XII- abbé, Dalmace de Gusse
XIII" abbé, Etienne II de Brezons, 1192-1194. XIV" abbé, Bernard de VaUons, 1194-1199.
L'ère de la prospérité matérielle semble toucher à sa fin et l'heure de l'adversité avoir sonné : car les donations deviennent de plus en plus rares, et des luttes incessantes pour conserver les droits et privilèges contestés par des sujets rebelles en troublent l'existence. Les terres d'Orcival et de Tauves, l'égUse de Saint-Jean-d'Olières et la chapelle d'Olliergues furent concédées h cette époque. Parmi les déprédateurs de ses nombreuses dépendances, brillait au premier rang Héracle de Polignac, qui à la tète de ses routiers afEamait le couvent. Il ne cessa ses brigandages que sur les menaces du roi Louis VII, à qui les moines portèrent leurs doléances — 1173.
Les riches prieurés de Limagne devinrent bientôt la proie des comtes et des dauphins d'Auvergne; et il &llut toute l'habileté diplomatique de l'abbé Bernard — 1193 — et l'autorité du pape Gélestin III pour arrêter ces désordres.
Ciomme l'importance de La Ghaise-Dieu, soutenue par la sainteté de ses abbés, avait grandi tous les jours, les pontifes de Rome se plurent à entourer ces derniers des honneurs ecclésiastiques, en leur accordant l'usage de la mitre et autres
XV* abM. Hugues d'Anglars, 1199-1203. XVI* abbé, Armand de Brezons, 1204-1227.
XVII* abbé, Géraud de Montclar. 1227-1231.
XVIII* abbé, Guillaume de Boissonelle, 1231-1234. XIX* abbé, Bertrand de Paulhac, 1247-1259.
ornements episcopaux^ avec le privilège de donner la bénédiction épiscopale.
C'est sous le gouvernement de Tabbé Bernard de Valons^ que Thistoire laisse deviner dans un mot le rôle politique que jouèrent une fois ou Tautre ces puissants seigneurs féodaux. Sous celui d'Ëble de Montclar, d'Aimoin^ d'Hugues II, jusqu'à celui de Jean Ghandorat, vingt-quatrième abbé, les Annales du monastère n'ont enregistré qu'une suite de luttes entre le pouvoir abbatial et les monastères ou les seigneurs qui contestaient ses droits de suzerain — 1262-1342.
L'autorité du pape Innocent IV d'un côté, maintenant les liens d'agrégation; une charte de saint Louis de 1247 mettant sous la protection royale tous les biens que La Chaise-Dieu possédait en Auvergne, et ceux du Poitou réclamés par son frère Alphonse, firent rentrer chacun dans le devoir. Aimoin de la Queille, vingt-troisième abbé, chercha à arrêter cet esprit d'affranchissement visà-vis de son pouvoir, en renouvelant dans les statuts proposés et approuvés par le Chapitre général de 1303, l'esprit de la règle, et en resserrant les liens de l'obéissance.
Mais Tavènement de Pierre Roger, ancien moine de La Chaise-Dieu, au trône pontifical, sous le nom de Clément VI, allait raffermir cette puissance contestée, et augmenter par sa munificence l'éclat de l'abbaye qui abrita sa jeunesse et fut le berceau de sa vocation monastique. Le premier témoignage de
son attachement filial se retrouve dans une bulle qui donne à l'abbé ou au monastère, en cas de vacances, la juridiction épiscopale sur la ville et les trois églises paroissiales : Saint- Vital et Agricole, Sainte-Marie et Saint-Martin.
Le successeur de Jean Ghandorat, Réginald de Montclar, reçoit pour lui et ses successeurs lé pouvoir de bénir le peuple solennellement, non seulement dans Téglise du monastère, mais dans toutes lès églises paroissiales soumises au monastère, ainsi que plusieurs autres fonctions épiscopales à exercer dans les lieux placés sous sa juridiction.
En 1343, le Pape, apprenant que Téglise de saint Robert est insufiftsante pour le nombre des moines, fait commencer à ses frais la construction de la basilique que Ton admire aujourd'hui, et qu'il voulut digne de son fondateur. Le plan en a été tracé par des hommes de génie qui ont dédaigné de nous laisser leur nom : anonymes sublimes qui ont voulu laisser survivre seule la gloire du fondateur.
