‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 331 sur 470 · Ernest Rupin, V Œuvre de Limoges ^ p. 70 et ss · texte numérisé non relu

Ernest Rupin, V Œuvre de Limoges ^ p. 70 et ss

se soient directement inspirés de leurs miniatures, pour composer les scènes de leurs plaques émaillées.

II nous semble difficile pour notre part de souscrire à ces théories, qui à première vue paraissent très séduisantes.

Est-il vrai, tout d'abord, que les moines de Saint-Martial aient jamais fabriqué des émaux? Aucun des textes qu'a invoqués M. Rupin ne nous paraît amener cette conclusion; nous nous demandons même si les chroniques de Saint-Martial parlent d'émaux. M. Rupin, pour le démontrer, cite la a Morène » ^'^ que fit faire Tabbé Etienne au x® siècle; le ciborium brûlé au temps de l'abbé Guignes ^^^; la couronne d'or faite par l'ordre de l'abbé Geoffroy ^'\ au commencement du XI®. Mais ces objets que les textes nous représentent comme étant décorés aurOy lapidihus et gemmis, étaient-ils vraiment formés de plaques émaillées? M. Rupin le croit, et il explique dans une argumentation très serrée comment, embarrassés pour désigner les premiers émaux faute d'un terme approprié, les gens du moyen âge leur avaient appliqué les noms de gemmm ou de lapides ^^\ Il cite même des objets aujourd'hui subsistant, telle la célèbre plaque de Geoffroy Plantagenêt, qui est en émail, et qu'un chroniqueur du xn® siècle décrit en ces termes : ex auro et lapidibus decenter impressa ^^\

Nous sommes heureux d'être d'accord sur ce point avec M. Rupin, à condition, toutefois, de ne pas trop généraliser cette thèse et de ne pas oublier que, dans la majorité des cas, les gemmes étaient simplement des pierres précieuses, souvent même de simples cabochons de

1. « Hic composuit super altare Salvatoris ecclesiam ex auro et gemmis et argento quam vocavit Muneram » {Commeinoratîo ahb. S. MarcialiSy éd. Duplès-Agier, p. 3). Geoffroy de Vigeois appelle cet objet « Morena » (Labbe, Nov. bibl. mss,, t. II, p. 312). On a beaucoup discuté sur sa nature : M. Guibert y voit un tabernacle en forme d'église (Bull, de la Soc. arch. du Limousin, t. XXII, p. 40). M. Rupin en fait une châsse (pp. cit., p. 70), M. Ducourtieux (Bull, de la Soc, arch, du Limousin, t. XXXI, p. 156) un tabernacle en forme de tour. Ce devait être un ciborium, cVst-à-dire un petit édicule porté sur 4 colonnettes et orné de clochetons, analogue à celui que Viollet-le-Duc a publié dans son Dictionnaire du mobilier, 1. 1, p. 245.

2. « Cripta aurea cum gemmis » (Commemoratio, éd. Duplès-Agier^ p. 5).

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