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CHAPITRE III

Du roi Jovieii et de ses fiU

Le roi Joviea régnait sur le pays. Oq le disait assez brave homme, mais on ajoutait qu'il était, parfois, d'une insupportable vanité; en outre, il était fort galant, et il aimait que ses sujets se racontassent, avec quelque mystère, ses aventures amoureuses. Dès qu'il était féru d'une belle, pour en approcher, il n'était point de ruse qu'il n'employât, il n'était point de déguisement auquel i!

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D'eût recours. C'est ainsi que, pour triompher de la femme d'un de ses généraux, occupé à des combats lointains, il ne s'était pas contenté de vêtir des habits tout semblables à ceux du mari; il se fit composer, par un habile homme, une perruque et une barbe qui imitaient à la perfection le poil du guerrier, de sorte que la dame, qui était fort vertueuse, le reçut avec joie dans son lit, et sans se douter du crime qu'elle commettait. Il lui arriva même, pour parvenir auprès d'une jeune fille qu'il avait remarquée, de s'affubler de la dépouille d'un taureau et d'aller à quatre pattes, imitant, du mieux qu'il pouvait, la démarche et les cris de l'animal.

Ce roi sing-ulier avait deux fils légitimes, le prince Ifast et le prince Arée.

Il n'y avait, entre les deux frères, aucune ressemblance, ni de corps, ni d'esprit. Le prince Arée avait la prestance avantag-euse ; il était grand, vigoureux, régulier de visage; il se plaisait aux exercices du soldat; dompter le cheval le plus sauvage n'était qu'un jeu pour lui; il avait vaincu dans des tournois les plus illustres maîtres de la lance et de l'épée, et, au fort des plus terribles batailles, il ne faisait que rire. Il méprisait, d'ailleurs, les travaux de l'intelligence, mais, de temps à autre, il ne dédaignait pas de courtiser une femme, qu'elle fût reine ou paysanne. Le prince Arée était un guerrier accompli.

Le prince Ifast était boiteux et difforme; son nez trop court, ses yeux trop enfoncés, sa bouche trop large lui composaient une

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fig-ure ingrate. On n'avait pu lui cacher long-temps, à la cour, l'effet fâcheux que produisait sa vue. Les uns n'avaient pas su déo^uiser leur pitié, les autres, plus nombreux, leur méchanceté. Aussi fujaitil le monde. Son ridicule s'accroissait de ce qu'il n'avait de goût que pour des amusements indignes d'un prince. Il aimait plus que tout l'art du forg-eron ; il s'en était épris au point de le pratiquer lui-même, et, au fond du parc royal, dans une grotte, il avait établi une vaste forge ; là, étaient réunis d'habiles ouvriers, qui l'aidaient à fabriquer des armes et des vases. Jovien avait souri de la fantaisie étrange de son fils. Ifast allait, parfois, visiter les plus humbles familles ; la conversation des gens de métiers, disait-il, l'instruisait ; et l'on ne

doit pas s'étonner que, malgré le peu d'estime où le tenaient ses pairs, il fut, assez vite, devenu populaire.

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