LES STALLES
Pour harmoniser les froides murailles de son église avec les tombeaux que nous venons de décrire, pour les renfermer comme dans un écrin qui fût digne du culte que Ton voue à d'illustres bienfaiteurs, Jacques de Saint-Nectaire, le Léon X de La Chaise-Dieu, fit fermer par des murailles de 4 mètres de hauteur les trois travées qui séparent les chapelles absida}es du jubé. Elles abriteraient aussi ses moines pendant les longues heures de
, (1) Une tradition populaire veut que les ehandeliera primitifs en argent massif aient été aliénés pour le rachat de François I"; d'autres disent pendant le désastre des guerres de Louis XIT. Le roi les aurait remplacés par ceux-ci, faits sur le modèle des premiers. La première version est erronée, puisque les chandeliers portent les armes des Mauristes, venus en 1640.
Foffice Canonial (1). Un sculpteur flamand vint aux frais de Fabbé les recouvrir de stalles. Au nombre de 156, elles se développent sur un pourtour de 48 mètres : le goût et la richesse de leurs ornements^ les a mises au rang des boiseries les plus vantées; elles se rapprochent de celles d'Amiens, et le temps a donné au chêne une couleur d'ébène qui en fait ressortir le fini. Elles se divisent en hautes et basses stalles. Le haut dossier est couronné d'une frise sur laquelle serpente une guirlande de lierre chargé de ses fruits. La corniche très saillante qui remplace ici le dais, est pourvue d'entrelacs ornés de trèfles. Le dossier qui soutient ce vaste couronnement porte une série d'arcs ogiviques, soutenus par un faisceau de trois colon-f nettes à chapiteaux très ornés.
Au sommet, une quatre-feuilles s'appuyant sur deux arcs plus petits, encadrant des trèfles soutenus par un faisceau de colonnettes étayé vers le milieu du dossier par un mascaron en forme de pendentif. Les vides laissés entre les courbures extérieures des grands arcs sont occupés par des
(i) Dans les iilonasièrôs$ les religieux étant tr^s nômbi^ôui et l'assistance des àdèles dans les églises monastiques n-étant qu'accessoire, ces derniers se rendaient pour le service divin, dans les églises qui entouraient les monastères. Mais comme il y avait toujours dans les couvents un concours nombreux d'étrangers» de pèlerins, de réfugiés, il devenait nécessaire de clore le chœur des religieux, et de réserver la pef aux étrangers.
médài&ons; (f animaux' symboliques da plus bel effet, ou par^ des Jfôuilles parfàitebdent fouillas. Des rosés vienûeut à leur tour garnir le vide des courbures intérieures, au-dessus des petits trèfles. ' Au milieu de toutes ces sculptures, dont Tensemble est si grandiose et les détails si soignés, le regard s^attache à cette nature vivante qui peuple les médaillons : à côté^ des animaux, emblèmes des quatre Evangélistes, des griffons et toute une série d^àniniSLu^ 'i^ntastiques; plus loin, des enfaiits à Califourchon sur un pourceau. Il tfest pas moins Éùrieux d^examiner en détail les masques sculptes au centré des dossiers et dans lesquels des figures d^uîie simplicité charmante 6u d'une causticité qui rappelle l'esprit de critique du xvï* siècle, se me-^ lent aux sujets les plus gracieux de la nature' ïnorté : une tète d'homme aux oreilles de chauvesouris; un buste humain avec arrière-train dé pourceau; un moine qui égrène son chapelet au pied d'une croix; un paysan conduisant son âne; un Auvergnat, les deux mains dans les poches de sa carmagnole. Plusieurs de ces sujets, arrachés furtivement, ont été remplacés par d'autres dont l'exécution et la couleur du bois trahissent l'origine récente.
La cloison on percloseqai sépare les stalles entre elles, est ornée de fines colonnettes supportant les accoudoirs; et, dans les sièges ou miséricordes feuillagées, qui accusent l'esprit et la finesse du ciseau de l'artiste, on retrouve quelques animaux,
comme le griffon de la stalle dû prienr-magei à droite en entrant dans le chœur.
Un coup d'œil jeté sur les médaillons et les volutes du plus gracieux effet qui ferment les stalles du côté du sanctuaire» sur les panneaux aux figures géométriques des entrées qui conduisent des basses aux hautes stalles, terminera cette étude rapide. Le vandalisme a tenu à marquer ces boiseries de son sceau; et le regard attristé retrouve le passage de la hache révolutionnaire sur les lambris ou jovées qui encadrent les deux stalles des dignitaires de Tabbaye, dont les sculptures rappellent en miniature les chefs-d'œuvre de nos plus belles cathédrales (i).
Dans cette vaste composition, le génie de Tartiste anonyme n'avait point oublié le trône de l'abbé de Saint-Nectaire. S'inspirant de la reconnaissance des Religieux pour les œuvres dont il avait doté l'église et les bâtiments claustraux, il dut concentrer là toutes les ressources de son talent : et cependant 93 Ta trouvé digne de faire du bois pour chauffer des chaudières à salpêtre (2).
(1) Pour le touristô ctui évoque les âOUvenirs dU paâsé, rieii de plus étrange que la physionomie de ce chœur, rempli, le dimanche, d'hommes, de femmes et d'enfants, ces costumes aux couleurs variées remplaçant la sombre bure des Bénédictins, ces coiffures aux rubans éclatants épingles d*or, se dessinant sur ces fonds noirs» qui reflétaient autrefois la tête rasée des enfants de Saint-Robert.
