Voir ci-dessous, chap. IIL
2. Quand le Christ ressuscita Lazare « sanctissimus Martialis cum Domino interfuit ». (Édit. de Gray-Birsch, p. 7).
3. C'est lui qui, avec d'autres disciples, apporta au Christ Teau et les linges nécessaires : « sanctissimus vir Martialis ad serviendum fuit deputatus cum Cleopha ac multis aliis discipulis, ut ea quae... necessaria essent, ipsi supplerent..., aquam et lintheamina ad discipulorum pedcs abluendos et detergendos » {Ibid.^ p. 7).
4. Lorsque le Christ s'éleva dans les cieux en bénissant ses disciples : « Memoratus vir Martialis cum aliis discipulis a Domino benedici meruit » (Jbid., p. 8).
5. Il reçut le pouvoir de baptiser les nations avec saint Pierre et les autres apôtres (Jbid., p. 7 et 8).
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verse les idoles, et établit le berceau de sa cathédrale dans un temple dédié à Jupiter. Les populations émues par sa parole embrassent en foule la religion du Christ. Parmi les fidèles se distingue une jeune fille du nom de Valérie ^'\ qui non seulement se convertit, mais, prenant à la lettre les préceptes de TÉvangile, abandonne ses biens aux pauvres et refuse d'épouser le fiancé auquel elle était promise, un païen qui la fait décapiter pour se venger. Ce païen peut du reste se permettre impunément un pareil crime; ce n'est pas, en effet, un personnage quelconque, c'est le duc Etienne, prince des Gaules, dont l'autorité s'étend des Pyrénées à la Loire ! Le duc finit pourtant par être touché de repentir et devenu chrétien, il expie ses péchés dans la pénitence et les bonnes œuvres. Qjaant à saint Martial, il reçoit l'avis miraculeux de sa fin prochaine, et meurt après une vie bien remplie le II des kalendes de juillet, Tan III de la 2i2« Olympiade ^'^ (30 juin
Telle est la nouvelle vie de saint Martial, comme elle nous est
racontée par le pseudo-Aurélien. Tout le monde s'accorde aujourd'hui à reconnaître qu'elle est apocryphe ; M. l'abbé Arbellot l'admet luimême, <^^ mais il recule la date de sa composition jusqu'au ix^ siècle. Nous la croyons, pour notre part, beaucoup plus moderne. Dans le
1. La Vie primitive mentionne cette jeune fille en l'appelant par son nom « puella quaedam nomine Valeria » ; mais elle ne parle du duc Etienne qu'en des termes très vagues. Elle dît en effet que Valérie « ab sponso suo adhuc gentili interempta fuit ». (Arbellot, Éiudf hisL sur Vanc. vie de saint Martial, p. 30).
2. « Anno XL™o post resurrectionem Domini nostri Jhesu Christi, imperii vero Vespasiani Ca^saris tertio, Olimpiadis ducentesima; duodecima; tertio » (Éd. de Gray-Birsch, p. 33).
3 . Non pourtant sans quelques restrictions. Il croit en effet que la légende Aurélienne a une certaine valeur, et il s'appuie pour le démontrer sur une découverte récente faite dans une localité de la Haute-Vienne, à Ausiac (Cf. Arbellot, Le Temple de Jupiter à Ausiac). On a trouvé en effet en ce lieu des fragments de colonnes et quelques substructures gallo-romaines. M. Tabbé Arbellot n'hésite pas à déclarer qu'ils proviennent du temple mentionné par le pseudo-Aurélien in vico Ausiaco, Ce temple aurait été dédié à Jupiter et détruit par saint Martial. Nous ne saurions nous montrer aussi affirmatif, car les ruines semblent provenir d'une villa. Mais quand bien môme l'identification de M. Arbellot serait fondée, on n'en saurait conclure que le pseudo- Aurélien ait puisé son récit à des sources sérieuses. Il n'a fait, croyons-nous, que recueillir une tradition, dont rien ne prouve^l'authenticité. Quand le christianisme a triomphé en Limousin, la destruction de tous les temples et de toutes les idoles du pays a été attribuée à saint Martial ; de même qu'aujourd'hui encore les populations mettent sous le nom de César la plupart des vieilles enceintes qui se voient dans les campagnes.
LA LÉGENDE AURÉLIENNE I5
concile tenu à Limoges en 1028, il est parlé, en effet, de la légende Aurélienne, comme d'une œuvre composée depuis moins d'un siècle pour remplacer un texte antérieur ^'\ qui avait péri dans un incendie et qui doit être assurément identifié avec la Vie primitive ^^\ Or Adémar de Chabannes mentionne en Tannée 952 un terrible incendie ^^\ qui semble bien être celui auquel il fut fait allusion au concile de Limoges. C'est alors sans doute que fut détruite la vie de saint Martial, et les moines, après ce désastre, durent avoir pour première préoccupation de faire composer au plus vite une nouvelle vie de leur saint patron. Cette nouvelle vie n'est autre que la légende Aurélienne et on peut avec la plus grande vraisemblance placer vers 955 l'époque à laquelle elle fut rédigée. Nous n'hésitons pas quant à nous à adopter cette date, que nous croyons exacte à quelques années près.
Cette légende est anonyme ; le nom d'Aurélien n'est, en effet, qu'une supercherie littéraire. M. l'abbé Duchesne a cru qu'elle pouvait être l'oeuvre du chroniqueur Adémar de Chabannes ^^\ qui fut formellement accusé par Benoît de Cluse, au concile de 1028, d'avoir a inventé » les fables apostoliques ^^\ Nous ne pouvons souscrire à cette supposition. Et d'abord, si la légende Aurélienne a été écrite, comme nous le croyons, vers 955, Adémar n'était pas encore né à cette époque ^^\ Mais fût-il prouvé qu'elle n'appartient qu'à la fin du X* siècle ou même au commencement du xi^, il ne s'ensuivrait pas qu'Adémar ait pu en être l'auteur. Celui-ci a été sans doute un champion passionné de l'apostolicité de saint Martial, il nous a laissé à l'appui de cette doctrine qui lui tenait tant à cœur,
1. « Soient dicere nonuUi vitam ejus veterranam, quando hic locus arsit, périsse incendio, in qua nihil horum legisse,... novam commentatam a quodam monacho antc hos C annos ». (Adémar de Chabannes, Lettre sur Vapostolicité, éd. Migne, Patrologie, t. CXLI, col. 95-97.)
2. Elle a été en effet perdue pendant tout le moyen âge et jusqu'à nos jours. C'est M. Tabbé ArbeDot qui Ta retrouvée en 1855.
3. Adémar de Chabannes, Commemoratio abbatum Sancti Martialis, éd. Duplès-Agier, p. 4.
4. M. Tabbé Duchesne s'écrie même : « Haro sur le faussaire ! ». {Annales du Midi, t. IV, 1892, p. 330.) C'est aller un peu loin.
5 . ce Martialis nunquam amplius predicatus est apostolus, quousque hestema die tu [Adémar] hujus rei inventer fuisti ». Benoît de Cluse, paraît-il, aurait traité Adémar très grossièrement, et lui aurait déclaré, qu'il avait été le premier à prêcher l'apostolicité ; « hrutis et stuîtis ». Nous connaissons ces détails par la lettre d' Adémar sur saint Martial (Migne, ibid, t. CXLI, col. 93).