LES MOINES
Bien des personnes pieuses contribuèrent inconsciemment à développer ces tendances regrettables. Dans leurs testaments, elles demandèrent souvent au chapitre de faire célébrer des messes au jour anniversaire de leur mort, et laissèrent une certaine somme d'argent à tous les religieux qui assisteraient à leur office. Cest ainsi que l'abbé Galhard, au début du xiv<^ siècle, légua à l'abbaye une rente suffisante pour permettre de donner à chacun des moines, qui participerait à son service commémoratif, une somme de 12 deniers ^'K Le cardinal de Chanac ^*^ se montra plus généreux encore. Il laissa en 1383 toute sa fortune au chapitre, à charge de faire célébrer tous les mois une messe pour le repos de son âme. Chaque religieux qui viendrait à cette messe devait recevoir 20 deniers ^^\
De semblables dispositions testamentaires étaient fréquentes. L'on devine aisément les conséquences qu'elles produisirent. Les moines prirent l'habitude d'avoir pour leur usage personnel des sommes d'argent de plus en plus considérables ; ils cherchèrent peu à peu les moyens de se soustraire aux obligations de la règle et perdirent l'esprit de pauvreté. A la fin du xv* siècle, ils allèrent plus loin encore et renoncèrent en fait à vivre en commun. Ils décidèrent que le pitancier et le sacristain, au lieu de leur distribuer, comme par le passé, des aliments et des vêtements en nature, leur donneraient à la place une somme d'argent. Sous ce nouveau régime, l'abbé dut arrêter tous les ans la liste des moines résidant dans l'abbaye ^^\ Ceux qu'il inscrivait reçurent une somme fixée à l'avance et suffisante pour leur permettre de pourvoir à leur entretien. C'est ainsi que quelques années avant la sécularisation, chaque religieux recevait du pitancier cent sous par an pour sa nourriture ^^^\ et 9 livres du camérier, pour ses vêtements ^^^