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LA FAÇADE DE L'ÉGLISE

(Style gothique de la fin du XIV» siècle.)

La façade de l'église s'ouvre par un escalier en éventail, qui compte quarante marches divisées par un palier occupant toute la façade. Sa balustrade en pierre, dont les angles sont amortis par des pinacles d'assez mauvais goût, porte sur le colimaçon de droite la date de sa construction par les moines, en 1758.

De ce palier, l'œil découvre les détails de cette architecture sévère dont les grandes Ugnes l'avaient déjà frappé : cette fenêtre principale à triple meneau dont le compartiment supérieur, qui rappelle le gothique flamboyant, est caché par un ignoble cadran d'horloge; les deux fenêtres ogivales qui éclairent les collatéraux; au-dessus de ces grandes ouvertures trois arceaux massifs. Ils ont appartenu à l'ancien système de défense qui protégeait cette entrée de la basilique : aujourd'hui, recouverts d'un dallage et pourvus d'une lourde balustrade à jour pour le milieu et pleine sur les côtés, ils servent de galerie pour aborder d'une tour à l'autre. Les deux tours qui s'élèvent aux angles de l'édifice mesurent 60 mètres de hauteur

et sont soutenues par des contreforts massifs divisés en plusieurs étages par des corniches sans eou-ronnement de clochetons (1).

Après avoir gravi les dix-huit marches du second palier, le visiteur se trouve en face d'une porte ogivale à triple voussure. Sur le trumeau qui la divise, sur un cul-de-lampe et sous un dais mutilé, se présente la statue de saint Robert, fondateur et premier ^bé du monastère. Le saint semble placé sur ce parvis pour recevoir le voyageur et lui faire les honneurs de son ancienne demeure : il semble dire assez haut, par les mutilations qui couvrent son imagé, les ruines que le visiteur va rencontrer sur ses pas. Trois statues peuplaient les niches du tympan : leurs pieds reposaient sur un bandeau portant à droite les traces d'un bas-reUef

(1) L*église est bâtie à une altitude de 1,065 mètres. Ses balustrades pleines, décorées d'un simulacre d'à-jour, rappellent : que dans les pays où la pierre trop tenace ou trop grossière ne se prêtait pas aux dégagements délicats des redans et ûe conservait pas ses arêtes, il a fallu employer ce genre de balustrades. — Le pignon entre les deux clochers, qui devait accuser le comble qu'il était destiné & former, a disparu par suite de l'incendie qui détruisit la toiture peu de temps avant la Révolution, pour faire place à un mur plein, de l'effet le plus malheureux. — Des nombreuses cloches qui annonçaient les solennités de l'abbaye, indiquées dans le coutumier par ces mots : « puisantur magna cymhala, » on ne retrouve plus que la Robertine, fondue par les Mauristes en 1749. Une modeste toiture remplace les deux flèches en pierre que leur donne la tradition locale, qui est ici en contradiction avec le plan de Tabbaye donné par les Bénédictins dans les Monastères dQ France ; Momstiçon çallicamm, de J), Germain.

qui représeutait l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem^ le jour des Hameaux. Une guirlande de feuilles, court le long des arêtes^ et les angles de la porte sont adoucis par des écoinçona élégamment travaillés. Les trois voussures qui se divisent Tarcade sont ornées de statues sous des dais : un clioBur d'anges tenant des instruments de musique peuple la voussure inférieure; les patriarches et les prophètes avec des banderoles occupent la seconde; les apôtres et les docteurs se partagent la plus élevée. Ce triple rang de voussures repose sur des dais richement sculptés, abritant autrefois des statues i leurs pierres volcaniques d'un noir de jais contrastent par leur couleur et leur conservation avec les grès qui les ayoisinent, et dont les moulures vont se détériorant sous l'action du climat.

Toutes ces statues placées là autour de celle du fondateur, devaient rappeler les saints que l'abbaye honorait d'un culte particuher; et les anges avec leurs harpes et leurs cithares redisaient la fonction des moines chantant jour et nuit les louanges de Dieu.

