‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 26 sur 470 · Analecta Bolîandiana, t. XVI, p. 501 et ss · texte numérisé non relu

Analecta Bolîandiana, t. XVI, p. 501 et ss

4. Mgr Bellet est un champion trop ardent de Tapostolicité des diocèses des Gaules, pour que les arguments du P. de Smet ait pu faire grande impression sur son esprit. Il a publié tout récemment un ouvrage important (Les origines des églises de Frattce) pour combattre les idées de M. Tabbé Duchesne. Il était donc naturellement porté à croire à l'ancienneté de la Vie primi^ tive de saint Martial, et ses études sur le cursus n'ont pu que fortifier ses convictions antérieures. Ce sont ces convictions — et non des arguments d'ordre scientifique — qui Tont porté à dater cette vie du vi* siècle plutôt que du vue, quoique le cursus ait été couramment employé jusque vers 650 ; mais il fallait bien pour l'harmonie de sa thèse générale, que la vie de saint Martial ait été composée avant l'époque où Grégoire de Tours écrivait sa fameuse phrase sur la mission des sept évoques I

5. Bellet, La Prose rythmée et la critique hagiographique, p. 23 et ss.

Il reste dès lors bien établi qu'il est impossible de dater un document littéraire à l'aide du cursus seul, et Ton ne saurait, sans autre preuve, faire remonter au vi« siècle la Vie primitive de saint Martial.

M. Tabbé Arbellot, pour établir l'ancienneté de cette vie, a eu recours à d'autres arguments, qu'il convient d'examiner également.

11 a fait remarquer avec raison que la dernière phrase de la Fie primitive et trois des miracles qui l'accompagnent dans les plus anciens manuscrits, se retrouvent presque textuellement dans le De gloria Coîp-

fessorum, et de là il a déduit que Grégoire de Tours avait dû en avoir connaissance ^'K Cette conclusion est inadmissible. Comment supposer en effet qu'un écrivain consciencieux comme Grégoire de Tours ait connu cette vie et qu'il ait passé sous silence un fait aussi important que la mission donnée par saint Pierre à saint Martial?

On comprend fort bien par contre, que l'auteur de la Vie primitive ait donné comme appendice à son récit les trois miracles du De Gloria conjessorum. Ils étaient fort édifiants et s'accordaient à merveille avec la prétendue apostolicité du premier évéque de Limoges. Nous n'hésitons donc pas à nous rallier à l'opinion de M. l'abbé Duchesne ^^\ et nous sommes convaincus que cette vie de saint Martial est postérieure au temps où écrivait Grégoire de Tours.

Quant à la vie de saint Alpinien, elle est certainement antérieure à 851, car cette année-là, les reliques du saint furent enlevées de la crypte de Saint-Martial, où elles avaient reposé jusqu'alors, et transportées à Ruffec ^'^. Or elles étaient encore à Limoges, quand écrivait l'auteur anonyme de cette vie ^^\ Peut-on aller plus loin et préciser davantage la date à laquelle elle fut composée ? La sécheresse de la rédaction et la médiocrité du style nous autorisent à la croire fort ancienne. Elle concorde de plus dans ses traits essentiels avec les données du De gloria confessorum, et ne parle pas de la prétendue mission donnée par saint Pierre à saint Martial ; on n'y relève qu'une

1. Arbellot, Étude bist. sur Vanc, vie de saint Martial, p. 14. Le texte de la Vie primitive et celui de Grégoire de Tours sont publiés en regard l'un de l'autre.

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