‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 61 sur 470 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. « Elevato ... Rotberto in rege, Karolus ... Lemovicam pervenit et pervigîl nocte prope

fenestram S. Martialis perstitit in orationibus De spoliis que ceperat Carolus S. Martiaii,

sicut voverat, direxit quedam, id est de capella Rotbcrti régis, evangelium ex auro et argento,

C'est probablement lors de son passage à Limoges, que Charles le Simple ordonna à Tabbé Etienne de construire les deux tours dont nous parlions plus haut. Adémar prétend que ce fut pour protéger le monastère et la ville établie à ses côtés, contre les attaques du comte de Poitiers, Guillaume II ^'K Malgré le témoignage positif d'Adémar, nous nous demandons pourquoi le roi Charles le Simple aurait eu à prendre des mesures contre le comte Guillaume II, qui était un de ses partisans et l'ennemi du duc Robert de France.

En tout cas, cette nécessité de protéger par des fortifications le Castellum Sancti Martialis, nous montre que dès le x^ siècle le monastère était devenu le centre d'une agglomération importante. Le lecteur se rappelle sans doute la topographie de Limoges à l'époque romaine, et n'a pas oublié que le tombeau de saint Martial avait été construit en dehors de la ville, le long de la voie publique de Saintes. La réputation du saint, chaque jour grandissante, fit élever successivement de nombreuses constructions autour de la crypte où il reposait, habitations pour les clercs, auberges et logements pour les pèlerins, hospices pour les malades. Qyand l'abbaye fut fondée au ix« siècle, bien des habitants vinrent se grouper à ses côtés. Ainsi s'éleva petit à petit, autour du monastère, une ville nouvelle, qui fut entourée d'un mur d'enceinte et appelée le Castrutn par opposition à la Civitas de l'évêque qui se trouvait à peu de distance. Cette création d'une agglomération nouvelle autour d'une puissante abbaye est un fait aussi fréquent dans le Limousin que dans les autres parties de la Gaule, et les villes actuelles de Tulle, Guéret, Saint-Yrieix, Uzerche, Saint-Junien, Vigeois, et autres ont une semblable origine. Le Castrum fut d'abord désigné sous l'appellation de Château de Saint-Martial ^^\ mais, par un curieux phénomène

dalmaticam preciosam ex veste crisea, faltestalium argentatum, vestimentum integrum sacerdotale preciosum, duos libros divine historié, librum preciosum de computo, vexillum ex veste auro texto unum » (Interpolation à la Chronique d' Adémar de Chabannes, 1. III. chap. XXII).

1. a Turres in castello Marcialis duas fecit ..., precipiente hoc rege Karolo minore, ad repellendum Willelmum ducem » (Adémar de Chabannes, Commémoration éd. Duplès-Agier, p. 5).

2. C'était bien le nom primitif du château de Limoges. Adémar de Chabannes en effet dans le texte de la Commetnoratio que nous venons de citer ci-dessus, dit que l'abbé construisit deux tours in castello Martialis, Une pièce de la fin du xi* siècle, insérée dans le cartulaire de l'aumônerie de Saint-Martial, parle également d'un jardin situé « in Cumbis Lemovicenis, pênes ipsum hurgum S. Martialis » (Leroux, Doc. sur la Marclje et le Limousin y t. II, p. 6).

d'attraction, il ne tarda pas à absorber la majeure partie du commerce de la Cité et prit dès lors le nom de Château de Limoges ^'K

Les abbés de Saint-Martial avaient la suzeraineté du Château, qui, d'après la tradition, leur aurait été donné par Louis le Pieux. Cette tradition, nous l'avons montré plus haut^^\ repose sur un diplôme apocryphe ; mais le fait même de cette suzeraineté n'est pas contestable. Les droits des abbés furent reconnus pendant tout le moyen âge, quoique, à maintes reprises, les vicomtes ou les consuls y aient porté de graves atteintes. Les vicomtes étaient en effet pour le monastère des voisins bien dangereux. Quoique leur origine soit assez obscure et ait donné lieu aux hypothèses les plus diverses, il paraît bien établi aujourd'hui, depuis les recherches de M. Robert de Lasteyrie, qu'ils ont été créés vers 876 par Eudes, comte de Toulouse et de Limoges ^'\ Pour se soustraire à la juridiction de l'évêque, ils fixèrent leur résidence sur le territoire de l'abbaye de Saint-Martial, qui était certainement à cette époque moins puissante — et par conséquent moins redoutable — que l'évêché. Peut-être même espéraient-ils jouer vis-à-vis d'elle le rôle d'avoués, et prendre ainsi prétexte pour s'immiscer dans ses affaires, et s'enrichir à ses dépens ^^\

Les vicomtes dressèrent leur donjon féodal à côté de l'église Saint- Michel des Lions, et celui-ci était communément appelé la MotlCy du nom de l'éminence artificielle sur laquelle il avait été bâti ^^\ A la suite de leur établissement dans le Château, les vicomtes de Limoges durent prêter serment aux abbés de Saint-Martial et les reconnaître pour suzerains, au moins dans une certaine mesure ^^\

1 . C'est le Castrum Lemovicense de tous les textes limousins.

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