LA LÉGENDE DE SAINTE VALÉRIE IJ
ses vastes états comprenant tout le pays entre la Loire et la Garonne, La sainte les aurait donnés à saint Martial <'\ et Tabbaye en tirait prétexte pour revendiquer le droit de jouer un rôle dans les affaires de l'Aquitaine. Les prétentions des moines étaient trop exagérées pour être admises ; néanmoins deux des ducs d'Aquitaine, Henri de Normandie et Richard Cœur de Lion ^^\ se crurent obligés de venir se faire couronner à Limoges et de poser à leur doigt Tanneau de sainte Valérie. Jusqu'à la fin du moyen âge la vie de saint Martial s'embellit incessamment de fables nouvelles. Avec la sécularisation du monastère survenue en 1535^^^, avec la révolution intellectuelle opérée au xvi^ siècle, avec la Réforme enfin pénétrant à Limoges, il semblerait que le temps était passé de travailler a à la gloire » du saint évoque. Il n'en était rien pourtant, et quand sous le règne de Louis XIV, Bonaventure de Saint-Amable écrivit sa volumineuse histoire de saint Martial, il ne manqua point de recueillir avec soin les billevesées les plus étranges, il ne se gêna même pas pour ajouter certains enjolivements aux anciennes traditions. Sa piété naïve, son amour sincère du patron de la ville, sont ses excuses. Le carme Bonaventure se serait trouvé mieux à sa place aux époques crédules du moyen âge que dans le xvii* siècle déjà si sceptique !
La légende de sainte Valérie.
Nous venons de décrire les nombreuses transformations qu'a subies la légende de saint Martial, depuis l'époque où Grégoire de Tours écrivait VHistoire des Francs. Pour donner une idée un peu complète de l'influence extraordinaire qu'exerça l'œuvre du pseudo-Aurélien, il nous reste à examiner brièvement quelques vies de saints qui se rattachent à elle par les liens les plus étroits : nous voulons
1 . Tous c^ détails sont empruntés à la vie de sainte Valérie qui a été publiée dans le Catch îogm des manuscrits Jjogiographiques de la Bihl. Nat. (t. I, p. 41, et II, p. 3).
2. Le premier en 11 52, le second en 1167. Cf. ci-dessous, chap. IV.