CHAPITRE I En quelles contrées Aphrodise arriva
Les pêcheurs s'étaient groupés sur le rivage. A leurs cris, à leurs sig-nes, les femmes accouraient des cabanes; et tous reg-ardaient avec admiration la mer, verte et bleue, que plissaient seulement quelques petites vagues argentées.
« C'est une barque qui vient ici sans que rien la dirige.
— Dans la barque il j a une femmo,
— Oui... oui.
— Elle dort. »
La barque approchait.
« C'est vrai. La femme dort!
— Elle est jeune.
— Elle est belle.
— C'est une déesse, cria une pêcheuse.
— Oui, oui, répétèrent-ils tous. C'est une déesse! C'est une déesse! »
Le flot porta tranquillement la barque sur la plag-e. Aphrodise ouvrit les yeux ; elle sourit à l'assemblée des pécheurs et des pêcheuses.
« Amis, dit-elle très doucement, je vous salue.
— Déesse, dit un vieillard, daig-ne nous être propice. »
Aphrodise eut un g-este d'étonnement, et elle reprit :
« Je ne suis pas une déesse, je ne suis
LA VIE DE SAINTE APHRODISE lOQ
qu'une humble mortelle, la plus humble parmi celles qui confessent la g-loire du Dieu unique, tout-puissant, qui voit tout et qui est partout, qui est le Père, et qui est le Fils, et qui est le Saint Esprit. C'est en son nom que je vous salue, c'est en son nom que je vous prie de me saluer. » Le vieillard lui répondit :
« Nous ne connaissons pas le Dieu dont tu nous parles; mais s'il t'envoie parmi nous, il est, sans nul doute, un Dieu bienfaisant, et c'est en son nom que nous avons la joie de te saluer. »
Tous s'inclinèrent devant Aphrodise, et le vieillard ajouta :
(r Voici ma compa^-ne, celle qui, depuis d'innombrables années, a partag'é mes plaisirs et mes peines . Veux-tu ,
bienheureuse, accepter l'hospitalité de notre demeure ? »
Il désig-nait une femme, courbée un peu parFâg-e, mais dont les traits avaient o-ardé l'air avenant et doux. La vieille dit :
u Oui, madame, venez embellir de votre jeunesse, de votre grâce notre pauvre cabane.
— J'irai, » répondit Aphrodise.
Et, entre le vieux et la vieille, elle s'éloig-na de la mer, tandis que la foule répétait :
c< Nous te saluons, nous te saluons, ô belle qui es née de la mer ! »
Au ciel, vola une colombe.