‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 300 sur 470 · A QUELLE ÉCOLE SE RATTACHAIT LA BASILIQUE · texte numérisé non relu

A QUELLE ÉCOLE SE RATTACHAIT LA BASILIQUE

tous les architectes de l'époque, et qui se retrouve, — non, toutefois, sans maintes variantes, — dans la cathédrale de Chartres, aussi bien que dans l'église abbatiale de Cluny; à Sainte-Foy de Conques, comme à Saint-Sernin de Toulouse.

On peut toutefois remarquer qu'il existe une ressemblance toute particulière entre le plan de la basilique et celui de l'église Saint-Savin en Poitou, bâtie peu auparavant ^'\ Les deux monuments ont chacun cinq absidioles au pourtour du chœur, une dans chacun des croisillons ; ils possèdent deux clochers disposés d'une façon analogue, l'un à la croisée du transept, l'autre formant porche. Cette similitude n'est point pour nous surprendre : les moines de Saint-Martial entretenaient avec ceux de Saint-Savin d'excellentes relations, et avaient même été gouvernés au ix^ siècle par deux de leurs anciens abbés.

Les dispositions caractéristiques des édifices religieux ne résident généralement pas dans leur plan, mais dans le système adopté pour leurs voûtes. Ce sont elles, en effet, qui commandent aux autres parties du monument, en déterminant la forme des piliers, en réglant la place des fenêtres.

Or, à Saint-Martial, les voûtes étaient primitivement en berceau. Elles étaient épaulées par celles des bas-côtés, construites en quart de cercle de manière à former un arc-boutant continu. On est d'accord pour regarder cette manière de bâtir comme un des traits propres aux architectes de l'Auvergne. Ceux-ci, en effet, sont les premiers qui l'aient appliquée d'une façon générale, et qui, en couvrant complètement leurs églises par des voûtes de pierre, aient donné aux principes de l'architecture romane un développement complet et rationnel.

Au milieu du xi^ siècle, au moment où l'abbé Adémar entreprenait de reconstruire la basilique détruite par l'incendie de 1053, une seule des grandes églises de l'Auvergne aujourd'hui subsistantes pouvait être déjà bâtie, Notre-Dame-du-Port à Clermont. Comme M. Ro'bert de Lasteyrie l'enseigne, en eflet, depuis de longues années à l'École des Chartes, les églises de Saint-Paul d'Issoire, ou d'Orcival, de Saint-Julien

I. Le plan de Saint-Savin a été plusieurs fois publié. On en trouvera un dessin exart dans Caumont (Abécéd. d'archéoL, t. II, p. 134).

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de Brioude, ou de Saint-Amable de Riom, n'étaient pas encore construites à cette date ^'^ ; c'est tout au plus si elles ont été commencées vers 1080 ou 1090. Uéglise Notre-Dame-du-Port est donc la seule qui ait pu servir, dans une certaine mesure, de prototype à la basilique du Sauveur.

L'une et l'autre sont bâties d'après les mêmes procédés, avec des galeries au-dessus des collatéraux, et des voûtes disposées d'une façon analogue. Mais nous trouvons à Saint-Martial certains perfectionnements qui ne se rencontrent pas à Notre-Dame-du-Port. Dans celle-ci, les bas-côtés n'existent que dans la nef, et autour du chœur; dans celle-là, ils se prolongent le long des deux bras du transept. Dans l'une, le triforium est très étroit ; on sent que les architectes avaient peur de compromettre la solidité de leurs voûtes, en perçant dans le mur de la nef des ouvertures un peu grandes ^^\ Dans l'autre, au contraire, la galerie s'ouvre par de larges baies géminées, qui occupent toute la travée, et témoignent d'une grande habileté dans l'art de bâtir ^'\

Malgré ses ressemblances avec Notre-Dame-du-Port, la basilique du Sauveur présente des analogies plus frappantes encore avec leé belles églises du Sud-Ouest de la France, comme Sainte-Foy de CÎonques, Saint-Sernin de Toulouse, Marcilhac, Burlats, Figeac, etc. Elle appartient, comme elles, à cette grande école d'architecture qui s'est formée dans la seconde moitié du xi^ siècle, entre les bords de la Vienne et ceux de la Garonne, et qui, adoptant les principes de construction usités en Auvergne, sut les appliquer avec autrement de hardiesse. La basilique du Sauveur présente un plan analogue à celui des églises mentionnées plus haut. Les piliers sont également formés d'un massif carré cantonné de quatre demi-colonnes; le système de ses voûtes, celui de ses toitures, est conçu suivant les mêmes données.

1 . La plupart des archéologues, — notamment VioUet-le-Duc, — ont eu une tendance très marquée à vieiUir les divers monuments de Técole auvergnate. Certains auteurs, tels que M. Douillet dans sa Statist. monum. du Puy-de-Dôme^ ont même cru que Téglise actuelle de Notre-Dame-du-Port était celle qui avait été bâtie par l'évêque Ségon à la fin du ix« siècle, ou que l'église d'Issoire était celle consacrée, en 938, par Tévêque Gilbert. Cette opinion est absolument erronée.

2. Le triforium primitif a presque partout disparu. Il subsiste encore intact dans la dernière travée de la nef.

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