‹ L'abbaye de Saint-Martial de Limoges;Chapitre 68 sur 470 · Adémar de Chabannes, Chronique, 1. III, ch. LXVI · texte numérisé non relu

Adémar de Chabannes, Chronique, 1. III, ch. LXVI

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quitter Téglise après avoir été frappé par le maître Ide chœur impatienté ^'K Odolric ressentit fort l'humiliation d'un pareil traitement et prit la résolution de se corriger; il se mit dès lors au travail avec ardeur, et acquit rapidement une grande réputation de sagesse et de savoir, tant et si bien qu'il succéda à l'abbé Hugues, avec l'approbation générale ^^K

Odolric enrichit le trésor de nombreuses œuvres d'art et acheta pour la bibliothèque un évangéliaire, écrit en lettres dorées ; il parvint également à améliorer le temporel de l'abbaye, libérant deux églises de certaines redevances qu'elles devaient payer à l'évêque, rachetant les revenus du Château de Limoges et de ses fortifications ^^\ naguère aliénés par le vicomte Guy, quand il avait donné à son frère, l'évêque Géraud, la commende du monastère.

Odolric s'occupa aussi des prieurés dépendant de son abbaye : il fit bâtir une église nouvelle à Saint- Vaury, et l'enrichit de nombreuses donations ; il fit également dédier peu après, par l'évoque de Limoges, Jourdan de Laron, le monastère d'Arnac, qui dépendait de l'abbaye ^^\ et se montra en toutes circonstances un administrateur attentif et capable.

Il fit plus encore, et ce fut grâce à ses persévérants efforts que fut dédiée la basilique du Sauveur et que l'apostolicité de saint Martial fut définitivement reconnue.

Il donna, en effet, une vive impulsion aux travaux de la basilique, que son prédécesseur avait commencés. La dédicace du chœur de l'église eut lieu le 19 novembre de l'année 1028 ^^\ A cette occasion,

1. « Odolricus juvenis dum esset ... minime studebat, unde accidit ut epistolam, ad majorem missamdum legeret, tam turpiter fallerct ut etiam crubesccret. Qua propter archichorus ... illico alapam in conspectu populi ei dédit... » (Geoffroy de Vigeois, éd. Labbc, Nova BibL mss.y t. II, p. 283).

2. « Qui magistrorum scholas in tantum frequentavit, .... ut, décadente Hugone, assensu cunctorum Ecclesiae filiorum in abbatem proveheretur » (Geoffroy de Vigeois, ihid,).

3. ff Comparavit duo pallia leonina et textum evangclii minorem de auro ... et redemit duas ecdesias, muros et castellum » (Adémar de Chabannes, Comvicvioratio, éd. Duplès-Agier, p. 8).

4. «... Monasterium S. Walerici, postquam multis donis nobilitavit, dedicare fecit .... Hujus rogatu dominus Jordanus de Laron, Lemovicensis episcopus, ... consecravit monasterium de Arnaco (Geoffroy de Vigeois, éd. Labbe, Nova Bihl. mss., t. II, p. 283).

5. « Fecit dedicare caput isiius ecclesie cum magno honore. » (Adémar de Chabannes, Cornmemoratio, éd. Duplès-Agier, p. 9). « MXXVIII, dedicatio ecclesie Salvatoris àb episcopis XI » (Amiales Lemovicenscs, éd. Pertz, Monum. German, hist. SS., t. II, p. 252).

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le corps de saint Martial fut solennellement levé de son tombeau, et porté pendant trois jours dans la chapelle de Montjo\y, où de grandes fêtes eurent lieu. Quant à la dédicace, elle fut célébrée avec pompe au milieu d'une nombreuse assistance de prélats ^'\ Adémar de Chabannes nous a laissé dans un de ses sermons un curieux récit de la cérémonie, à laquelle il avait assisté ^'\

Le matin de la dédicace, les évéques consécrateurs entrèrent dans la nouvelle église, en tenant chacun à la main leur bâton pastoral. Ils firent partir tous les clercs qui s'y trouvaient, n'y laissant que ceux dont la présence leur était nécessaire. Puis sortant eux-mêmes de l'édifice, ils en fermèrent les portes ^^\ en donnant Tordre d'allumer seize cierges en l'honneur des douze apôtres, de saint Paul, de saint Martid, de saint Marc et de saint Luc.