Le Pape choisit Pierre d'Aigrefeuille pour le siège de Glermont, et Etienne de Maie, qui lui avait succédé dans le gouvernement du monastère, pour celui de Toulouse. Le 19 octobre 1352, en vertu d'une bulle de la même année, le corps de saint Robert, retiré de son sépulcre primitif, est déposé sous le mâd[tre-aulel et prend possession de cette basilique construite en son honneur,
Lç 6 décembre 1352, Clément VI meurt à Avi-
gnoû, et, le 8 avril 1353, son corps est déposé à La Ghalse-Dieu, sous la garde de ses frères et dans le tombeau construit sous ses yeux. Etienne d'Aigrefeuille, qui reçut cette précieuse dépouille, pour laisser à ses religieux le souvenir de leur insigne bienfaiteur, voulut que Tanniversaîre d^ sa mort eût une \dgile, que les grandes cloches du monastère rappelassent son deuil, et que, tous les jours, après la messe conventuelle, le célébrant, assisté d'un diacre, vînt au monument Êiire Tabsoute. Ces prières liturgiques ne cessèrent qu'au départ des moines (1).
Par son testament du 13 mai 1374, Grégoire XI, neveu de Clément YI, demande à être enterré à La Ghaise-Dieu, à came de sa dévotion particulière pour ce monastère; et si Texil des papes à Avignon s'était prolongé de quelques années, la basi« lique casadienne eût possédé les cendres des deux pontifes, dont le premier avait pourvu à son imposante construction, et dont le second avait réalisé son complet achèvement.
C'est à Grégoire XI que le monastère devait aussi la chapelle du collège, appelée de son nom Grégorienne, et les objets du culte dont il enrichit la sacristie construite par Jean de Chandorat.
(1) Sôattcoup de détails historiques qtti nous échappent danâ cette rapide esquisse, viendront se placer d'eux-mêmes sous notre plume, dans la description que nous allons faire de chaque portio du monument.
- A la prière dia Guillaiùiiie de l^rlnô, il voulût Men réduire ftussi leà frais que le monastère devait payer à la Chambre apostolique pour Télectibn de chaque abbé; LWdeïEfiêfô qui vont fermer la liste des abbés réguliers, seiçbîent rivaliser* de zèle éf de générosité : En 1382, André de Chanac fait construire une partie du monastère, restaurer à. ses fwiîs les aqueducs, la portion du cloître quilonge réglise, et la bibliothèque, dont lés clefs de voûte portent encore ses armés. Pour protéger le monastère contre les^ attaques' à inain armée si fréquentes à cette époque, il Téiitotirê de hautes murailles et de tours. De son temps; il y ^véit quatre-vingts moines de chœur. Sa charité lui fit' donner le nom de père et de protecteur des pau* vres. En 1406, il donna ilrié somnié de 1,500 livret pour une châsse destinée à renfermer les reliques de saint Robert. Son corps, transpoî'té de Chanteuges où il était mort, fut robjét d'un véritable triomphe, qui rappelait le proverbe allemand : « Il fait bon vivre ^ous la crosscir
La charité de son successeur, Hugues de Chauvigny de Blot, ne fut pas moins inépuisable pendant les quarante-cinq années de son gouvernement, surtout iorsqu'en 1426, le feu eut détruit. la ville presque entière (i). Aussi le peuple témoi-'
>(!)!>& daté (|ue porte Ift pierre tombale placée dévatit' la table de oommunlon portant cette macription latine : « Ici re* pose êeigneur Hugues de Blot, abbé régulier, mort Van dû SeP^' gneur iiiS, » est en contradiction avec la liste des abbés donnéçi
gna-lril à sa vénérable dépouille, portée de Gh&nteuges, les mêmes hommages et les mêmes regrets I
Réginald, qui avait reçu la crosse abbatiale des mains de son oncle débilitées par Fâge, se fit remarquer par son courage à défendre les préro^ gatives de son église, par son zèle à augmenter le nombre des religieux, à pourvoir à leurs besoins matériels : ce qui ne lui fit pas oublier les restaurations du monastère et les soins d'une large hospitalité. C'est à lui que Tabbaye devait la fameuse statue de Moïse portant les tables de la loi, et servant de pupitre (1) ; un évangéliaire écrit et enluminé par Jacques Guazelli; plusieurs ornements précieux légués à Téglise, la demeure abbatiale, et une grande partie des bâtiments claustraux, qui portaient ses armes.
