LÉGENDE DE SAINTE VALÉRIE I
Tout ce récit a été fabriqué depuis l'époque où écrivait le pseudo- Aurélien et ne peut renfermer la moindre parcelle de vérité. Le plus ancien texte qui donne quelques détails sur sainte Valérie, bien qu'il ne la nomme pas, est la Vie primitive de saint Martial. Celle-ci est fort peu précise, et renferme un détail manifestement erroné. Elle rapporte que la sainte aurait donné son tombeau au pieux évéque, en demandant seulement à être enterrée à côté de lui. Ce détail est confirmé par le récit d'une translation des reliques de sainte Valérie, opérée vers Tan 985 ^'\ et écrite vraisemblablement par un contemporain, où il est dit que ces reliques furent transportées à Chambon ^'^ parce que le voisinage du corps de saint Martial les faisait délaisser par les fidèles.
Le tombeau de l'évêque et celui de la vierge étaient donc au x^ siècle situés côte à côte. Mais cette disposition était relativement récente ; en effet ni Grégoire de Tours, ni les clercs qui ont écrit les miracles de saint Martial, ni l'auteur de la vie de saint Alpinien ne la mentionnent, et pourtant ils parlent longuement de la crypte où reposait le premier évêque de Limoges, et dans laquelle se trouvaient, outre son sarcophage ceux des deux prêtres Orientaux. Sainte Valérie n'a donc pas vécu aux temps apostoliques et son tombeau n'a été certainement placé à côté de celui de saint Martial qu'à la fin de l'époque Barbare.
Dès lors, en rappelant qu'aucun texte ne fait mention de la sainte, avant la Vie primitive de saint Martial, c'est-à-dire avant l'an 800 environ, nous nous croyons autorisés à affirmer que si une sainte Valérie a jamais existé — ce qui n'est pas prouvé, — elle a dû vivre seule-
Limoges, p. 401 et ss.). Généralement, on voit dans un premier tableau la sainte conduite devant le duc Etienne qui donne Tordre de la faire mourir ; dans les tableaux suivants, elle est décapitée; elle se présente à saint Martial la tête dans les mains; enfin quelquefois Tartiste a figuré i*âme de la sainte émergeant d'une zone de nuages, et portée au ciel par deux anges.
1. Publiée dans les Anahcta Bollandiana (t. VIII, p. 279 et ss.). M. l'abbé Duchesne a fait remarquer avec raison (Annales du Midi, t. IV, 1892 p. 316), que cette translation avait été fixée à tort en l'année 885. Dans le manuscrit original, en effet, la date a subi un grattage, et, comme on peut le voir aisément, le mot octingentesimo a été substitué à nongenlesimo,
2. Chambon, ch.-l. de co" de l'arr. de Boussac, Creuse. Un monastère y fut construit pour recevoir les reliques de la sainte. Il relevait des moines de Saint-Martial, et a subsisté jusqu'à la Révolution. Voir dans la liste alphabétique des prieurés de l'abbaye (ci-dessous, V" partie) les quelques notes que nous avons pu recueillir sur son histoire.
ment au temps des derniers Mérovingiens. Peut-être était-ce quelque grande dame, qui aura obtenu, en échange de donations importantes la faveur d'être enterrée à côté du saint évêque. Au bout d'un certain temps, le peuple aura oublié un fait aussi banal, et, voyant les deux sépulcres voisins l'un de l'autre, il aura forgé une histoire pour expliquer cette disposition. Ainsi aura été imaginée la légende de sainte Valérie, et cette hypothèse nous paraît d'autant plus plausible que, comme nous le montrerons plus loin ^'\ elle s'applique également au duc Etienne. Celui-ci, en effet, n'a jamais eu le rôle que le pseudo- Aurélien lui a prêté, et doit être un grand seigneur des temps barbares, dont le tombeau fut» placé non loin de celui de saint Martial ^^\
La légmde de saint Front,
La légende de saint Front, qui, suivant la tradition, aurait été le premier évêque de Périgueux, ne repose pas sur des fondements plus solides que celle de sainte Valérie. Ce n'est qu'à la fin de l'époque mérovingienne que nous trouvons mentionné le nom de saint Front. Jusqu'alors, il n'avait été cité ni par Sulpice Sévère qui parle pourtant d'un évêque de Périgueux, Paternus, déposé en 361 ^^\ ni par Grégoire de Tours, ni par aucun autre écrivain.
L'auteur de la vie de saint Géry, qui vivait probablement au VIII* siècle, mentionne le premier saint Front d'une façon incidente ^*\ Usuard et Adon, sous le règne de Charles le Chauve, sont les premiers qui nous parlent de lui avec quelques détails. D'après leurs martyro-