ENTRÉE DES MANUSCRITS A LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI
à Baluze, pour le supplier de représenter à Colbert dans quelle détresse se trouvait Tabbaye ^'\
Le ministre comprit, et fit entamer des .pourparlers avec les chanoines pour acheter leur bibliothèque. Mais ceux-ci élevèrent des prétentions si exagérées que Colbert et Baluze lui-môme furent obligés de renoncer à faire cette acquisition (1669) ^'\
Quelques années plus tard cependant, en 1676, devant les instances nouvelles du chapitre de Saint-Martial, Baluze consentit à reprendre l'affaire. Il proposa à Colbert de faire venir les manuscrits à Paris, et de donner aux chanoines, comme garantie, un billet de 5.000 livres, payable au cas où les volumes seraient conservés. Les chanoines refusèrent et exigèrent l'argent comptant. Baluze, avec sa prudence habituelle, ne voulut pas acheter des manuscrits qu'il ne connaissait que par ouï-dire, et qu'il n'avait pas personnellement examinés. Le chapitre, de son côté, s'entêta dans ses prétentions, et les négociations furent à nouveau rompues ^'\
Les érudits, pourtant, commençaient à connaître et à apprécier la valeur.de cette bibliothèque. Lancelot, en 1709, se procura une copie authentique du catalogue, et la communiqua à un religieux de Saint- Augustin de Limoges, dom Claude Béral. Celui-ci écrivit à dom Ruinart, pour l'avertir du grand intérêt que présentaient les manuscrits de Saint-Martial. Il lui proposait même de les acheter, car, à l'en croire, les chanoines auraient rabattu de leurs prétentions, et se contenteraient d'une somme de 4 ou 500 écus. L'affaire ne se fit pas, et, comme le remarque M. Delisle, il est fort douteux que dom Ruinart ait jamais eu l'intention sérieuse de la conclure ^^\
Quelque temps plus tard, en 1724, le P. Lacoudre, de la congrégation des Génovéfains, proposa à son supérieur, le P. Prévôt, d'acheter la bibliothèque, lui représentant que les chanoines de Saint-Martial la laisseraient probablement pour 2.500 livres. « Mais,
1. M. Delisle a publié ces lettres dans le Bull, de la Soc. archéoL du Limousin, t. XLIII,