L'ÏNTÉRÏEUR DB L'ÉGUSE [1343-1378.]

Nous franchissons le seuil de l'église. Après avoir fléchi le genou devant la majesté du Dieu qui

Fha^Ue, noup embrassons d'au coup d'œi} d'eû-t sembld les proportions du monument. L'église dQ La Chaise *Dieu mesure 76 mètres de longueur sur 24 de largeur et 18 de hauteur : elle se termine par cinq chapelles absidales de forme pentagonale< Vingt «deux piliers à huit faces supportent le^ voûtes et séparent la nef centrale de ses collaté* raux ; il est à regretter que les nefs latérales ne se poursuivent pas autour du sanctuaire pour former: le déambulatoire. L'effet proçluit par ces voûtes, belles et hardies, un peu basses pour la largeur du vaisseau, est majestueux. Ces trois voûtes d'une ha^iteur égale, allant se rattacher par de fi^es nervure^ à des pilastres sans chapiteaux, vous saisis^ SQut par leur nouveauté (1). On retrouve là Tar-. (^itecture des ordres religieux toujours en garde contre les innovations profanes qui auraient voulu s.e glisser dans le sanctuaire : le luxe qui flatte les yeux sans rien dire au cœur. L'égUse de La Chaise- Dieu respire partout l'esprit recueilli et austère, de saints habitants de la solitude. Ici point de festons,, de fleurs, de feuillages, de pilastres cannelés, de chapiteaux à feuilles d'acanthe : rien n'est accordé à la vie des sens. Son aspect est doucement

(1) Cette particularité, qui se retrouve assez rarement dans les grandes basiliques du moyen &ge — elle est un des traita distinctifs des églises de Tordre teutonique — s'explique peutêtre par la nécessité de ne pas multiplier les ouvertures dans un climat aussi rigoureux. De là aussi la multiplicité des contreforts et leur épaisseur pour soutenir la masse de Tédifice.

sévère. Ses clefs de voûte, presque toutes aux armes de Clément YI, sont entourées d^une guir* lande finement découpée^ D'après Vusage conservé jusqu'au xvi* siède, une peinture polychrome couvre encore ces clefs de voûte et les nervures jusqu'à une certaine distance du centre (1). Chacune des neuf travées, qui se partagent la longueur de l'édifice, est éclairée par une fenêtre à un seul meneau très haute et très étroite. Elles sont presque toutes du style rayonnant : les trèfles qui les terminent ou les roses qui viennent s'appuyer sur leurs pointes, conservent encore des débris de verres coloriés. Les trois fenêtres de l'absidiale centrale présentent un des caractères du style anglais : des meneaux divisant leur hauteur. Ces ouvertures si étroites ont été imposées par le rapprochement des contreforts destinés à buter la poussée de cette triple voûte; leur profondeur ne laisse arriver qu'une lumière assez rare; mais leur rétrécissement n'at-il pas été provoqué par les rigueurs du climat?

Le regard le plus inattentif remarque sur les

(1) La plus belle clef de voûte à sujets a été réservée pour le sanctuaire : elle est d*une finesse d'exécution remarquable et représente le couronnement de la Vierge au milieu de feuillages. Parmi les treize blasons du pape Clément VI que Ton retrouve aux clefs de voûte, plusieurs se voient dans la hauteur de la clef de voûte dans Fangle formé par les arcs d'ogive; plusieurs aussi ont été accrochés après la construction des voûtes, entre autres celui de Guillaume de l'Orme au-dessus du buffet d'or-^' gueg(.

piliers et les arceaux des trois travées du fond, comme dans les fenêtres gui les éclairent, un luxe d'ornementation qu'il ne retrouve pas dans les nefs supérieures : c'est la portion du monument achevée aux frais du pape Grégoire XI. L'architecte savait que cette église serait une nécropole où la mort amasserait de grandes dépouilles, et il vou^ lait que tout y rappelât l'idée des tombeaux : de là cette voûte surbaissée, comme celle d'un caveau funéraire; de là ce demi-jour, cette clarté mysté* rieuse si naturelle à l'habitation de la mort.

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