Adémar de Chabannes est né seulement en
l6 LA LÉGENDE AURÈLIENNE
une lettre fameuse ^'\ et de nombreux sermons ^^\ Mais il a encombré tous ces écrits d'un luxe d'argumentation extraordinaire, il n'a pas craint de répéter ses prétendues preuves jusqu'à satiété, il a épuisé tous les modes de dialectique, pour confondre ses adversaires, et l'on voit par la chaleur de sa discussion les difficultés qu'il éprouva à convaincre ses auditeurs, et à leur faire admettre ses théories.
Or, la vie du pseudo-Aurélien est conçue dans un esprit tout différent; ce n'est pas un plaidoyer, une polémique enflammée; c'est au • contraire un récit paisible, édifiant; et, à voir se dérouler cette longue exposition, on est convaincu qu'elle est l'œuvre d'un moine pieux et crédule, qui écrivait dans le silence du cloître, sans s'imaginer qu'il pourrait se trouver des gens assez sceptiques pour réclamer des preuves. Nous nous refusons donc à croire qu'Adémar de Chabannes mêlé comme il l'était aux luttes soulevées par l'apostolicité, ait pu écrire une œuvre aussi calme et aussi pondérée.
QjLioi qu'il en soit, la légende Aurélienne a joué un rôle considérable au commencement du xi« siècle. C'est sur elle, en effet, que se basèrent les moines de Saint-Martial pour réclamer l'insertion de leur patron au rang des apôtres. Nous dirons plus loin, en racontant l'histoire de l'abbaye, quelles difficultés ils éprouvèrent pour réussir ; bornons-nous à constater pour l'instant que leurs efforts furent couronnés de succès et que plusieurs conciles, notamment celui qui fut tenu à Limoges en 103 1, ayant fait droit à leurs prétentions, chacun s'inclina ^'^
La vie de saint Martial n'en continua pas moins à s'enrichir de traits édifiants, les moines favorisant d'autant plus Téclosion de toutes ces légendes, qu'elles servaient puissamment leurs intérêts temporels. C'est ainsi qu'au xu« siècle sainte Valérie devint la fille de haut et puissant seigneurie duc Léocadius ^'^^ qui lui aurait légué en mourant
1. Cette lettre a été maintes fois publiée, et en dernier lieu par Migne {Patrohgie^ t. CXLI, col. 89 et ss.).
2. M. Delisle en a publié plusieurs fragments dans son Étude sur les manuscrits originaux â^Adémar de Chabannes, Ceux auxquels nous faisons allusion sont pour la plupart inédits, et contenus dans le manuscrit de la Bibl. Nat., cotélat. 2469 (fol. 3, 5, 36, etc.).