‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 41 sur 470 · AJlou, Monuments de la Haute-Vienne^ P · texte numérisé non relu

AJlou, Monuments de la Haute-Vienne^ P

Quels furent les résultats des prédications du saint ? Réussit-il à abolir le culte des idoles, à convertir le pays ? Ses successeurs n'eurent-ils pas plutôt à lutter longtemps encore pour faire triompher le christianisme ? La dernière de ces hypothèses semble la plus plausible; il serait pourtant téméraire de se montrer affirmatif en Tabsence de tout texte précis. On sait seulement que le nom de saint Martial avait déjà acquis une certaine notoriété, dès les premiers Mérovingiens, et, que ses reliques étaient l'objet d'un pèlerinage.

Le saint évêque en effet, avait été enterré à Limoges *'^ et selon les habitudes romaines, en dehors de la Cité, non loin d'une grande voie publique, celle de Saintes ''^ Quand les habitants de la ville furent devenus chrétiens, ils s'empressèrent de construire au-dessus du tombeau de leur patron une chapelle dans laquelle ils purent aller faire leurs dévotions ^^\ Grégoire de Tours donnerait même à entendre que cette chapelle était un monument considérable : il la qualifie en effet, de basilica ^^\ Mais si l'on réserve aujourd'hui, de préférence, le nom de basilique pour de grandes églises, ce serait une erreur de croire qu'il fût toujours exactement employé dans ce sens au vi^ siècle et en ce temps-là il s'appliquait fréquemment à des édifices religieux de fort minime importance.

En tout cas, la chapelle bâtie en l'honneur de saint Martial ^^^ était

1. Selon la Vie primitive de saint Martial (Arbellot, Éttide hist, sur Vaiic, vie de s. Martial, p. 3 1), le tombeau du saint évêque était celui que sainte Valérie avait fait préparer pour ellemême, et qu'elle avait donné au saint après sa conversion. Nous avons montré dans le chapitre précédent (p. 19-20), ce qu'il fallait penser de cette légende.

2. On peut tracer avec précision l'emplacement qu'occupait cette voie. Une borne milliaire, encore debout, montre qu'elle passait non loin de la cathédrale saint Etienne (cf. un article de M. Ducourtieux dans le Bulletin de la Soc, arcIxoL du Limousin, t. XL, p. 770) ; elle traversait ensuite la rue de la Courtine, pour gagner le plateau et se diriger vers Vemeuil. Au cours de travaux de voirie, on a trouvé en 1896 dans cette même rue de la Courtine un cimetière gallo-romain (cf. Bull, de la Soc. arcbéoL du Limousin, t. XL, p. 769). C'est à une centaine de mètres au nord de ce cimetière qu'était situé le tombeau de saint Martial, sur le côté méridional de la place de la République.

3. Grégoire de Tours, De gloria conf essor um, chap. XXVIL — Miracles de saint Martial, dans les Acta sanctorum, t. V de juin, p. 557.

4. Le chap. XXVII du De gloria confessorum est intitulé : « De sepulcris presbyterorum, in basilica sancti Marcialis ».

5. Cette église fut plusieurs fois détruite et rebâtie. Elle subsista jusqu'à la Révolution, sous le vocable de Saint-Pierre du Sépulcre. Cf. pour plus de détails ci-dessous,chap. 1 de la IV* partie.

élevée au-dessus d'une crypte ou confession, assez vaste pour renfermer, outre les restes du saint évêque, ceux de ses deux compagnons, saint Alpinien et saint Austriclinien ^'\ Ces différents sépulcres avaient été primitivement placés côte à côte, de sorte qu'ils se fermaient réciproquement l'accès. Cette disposition fâcheuse fut corrigée dans la suite, et une nuit, non sans quelque mystère, les tombes furent séparées et placées de chaque côté de la crypte le long du mur^*^

Dès les temps barbares ^'^ le tombeau de saint Martial devint un lieu de pèlerinage assez fréquenté. Les fidèles, attirés par de nombreux miracles ^^^ multiplièrent leurs aumônes, et la chapelle était assez richement décorée pour tenter la cupidité des princes Francs. Il paraît très probable, en effet, que l'un deux, le fils de Clotaire P^ Chramne, la mit au pillage vers l'an 556, quand il se révolta contre son père'^^

