‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 206 sur 470 · Sacrista camere · texte numérisé non relu

Sacrista camere

3 . Uabbaye recevait des enfants et des novices que leurs parents destinaient à embrasser la vie religieuse. Le célèbre chroniqueur Bernard Itier était ainsi entré à Saint-Martial, dès Tâge de quatorze ans (Duplès-Agier, Chroniques de Saint-Martial , p. xv).

212 DES DIGMITAIRES CLAUSTRAUX

jouissance absolue, et dont il finit par pouvoir disposer à son gré et aussi librement que s'il en était propriétaire ^'\

Nous étudierons plus loin les conséquences économiques qu'entraîna cette transformation. Bornons-nous à constater pour l'instant qu'elle produisit des résultats bien contraires aux préceptes de la régie bénédictine. Les dignitaires de l'abbaye devinrent des personnages considérables. Ils gérèrent librement leurs revenus, à condition de remplir fidèlement les devoirs de leur office, et purent même aliéner certaines de leurs rentes, ou en acheter de nouvelles, selon leur bon plaisir. Ils se rendirent ainsi totalement indépendants de l'abbé ou du chapitre, contre lesquels ils ne se gênèrent pas pour plaider à l'occasion '". L'abbaye était tombée dans une profonde décadence à la suite des guerres anglaises. C'est à peine si, à la veille de la sécularisation, elle pouvait rassembler les ressources nécessaires pour nourrir trentecinq moines environ ^^\ Le nombre des dignitaires claustraux qu'elle renfermait aurait dû, semble-t-il, diminuer dans des proportions analogues. Il n'en fut pourtant rien. Les offices, en effet, avaient acquis une sorte de personnalité morale, une existence propre, et ils ne pouvaient être supprimés qu'avec le consentement du Saint-Siège et du Roi. Mais, pour obtenir ce consentement et faire les démarches nécessaires, il en coûtait des sommes considérables, que les finances de l'abbaye étaient hors d'état de payer. Pour cette raison, à laquelle il convient d'ajouter la résistance des titulaires, bien peu d'offices purent être supprimés. Vingt-deux d'entre eux subsistaient encore au xvr siècle, ce qui est un chiffre manifestement exagéré'^*.

1 . C'est en étudiant les différentes pièces du fonds de Saint-Martial, conservées aux Archives départementales de la Haute-Vienne , que nous sommes arrivés à ces conclusions. On voit, en effet, que si, au xii« siècle, les dignitaires sont très rarement mentionnes dans les contrats, ils peuvent depuis le commencement du xiiic siècle, agir avec le concours de Tabbé. Quelque cinquante ans plus tard, ils font seuls les différents actes de la vie civile (Voir pour plus de détails, le chapitre I de notre III^ partie).

2. Le fonds de Saint-Martial (aux Arch. départ, de la Haute-Vienne) renferme bien des pièces se rapportant à des procès de ce genre.

3. Nous avons adopté ce chiffre de trente-cinq moines, après avoir compulsé les actes du fonds de Saint-Martial (notamment le registre coté H. 5492). Il est probablement trop éle\'é pour les quinze ou vingt dernières années qui ont précédé la sécularisation.

4. Comme on le voit en étudiant les pièces du xvi* siècle (notamment le registre H $492 aux Arch. départ, de la Haute-Vienne) qui énumèrent généralement tous les dignitaires de l'abbaye.

l'aumônier 213

Des offices claustraux.

Nous avons trouvé, dans un des manuscrits provenant de l'ancienne bibliothèque de Saint-Martial, une pièce fort curieuse concernant l'administration intérieure du monastère ^'\ Elle est inédite, mais, quoique incomplète, nous croyons qu'il n'est pas sans intérêt de la publier, et la donnons dans nos pièces justificatives ^*\ C'est en nous inspirant, pour une bonne part, des renseignements que nous y avons trouvés, que nous allons examiner avec quelques détails le fonctionnement des offices les plus importants du monastère. Bien entendu, nous ne nous arrêterons à donner quelques détails que sur les institutions particulières à Saint-Martial, et nous ne nous attarderons pas à répéter les faits déjà bien connus, qui se retrouvent également dans toutes les institutions monastiques de l'ordre de Saint- Benoît.

VAutnôfiier.

