CHAPITRE VIII Comment agit le bourreau
L'homme marchait pensivement. Il tenait Aphrodise par la main. Il était on ne peut plus embarrassé; le roi lui avait laissé le choix du supplice dont mourrait la condamnée : qu'allait-il faire? Nul mieux que lui ne savait trancher une tête, allumer un bûcher, préparer un nœud coulant; mais il avait l'âme simple : il fallait qu'on lui désignât quelle mort inflig-er au coupable qu'on lui livrait. Le roi avait dérog-é à la coutume: d'un hon-
nête exécuteur il avait fait ua jug"e.
L'homme était perplexe.
Une idée lui vint, tout à coup. Pour qu'on la traitât contrairement à toutes les rè^-les, Aphrodise n'était pas une criminelle vulgaire : il était juste qu'elle ne mourût pas d'une mort ordinaire. Et le bourreau Temmena vers la mer.
Sur la plao^e, brusquement, il la jSt se coucher; il lui lia les pieds et les mains; il lui mit un bâillon dans la bouche; il voulut lui bander les yeux. Le regard d'Aphrodise était doux comme le ciel au printemps.
Le bourreau vit le reg-ard d'Aphrodise.
Il réfléchit un peu, et il ne banda pas les yeux de la princesse ; il ôta le bâillon, il délia les mains et les pieds. Il aida la patiente à se relever.
LA VIE DE SAINTE APMRODISE Io3
Une barque était là, sur le sable. Craintivement, rhommev fit entrer Aphrodise; il la poussa dans les flots. Ellevog-ua vers le larg-e.
« Après tout, pensait-il, elle n'a rien à boire, rien à mander; la barque n'a ni voiles ni avirons; que la moindre bourrasque se produise, elle est engloutie. J'ai fait mon devoir. }>
Il se rassurait :
« Oui, oui. j'ai fait mon devoir, tout mon devoir. »