Arch. de la Haute-Vienne, liasse H
3. « Dum conventus crederet, quod Guillelmus dictus Tridoyna... faceret mesagium dictî prioratus [de Anesioj, ipse non comparait, nec aliquis pro eodem. Propter quod fuit illa die deffectus omnis victualium in conventu, et nullus comedit in reffectorario illa die... Item fuît similis deffectus per duos dies immédiate sequentes ; et postea... abbas dédit predictum prioratum de Anesio Helie d*Arbolieras, qui^tomplevit mesagium suum ». (Duplès-Agier. Chroniques de Saint-Martial f p. 199.)
le rx* siècle, Tune affectée spécialement à Tabbé et dite la mense abbatiale; l'autre aux moines, sous le nom de mense conventuelle. Nous ignorons le moment où cette réforme fut introduite à Saint- Martial ; elle ne put en tout cas empêcher certains abbés de distribuer à leurs proches les terres ou les églises dépendant de l'abbaye. Adémar de Chabannes parle avec une juste indignation de ces abbés séculiers, dont quelques-uns n étaient même pas tonsurés <'\
Les ressources de la mense conventuelle furent pendant longtemps affectées en bloc aux dépenses générales de la communauté, aux besoins des moines, à l'entretien des bâtiments claustraux, etc. Mais les 'dignitaires, qui avaient la charge de veiller aux différents services de l'abbaye, ne tardèrent pas à réclamer chacun un fonds de roulement particulier. Pour simplifier les comptes, ils reçurent, du chapitre la jouissance de certaines rentes ou redevances, qu'ils durent, percevoir sous leur responsabilité particulière, et employer pour subvenir aux dépenses de leur office. Dès lors, ils étendirent peu à peu leurs pouvoirs, et chacun d'eux finit par se constituer un véritable patrimoine.
Nous voyons par l'étude des documents diplomatiques, que le pitancier fut le premier à devenir autonome. Chargé en effet de pours'oir à la nourriture de nombreux moines, il devait avoir à sa disposition des sommes très considérables. Pendant la première moitié du xiii« siècle, il fut en quelque sorte dans la position d'un mineur émancipé. Il pouvait faire de son autorité privée tous les actes d'administration, tous ceux qui accroissaient sa fortune ^*^; mais il ne pouvait procéder à aucune vente sans l'autorisation préalable de l'abbé.
Les tiers eux-mêmes le considéraient dans une certaine mesure comme un incapable. Nous voyons par exemple, en 1241, un bourgeois du Château de Limoges, « Geoffroy Bruni », citer devant l'official l'abbé de Saint-Martial, et subsidiairement le pitancier, pour une fenêtre que
1 . Tels Gonsîndus à la fin du ixc siècle, et Aimery au milieu du x« siècle (Adémar de Chabanne. Commtmoratio abb. S. Marc. y éd. Duplès-Agier, p. 2 et 4. (Voir ci-dessus p. 56 et 63.)
2. Acheter des cens, par exemple, faire faire des reconnaissances par les propriétaires dont le fonds était grevé d*une redevance, recevoir des legs, constituer des anniversaires, etc. Les Arch. de la Haute-Vienne renferment une grande quantité d'actes de ce genre. (Voir notamment les liasses 9440 et 9441.)
ce dernier avait saisie ^'K Encore à la fin du xiii* siècle, le pîtancier était soumis à une certaine surveillance ; il n'avait pas le pouvoir de transiger. Ainsi, en 1296, il ne put prendre sur lui d'accorder à une dame Catherine la remise d'un cens qu'elle sollicitait ; en l'absence de l'abbé, il dut demander l'autorisation au prieur ^'\ A la fin du règne de Philippe le Bel, le pitancier était devenu tout à fait indépendant, et nous voyons par de nombreux actes qu'il pouvait dans tous les cas agir de son autorité privée.
Ce ne fut guère qu'au xiv^ siècle, que la plupart des dignitaires de l'abbaye finirent par avoir une dotation propre. Ils étaient restés plus lonjgtemps en tutelle, car ils avaient besoin de sommes beaucoup moins importantes pour remplir les devoirs de leur charge. Nous voyons par exemple, en 1321, l'abbé donner au camérier l'autorisation d'acheter des rentes sur différents domaines situés aux environs de Limoges *^*; encore en 1410, l'abbé ratifie un bail conclu par le sacristain au sujet du moulin et du village de Veyrines ^^\ Mais dès cette époque, il ne devait plus intervenir que dans les actes particulièrement importants, et au milieu du xv^ siècle tous les offices de l'abbaye jouissaient certainement d'une personnalité propre. Leurs titulaires avaient une entière autonomie, ils géraient eux-mêmes ou affermaient leurs revenus à leur gré ^^\ et, quand leurs intérêts l'exi' geaient, ils n'hésitaient pas à citer devant l'official, ou même devant les juridictions laïques, l'abbé, le chapitre, tel ou tel dignitaire ^^\ Nous n'avons pas à rappeler quelles furent les déplorables conséquences entraînées par cette organisation. Les moines violèrent leurs vœux de
1. Sentence de Tofficial de Limoges déboutant G. Bruni de sa demande, le 6 des îdes de Mars 1241 (Arch. de la Haute- Vienne, liasse H 9440).
2. Reconnaissance par dame Catherine, veuve de Jacques Germain, bourgeois du Chiteau, d*une rente de quarante sous, qu'elle doit payer annuellement au pitancier, mais dont le prieur et le pitancier lui ont fait remise pour une période de cinq ans. (14 des kal. de juillet 1296. Arch. de la Haute-Vienne, liasse H 9440).