Au mois de juin 1491, Jacques de Saint-Nectaire lui succédait : avec lui allait se clore la liste si glorieuse des abbés réguliers. Il semble que le moine artiste — comme rappelaient ses contemporains *-• ait voulu rivaliser de magnificence
}>àr le ôalUa Chrisiianà, qui ne donné son élection qa*ail 21 mai 1420. Cette inscription, effacée par le temps, fût pourtant reproduite, en 1757, comme l'indique rinscription qui y a été ajoutée : « Cette épitaphe a été gravée de nouveau en 1757. •
(1) Cette statué, que les protestants, lors du pillage de Tabbaye, avaient crue en métal précieux, Ait par eux jetée dans un 14c voisin ; et ce ne Ait que trente ans après que les religieux ta retrouvèrent.
avec ses . t)réd6C6sseùrs9 pour laisser à àes frères le regret impérissable de les avoir perdus.
Les guerres de François P' augmentaient la misère, et lés bâtiments claustraux demandaient encore beaucoup d'améliorations. Uincendie des toits de l'église venait, le 25 août 1497, fournir tin nouvel élément à son zèle : mais il fut à la hauteur des difficultés de sa charge. Gomme saint Louis, il a légué à lisi postérité deux monuments immortels : son oratoire et son tombeau; le choeur de la basilique, avec ses lambris et ses tentures, et ia chapelle qu'il réservait pour sa sépulture à Ghânteuges, que le langage populaire désigne si bien sous le nom de chapelle du prince. A sa prière, Louis XII donnait au monastère son blason définitif.
Après a.voir été les témoins attristés de la prise de possession du premier abbé commendataire, les moines opposèrent une longue résistance au concordat de François P^ Il ne fallut rien moins que la main de fer du cardinal de Richelieu, poui^ les réunir à la congrégation de Saint-Maur — 1640.
Le gouvernement de François de Tournon et la visite de François I"; lors dé son voyage à Notre-Dame du Puy — 1533 — sembla rendre quelques jours de splendeur à la vieille abbaye; mais le pillage dés' Huguenots/ le 1" août 1562, lui apportait des ruines irréparables.
Un autre, dont l'histoire nous a conservé un précieux souvenir, fut un enfant de saint Domi*
nique : te cardinal Hyacinthe Serroni, qui, le 15 juillet 1674, consacra Véglise et légua à ses religieux un monument sans pareil dans le buffet d'orgues (1). Son successeur voyait le monastère presque entier consumé par les flammes, le 24 avril 1695.
L'arrivée des Bénédictins mauristes lui réservait encore une dernière illustration : la gloire littéraire. Il peut citer comme lui appartenant, à côté de dom Genoux et dom Tiolier, dom Ëstiennot et dom Boyer. La bibliothèque de La Ghaise-Dieû renfermait, au moment de la suppression de l^or* dre, 5,383 volumes, dont on retrouve de riches épaves dans les bibliothèques paroissiale et communale de Brioude.
C'est au sein de cette famille casadienne toute vouée à là retraite et â l'étude de nos documents historiques, que Soanen, de Riom, évèque de Senez, vint expier par l'exil sa résistance aux constitutions apostoliques, et mourut, en 1740, à l'âge de 92 ans (2),
Le 9 juin 1786, le prince Louis de Rohan venait à son tour dans ce monastère, dont il fut ïe dernier abbé, expier, la triste part qu'il prit
, (1) L*égU9e, construite pax Clément VI. avait déjà été consacrée, en 1563, par Françoie de Saint-Nectaire, évoque de Sarlat, et, en 1626, par Just de Serres, évoque du Puy.
(2) On se rappelle la lettre que Massillon écrivait, le 29 jan^ yier 1729, à Texilé de La Ghaiae-Dieu.
dans Taffaire du collier. Les religieux ^ dit la tradition, refusant de le recevoir dans Tenceinle de Tabbaye, lui firent bâtir a la hâte la maison assez modeste que Ton voit à gauche de la façade de l'église. Un mois après, nous le voyons en effet payant de sa personne dans un incendie qui éclate le 6 juillet. Lorsque les décrets du 13 février 1790 "vinrent briser les portes du cloître, ils ne trouvèrent qu'un petit nombre de moines qui, se partageant ce qu'ils purent emporter des dépouilles de leur retraite, allèrent mourir à la tête de plusieurs paroisses qui conservent encore le souvenir de leurs austères vertus (1).
(1) LI9TB DES ▲BBÉS COMICBNOATAIRBS.
XXXV abbé, Adrien Gouffier de Boissy, 1518-1519. XXXVI- abbé, Fraûçoia de Tournon, 1519-1541.
XXXVII* abbé, Charles de Tournon. 1541-1562.