Dès les temps les plus reculés, les fidèles, cherchant dans la charité un moyen d'obtenir du Ciel la rémission de leurs péchés, firent de nombreuses donations au sanctuaire vénéré de toute la région, à Saint- Martial. La plupart de ces libéralités étaient primitivement faites à l'abbé, qui en disposait à son gré. Mais, dans la suite, les donateurs stipulèrent souvent des affectations spéciales, notamment en faveur des pauvres, affectations que l'aumônier du monastère fut chargé d'exécuter.

L'aumônerie devint ainsi un des offices claustraux les plus considérables et les plus richement dotés. L'on peut se faire une idée de l'importance de ses revenus en parcourant ses deux cartulaires^^^

1 . Ce manuscrit est conservé aujourd'hui â la Bibliothèque nationale (ms. latin 4720 a).

2. Sous le titre de : Notice des offices de Saint-Mariial. (Voir pièce justificative, no XXI.)

3. M. Leroux les a publiés dans ses Documents sur la Marclje et le Limousin (t. I, p. 2 et 17). Le premier date de la fin du xic siècle ; mais la plupart des pièces qu'il renferme sont antérieures à l'an 1000; quelques-unes, d'une ép)oquc plus avancée, sont en langue vulgaire (p. 4, 7, etc). — Le second date du xii« siècle.

214 l'aumônier

Ils remontent aux xr= et xii« siècle et bn voit figurer dans leurs colonnes les plus grands noms du Limousin, les vicomtes ou les évoques de Limoges, les Lastours ou les Laron ^'\ à côté de petites gens, voire même de pauvres paysans qui donnaient leur lopin de terre à Saint-Martial, en sollicitant comme une faveur rautorisation de le cultiver leur vie durant ^^\

L'aumônier faisait deux parts de ses ressources ^'^ : l'une était employée au jour le jour, et distribuée aux pauvres; l'autre, plus considérable était consacrée à entretenir un hôpital.

Les aumônes courantes, quoiqu'il soit malheureusement impossible de les évaluer même approximativement, se montaient à des sommes importantes. Nous savons ainsi que, au xiii^ siècle, l'aumônier nourrissait cent pauvres tous les dimanches de l'année, et pendant les quarante jours du Carême. Le Jeudi saint, il donnait une chemise à deux cents malheureux; à d'autres, il faisait cadeau de quelques pièces de monnaie. Lors de certaines grandes fêtes, comme le jour de Pâques, ou à la Pentecôte, il offrait à manger à tous ceux qui se présentaient^^*. Dans des circonstances spéciales, il procédait, en outre, à des distributions extraordinaires. Quand l'abbé partait en voyage ^5\ l'aumônier donnait du pain, de la viande, du vin même, aux indigents. C'était une façon touchante de prier le Seigneur de vouloir bien protéger sa route.

1. Notamment le vicomte Adémar 11(1052-1090), Tévêque Jourdan (1022-105 i),Adémar de Laron, Aimery de Lastours, etc.

2. Certains demandaient à Faumônier de vouloir bien en outre veiller à leur sépulture. Ainsi Géraud Bernard, après lui avoir donné son jardin, ajoute : « Et si de meo non tantum habuero, ab helemosynario sumptum exequendi funeris sperare debeam » (Leroux, ibid., t. II, p. 6).

3. L'aumônier, outre ses redevances en argent ou en nature, était propriétaire de plusieurs domaines ; il était même seigneur foncier de quelques villages, dans lesquels, à Saint -Denys-des- Murs par exemple, il faisait rendre la justice en son nom.

4. « In unaquaque dominica C pauperes indomo helemosinarie nostre reficiuntur, et in quadragesima quotidie C. In cena vero Domini CGC pauperes apud nos reficiuntur, quorum CC habent camisiam; et duos nummos, alii C. In die Parasceve et in die Resurrectionis, omnes querentes reficiuntur. » Ce passage est tiré d'une lettre deTabbé Hugues (i 1 98-1 214) où sont énumérées les oeuvres charitables dont Tabbaye avait la charge {Bulletin de la Société archéologique du Limousiny t. XXV, p. 402).

5 . Ce fut Tabbé Isembert à la fin xii* siècle, qui institua les revenus nécessaires pour subvenir aux dépenses de cette pieuse pratique (^Bulletin de la Société archéologique du Limousin, t. XLII, P- 339)-

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