Rupin, L Œuvre de Limoges, p. 5 et ss
5. Rupin, op. cit., p. 7. — M. Rupin a donné une très bonne reproduction de cette plaque de Geoffroy de Plantagenêt, conservée aujourd'hui au musée du Mans.
verre ^'\ Mais si les gemmes dont nous parlent les chroniques de Saint-Martial étaient bien des plaques émaillées, s'ensuivrait-il qu elles ^iént été fabriquées dans Fabbaye?
M. Rupin essaye de le prouver, en s'appuyant sur deux des textes précités, où il est dit que Tabbé fit les objets en question ^^\ Le mot facere, croyons-nous, est loin d'avoir une pareille portée. Il ne signifie nullement que l'abbé ait fait ces objets en personne; mais seulement qu'il les a commandés. A chaque instant, Adémar de Chabanhes emploie le mot facere dans le sens de faire faire. Il dit, sans doute, que l'abbé Etienne composa, composuit, la Morène; mais il dit également, deux lignes plus bas, que ce même abbé fit, fecit, le Château de Limoges ^^K II dit bien que l'abbé Guigues ût,fecit, une couronne d'or; mais il écrit un peu plus loin que l'abbé Adémar construisit, construxit, un réfectoire pour les moines ^^\
Ces expressions, facere, componere, construere, n'ont donc pas une valeur absolue. Elles signifient indifféremment faire, ou faire faire. On les trouve à chaque instant employées dans ce dernier sens, aussi bien dans les chroniques de Saint-Martial que dans les divers textes du moyen âge. Or, quoique les moines bénédictins aient eu une grande habitude des travaux manuels, il devait être pourtant assez rare de rencontrer des abbés connaissant par eux-mêmes l'art de Témaillerie, pour que l'on puisse être assuré que, si des abbés de Saint-Martial avaient eu de pareils talents, les chroniques nous en auraient parlé d'une façon plus précise.
Rien n'indique donc que des émaux aient jamais été fabriqués par des moines de Saint-Martial. Il pourrait se faire néanmoins que les miniatures des manuscrits de l'abbaye aient inspiré les émailleurs.
C'est un fait que l'examen comparé de ces manuscrits et des émaux
1 . Le passage suivant, tiré d'un des miracles de saint Martial, montre bien que les gemmes n'étaient pas toujours des émaux. Il s'agit d'un voleur, endormi dans la crypte de Saint-Martial, et surpris pendant son sommeil. Un gardien le réveille, en lui donnant un soufflet : « Cujus ictu manufollia quse sub capite auro fota posuerat, patefacta in pavimento ecclesiae, ac... omamente gemmarum in lucem coram testibus vomuerunt » (^Acta Sanctorum, t. V du juin, p. 555, no 16).