A QUELLE ÉCOLE SE RATTACHAIT LA BASILIQUE
Quant à Téglise Saint-Sernin de Toulouse, elle a été certainement construite après la basilique du Sauveur. Elle sortait à peine de terre, en effet, quand le pape Urbain II en fit la dédicace, en 1096 ^'K Le chevet était seul commencé, et les maçonneries n'étaient élevées que jusqu'à la hauteur des galeries du chœur ^'\ Le transept fut achevé en II 19; la nef ne fut terminée qu'à la fin du xii'= siècle, et on travaillait encore au monument au début du règne de saint Louis.
La basilique du Sauveur a dû, dans une certaine mesure, inspirer les architectes de Saint-Sernin de Toulouse; mais ceux-ci n'ont eu garde de copier servilement leur modèle. Ils l'ont sensiblement perfectionné. Ils ont bâti un double bas-côté ; ils ont percé au-dessus du triforium toute une rangée de fenêtres; ils ont notablement élevé la clef de voûte. C'est ainsi qu'ils sont parvenus à faire de Saint- Sernin une des plus belles églises du midi de la France, un des types les plus accomplis de l'architecture romane.
Malgré tous ces perfectionnements, on reconnaît aisément que Saint-Sernin dérive de notre basilique : le plan, la disposition des absides, le système des voûtes, les procédés de construction sont analogues, et, pour mieux s'en convaincre, on n'a qu'à comparer nos dessins avec les belles planches que M. Cartailhac a publiées dans VAlhum des Monuments du Midi de la France.
Nous résumerons ces quelques observations en disant que, selon nous, la basilique du Sauveur est une église qui, quoique dérivant du style auvergnat, doit être directement rattachée à l'école d'architecture du Sud-Ouest. Elle est du même type que Sainte-Foy de Conques et Saint-Sernin de Toulouse ; mais nous la croyons plus ancienne que ces deux monuments, auxquels elle a dû servir de modèle.
On peut se demander si les églises des prieurés ou des prévôtés dépendant de l'abbaye de Saint-Martial n'ont pas été construites d'après les données de la basilique; nous ne le pensons pas. Les petites églises rurales n'avaient aucun style bien défini : celles de Roussac, de La Croix, de Saint-Just, sont dans ce cas. Quant aux
1. Voir, sur Saint-Sernin, la notice intéressante que M. Cartailhac a publiée avec de nombreuses planches dans V Album des Monuments.,, du Midi de la Fratice (Toulouse, 1897).
2. On voit encore très nettement Tendroit où s'arrêtaient les travaux.
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318 DES ŒUVRES d'aRT DÉCORANT LA BASILIQUE
églises plus importantes, comme Chambon, La Souterraine, ou Vigeois, elles ont été bâties par des architectes du pays, qui ont fait usage de leurs procédés de construction habituels. Comme ces églises sont situées dans l'ancien diocèse de Limoges, elles appartiennent à 1 école limousine, — si tant est qu'il y en ait une. — Elles sont semblables aux églises du Dorât et de Saint-Léonard, qui, elles, ne relevaient pas de Saint-Martial.
Des œuvres dart décorant la basilique.
La basilique était d'une architecture sévère. Elle renfermait pourtant quelques œuvres d'art, qui ne faisaient pas partie intégrante de l'édifice, et avaient été ajoutées dans la suite. Nous devons signaler entre autres le jubé, sur lequel nous n'avons trouvé malheureusement aucun détail ^'^ le tombeau du cardinal de Chanac, et la Cbicbe,
Le cardinal de Chanac était un ancien moine de Saint-MartiaU q^' avait légué sa fortune à l'abbaye ^^\ en demandant à être enterré dans la basilique. Le chapitre avait déféré à ses désirs, et lui avait fait construire à Avignon un superbe tombeau, qui fut transporté à Limoges, et placé dans la seconde travée du chœur, du côté de l'Épîire^'*- ^ tombeau était en marbre blanc. Le soubassement était formé de gracieuses arcades, dans les entre-colonnements desquelles étaient placées des statues. Il portait une grande dalle, surmontée de la statue dia catdinal. Celui-ci était représenté en gisant, revêtu des ornements épîscopaux, et coiffé de la mitre. A ses pieds étaient deux lions, soutenant le chapeau cardinalice. Aux quatre angles du monument étaient repi'o duites ses armoiries, et son épitaphe était gravée sur une lan:i^ ^^ cuivre, fixée au dernier pilier du chœur ^^K
1. Ce jubé, comme on peut le voir par le plan de Legros, devait être en pierre. I^ percé d'une porte centrale en fer forgé.