Nous parlons longuement de ce diplôme, ci-dessous, p
vons admettre la donation de Paunat au début du ix^ siècle, sinon dans les ternies même où elle nous est parvenue, au moins dans sa substance, et elle témoigne combien grande était la réputation de saint Martial au temps de Charlemagne ^'\
A en croire la légende, le successeur de ce prince, Louis le Pieux, aurait, dès la première année de son règne, fondé à côté du pèlerinage un monastère dont il aurait fait dédier l'église en sa présence, quelque dix-huit ans plus tard. Cette légende remonte au moyen âge, les moines de Saint-Martial Tont invoquée maintes fois, la plupart des auteurs modernes ^^^Tont acceptée sans contrôle; elle n'en est pas moins fausse.
La prétendue érection de l'abbaye en 814 repose certainement sur une mauvaise interprétation des textes. Certaines Annales, en effet, présentent une mention analogue à celle-ci : « 814. L'Empereur Charles mourut. Louis lui succéda et construisit le monastère de Saint-Martial ^'^ ». La date de 814 est évidemment celle à laquelle Louis le Pieux succéda à son père; ce n'est nullement celle à laquelle il fonda l'abbaye.
Quant au fait de la fondation du monastère et de la dédicace de l'église par l'empereur en 832, il ne comporte pas seulement une erreur de quelques années, il est tout à fait controuvé. Nous admettons parfaitement que Louis le Pieux soit venu en Limousin en l'année 832. Plusieurs textes s'accordent en effet pour mentionner à cette date la présence du prince, sinon à Limoges même, au moins à quelques kilomètres de là, au palais de Jocondiac ^^\ dont on a retrouvé des vestiges de nos jours.
1. Dom Bouquet a publié dans le Recueil des Hist, de France (t. VI, p. 668) une charte du roi Pépin W concernant le monastère de Montolieu et ainsi datée : « Datum VIII Idus .... anno XV imperii domini Ludovici serenissimi augusti et XIV regni nostri. Actum monasterio Sancti Martialis in Dei nomine [féliciter. Amen ». Cette charte donnerait à penser que le roi Pépin vint à Saint-Martial en 828.
2. M. Tabbé Roy-Pierrefitte entre autres, dans son Histoire de Saint Martial (p. 15).
3. a 814. Karolus imperator obiit et Hludovicus regnum recepit et construxit monasterium Martialis sancti Salvatoris Lemovicensis » (Chronic. Lemovic. éd. Labbe, Noi'a Bihl. mss.y t. I,
4. Jocondiac, aujourd'hui Le Palais, c^c du c<>^ de Limoges, Haute- Vienne. Voir sur cette localité une étude de M. l'abbé Arbellot (^Bull. de la Soc. arcJjéol. du Limousin ^ t. XXIII, p. 161 et ss.).
Cest d'abord le chroniqueur le plus autorisé du règne de Louis le Pieux, TAstronome ^'\ qui parle de ce voyage et en fixe la date à 852; ce sont ensuite les Miracles de saint Martial <'^, écrits au ix<^ siècle, qui racontent comment le saint se vengea des déprédations commises par quelques soldats de Tarméc impériale. Ces deux textes sont assez précis pour qu'il ne soit pas nécessaire de recourir au témoignage de documents postérieurs, parmi lesquels nous citerons un prétendu diplôme de 833 un passage d'un sermon d'Adémar de Chabannes ^^\ une interpolation à sa Chronique, etc. ^^\
Il est donc certain que Louis le Pieux est venu à Limoges en 832 ; on sait même à quelle occasion. Cest à la suite d'une révolte de son fils Pépin, roi d'Aquitaine, que l'empereur traversa la Loire avec une puissante armée — celle-là même dont nous parlent les Miracles — pour aller combattre les rebelles et les obliger à faire leur soumission ^'\ Au cours de cette campagne il traversa le Limousin, et s'arrêta avec ses troupes au Palais de Jocondiac.
Étant donné la grande piété du prince, on peut tenir pour assuré qu'il ne voulut pas passer à une aussi faible distance du tombeau depuis longtemps célèbre du premier évêque de Limoges, sans aller y faire ses dévotions; on doit admettre qu'il s'y rendit en pèlerinage, et ses habitudes de libéralités envers les églises sont trop connues, pour qu'on ne puisse douter qu'à cette occasion il ne fit aux clercs de Saint-Martial d'abondantes aumônes, qu'il ne leur concédât peut-être même quelques domaines.
Mais l'empereur n'a-t-il pas joué un rôle plus considérable, n'a-t-il pas
1. « [832.] Ligcri transmeato, cum suo commeatu ad Jocundiacum venit palatium, in territorio Lemovicensi situm » (Pertz, Montwi. German. histor. SS., t. II, p. 635).
2. « Résidente Ludovico imperatore cum magno Francorum excrcitu, Geguntiaco palatio » (Ada saiidorum, t. V de juin p. 546, miracle n» 19. Voir aussi Arbellot, Miracles de saint Martial, p. 21).
3. Adémar fixe la date de cet événement à 760 ans après la mort de saint Martial arrivée en Tan 71, c'est-à-dire en 831 (extrait d'un sermon d'Adémar, Bibl. Nat., ms. latin 2469, fo 69 vo).
4. « Tune Ludovicus générale conventum tcnuit in palatio Gegcntiaco in Lemovicino et cum gloria magna dedicare jussit basilicam Salvatoris menscm octobrem ... anno 830 » (Interpol, au chap. XVI du 1. III).
5. Astronome, éd. Pertz, Monum. Gernian. hisl. SS.y t. II, p. 635.
pris part à la fondation du monastère et à la construction de Téglise abbatiale connue sous le nom de basilique du Sauveur? Le prétendu diplôme de 833 ^'\ dont nous avons déjà fait mention, Adémar de Chabannes dans plusieurs passages de ses sermons ^'^ une interpolation au IIP livre de son Histoire ^^\ le Cbronicon Lemovicense ^^\ pour ne citer que les documents les plus anciens, sont unanimes sur ce point. Des auteurs modernes ont même ajouté que l'empereur avait permis aux chanoines de se servir, pour leurs constructions, des pierres des Arènes romaines ^^^ Sans nous arrêter à discuter ce dernier point, nous devons reconnaître que ces témoignages, tous concordants, semblent au premier abord très sérieux. Mais il faut remarquer qu'aucun d'eux n'est antérieur au x*^ siècle, qu'aucun d'eux par conséquent n'est contemporain. Or, que disent à ce sujet les textes de l'époque?
L'Astronome mentionne, sans doute, le passage de Louis le Pieux à Limoges, mais il n'ajoute aucun commentaire. De plus, dans une liste qu'il donne des monastères bâtis ou réparés par l'empereur ^^\ il ne comprend pas celui de Saint-Martial, ou du moins celui-ci ne se trouve nommé que dans un seul des nombreux manuscrits de cette liste, évidemment par le fait d'une interpolation au texte original.
Les Miracles du saint^^^ rédigés à une époque très voisine des événements, relatent bien le voyage de Louis le Pieux; mais ils sont également muets sur la prétendue dédicace de la basilique, sur la fondation de l'abbaye. Or de tels événements valaient bien la peine d'être rapportés, et, pour qui connaît les mœurs du temps, il est certain qu'à l'occasion de cette cérémonie les reliques de saint Martial auraient été exposées aux fidèles et auraient accompli de nombreux miracles, comme dans toutes les circonstances analogues.
1. « .. edificata basilica quam... edificari imperaveram » (cf. pièce justif., no II).