(2) Un panneau mesurant O'ôS de hauteur sur 0*50 de iar*
Une statue en bronze doré, de Moïse portant les Tables de la Loi, et servant de pupitre; un autre pupitre, non moins précieux, fait en 1534, aux armes de François de Tournon, ont disparu. Les calvinistes jetèrent le premier dans un lac voisin, lors du sac du couvent, après avoir reconnu que ce n'était point de For; et ce n'est que quarante ans après qu'il fut retrouve par les moines.
Mais un souvenir non moins précieux du dernier abbé régulier, va fixer notre attention.
LBS TAPiSSÊftIÊS
Elles furent le dernier monument de sa générosité princière. Exécutées en 1516, d'après les cartons de Thaddeo Gaddi, maître italien, le 17 avril 1518, jour de la fête de saint Robert, elles furent données au monastère et parurent pour la première fois tendues au-dessus des boiseries du chœur. EUes sont au nombre de quatorze, et re-
tour» qui faisait peut-être partie du trÀue de Jacques de Saint-Nectaire, a été retrouvé dans le canton de La Ghaisel)ieu. On y voit, en effet» ses armes t deux anges, placés sur le flronton, devaient soutenir la mitre et la crosse. Le blason de Charles d'Orléans, abbé oommendataire en 1586, y a été gravé par un emporte-pièce.
présentent la vie de Jésus-Christ avec les faits de rAncien Testament destinés à rappeler au peuple juif le Messie promis : la figure et la réalité sont ici réunies dans le même cadre (1).
La première tapisserie, au-dessus de la porte sud qui donne entrée dans le chœur, en tète des stalles, représente la Naissance de Jésus. Dans les angles : T Annonciation et la Visitation en bas; en haut, la Circoncision et l'Adoration de Mages,
La seconde, dans des proportions plus petites, représente l'Annonciation; les figures sont : Eve, dans le paradis terrestre, le Miracle de la Toison fait en faveur de Gédéon, la Naissance, Moïse en face du Buisson ardent, le Miracle de la Verge d'Aaron, l'Adoration des Mages, l'Eau apportée de la fontaine de Bethléem au roi David, la Reine de Saba en face de Salomon.
Troisième tapisserie : la Fuite en Egypte, la Fuite de David, la Ruine de l'Idole de Dagon, le Massacre des saints Innocents, la Mort d'Achimelech; le Meurtre des petits-fils d'Athalie^ le Baptême de Notre-Seigneur, le Passage de la Mer Rouge, la Guérison de Naaman.
Quatrième tapisserie : Tentation de Jésus, la
(1) Une étude très détaillée ayant été faîte sur ces tapisseriôd» nous indiquons seulement le sujet de chaque tableau, renvoyant le lecteur désireux de iplus amples détails à notre brochuroi qui est en dépôt à La Ghaise-Oieu.
Tentation d^ETe> celle d'Esaii, la Résurrection de Lazare, celle du fils de la veuve de Sarepta et du fils de la Sunamite, TEntrée de Jésus & Jérusalem, le Triomphe de David et celui d'Elisée.
CinqmièiM Mpisserie : Jésus trahi par Judas, Joseph vendu par ses frères, Samson livré par Dalila, la Gène, le Sacrifice de Melchisélech, la Manne au Désert, le Baiser de Judas, la Trahison de Joab, la Chute des mauvais Anges.
Sixième tapisserie : la Flagellation, le Stipplice d'Achibr, les Douleurs de Job, le Couronnement d'épines, Tlvresse de Noô, l'Insulte faite aux Ambassadeurs de David.
Septième tapisserie : Jésus devant Pilate, le Roi de Babylone refusant la tête de Daniel, Suzanne en face des vieillards infâmes — elle est en dehors du chœur, dans le collatéral sud, — le Portement de la Croix, le Sacrifice d'Abraham, la Veuve de Sarepta préparant le pain du Prophète.
Huitième tapisserie, au-dessus de la porte septentrionale : la Mort de Jésus, le Sacrifice d'Abraham, et le Serpent d'airain.
Netwième tapisserie : Jésus au tombeau, Joseph dans la citerne, Jouas jeté à la mer, Jésus sortant du Sépulcre, Samson emportant les portes de Gaza, Jonas rejeté sur le rivage.
Dixième tapisserie, vis-à-vîs la porte du cloître, dans le collatéral @ud ; la Descente aux Limbe&i
Loth sortant de Sodome^ les trois Enfants dans la fournaise de Babylone.
Onzième tapisserie : les saintes Femmes an Tombeau, ie Désespoir de Ruben, rApparition de Jésus à Madeleine, Daniel dans la fosse aux lions.
Douzième tapisserie : l'Apparition de Jésus à ses Disciples, Joseph reconnu par ses frères, TAnesse de Balaam, TAscension, Enoch transporté au Ciel, le prophète Elie emporté sur un char de feu, la Pentecôte, Moïse recevant les Tables de la Loi, le Sacrifice d'Elie.
Treizième tapisserie : le Couronnement de la Vierge, la Vénération de Salomon pour sa mère, la Prière d'Esther, le Jugement dernier, le Jugement de Salomon.
QtiUtôrzième et dernière tapisserie, dM-iessus de le petite porte nord : la Résurrection, l'Apparition de Jésus à saint Pierre, les saintes Femmes an Tombeau,