A cette époque, il y avait déjà des clercs attachés au pèlerinage et chargés de son entretien et du soin des offices. Grégoire de Tours cite un muet qui s'adresse au prêtre, surveillant la crypte, pour lui demander un renseignement ^^\

Saint Yrieix, dans son testament, composé en l'année 573, précise davantage et lègue aux « servientes » de Saint Martial deux de

1 . Telle était la disposition des lieux au temps de Grégoire de Tours. Un des miracles de saint Martial, écrit probablement au viii* siècle, mentionne en outre deux petites cryptes, dans Tune desquelles se trouvait le tombeau du duc Etienne (Acta sanctorum, t. V de juin, p. 555). Cf. cidessous chapitre I de la IV* partie.

2. a Conjunctis sarcophagis in eadem cripta quam sanctus episcopus [Martialis] sunt scpult [Alpinianus et Austriclinianus]. Et unus quidem parieti proximus, alter vero huic contiguus crat. Super terram tamen uterque stabat, sed non poterat alteri propter illum qui primus erat, honore impendi, hoc est non ibi palla expandi poterat, non lumen accendi. Quod cum incolx» loci moleste ferrent, quodam mane accedentes ad criptam invenerunt sepulcra e diversis parietibus esse locata... » (Grégoire de Tours, De gloria confessorumy chap. XX VII).

3. Des auteurs modernes, Tripon entre autres {Historique tnonutnentale du Limousin, p. 43), ont avancé que Clovis avait fait de nombreuses libéralités au pèlerinage de saint Martial, lors d'un voyage à Limoges. Aucun écrivain ancien n'a relevé ce fait, et cette prétendue visite de Clovis n'est sans doute qu'une légende.

4. Nous avons vu que Grégoire de Tours en avait rapporté plusieurs au chap. XXVII du De gloria confessorum.

5. Chramne s'empara en effet de Limoges, et il livra la ville au pillage (Grégoire de Tours, Historia Francorum, 1. IV, chap. XVI),

6. a Presbiterum, qui aderat, nutu deprecabatur... » (Grégoire de Tours, De gloria confessorum, chap. XXVII).

ses domaines ^*\ celui de Genouillac ^*^ et celui de Chabrignac ^'\ Lecointe a déclaré que ce testament était une pièce très suspecte et, sans donner aucune preuve à l'appui, il Ta considéré comme étant apocryphe ^^\ Bréquigny et Pardessus ne se sont point ralliés à son opinion ^^^ et avec raison, selon nous. Le préambule, la date, les suscriptions, toutes les formules, sont bien celles, en effet, qui étaient habituellement employées au vi* siècle et dans l'inventaire du mobilier d'Attanum nous retrouvons tous les meubles et les différents ustensiles qui étaient pour lors en usage, comme les voiles d'autels notamment. Nous croyons donc pour notre part à l'authenticité de ce testament et par conséquent aux donations de saint Yrieix aux clercs de Saint-Martial, les premières que ceux-ci aient reçues à notre connaissance.

Les clercs avaient à leur tête un matricularius ou marguillier, qui portait également le titre de custos septdturœ ou Gardien du Sépulcre **\ Un de ces marguilliers devint évêque de Limoges au vn« siècle, dans des circonstances trop curieuses pour les passer sous silence.

L'évêque précédent venait de mourir. Le clergé et le peuple se rassemblant, selon la coutume, auprès du tombeau du saint patron de leur Cité, décidèrent de présenter au roi trois noms entre lesquels il ferait son choix <7\ Ces trois candidats étaient le marguillier gardant le

1. Voici le passage de ce testament concernant les clercs de saint Martial «... Similiter et dono Genuliacum cum aedificiis, pratis, silvis et pascuis, vel omni jure suo Sancto Martiali volumus esse donatum ; et de Scauriniaco vineae cultae arpennos quinque quos pro oblata nostra donamus, ut servientes sancti Martialis vel matriculae suae per heredem nostrum accipiunt o (Pardessus, Diplomata, 1. 1, p. 138).

2. Genouillac, cnc de Saint-Bonnet, co" de Vigeois, arr. de Brive, Corrèze. Nous présentons cette identification sous toutes réserves, car les villages du nom de Genouillac ne sont pas rares en Limousin.

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