‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 35 sur 470 · Voir ci-dessous, p · texte numérisé non relu

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2. Ce tombeau a été conservé jusqu'à la Révolution. Il était placé dans une petite crypte non loin de celle où étaient conservées les reliques de saint Martial. Voir ci-dessous le chap. I de notre IV* partie.

3. Sulpice Sévère, Clironique^ 1. II, ch. XLV. Cette remarque est empruntée à M. Tabbé Duchesne {Fastes épiscopaux de Vanc. Gaule, t. I, p. 23).

4. La vie de saint Géry, évêque de Cambrai, (f en 609), rapporte que le saint, au cours d'un voyage en Périgord, se rendit « ad sepulcrum bcati Fronti confessoris devotissime ad ora- Xxon^m y* {Atiaïecta BoUatidianay t. VII, p. 394). M. l'abbé Duchesne (Fastes èpisc, t. II, p. 130) croit que cette vie, dont le plus ancien manuscrit connu remonte seulement au x* siècle, n'est pas antérieure au viiic ; mais il admet qu'elle a été écrite avant le martyrologe d'Adon.

loges, le saint aurait été envoyé par saint Pierre pour prêcher l'évangile en Périgord avec un prêtre nommé Georges. Ce dernier serait mort en route et aurait été ressuscité par saint Front ^'K Usuard et Adon n'ont évidemment pas inventé les données de cette histoire ; ils ont dû les recueillir dans une vie du saint qui se trouve aujourd'hui perdue; maiis nous remarquerons qu'elles concordent presque exactement avec celles de la Vie primitive de saint Martial ; ce dernier, on se lé rappelle, reçut lui aussi sa mission de saint Pierre, et ressuscita également un des deux prêtres qui l'avaient accompagné, Alpinien, et qui était mort en traversant les Alpes.

Les vies de saint Martial et de saint Front sont donc manifestement dérivées l'une de l'autre ; mais quelle est celle qui a servi de prototype à l'autre ? On peut le deviner aisément. L'évoque de Périgueux était encore presque inconnu au viii« siècle; les premiers auteurs qui nous donnent quelques détails sur son compte écrivaient seulement à la fin du règne de Charles le Chauve. L'évêque de Limoges au contraire était déjà célèbre depuis plusieurs siècles ; sa réputation s'était étendue dans tout le centre de la France ^*^; plusieurs de ses miracles avaient été recueillis par Grégoire de Tours et par des clercs anonymes ^'^ ; sa vie enfin avait été composée au plus tard vers l'an 800. Autant de raisons qui permettent de croire, avec grande vraisemblance, ique la vie de saint Front a été inspirée par celle de saint Martial.

Saint Front étant ainsi devenu à la fin du ix* siècle un personnage apostolique, sa réputation grandit rapidement, son culte se développa et apporta considération et profit aux chanoines de Périgueux. Quand

1. Voici le texte d'Adon : « vm kalendas novembris.... Eodem die, Petragoricas civitate, natalis sancti Frontonis episcopi qui Romae a beato Petro ordinatus, cum Georgio presbytero ad predicandum evangelium missus est. Qjuumque tertio die itineris, idem Georgius esset mortuus, mœrens Fronto reversas est ad apostolum ; acceptoque ejus baculo et super corpus defuncti posito, socium de morte recepit. Sicque ad predictam civitatem veniens, magnam illius multitudinem ad Christum convertit et, multis miraculis clarus, in pace quievit » (Migne, Pairologie, t. CXXIII, col. 384). Le passage correspondant de la Fie primitive de saint Martial rapporte le même miracle, mais en termes beaucoup plus diffus (Cf. Arbellot, Étude hist. sur l'anc. vie de sainf Martial y p. 29 et 30).

2. Grégoire de Tours (De gJoria confessorutriy ch. XXVII) constate que le pèlerinage de saint Martial était très fréquenté.

3. De gîoria confessorutUy ch. XX VII. — Acta sanctorum, t. V de juin, p. 553 et ss.

la légende Aurélienne eut été composée à Limoges vers 950, les chanoines craignant de voir les pèlerins négliger leur saint patron au profit de saint Martial, firent composer pour le défendre une vie nouvelle enrichie de nombreuses additions. Nous possédons cette dernière et nous savons qu'elle fut écrite par un chorévêque du nom de Gaubert dans la seconde moitié du x^ siècle ^*^; nous en avons même deux rédactions distinctes, semblables quant au fond, différentes par la longueur.

Mais tandis que les moines de saint Martial avaient agi avec prudence et avaient pris soin de ne publier la légende Aurélienne qu après avoir habilement préparé l'opinion, les chanoines de Périgueux se montrèrent trop pressés. Les fables dont Gaubert avait rempli la vie de saint Front, furent reçues avec incrédulité. Elles furent même dénoncées en 103 1 au concile de Limoges,, et reconnues apocryphes. Les Pères du concile se refusèrent donc à placer saint Front parmi le apôtres, à l'instar de saint Martial son rival plus heureux ^'\ Et certes ils avaient raison ; l'œuvre de Gaubert n'était qu'un faux littéraire ; elle était une copie à peine démarquée de la légende Aurélienne ! Elle suit effectivement cette dernière presque phrase par phrase ^'\ C'est à peine si elle présente quelques différences avec elle dans le genre de celle-ci. D'après le pseudo-Aurélien, saint Martial est obligé d'interrompre son voyage en Gaule et de retourner à Rome, quand vient à mourir son compagnon Alpinien ; il le ressuscite grâce au bâton de

1. Acta sanctorunty t. XI d'octobre, p. 394. — Ce Gaubert fut chorévêque sous Tévêque de Limoges Hildegaîre (965-992), et fut accusé au concile de Limoges, en 103 1, d'avoir écrit la vie de saint Front « lucrî causa » (Labbe, Concilia, t. XI, col. 12 18).

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