‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 259 sur 470 · Arch. de la Haute- Vienne, liasse H · texte numérisé non relu

Arch. de la Haute- Vienne, liasse H

4. Ce bail a été analysé au xviiic siècle dans les Gros Répertoires de Tabbaye (Arch. de la Haute-Vienne, registre H 9470, p. 435).

5. Voir, par exemple, le bail des revenus de la pitancerie en 1485 (Arch. de la Haute-Vienne, liasse H 5 1 5 1).

6. La liasse H 3889 aux Arcli. de la Haute-Vienne renferme plusieurs procès de ce genre.

pauvreté et d'obéissance, ils perdirent peu à peu l'esprit religieux, et durent être sécularisés en 1535.

. Au point de vue économique, il en fut autrement. Du jour où l'ancienne mense capitulaire eût été répartie presque complètement entre les différents titulaires des offices claustraux, chacun d'eux eut un intérêt propre, immédiat, à faire valoir son patrimoine, à faire rentrer exactement les redevances qui lui étaient dues. Il nous paraît hors de doute que dans les temps troublés des guerres anglaises, la majeure partie des revenus de l'abbaye auraient été perdus, si, au lieu d'être la propriété individuelle des différents dignitaires, ils avaient été gérés directement par la communauté, c'est-à-dire par un être moral plus ou moins irresponsable.

Le chapitre, en effet, avait réparti entre les différents offices de l'abbaye presque toutes les redevances de l'ancienne mense conventuelle; il n'avait conser\^é pour son usage qu'une dotation insignifiante. Nous savons, par les Gros Répertoires de Saint-Martial ^'\ que sur 612 cotes de rente appartenant au monastère au début du xvi*^ siècle, 563 étaient affectées aux dotations particulières, soit du pitancier, soit du sacristain, soit d'un autre dignitaire; 49 seulement étaient restées à la disposition du chapitre. Cette situation, qui existait vraisemblablement depuis plus d'une centaine d'années, n'était pas sans entraîner certains inconvénients. Les moines n'ayant réservé que des sommes insignifiantes pour l'usage général de la communauté, laissèrent la basilique et les bâtiments claustraux se dégrader peu à peu, faute d'entretien.

Comment le chapitre plaçait ses capitaux disponibles.

Au temps de sa plus grande prospérité, c'est-à-dire pendant le xii<^ et le xiii® siècles, le monastère était loin de consommer tous ses revenus

I. Les Gros Répertoires de Tabbaye (Arch. de la Haute-Vienne, reg. H 9469 et 9470) contiennent Ténumération de toutes les rentes possédées par le chapitre au xviiic siècle. Nous voyons qu'elles remontaient presque toutes au moyen âge, et, comme les titres concernant chacune d'elles sont scrupuleusement analysés dans leur ordre chronologique, nous avons pu établir d'une façon très exacte les chiffres ci-dessus.

dans les dépenses courantes; il lui restait fréquemment des disponibilités importantes. Tantôt l'abbé les utilisait à élever de nouvelles constructions ^'^; tantôt, au contraire, il les mettait soigneusement de côté.

Les gens du moyen âge, comme on sait, usèrent pendant longtemps d'un mode assez primitif de placer leurs capitaux. Ils les employèrent à faire faire de riches pièces d'orfèvrerie, des objets d'or ou d'argent, qui avaient sous un faible volume une grande valeur intrinsèque. Quand une guerre éclatait, ces objets pouvaient être rapidement cachés, soustraits aux atteintes de l'ennemi; quand par contre, leurs propriétaires avaient besoin d'argent, ils pouvaient être vendus, et trouvaient facilement un acheteur.

On a remarqué depuis longtemps que les trésors des églises, parfois si considérables, étaient constitués en partie dans ce but. Il devait en être ainsi à Saint-Martial, dont le trésor fut pendant longtemps d'une très grande richesse. Geoffroy de Vigeois, qui nous raconte comment il fut pillé en 1182 par Henri le Jeune ^^\ évalue pour lors sa valeur à quelque vingt-deux mille sous. En tenant compte de la dépréciation de la livre tournois, et de la diminution du pouvoir de l'argent, ces vingt-deux mille sous équivaudraient de nos jours à une somme d'environ cent cinquante mille francs. Cette perte était importante pour l'abbaye ; mais nous voyons par un inventaire publié par M. Duplès- Agier ^'\ que dès la première moitié du xiii« siècle, le trésor avait été reconstitué grâCe aux efforts du sacristain Guillaume la Conche ^^K

Il n'est pas besoin d'insister longuement pour montrer les inconvénients qu'il y avait à condenser les capitaux dans des objets concrets, absolument improductifs d'intérêts. Aussi les moines de Saint-MartiaU à l'instar de leurs confrères de tous les monastères de France, aban-

1. Nous verrons plus loin (ch. III de la IV« partie) que le monastère de Saînj^Martîal fut entièrement rebâti au xiiic siècle, sur un nouvel emplacement.

2. Geoffroy de Vigeois (éd. Labbe, Nova Bihl. mss. t. II, p. 335). Voir d-dessus, chapitre V de la I« panie.

3. Duplès-Agîer, Choniques de Saint-Martial y p. 309 et ss. — Cet inventaire a été rédigé au temps de Tabbé Raymond Gaucelm (i 226-1 245). Il comprend la liste de tous les ornements liturgiques, chasubles, chappes, etc., que possédait Tabbaye ainsi que, toutes ses pièces d'orfèvrerie ou d'argenterie, calices, croix, phylactères ou autres.

4. M. Duplès-Agier (Chroniques de Saint-Martial y p. 300 et ss.) a publié une série de pièces se rapportant à Guillaume la Conche, et montrant le rôle qu'il a joué.

donnèrent-ils ces procédés rudimentaires au xiii« siècle et imaginèrentils d'acheter des cens sur différentes terres. Ils trouvèrent ainsi le moyen de faire fructifier leur argent, sans s'exposer aux foudres de l'Église, qui, interprétant mal un texte de l'Évangile ^'\ proscrivait rigoureusement le prêt à intérêts. Les capitaux, ainsi, ne restèrent pas stagnants; ils circulèrent, et furent également profitables à fous. Le censitaire put employer le prix, auquel il avait vendu son cens, à introduire sur ses terres des améliorations avantageuses; les moines eurent tous les ans la jouissance d'une rente plus ou moins importante.

L'abbaye utilisa couramment ce mode de placement : quand, par exemple, à la fin du xiv*^ siècle, les cardinaux de Chanac et d'Aigrefeuille lui eurent légué toute leur fortune, elle l'employa à acheter des quantités de rentes considérables. Plusieurs registres des Archives départementales de la Haute-Vienne, les Gros Répertoires du monastère entre autres, renferment toute une série de contrats passés à ce sujet ^^K Ils montrent d'une façon évidente que ces rentes étaient de véritables valeurs mobilières. Elles pouvaient s'acheter ou se vendre, comme nos titres de Bourse actuels, et furent très usitées jusqu'à la Révolution.

1. « Mutuum date, nihil inde repetentes » (Saint Luc, chap. VI, verset 35).

2. Voici par exemple un de ces contrats. Le 23 décembre 1384, le damoiseau Aymery de la Roche vendit à Tabbé de Saint-Martial, Géraud, moyennant un prix de 50 livres, une rente de soixante sous, destinée à être employée pour entretenir les vicairies, et célébrer les anniversaires qui avaient été établis par le cardinal de Chanac aJ o/>m 5 vicariarnm et anniversariorum. (Arch. de la Haute- Vienne liasse, H 9443.)

Page 1