LE CHŒUR
Tout à l'heure en traversant le chœur, pour saisir les grandes lignes du monument, nos regards ont été frappés par la vue d'un tombeau qui en occupe le centre : c'est celui de Clément VI, troisième pape d'Avignon, dont le corps fut porté à La Chaise-Dieu au mois d'avril 1353, pour reposer dans cette église bâtie à ses frais. La statue de haut-relief en marbre blanc du pontife revêtu de ses habits pontificaux, est couchée sur un tombeau de marbre noir mesurant 1"33 de largeur sur 2°65 de longueur. Cette eflBgie, parfaitement ressemblante aux portraits que l'on a encore de Pierre Roger, est de graudeur naturelle ; la tête, ceinte
de la iiai:^, repose sur un coussm, et les pieds sur deux lions à la crioière dorée. Une riche broderie or, qui a disparu sur les parties flottantes de la chape, recouvre le3 bords du manteau. Une marqueterie sur les angles arrondis est le seul ornemeçit que Ton retrouve sur ce mausolée. Des quatre statues symboliques qui semblaient veiller sur le sommeil du pontife, et de la riche balustrade d'albâtre qui protégeait la statue, on ne retrouve aujourd'hui que d'informes débris : la majesté de la mort fut aussi impuissante que le culte de Fart pour préserver la tombe du pontife contre le vandalisme des protestants, en 1562, lors de l'invasion inattendue du monastère. Le monument subit les mutilations que Ton y voit encore, mais les cendres du pape restèrent à l'abri des profanations dont parlent plusieurs historiens (1). La tradition qui veut que Blacons ait bu dans le crâne du pape, et l'ait présenté plein de vin à ses soldats, pour qu'ils pussent se vanter d'avoir bu dans la tête d'un pape, serait dès lors sans fondement.
Autour du royal mausolée étaient venus se grouper les tombeaux de plusieurs membres de la famille de Roger-Beaufort : celui du cardinal Guillaume, neveu de Clément VI, avec son griffon en
(1) O. Boyer, moine de La Ghaise-Oieu, qui écrivait au commencement du diX'huitième siècle, soutient que les restes de Clément VI n*ont pas été profanés, et il cite & Tappui de son fidflertioQ des témoi^a^e? et des faits qui rétablissent*
cuivre portant les armés du défaut; là tombe éû marbre noir des comtes defieaufort, descendants de Guillaume, frère de Clément. Les regards du touriste cherchent vainement les débris de ces sépultures que la reconnaissance pour Tinsigne bienfaiteur avait fait élever à une place d'honneur, au milieu et en avant du chœur. Sur les côtés, à la place occupée aujourd'hui par les stalles, celui d'André de Ghanac avec cette modeste inscription s Hic jacet Andréas, abbas; à gauche celui de Nicolas, archevêque de Rouen, oncle de Clément VI. Plusieurs abbés et hauts personnages, que des liens étroits unissaient à la famille casadienne, étaient venus aussi lui demander un asile dans la mort. L'abbé de Saint-Nectaire avait entouré ces tombes que la pauvreté monastique avait voulu si humbles, d'une mosaïque portant ses armes, et sur laquelle furent scellés deux candélabres dé cuivre à sept branches. De toutes ces pierres sépulcrales et à la place qu'elles occupaient, on ne retrouve plus que la grande dalle que l'on voit devant la grille du sanctuaire et qui conserve le souvenir de Hugues de Blot, xxxrii* abbé régulier, mort en 1418.
Dans le sanctuaire, nous voyons le maître-autel des moines : son style renaissance semble indiquer qu'il remplaça celui qui abritait le corps dQ saint Robert détruit par les huguenots. On voit aussi sur ses gradins la croix et les six chandeliers de bronze mesurant PSS de hauteur; sur les pied«
se jouent dés anges aux ailes déployées^ du plus beau modèle (1). Dans les chapelles absidales, le seul morceau de sculpture digne d'attention est le retable que Ton y voit. Dans les autres chapelles on voit encore épars quelques panneaux dus au ciseau des moines^ mais devant lesquels nous ne nous arrêterons pas, pour contempler à loisir une des portions les plus riches du mobilier de la vieille abbaye : les stalles.