‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 191 sur 470 · Le prévôt Fault et le chanoine Dubost · texte numérisé non relu

Le prévôt Fault et le chanoine Dubost

4. Nous avons eu connaissance de cette lettre grâce à une obligeante communication de M. Laruc-Dubarrw

Les corps constitués du Limousin, la municipalité du Château, le bureau des finances, la juridiction consulaire, protestèrent avec indignation contre le projet du chapitre de Saint-Étienne ^'^ De leur côté, les chanoines de Saint-Martial présentèrent leur défense dans un plaidoyer fort habile ^^\

Ils représentèrent respectueusement à l'Assemblée du clergé que leur abbaye était « la plus ancienne du royaume », qu'elle avait été de tout temps protégée et soutenue par les rois de France, depuis Pépin le Bref ou Louis le Débonnaire, jusqu'à François I^' ou Henri IV. a Elle est, a disaient-ils, dépositaire du chef de saint Martial, l'une des plus authencc tiques reliques de ce royaume ^'\ La basilique est véritablement « l'église de la ville. Le corps municipal y a des droits incontestables, a la juridiction consulaire y fait célébrer toutes ses fêtes ^-^^ et tous les a citoyens y trouvent au besoin et en abondance toute espèce de

a secours spirituels Ainsi placée au centre de Limoges et au milieu

« de ses habitants, l'église de Saint-Martial, pour se servir d'une a expression de François I*', décore utilement la ville de Limoges. « Elle est sans contredit de toutes les églises la plus fréquentée. « Aucune autre ne peut dans l'état actuel des choses.... la remplacer « sous aucuns rapports. L'église cathédrale ne le peut, et le pourra « moins encore qu'aucune autre, séparée de la ville par un faubourg « très long ^^\ et située dans un quartier peu ou point fréquenté ».

Convaincue par ces justes arguments, l'Asseihblée du clergé ne fit pas droit à la requête du chapitre de Saint-Étienne ^^K L'abbaye de Saint-Martial ne fut sauvée pourtant que pour quelques années.

1. BtdUtin de la Soc. archêol. du Limousin^ t. XXXIX, p. 685.

2. C'est la protestation du chapitre, dont nous parlions plus haut, et que possède M. Larue Dubarry.

3. Sans discuter la question de l'authenticité du chef de saint Martial, nous ferons remarquer que cette relique fut perdue pendant un certain temps, et retrouvée seulement en l'année 1 1 30. (ÎBemard Itier, éd. Duplès-Agier, p. 53).

4. La paroisse du corps municipal, selon M. Leroux, était l'église Saint- Pierre-du-Qpeyroix.

5. Ce faubourg, appelé au siècle dernier l'Entre-Deux- Villes, faisait communiquer la Cité et le Château. Ces deux agglomérations se sont fondues de nos jours dans une ville unique.

6. Nous avons longuement cherché aux Archives Nationales^ dans les procès-verbaux de l'Assemblée du clergé, une décision à ce sujet ; nous n'avons pas pu la trouver. Mais l'Assemblée s'est certainement occupée de la question, comme le prouve une lettre écrite par un chanoine de

En 1787 en effet, les prodromes de la Révolution commencent à se manifester. Les États provinciaux ressuscites, se rendent impopulaires en votant des impositions nouvelles ^'^ en n'émettant que des plaintes stériles. Tout à coup le mot magique des États généraux est jeté dans la foule. Répété de bouche en bouche avec un enthousiasme croissant, il apparaît comme la panacée universelle des maux dont souffre la nation. Le faible Louis XVI, après avoir longtemps hésité, finit par céder devant la poussée de l'opinion publique, et consentit à convoquer les États généraux pour le mois de mai de Tannée 1789.

Le Limousin accueillit avec joie le décret du roi. Plus que toute autre province, il était pauvre, ignorant, écrasé d'impôts ^^\ Ses cahiers de doléances s'occupèrent donc surtout de questions matérielles et de réformes fiscales. Au point de vue religieux, le seul qui doive nous occuper ici, ils s'accordèrent à réclamer des réformes, à demander que le clergé payât sa part des contributions du pays, que la pluralité des bénéfices fût prohibée, que leurs titulaires fussent astreints à la résidence, que le sort des curés et desser\^ants fût amélioré.