Les évêques firent ensuite, à trois reprises et processionnellement, le tour de l'église ; puis ils bénirent les portes, et, après un colloque symbolique avec un des clercs qui étaient restés dans l'intérieur, se les firent ouvrir et entrèrent dans la nef. Ils se dirigèrent alors vers les fonts baptismaux, qu'ils consacrèrent ; purifièrent l'église, avec l'eau, le vin, le sel et la cendre ; tracèrent sur le sable aux quatre angles de l'édifice des caractères mystiques en langues étrangères, pour marquer que la foi du Christ s'était répandue aux quatre coins de la terre; par deux fois enfin, ils oignirent les autels de l'huile sainte et du chrême. La cérémonie terminée, ils firent entrer dans la nouvelle église les nombreuses reliques qui attendaient depuis la veille devant les portes

1 . Les prélats qui assistèrent à la céréinonie furent : Godefroy, archevêque de Bordeaux ; Isembert, évêque de Poitiers ; Armand, év. de Périgueux ; Deusdedit, év. de Cahors ; Roon, év. d'Angoulême ; Pierre, év. de Gérone en Espagne ; Amelius, év. d'Albi ; Arnaud, év. de Rodez ; Foulque, év. de Carcassonne, et Jourdan, év. de Limoges (Annaîes Lemovicenses, ibid., t. II, p. 252).

2. Adémar de Chabannes, Sermons inédits, Bibl. Nat., ms. latin 2469, fol. 94 et ss. Nous publions pour la première fois ce récit dans nos pièces justificatives (cf. n9 V).

3. Adémar de Chabannes nous rapporte qu'aux époques antérieures, cette partie de la cérémonie était plus compliquée. On faisait entrer dans la nouvelle église des brebis, des bœufs et des hommes, que les évêques allaient chasser ensuite, comme le Christ avait naguère expulsé les animaux et les vendeurs. Cette coutume bizarre ne fut pas suivie à Saint-Martial ; mais Adémar de Chabannes la vit pratiquer lors de la dédicace de Téglise de Charroux, célébrée par Tévêque d'Angoulême, Hugues, à la fin du x* siècle. Cf. pièce justif., no V.

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fermées, et le peuple les accompagna en foule en chantant des hymnes et des cantiques de joie.

Ainsi fut dédié le chœur de la basilique du Sauveur, le 19 novembre 1028.

Uabbé Odolric, en môme temps qu'il poursuivait ses grands travaux de construction, s'occupait à faire résoudre définitivement la question de Tapostolicité de saint Martial, déjà posée par son prédécesseur.

Nous avons étudié précédemment ^'^ la genèse de cette prétendue tradition, qui voulait faire de saint Martial un apôtre. Nous avons montré comment elle avait été petit à petit créée de toutes pièces par l'imagination des fidèles ou des moines, et comment, produites par un travail d'élaboration inconsciente, toutes ees fables avaient été recueillies et rédigées par un clerc anonyme dans la vie du saint, connue sous le nom de Vie primitive.

Lorsque l'abbaye eût été fondée en 848, les reliques du saint furent l'objet d'un pèlerinage de plus en plus fréquenté; de nouvelles légendes furent mises peu à peu en circulation, et quand la Vie primitive eut péri, probablement à la suite d'une invasion de Normands en 945, un moine écrivit pour la remplacer une vie nouvelle, dite du pseudo-Aurélien.

C'est ainsi que jusque vers l'an mil, les religieux de Saint-Martial purent travailler sans obstacle à la gloire posthume de leur saint patron. Mais, vers cette époque, leurs prétentions devinrent telles, qu'elles éveillèrent l'attention toujours soupçonneuse des évêques de Limoges. Ceux-ci avaient été de tout temps en rivalité constante avec les moines et leurs abbés. Quand les chanoines de Saint-Martial avaient voulu, en 848, prendre l'habit monacal, l'évêque Stodilus s'y était opposé, ayant peur que la future abbaye ne devînt pour l'évêché une dangereuse rivale. Il n'avait cédé que sur rinter\'ention de Charles le Chauve ; mais ses craintes s'étaient réalisées ^^K L'abbaye avait grandi et prospéré ; autour d'elle s'était fondée une ville nouvelle, accaparant peu à peu le commerce et le mouvement de la cité épiscopale.

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