Saint-Vaury, c»" de l'arr. de Guêret, Creuse
3. (Pipinus] .. « revertendo pcr Lemovicas, contulit sancto Martiali bannum aureum quod cef)erat in prelio Walferii, simulque donavit villam de sancto V.ilcrico canonicis sancti Martialis » (Adémar de Chabannes, ih'ui.). Adémar commet sans doute une confu.sion entre les clercs et les chanoines de saint Martial. Ceux-ci ne devaient point s'être encore établis auprès du pèlerinage, car l'institution des chanoines venait à peine d'être créx'e par S. Chrodegong (f 766).
protection spéciale ; et voulant avoir dans leurs états un grand pèlerinage qui leur appartînt en propre, ils s'efforcèrent de faire du tombeau de saint Martial ce que les rois de France avaient fait de celui de Saint- Denis.
Cette tendance apparaît déjà au x« siècle dans la légende Aurélienne ; mais elle se remarque surtout dans un curieux document du xii*^ siècle, connu sous le nom de Cérémonial du couronnement des ducs d^ Aquitaine à Limoges ^'\ On voit par ces textes que les ducs prétendaient être, dans une certaine mesure, les héritiers de sainte Valérie et de saint Martial. Les moines de l'abbaye favorisaient Téclosion de toutes ces légendes qu'ils avaient été les premiers à mettre en circulation. Mais n'avaient-ils pas été plus loin et essayé de soutenir qu'ils avaient eu naguère le courage de recueillir les cendres de Waïffre au temps des guerres avec les rois francs ^^^ ? N'espéraient-ils pas se concilier ainsi les bonnes grâces des comtes de Poitiers ? L'hypothèse n'est pas inadmissible. Nous la présentons toutefois sous toutes réserves, car elle ne se trouve directement établie par aucun texte ancien. L'on peut du reste se demander si cette prétendue tradition concernant les sépultures des ducs d'Aquitaine à Saint-Martial, n'est pas tout simplement une fable, qui fut mise pour la première fois en circulation par la charte d'Alaon, et à laquelle nous aurions tort de nous attarder davantage.
L empereur Louis le Pieux et les clercs de Saint-Martial
Après la mort de Waïffre, le Limousin, comme le reste des Gaules, jouit d'une longue période de tranquillité et de paix. Le pèlerinage de Saint-Martial put dès lors se développer librement, et les clercs le
1. Ce Cérémonial a été publié par Besly, Histoire du Poitou (p. 183) et dans le Recueil des Historiens de France (t. XII, p. 451).
2. Waïffre ne paraît pas avoir laissé de bien bons souvenirs dans les églises d'Aquitaine. Un monument, connu sous le nom de la CbicJje, détruit aujourd'hui, mais encastré naguère dans im des murs de la basilique du Sauveur, tendrait à le faire croire. Cf. pour plus amples détails au chap. I de notre IV* partie.
desservant s'organisèrent en une congrégation de chanoines ^*\ Dès le début du ix« siècle, cette congrégation >eçut la donation d'un monastère, celui de Paunat, dans le Périgord"^ Le fait de cette donation nous paraît incontestable ; l'acte qui l'établit n'est pourtant pas authentique comme le prouve un anachronisme '^\ Un membre de phrase nous apprend en effet que le monastère de Paunat fut donné aux a moines » de Saint-Martial, ad opus monacborum. Or à la date de 804, qui est celle donnée par l'acte en question, il n'y avait pas encore de moines établis auprès du pèlerinage, la règle monastique n'ayant été adoptée par les chanoines qu'en 848.
La rédaction du texte que nous possédons est donc postérieure au milieu du ix« siècle, ou bien le passage en question n'est qu'une interpolation. La première hypothèse nous paraît seule admissible. L'acte en effet présente dans son ensemble une physionomie étrange, il n'est pas rédigé selon les règles diplomatiques de l'époque ; il ne commence pas par une invocation ; il se dispense de préambule ; on n'y retrouve pas les imprécations et les anathèmes habituels contre quiconque serait assez osé pour violer les intentions du donateur. Ces singularités nous induisent à conclure que nous nous trouvons en présence d'un acte restitué après la perte de l'original. Le monastère de Paunat fut effectivement détruit par les Normands au ix*^ ou au x^ siècle ^^\ son chartrier périt, et les moines le reconstituèrent de leur mieux. Telle est, croyons-nous, l'origine de la pièce que nous venons de discuter. Cette pièce se trouvant confirmée par un document qui a une origine différente, un prétendu diplôme de 833 <5\ nous pou-
1 . Nous ne savons à quelle date précise s'opéra cette transformation. Adémar de Chabannes parle d'une donation faite aux chanoines en 765 (cf. ci-dessus, p. 40). Mais nous croyons peu probable qu'il y ait eu déjà des chanoines à Saint-Martial, car la règle de saint Chrodegang venait à peine d'être composée.
2. Paunat, c^c du c»" de Saint- Al vère, arr. de Bergerac, Dordogne. Saint Martial y posséda une prévôté jusqu'au xviiic siècle. Voir son histoire, au mot Paunat, dans la liste alphabétique des prieurés de l'abbaye, que nous donnons dans notre Vc partie.
3. Mabillon dans les Annales ordinis sancti BcnedicH l'a publié (t. II, p. 717) et discuté {ihid.y p. 371). On en trouvera le texte ci-dessous, dans les pièces justificatives (n® I).
4. Voir pour plus amples détails, au mot Paunat , dans la liste alphabétique des prieurés de s. Martial.