Bien peu se montrèrent plus exigeants, et la corporation des notaires, — qui r^ût cru ? — , fut un des rares corps constitués qui réclama des mesures plus, radicales. Elle inscrivit en effet parmi ses doléances a qu'il paroîtroit à propos d'aliéner tous les biens ecclésiastiqties, et « sur le produit assigner des pensions à chaque individu, tout comme a de supprimer toutes les abbayes commendataires et prieurés royaux, a Et pour ne pas dépouiller les titulaires actueis, on pourroit leur « donner en pension l'équivalent du revenu ^^^ ». C'était somme toute la conversion des domaines du clergé en biens nationaux. Mais les vœux des notaires ne trouvèrent pas d'échos en Limousin. La population tout entière bien qu'elle désirât supprimer les abus, si

Tours au chapitre de Saint-Martial, pour le féliciter d'avoir obtenu gain de cause (Arch. du Grand séminaire de Limoges, ms. no 13, p. 706).

.1. Le Limousin eut ses États provinciaux, auxquels fut délégué Tabbé de Saint-Martial. Mais ils n'aboutirent à aucun résultat (Bulletin de la Soc, archéoL du Limomin, t. XI, p. 102).

2. Malgré les réformes que Turgot avait introduites dans la province pendant qu'il en était intendant (i 761-1774).

3. M. Leroux a publié le cahier des doléances des notaires dans les CaJners des corporations du. Limousin aux Etals généraux (Nouveaux docutiunts historiques sur le Limousin^ t. I, p. 45).

nombreux dans rorganisation ecclésiastique, n'entendait nullement porter atteinte au clergé lui-même, ou à la cause de la religion.

De Tabbaye de Saint-Martial, il ne fut pas fait de mention particu-î liére. Elle était en effet soumise à la règle commune. Le spectacle des abbés commendataires, plaidant constamment pour de vaines questions de préséance, n'était certes pas édifiant ; les cens et redevances, exigés par la collégiale avec d'autant plus de rigueur que leur valeur diminuait de jour en jour, étaient sans doute fort peu populaires. Mais l'opinion publique restait sincèrement attachée à l'abbaye qui conservait les reliques de saint Martial, le premier évéque et le patron de Limoges.

Telles étaient les dispositions du Limousin au commencement de l'année ,1789. On sait avec quelle rapidité les événements se précipitèrent. La maladresse du roi, l'hostilité de la cour, les hésitations du ministère, donnèrent confiance aux députés; formés en Assemblée constituante, en quelques séances mémorables ils renversèrent l'édifice social de l'ancien régime, et ébranlèrent le trône des Bourbons.

Suppression de la collégiale efi 1791.

L'Assemblée constituante se montra tout particulièrement énergique dans les questions religieuses. Dès le commencement de 1790, elle sonda les abus, eh exigeant de tout ecclésiastique la déclaration de ses revenus ^'K Quelques mois plus tard, elle coupa le mal dans ses tacines, et supprima tous les bénéfices.

'C'en était donc fait de toutes les abbayes du royaume. Les décrets de la constituante, votés d'enthousiasme, furent mis de suite à exécution. Dés le mois de novembre de cette môme année 1790, le chapitre de Saint-Martial fut officiellement invité à se dissoudre sans tarder, et à quitter la collégiale qui allait être démolie sous peu. ' Autant nous avons blâmé maintes fois la conduite des chanoines, autant nous deVons reconnaître qu'ils agirent dans cette douloureuse circonstance avec autant de tact que de modération. Ils se devaient à

I. L*abbé de Saint-Martial, quoique malade, remît dès le 23 février la déclaration exigée par la G)nstituante. (Legros Arch. du Grand séminaire de Limoges, ms. n© 12, p. 391).

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eux-mêmes, au moment de se séparer pour toujours, d'affirmer une dernière fois leur vénération pour saint Martial, leur attachement i la collégiale, leur soumission à la volonté divine. Ils remplirent ce pieux devoir dans un manifeste touchant qu'ils adressèrent aux officiers de la nouvelle municipalité.

