la croix. L'abbé Hugues, malgré sa maladie, suivit leur exemple avec dix de ses religieux, espérant ainsi se concilier les bonnes grâces du légat. Cela ne servit de rien. Alelme en effet avait circonvenu Robert de Courçon dés les premiers jours, et lui avait fait un tableau saisissant de Tétat d'anarchie qui régnait dans Tabbaye. Le légat résolut donc de déposer Tabbé Hugues et ne trouva rien de mieux que de nommer à sa place Alelme. Pour revêtir de formes régulières cette décision arbitraire, il convoqua le chapitre et demanda aux moines d'abdiquer leurs droits en ses mains et de s'en rapportera lui pour leur donner un abbé^*\

Les moines, jaloux de leur indépendance, refusèrent d'aquiescer à cette proposition, malgré les instances de l'abbé Hugues, qui comptait probablement être amplement dédommagé de son prétendu désintéressement ^^\ Devant cette résistance imprévue, le légat n'osa violer ouvertement les règles canoniques ; il respecta la volonté des religieux, confirma l'abbé Hugues, mais, avant de quitter Limoges, parvint à lui extorquer quelque 60 livres tournois ^^\

Deux mois plus tard il revint brusquement sur sa décision. Pour prévenir toute résistance, il convoqua à Poitiers l'abbé Hugues et les principaux dignitaires de l'abbaye qui se rendirent aussitôt à son appel. Il leur signifia alors qu'il venait de casser leur abbé et nommer Alelme en son lieu. Les moines firent entendre de vives protestations. L'évêque de Limoges, n'entendant pas se prêter à ces actes arbitraires, refusa même de donner au nouvel abbé l'institution canonique. Robert de Courçon passa outre et s'adressa à l'évêque d'Angoulême ^^\

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