« Profondément affligés, disaient-ils, des décrets que vous venez de « nous signifier, nous tous soussignés, abbé, prévôt, chantre et chaa noines de Saint-Martial, devons à notre institution civile et cano- « nique et à la religion de notre serment, que nous avons prêté le jour a de notre installation, de manifester aujourd'hui notre attachement a inviolable à l'Église et chapitre de Saint-Martial, notre douleur pro- « fonde d'être forcés de nous en éloigner, notre désir sincère de pouvoir oc continuer jusqu'à la mort les fonctions saintes que nous y remplis- « sions, et nos tristes alarmes sur la suppression d'une église des plus « anciennes du royaume... Nous obéissons aux décrets impénétrables « et rigoureux de la Providence, avec la résignation, la foi et l'espé- « rance des chrétiens. Nous nous sommes même fait une loi, consim gnée dans nos registres, de ne nous permettre dans ces jours de notre a désolation ni plaintes, ni murmures, qui répétés dans le public, oc pussent altérer le calme des esprits parmi les citoyens. Par prin- « cipes religieux et civiques, nous serons fidèles à cet engagement, oc sans cependant que ce silence de sagesse puisse jamais être pris oc pour un consentement de notre conscience à l'extinction de nos oc titres canoniques.

« A ces justes expressions de nos sentiments, que nous déposons oc dans vos cœurs et dans les cœurs de tous les citoyens religieux, ce nous joindrons les plus vives instances, pour que vous employiez oc tout votre zèle et tout votre pouvoir au maintien du culte solennel a de l'Apôtre de l'Aquitaine et à la conservation de ses précieuses « reliques, dont le dépôt nous était confié, à l'acquit des fondations ce multipliées dans cette église, dont notre conscience était chargée, ce et à assurer le respect dû à cette antique basilique et l'inviolabilité a des tombeaux où reposent les cendres de nos pères ^'K »

I. Déclaration imprimée du 18 novembre, conservée aux Archives de la Haute- Vienne (liasse L348).

L'abbé et tous les chanoines, sauf M. de Pu3rfFerat qui avait accompagné à Paris Tévêque de Limoges, député aux États généraux, signèrent cette déclaration si simple et si digne, et l'envoyèrent aux officiers municipaux, le i8 novembre ^'\

Quelques jours plus tard, le 29, un arrêté du directoire du département de la Haute-Vienne supprima la collégiale, et invita la commune de Limoges à désigner sans délai une église de la ville pour déposer la châsse de saint Martial. Ce fut l'église Saint-Michel-des-Lions qui fut choisie, et la date de la translation des reliques fut fixée au 17 décembre ^^K

Les ofiîciers municipaux voulurent donner un grand éclat à la cérémonie. Ils firent placarder dans toutes les rues les arrêtés du directoire et de la commune ^^\ en les faisant précéder d'un curieux préambule, dans lequel ils louaient les mérites de saint Martial, « de cet Homme « Apostolique qui vint le premier, au péril de sa vie, porter [à nos con- « citoyens] le don inestimable de la foi, ce protecteur puissant auprès « de Dieu, qui, toujours notre refuge dans les calamités publiques, est « souvent... le remède à nos maux ».

Mais, disaient-ils, « des circonstances auxquelles tout bon citoyen se « fait gloire de céder, accélérèrent la suppression de ce temple que le a temps même auroit bientôt détruit ^^\ La gloire de notre Apôtre a n'en sera pas diminuée. Nous lui rendrons toujours le même culte, a et il sera toujours au milieu de nous ».

Ainsi s'exprimaient les membres de la première municipalité révolutionnaire de Limoges à la fin de l'année 1790. Leurs actes furent d'accord avec leurs paroles. La commune tint en effet à célébrer la translation des reliques de saint Martial avec une pompe et un éclat remarquables. Elle invita à la cérémonie tous les corps constitués de la ville et du département, les administrateurs du district, les juges du tribunal et de la juridiction consulaire, la garde nationale, la maré-

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